Voyez Schuchardt, II
4. Quant à la représentation réelle de u par ï en latin et en roman, elle me parait fort douteuse. Les deux seuls mots vraiment populaires où / roman réponde à j sont cima et girare, et il semble qu'il v ait eu ici influence de la palatale précédente (phénomène qui, il est vrai, est généralement restreint au français). Sur la transformation de zj grec en qui latin voy. la note de M. Fôrster au v. 3823 de Cligès. Le fr. iimhene timbre ne remonte pas au lat. tvmpânum, mais (comme le montre le changement de p en />) a été emprunté au moyen grec Tj;j.-avov (prononcé tinihanon) ; le lat, tympan u m a donne l'anc. prov. tempe (Thomas, Essais de philoL, p. 216), l'arétin tcmpono (Salvioni, Nuave postille italiane al vocah. latiuo-roiuan:(o) ; un dérivé tvmpanium sur\'it dans le sarde timpanios (en sarde / =^ ï), dans le lecc. tampaùu et (aveco= S) dans le napol. tompagno (Salvioni. Postille italiane iil vocah. latino-romxinio). Quant à mai-tir et autres pareils, ce sont des mots pris au latin du moyen âge, où l'y grec se prononçait /. L'it. dmido remonte aussi à des formes médiévales.
vaut à ë'. L'e, qui apparaît assez anciennement, peut être ou la transformation déjà romane de cet ï ou la réduction de l'oe (je ne veux pas entrer ici dans la discussion de la valeur qu'il convient d'attribuer à cet oe, auquel répond en grec la confusion gratique de z\ et de u, "attestée dès le ii^ siècle avant notre ère) : ainsi Te de secophanta, qu'on rencontre-, peut répondre cà un plus ancien sicophanta ou soecophanta. Le classique sycôtumcst ainsi devenu secôtu m, en passant soit parsicôtum soit par soecotum, et a donné naissance en latin à une forme fêcâtuni', qui paraît survivre dans le /k//âf/ vegliote. D'autre part, le sycôtum vulgaire est devenu sécôtum, en passant soit par sïcôtum soit par soecotum, et c'est à mon avis cette prononciation sécôtum qui a changé fîcàtum, devenu déjà proparoxyton (voy. ci-dessous, 3°), en fêcàtum.
3'' L'accentuation vulgaire sycôtum a été transportée au mot latin : de là le fîcàtum que nous avons observé en Italie, en Espagne et en Gaule, et le fêcàtum italien et galloroman.
De fîcàtum ou de fêcàtum proviennent sans difficulté toutes les formes romanes qui ne représentent pas fîcàtum resté intact (comme le font le roumain, le frioulan, le ladin, le vénitien, le sicilien et en partie le sarde), ou fëcâtum qui n'est altéré par l'influence du mot grec que dans la voyelle de sa première syllabe (comme le fait le vegliote).
Nous avons donc dans l'histoire de notre mot, si je l'ai bien •comprise, un cas très intéressant de croisement lexicologique. Le mot ficat um, créé en latin pour représenter le grec Tjy.ojTÔv, a été, à plusieurs reprises et de plusieurs taçons, dévié de son ■évolution naturelle par ce mot même, qui, nonobstant la création de ficat u m, avait été introduit dans l'usasse latin et s'y
1. A cecero (fr. cisne), gesso, que cite M. Meyer-Lùbke (I, l 17), avec les mots it. plus modernes o'/;^:^:^tj Qt gheppw, on peut ajouter par exemple it. tré- /)ii//o (Diez), ïv. preveire, frets << phrygium àsins orfrei s, pr. iierto <C myrta, etc.
2. Voy. Blass, Ueher die Aiissprache des Griechischen, 2te Aufl., §§ 12 et 18, ^et d. Schuchardt, /. c.