NOMS DE PEUPLES PAÏENS DANS LA CHANSON DE ROLAND
Le grand épisode de la Cha}ison de Roland qui s'intercale entre le retour de Charlemagne à Roncevaux et la prise de Saragosse, et qui raconte la bataille entre l'empereur des Francs et 1'^?/;//ral de Babylone (c'est-à-dire du Caire, cf. v. 2626), contient, entre autre éléments étrangers au reste du poème, une curieuse énumération des nations païennes qui forment les trente « échelles » de l'armée de Baligant. Ces noms sont de deux genres : ou bien le poète mentionne le pays ou la ville d'où proviennent les combattants, ou bien il les appelle par leur ethnique propre. Dans les deux séries, plusieurs noms sont parfaiteme;it intelligibles, comme par ex. ceJs de Jéricho, ou bien les Enniues, les Mors, les Migres, les Pers, les Tnrs, les Huns, les Hungres. Mais les noms obscurs sont beaucoup plus nombreux. Génin a renoncé à les expliquer : « C'est, dit-il, un problème que je lègue à l'Académie des Inscriptions et à la Société de Géographie ». M. d'Avril avoue que ses recherches ne lui ont fourni aucun résultat. M. Léon Gautier, après avoir proposé un petit nombre d'explications, oppose aux autres une fin de non- recevoir. « Que penser, dit-il (Ch, de Roi., II, 217), des Bios, des Bruns, des Sor~, des Gros, des Leus? Ce ne sont
I. [Cf. Romania, XI (1882), 442, résumé d'une note de M. Baist sur tidvrer : « Naverare, fr. navrer, se rattachent sans doute à l'ail, narva, mais autrement qu'on ne l'a expliqué (voy. Rom. I, 216). »j
[*yo\r Zeitschr., XIX, 15; Rotn., XXIII, 493 : [(f M^e de Vasconcellos (Fra^nientos etymoJogicos, 1894, sur navrer et congénères) oppose à l'étymologie que j'en ai proposée des objections sérieuses et que je me suis faites à moimême ; mais celle de Du Cange à laquelle elle revient, naufragare, est à coup sûr plus inadmissible que toutes les autres : en la soutenant, elle produit d'ailleurs des témoignages intéressants sur un emploi particulier de naufragare en Espagne. »]