‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 77 sur 151 · owan/a, IX · texte numérisé non relu

owan/a, IX

["^4. Thomsen dans les Mf'ni. Soc. Jiiig. flll, i I5]a proposé *noctiae.] 5. Cf. Rom., IX, 550.

586 NOTES ÉTYMOLOGiaUES

mot nubere ayant disparu du latin vivant, nûptias, qui restait isolé, a été, par étymologie populaire, rapproché de novio tiavia ; on a dit sans doute novtias, ce qui explique les formes romanes '. On a même poussé plus loin l'assimilation, puisqu'on trouve en bas-latin no via s pour nuptias, d'où le prov. no-vias (Diez, Et. JVlh., II b, navio). — Un autre dérivé du même thème a dû exercer de l'influence sur la transformation de nuptias, c'est novitio. En vénitien luyi'iiio, uavi:(^a signifient « sposo sposa » (Boerio), et on trouve le même sens dans d'autres dialectes du nord de l'Italie-, Entre novitia et nuptias, on devait tendre à produire le même rapprochement qui a fait créer novias à côté de novia^

Le mot n upto avec ses dérivés n'a pourtant pas disparu complètement du latin vivant. On le retrouve aujourd'hui dans deux régions fort éloignées du domaine roman, en roumain et en sarde, avec la voyelle latine ù bien conservée, mais avec une modification dans les consonnes, qui est loin d'être sans exemple +. Le roum. niintà, pi. nunù, « noces ». vient non pas

1. La parenté saisie par le peuple entre novo et novtias est sensible dans l'anc. fr. nueces, où Tô se diphtongue, |^ien qu'entravé, sous l'influence de novo nitef, comme dans nuefnie sous l'influence de nove niief.

2. Ainsi à Bergame (Zappettini) : noes, noesa, « fidanzato, fidanzata ». — M. Mussafia cite d'après un glossaire imprimé à Venise en 1477 " novi:[o preutigam », et remarque que le mot existe encore à Venise et dans le Tyrol. Il en rapproche naviiia employé par Dante avec le sens de « nouvelle mariée » (Beitrag ~ur Kuude der norâital. Mundarten, p. 83).

5. Comment s'explique l'anc. fr. nocei'er, noçoier} Il est tiré directement de noce par le suffixe -eier comme festeier, courteier, de feste, court. On perdrait sa peine à chercher à ces formations françaises un type latin.

4. M. Foerster, en repoussant l'étymologie proposée par Diez de l'esp. incentar (inceptare), dit que l'insertion d'une n devant une labiale est inconnue à toutes les langues romanes (Zeitschr., III, 561); mais naturellement Vu n'est ici que secondaire : on a d'abord intercalé une m devant le^, puis, \q p tombant, Vm est devenue n ; on a dit numpta, puis uumta et nunta, absolument comme de computare comptare on a dit contare.Ku contraire, comme je l'ai déjà remarqué (Rom., VII, 467), il est inexact de dire avec M. Foerster (Zeitschr., I, 559; III, 561) qu'une « s'insère en roman devant une gutturale el ime sifflante ; le phénomène ne se produit que devant les gutturales.

NUP'IIAS EN ROMAN 587

de nuptias, mais de nuptas, d'où nupta'; il en est de même du sarde niintas, « nozze, sposalizio », tandis que la tornie voisine niinsas et le verbe nunsare, « sposare », remontent à nuptias, n upti are.

[Rotminia, X (1881), pp. 597-398.]

OR EST FENUS OUI AUNERA.

J'ai relevé jadis {Rom., XVI, 10 1 [^j) l'emploi de cette locution, à l'usage des hérauts d'armes annonçant le succès, dans un tournoi, d'un chevalier qu'ils vantaient d'avance, comme se trouvant, en dehors des passages bien connus de la Charrette, dans une chanson de l'année 1381; M. Grôber l'a également relevé dans le roman de Hnni {d. Journal des Savants, 1902,

1. Dans toutes les langues romanes le mot nuptias n'a dû exister d'abord qu'au pluriel, comme en latin ; le singulier s'est développé plus tard, mais non dans toutes ; il en a été de même de nuptas, base du mot roumain,

2. [Gaston Paris s'était déjà occupé de cette locution dans son article sur le Conte de ta CImrrette (Romania, XII (1885), p. 480 et note i) :

« ...Arrivé à Noanz, Lancelot, qui prend parti pour ceux de Noanz, reçoit l'hospitalité dans une pauvre maison. Il a mis (suivant l'usage) son écu à la. porte, et se repose sur le lit. Un héraut, que cet écu inconnu intrigue, entre et reconnaît Lancelot. Celui-ci lui défend de le faire connaître. Le héraut promet la discrétion ; mais il sort en criant :

« Or est venuz qui aunera !

Or est venuz qui aunera ! »...

Et sachiez que dit fu lors primes : 5570

« Or est venuz qui aunera ! »

Nostre mestre en fu li hira

Qui a dire le nos aprist,

Car il premièrement le dist'. »

Et la note i débute ainsi :

« J a les trois fois qui Vannera (de m. aux v. 3617, 5682 et 5963); qui aunera est dans T et en outre dans le ms. du Vatican (voy. le dict. de M. Godefroy, au mot auner). La leçon de J, qui n'est donc pas la bonne, se retïouve dans le roman en prose. — Ce passage est aussi important qu'énigmatique en quelques points. Il prouve que le cri : Or est venuT^ qui aunera!

588 NOTES ÉTYMOLOGiaUES

p. 295 '). J'en ajoute un autre exemple qui m'est tombé récemment sous les yeux, et qui montre que cette formule était encore en usage au xv^ siècle. Dans la Moralité de Charité, le Fou, voyant paraître la Mort qui va régler le compte des bons et des

ctait souvent poussé, au xiie siècle, dans les tournois, par les hérauts qui voulaient acquérir un grand crédit à quelque chevalier ; cependant je ne l'ai trouvé mentionné nulle part. Aimer est pris ici dans un sens figuré que développent les V. 5682-5, dans lesquels on se moque de la prédiction du héraut : Amis, cist n'aunera hui dûs ; Tant a aune c'or est hrisiée S' aune, que tant nos as proisiée (le second vers de ce passage, identique dans J et C, prouve encore que les leçons de J où on a Vanner pour auner sont fautives)...*»

En 1887 {Remania, XVI), dans une note Sur te roman de ta Ct.mrrette, il ajoute :

« ...J'ai dit [Rom., XII, 480] que je n'avais retrouvé nulle part cette formule. L'exemple ci-dessous montre qu'elle était encore populaire au xive siècle. P. Paris a publié [Les Grandes Cljroniques de France, t. VI, p. 478] et Le Roux de Lincy a reproduit [Rccueit de citants Instoriques français, t. I, p. 264] une chanson faite en 1381 lors du jugement du prévôt de Paris Hugues Aubriot. Cette chanson se trouve dans le ms. lat. 4641 B, fo 1 50; le copiste remarque : « Et de chascun article escrit est au derrain un vers qui fait un notable. » Voici le premier « article » ou couplet :

Hugue Aubriot, bien me recors,

Quant fus prevost premièrement,

Que j'oï a cris et a cors

Dire de ton avènement :

« Bien viengne par qui haultement

Des or justice régnera :

Or est venu qui Vannera !

Les deux éditions ont Vaimera, mais le ms. porte correctement launera. Pour que cette formule soit citée comme un « notable », il faut qu'elle ait été d'un grand usage dans les tournois. On remarquera que notre chanson donne la leçon du ms. J, que j'ai cru devoir écarter ; cela ne prouve pas que Chrétien ait écrit qui Vannera et non qui aunera, mais indique qu'au xiiie siècle la formule usitée était qui Vannera, ce qui a induit le scribe de J à la reproduire ainsi. » — [* Cf. Lecoy, La CImire française, 2^ éd., p. 255, n. 4.]

Au tome XVII de \a. Remania (1888), p. 319, sont signalées des « remarques précieuses [de M. Tobler, Zeitsctir. f. rom. Phiî., XI, 430], notamment sur la formule Or est venus qui aunera ».]

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