‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 61 sur 151 · Schuchardt, II, p. 271 (dans Y Auibwsianus àt Plaute · texte numérisé non relu

Schuchardt, II, p. 271 (dans Y Auibwsianus àt Plaute

était modifié de son côté pour cadrer avec les lois de Taccentuation latine. Le mot latin a été, pour ainsi dire, affolé d'une manière continue par le voisinage du mot grec, comme l'aij^uille d'une boussole est affolée par le voisinage d'un aimant. C'est un exemple de plus de ces curieuses « contaminations » d'un mot d'une langue par un mot d'une autre sur lesquelles l'illustre maître en l'honneur de qui ces pages sont imprimées a jeté à maintes reprises une lumière parfois si inattendue. Je ne serai sûr d'avoir travaillé dans la bonne voie et d'avoir atteint le but de ma recherche que s'il trouve le résultat auquel je suis arrivé digne de son approbation ^

[Miscelhinea linguisiica in onore di Gra:(iadio AscoJi, Turin, 1901, pp. 41-63.]

[En rendant compte des mémoires qui composent la Miscellaiiea Ascoli Gaston Paris présenta sur son propre travail les observations qui suivent.]

G. Paris, ficatum en roman. J'essaie dans ce mémoire de montrer que toutes les altérations qu'a subies le mot fîcâtum s'expliquent par l'influence perturbatrice du grec suv.ojTiv, dont il n'est qu'une adaptation (L. Havet, dont j'ai rapporté l'opi-

I . Mon ami Louis Havet, qui a bien voulu lire ces pages en épreuve, est porté à tirer une autre conclusion des faits qui y sont consignés. D'après lui, le grec svcôtum, devenu sycôtum en latin vulgaire, a été, par une sorte d'étvmologie populaire [cfr. clmucroûte de sourcroute soucroutc], changé en ficô'tum (forme que les copistes postérieurs ont sans doute souvent remplacée par ficatum). Ce fîcôtum, qui présentait une terminaison inusitée, a été accommodé d'une part en ficatum, de l'autre en fi'cïtum, d'où fi'tïcum, fi'cidum, etc. Fîcâtum est postérieur, et résulte d'une influence, plus ou moins « savante», des substantifs en -âtum. Les formes avec è pourraient être dues à un vague rapprochement avec fa ex, à cause de la couleur « lie de vin » du foie [je crois suffisante l'explication que j'ai donnée, par la prononciation de l'u grec comme î ou œj. Ce n'est donc pas ficatum qui aurait été «affolé» par sycôtum ; c'est syCôtum qui, sous des actions analogiques successives, aurait été diversement transformé et aurait abouti à ficatum en dernier lieu seulement. Cette hypothèse est peut-être préférable à la mienne]; je laisse les lecteurs compétents en décider. En tout cas, elle établit, comme la mienne, une série de « contaminations » pour expliquer les formes diverses du mot.

nion dans une note, pense même que le mot roman est essentiellement auxwTiv, altéré plus ou moins par étymologie populaire, en sorte que fîcâtum, au lieu d'être la forme la plus ancienne, serait la plus récente '). Je profite de l'occasion pour signaler ici les remarques que m'ont envoyées quelques philologues. P. 43[537 de la présente réimpression], à propos de fêcatum, M. Menéndez Pidal me rappelle que fégado est la forme générale en Asturie et en Galice (donc, p. 52[55i| aj. « asturo-galicien » entre « italien » et « et gallo-roman »). — P. 54, n. 9^533, n. 7] à propos du rouma'm hipota, M. L. Sainéan m'écrit : « En daco-roumain ce mot est absolument inconnu ; l'erreur initiale revient à Cihac, qui Ta inséré dans son Dictionnaire sans contrôle et peut-être par confusion avec le mot valaque pipota, « estomac de volaille ». Si le mot existe en macédo-roumain, — ce que je ne puis vérifier présentement, — ce ne peut être qu'un emprunt récent au néo-grec. » Cette constatation enlève à M. Grôber(vo3\ p. 55, n. ié[535, ^- -]) l'^^rgument qu'il tirait de hipota pour voir dans Jicat un « Buchwort ». — P. 56, n. 28[536,n. 9],M. Gilliéron me communique la carte qu'il a précisément dressée pour le mot « foie » en gallo-roman, où on voit que// est encore usité dans certaines localités du Pasde-Calais, du Nord et de la Belgique, mais presque partout il est « vieilli » et remplacé par le fiva français (cette carte permettrait sur plus d'un autre point de préciser l'histoire du mot en Gaule) ^.

[Ronuiiihi, XXX (1901), pp. 568-569. J

1. M. Meyer-Lùbke était arrivé de son côté, quand mon article était déjà imprimé, à une solution du problème très semblable à celle de M. Havet, qu'il ne connaissait pas plus que la mienne (vov. Die Betonung ini Gallischetii p. 49 ; Einffihrung indas Stiid. der roiii. Sprachiuiss., p. 140).

2. Dans le n° de mars-avril de la Revue des langues romanes (t. XLIV, p. 186-188). M. M. Grammont rendant compte de mon article, propose une explication qui passe entre la mienne et celle de M. L. Havet; flcâtum, traduction ou calque de a-jxfoTov, serait à séparer des autres formes ; celles-ci représenteraient tj/.-otov devenu * ifco/z^w, puis sous l'influence defîcum, d'une Tpârl fécoiuni , d'où fe'catuni, fécitum, d'autre part ficotiim, d'où ficatum fîcitum, etc. Il est bien difficile de croire que ficâtuni soit complètement indépendant des autres formes ; en outre, M. Gr. est obligé de laisser de côté fecàtum : il s'en tire en disant que cette forme est peu sûre, et que, pour sa

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