‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 72 sur 151 · J'aurai occasion de revenir prochainement sur ce point · texte numérisé non relu

J'aurai occasion de revenir prochainement sur ce point

2. [Cf. Romauia, XXX (1901), 152, sur une note de M. Schultz-Gora mentionnant des « exemples de ce mot [laïs] tirés de Eoucou de Candie, qui confirment Tidentification de laïs avec ta fus ».]

LECHE 5 7 ï

porte bien leiche (p. 234), mais ce mot, d'un sens vague, est sans doute une faute que la comparaison des manuscrits ferait disparaître.

En somme, le mot lecJje au sens indiqué par M. Godefroy • n'existe pas dans l'ancienne langue française.

[Riviiania, XV (1886), p. 613.]

LONGAIGNE.

Diez, suivi par MiM. Grôber et Kôrting, a rattaché l'esp. longani:^a, « espèce de saucisse ou d'andouille », au lat. longino, « gros boyau (rectum) » ou « boudin 0 ; M. Grôber y avait d'abord joint (outre le cat. llangouissa) le génois Uigancga ; plus tard il a reconnu que ce mot et ses équivalents (piémontais, trentin, vénitien et même basque) représentent, comme l'avait parfaitement vu Diez, le lat. lùcanica (voy. Kôrting, n°^ 4885 et 4899). Je n'ai rien h objecter à ces étymologies, bien que les formes longano, longanon, admises par les lexicographes latins à côté de longao, longavo, longabo, m'inspirent quelques doutes. En tout cas, M. Grôber n'était pas autorisé à placer en tète de son article une forme, longana, qui ne se trouve nulle part. Mais c'est sur un autre point que porte cette note.

M. Grôber, en effet, ajoute à son article ce rapprochement, que n'avait nullement fait Diez : « v. fr. Jongaigne, Jongain, « excréments » ; ce que xM. Kôrting perfectionne en écrivant : « V. fr. longain (et aussi longaigné), excréments ». Or : 1° le V. fr. longain n'existe pas; 2" longaigné ne veut pas dire « excréments » ; 3° ce mot n'a rien à faire avec longao ou les formes qui s'y rattachent.

1° Je ne sais où M. Grôber a pris son longain ; je ne connais pour ma part que longaing dans un exemple cité par M. Godefroy, où il n'est qu'une mauvaise prononciation de longaigné mise plaisamment dans la bouche d'un Breton (il rime avec Bietaing pour Bretaigne^ \

I. L'existence d'un adj. Jongain, « long, éloigné », admise par M. Godefroy,

572 NOTES ETYMOLOGIQjQES

2° Le sens de longaigne est parfaitement établi d'après les exemples rassemblés par M. Godefroy : il signifie « latrines »; le sens de « ce qui remplit les latrines » ne lui est donné qu'une fois, dans un texte écrit en Syrie au xiii^ siècle ; le sens de « chose ou personne sale^ méprisable », dérive, par une métaphore naturelle, du sens fondamental.

3" Longaigne est proprement un terme d'architecture monastique : il se trouve, sous la forme Jonganea ou longania, dans des textes du ix'^ et du x^ siècle cités par Du Gange ; ce mot, visiblement dérivé de Ion gu m, est, comme l'a observé Du Gange, la traduction du grec M:(7.po)v, nom d'un célèbre portique à Gonstantinople ', et ajoute une preuve à celles qu'on a en grand nombre de l'influence de l'architecture byzantine sur l'architecture de la renaissance carolingienne. Le mot a passé de la langue des clercs dans celle du peuple et ne remonte pas plus haut que le ix^ siècle, comme le prouve l'absence de toute forme avec adoucissement du g. Quant au changement de sens, il s'explique très bien : les latrines, dans les couvents peuplés, occupaient de véritables galeries, placées en dehors de la maison, et souvent sur l'eau, comme on le voit dans une des versions du Secreiain moine : les « pertuis » étaient rangés en file, de façon à pouvoir servir à de nombreux visiteurs en même temps. Le mot longania fut d'abord employé par les moines comme euphémisme, et il passa dans la langue vulgaire seulement avec le sens dérivé qu'il avait reçu dans les cloîtres.

[Romauia, XXI (1892), pp. 406-407 ^]

est douteuse. En tout cas, dans l'exemple où longein signifierait « longtemps », il doit certainement être corrigé en longes (ou peut-être longeis).

1. Une imitation directe du Ma/pwv paraît avoir été la Macrona Lateranensis à Rome, qui s'étendait sur un côté du Champ-de-Majs. Toutefois mon savant confrère M. l'abbé Duchesne, qui me fournit ce rapprochement, semble porté à croire au contraire, que c'est le portique byzantin qui serait imité de celui de Rome. Dans ce cas |j.axpojv aurait été un terme générique, dont l'accusatif aurait fourni un latin macrona, fait féminin par erreur, et traduit plus tard par longama. L'origine première serait toujours grecque.

2. [Cf. Roniania, XXII, 612 : « M. Grôber, montrant que hugaigne a le sens d' « excréments » plus souvent que je ne l'ai dit (ce que confirme A. Tobler) et apportant d'autres raisons, ne se déclare pas convaincu par mon étymologic. »]

LONGJIGS'E 573

LORMIER. Voir ci-dessus l'article Efyniologies françaises, p. 521.

MASriN.

Diez tire le mot it. masfino, pr. fr. esp. masîin, d'un dérivé de mansionem : mansïônâtinum (canem), le chien qui appartient à la maisnie, le chien de garde, par opposition au chien de chasse, de berger, etc. Le sens serait bon, mais la forme est bien difficile à accepter. L'it. inasnada << mansionata, sur lequel Diez s'appuie, appellerait niasnadino comme dérivé {inasnada lui-même est emprunté d'après M. Grôber, Arch.f. lat. Lexik., III, 526, mais ce n'est nullement assuré); le fr. niaisnada, l'a fr. maisniedc, appelleraient maisnadin, maisnedin (plus tard maisnem, mesnhi). Ou bien il faut supposer déjà en latin vulgaire un mansiotinum avec chute de l'a et de l'n précédente, ce qui est plus qu'invraisemblable. Le roman s'explique très bien par un dérivé de mansuetum, mansùêtinum, le groupe ûê tombant comme dans costniiie de consùêtûdïnem. Le sens convient également: un canis mansuetinus est un chien famiUer, qui vit d'habitude avec son maître, et par suite naturellement un chien de garde.

[Romaniii, \Xl (iSt)2), p. 597'.]

MAUFE.

« Manfé, V. fr., nom du diable : de malc factus. » Cette explication de Diez n'a été, que je sache, contestée par personne. Elle est cependant contraire aux lois de la phonétique, factum ne pouvant donner en français que fait, et manfé présentant toujours un é et non un è.

I. [Cf. RomiiHÎa, XXII, 612: « M. Meyer-Lûbke... remarque (ce qui m'avait échappé) qu'il avait déjà donné l'étymologie de mastin (Kôrting, Anhang 5074)... »]

574 NOTES ETYMOLOGiaUES

Uétymologie de ce mot est le latin vulgaire malus fatus qui se trouve dans Pétrone et dans plusieurs inscriptions funéraires pour, malum fatum. Il est curieux de voir les populations de la Gaule, devenues chrétiennes, transporter au diable le nom qu'elles donnaient à la mauvaise destinée et plus spécialement à la mort. Au reste, inaiifé ne signifie pas tant « le diable », au sens propre du mot, que « mauvais esprit, démon malfaisant » en général. Parla il se rapproche du féminin /^'^, tiré du plur. neutre fa ta, devenu de bonne heure un sing. féminin. Les fées, représentantes d'anciennes divinités celtiques, ont souvent été conçues comme belles et bienfaisantes; le mot fatus au contraire n'a pas conservé dans le français d'existence indépendante, et ne s'y est maintenu que dans la locution malus fatus, restée vivante en France jusque vers le xv^ siècle.

[Romania, V (1876), p. 367 K]

moïse. Voir ci-dessus l'article Etymologies françaises^ p. 522.

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