C'est ce que fait P. Paris
8. Du Méril avait déjà dit, à cause du rapprochement de porpre et osterin dans le vers Cent porpres et cent osterins : « On v attachait sans doute quelque idée de nuance qu'il est devenu impossible de préciser. »
OSTERIN • 591
réserve d'ailleurs, l'une et l'autre comme des nouveautés ' : « On est tout à tait embarrassé de dire ce que peut désigner V« osterin » si souvent mentionné par les Français. Francisque Michel s'abstient, et il a sans doute de bonnes raisons pour cela, de toute explication-. Peut-être ôsleiin' est-il dérivé d'ostriiiiis ÇostniHi), pourpre, gr. HtjTpîcv, et signifie-t-il un tissu de pourpre ; mais cela n'est pas encore sûr. »
C'est certainement, comme je l'ai dit, le rapprochement étymologique avec os t ru m ou ostrea qui a suggéré à divers savants cette explication d'osterin, car les textes ne contiennent rien qui nous éclaire, si ce n'est qu'ils nous montrent qu'il s'agit d'une riche et précieuse étoffe. Mais ce rapprochement ne va bien ni d'un côté ni de l'autre. Si on tire osterin d'ostrînum, ce qui paraît le plus naturel, on ne s'explique pas l'insertion de l'c-^. Si on veut, avec M. Bos, recourir à *ostrearinum, on forge une dérivation d'autant plus invraisemblable qu'ostrea ni aucun de ses dérivés n'a jamais en latin le sens de « pourpre ' », réservé à ostrum^.
Il est donc permis de chercher à notre mot une autre étymologie, et cela est d'autant plus facile que la bonne étymologie a déjà été donnée, sinon à propos du mot français, du moins
1. Diis hofische Leben ^ur Zeit der Miiniesiuger, 2^ éd., Leipzig, 1889, t. I,
2. C'est une erreur. Michel, il est vrai, cite trois fois dans son livre le mol osterin sans explication, mais, comme on l'a vu, il le traduit à la Table par « de pourpre ».
3. Cette forme allemande semble indiquer que M. Schultz n'est pas sûr que le mot allemand ôsteiîn ait passé par le français.
4. Xaturellçment on ne peut le rapprocher de \'e inséré dans inarberiii, chamberiere, etc., où les conditions sont tout autres, et où d'ailleurs les formes sans e existent à côté des formes avec e épenthétique. Des mots comme m os t rare, pistrinum, etc., ne présentent jamais en français d'^ intercalaire.
5. Ugutio, cité par Du Cange, donne cependant : ostrearius, ijiii facit purpuram, vel qui eam operatur, vet qui eam tiugit. Mais c'est certainement une faute pour ostrarius : ostrearius ne signifie que « marchand d'huîtres ».
6. On aurait (voy. la note précédente) une base meilleure de toute façon dans *ostrarinum; mais la dérivation serait encore invraisemblable, et ostrum ni aucun de ses dérivés n'a passé en roman.
392 NOTES ETYMOLOGiaUES
à propos du mot allemand (tiré du français) ôsterhi. Lexer, dans son Mittdhochd. Handwôrîerbiich (t. II, 1873-76), traduit en effet ce mot, qui ne se rencontre d'ailleurs qu'une seule fois en moyen haut allemand ', par « von osten kommend, morgenlândisch », et je crois qu'il a parfaitement raison. Le mot germ. aust, « est », s'est perdu en allemand de très bonne heure sous sa forme primitive et ne s'est conservé que sous la forme dérivée ôsten ; mais il a produit un adjectif ôster, qui entre dans beaucoup de composés- et de dérivés ^ ; cet adjectif était en anc. haut allemand ôstar, et c'est sous cette forme, ou même encore sous la forme plus ancienne austar-^, qu'il a pénétré en France et y a produit le dérivé ostarin K d'où osterin ^, qu'on a employé à désigner une riche étoffe provenant d'Orient '. Cette explication parait appuyée par ce curieux passage d'une partie inédite des Lorrains ^ :
Devant eus sert Girbers li lius Garin, Moût richement, con ja porrés oïr :
Bien fu vestus d'un bliaut osterin, Un drap estrange, que firent Sarrasin ; Moût en a poi en cest nostre pais.
[Romania, XXIX (1900), p. 429-432.]
1. Eiieit, V. 9508, Il est curieux que Veldeke ait employé ici ce mot qu'on ne retrouve pas ailleurs, et qui n'est dans son original français, VEneas, ni au passage correspondant (où il y a cependant beaucoup de noms d'étoffes), ni
autre part.
2. P. ex. âsterhalp, ôsterhorn, ôsterhnt, ôsteniian, ôstermèr.
5. Signalons ôsferlinc, qui désignait spécialement, dans les pays occidentaux, les marchands des villes hanséatiques. Ce mot a pris en anglais la forme easier- Ung, qui est devenue le sterling actuel, Vesterlin du vieux français.
4. Cf. les noms géographiques Aiistria, Austrasii, où la diphtongue d'aust, qui se retrouve en vieux Scandinave, est encore conservée.
5. Il est possible qu'il ait existé un dérivé franc austaring, qui aurait donné en fr, ostereiic, et qu'osterin soit dû à une substitution de suffixes.
6. Ostorin présente un renforcement de Ve sous l'influence de Vo initial.
7. Bien que le mot soit d'origine allemande, Vôsterîn de Veldeke est sûrement un emprunt fait au français, comme le montre le suffixe.
8. Ms. de l'Ars. (anc. B. L. Fr. 181), fo 92 vo c. — J'ai trouvé ces vers écrits par mon père dans son exemplaire du livre de Fr. Michel, et j'ai plaisir à les citer à l'appui de mon opinion. Ils montrent, remarque mon père, que V osterin a était rare et venait de l'étranger ».