‹ Mélanges linguistiques (volume 3)Chapitre 82 sur 151 · POULIE · texte numérisé non relu

POULIE

Ce mot se retrouve dans la plupart des langues romanes, mais avec une terminaison un peu différente de celle du français. L'it. a piilleggia, d'ailleurs assez peu usité-, l'esp. poléa et le port. poIé (fém.) pour poIea. Le mot existe aussi en provençal : le glossaire provençal-latin du xv^ siècle imprimé en partie, d'après les deux mss. qu'on en possède, par M. A. Blanc \ contient l'article suivant : « Polyeya, carchesia, trocb[l\en, girgilliis, haiistra, haiistnim » ; l'existence du mot, au moyen nge, dans le midi de la France, est d'ailleurs attestée par les formes latines enregistrées dans Du Cange : poka dans un texte bordelais de 1305, polegia dans un texte nîmois de 1^62, poledia dans un

1. On sait que de très bonne heure en français, et d'abord, semble-t-il, dans les parlers de l'ouest, ein, eitig sont devenus ain, aiuo.

2. Parmi les dialectes, je ne le retrouve qu'en sicilien, sous la même forme.

3. Revue des 1. roni., XXXV (1881), p. 29 ss. Rochegude ayant inséré dans son Glossaire occitanien beaucoup de mots de ce glossaire (d'après un seul des mss.), c'est là que Mistral a trouvé le polieia qu'il donne comme <' roman ».

recueil de miracles de saint Lazare dont Carpentier n'indique ni la date ni la provenance, mais qui a été écrit certainement à Marseille et probablement au xv^ siècle'. Le correspondant normal de ces mots serait en français non poulie, mais pouleie, potiloie. Cette forme ne se rencontre pas, et les textes du moyen âge ne portent même que poulie ; toutefois on peut établir que, dans le plus ancien exemple du mot qui ait été cité, il faut corriger polie en polee. C'est au v. 7971 d'Eneas, Le passage est ainsi conçu dans l'édition de M. S. de Grave ; il fait partie de la description du tombeau de Camille :

Desor la tombe en mi leu dreit 7970 Une chaeine d'or pendeit ;

A mont ert mise en la polie, Et descendeit par grant maistrie.

Les manuscrits d'Eneas se répartissent, comme l'a montré l'éditeur, en trois familles, x (ABC), y (EFGHI)etD; y comprend deux sous familles, :( (EF) et ^ (GHI) ; par conséquent, quand les trois familles ne sont pas d'accord, la leçon de l'original résulte soit de x -\-y, soit de x-\-D, soit de}' + D. Or, au V. 7972, A' est seul à donner la leçon qu'a adoptée l'éditeur : D et 3'^ ont également : D'ilec veneit a valdohlee, qui est donc la bonnj leçon, changée par x, qui ne connaissait que la forme polie. Le v. 7971 diffère d.ms D et^-; la leçon- de}' est visiblement refaite : En le puelie (¥ pucele) esloit botee; celle de D est très altérée : A mon ert mise et ploie ; mais l'accord de D avec x pour les premier mois (A mont ert mise) prouve que la leçon authentique des deux vers est :

A mont ert mise en la polee, D'iluec veneit a val doblee.

Le poète avait donc employé la forme polee ; mais dès la fin du xii^ siècle (A est de cette époque) /)o//> s'était dans l'usage substitué d. polee : c'est une substitution de terminaison analogue

1. Le texte contenu dans le ms. lat. 7657, fo 36 vo, d'après lequel Carpentier cite /)o/^o^/mw, est également de Marseille et du xv^ siècle; polegium doit être une faute pour polegiafn.

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