FIGER
« Dans le latin du moyen 3.£!,c,Jïf^ëre était devenu fi ^^ère, et avait pris le sens de finir, se terminer. C'est cette conjugaison qui a donné Jigie dans sangofigie. Il est donc vraisemblable que figer est cefigère, avec une acceptation nouvelle. » Cette étymologie de Littré paraît avoir été écrite par l'illustre savant, si j'ose le dire, dans un moment de distraction. La première phrase est composée de deux assertions sans aucune preuve; la seconde est fort obscure et porte saugofigie au lieu qu'à V historique on lit sangofcgie ; la troisième ne se rattache nullement aux deux premières : comment, du sens de « finir, se terminer », arrivet-on à celui de « figer » ? Au reste, je ne vois nulle part ni que fi gère soit devenu figêre, ni que fi gère ait signifié « finir, se terminer ». Fi gère a fait en afr. fire dans clatfire (= clavo figere). Figêre ne pourrait, pas plus que figère, donner ^o^é-r, d'nbord parce que les verbes de la 2^ ou y conjugaison, en anc. fr., ne passent pas à la première, ensuite parce qu'un ^o- latin devant e, i ne persiste pas en fr., mais devient jod ou se fond dans la voyelle suivante : pagesis /)ât/'5, regina reï?ie,etc. — MM. Brachet et Scheler disent simplement : « F/V^r, du \^x.. figere, fixer. »
La forme la plus usitée en afr. est non pas figer ou fiigier, mais fegier : Quant il l'a par trestout curé, Le sanc fegié d'entour osté (Tyolet, v. 572); G. Guiart, cité dans Sainte-Palaye ; plus tard fegé (Perceforest, cité dans Sainte-Palaye). Cependant la forme avec / paraît assez ancienne ; voy. Littré, Sainte-Palave au mot figé. Fegier a le sens de « cailler » et se dit surtout du sang; dans le passage emprunté par Littré à Du Cange (au mot
part, il n'y croit pas ; mais, outre les exemples allégués dans mon mémoire, voy. ci-dessus la remarque de M. Menéndez Pidal.
[Cf. aussi Roinatiia, XXXI, 15s, à propos d'un article de M. H. Schuchardt sur ficdtum {Zeitschrift f. rom. PhiL, XXV, 615) :
« Acceptant la filière Tj/.forov >► ficôtiim >> ficàtuni >» ficâtum indiquée par L, Havet, M. Sch. se demande comment de ficôtum on a passé k ficatiim, et il propose d'attribuer ce changement à l'influence de bépiite, qui a existé en latin . C'est une suggestion qui mérite assurément d'être prise en considération. »]