Pas ici, en tout cas
^..Naîti se compare tout naturellement au lat. invenire, qui a dû originairement signifier « trouver par hasard » (d. fr. tomber sur), mais qui n'a jamais eu le sens de « chercher ».
invraisemblable A qui, d'un coup d'œil rapide, se borne à compter et à mesurer sans peser. Il ne s'agit, en réalité, que de deux étapes. Si je vois un homme pousser çà et là sa bouille dans l'eau, je peux dire :- er durchstobert das IV a s se r nach Fischeu, er stobcrt iin II' as se r nach Fiscbeii ]?entiii, er stobert Fiscben nach \ et le contenu sémantique est absolument le même; ce n'est que grammaticalement, ce n'est que dans la construction que les expressions diffèrent. Si ensuite je vois que l'homme pousse par là les poissons dans son filet et ainsi les prend, je peux dire : er estôberi die Fische. Tci il s'agit d'une différence du sens même, mais d'une différence toute générale, de celle qui existe entre le sens imparfliit et le sens parfait. La succession serrée, la cohésion intime des degrés du développement admis par moi ne peut guère être mieux mise en lumière que par la possibilité qu'il y a d'employer pour tous le même verbe allemand, seulement avec des prépositions différentes -. Mais de quelque côté que nous tournions nos regards, nous 'rencontrons partout de si nombreux exemples pour chacune des deux étapes que nous pouvons les attribuer à turbare, sans qu'il soit besoin de témoignages particuliers... De turbare aquam à turbare pisces il n'y a pas plus loin (en sens inverse) que de pêcher des anguilles à pêcher un étangs tt pêcher signifie aussi bien Fische erjagen que nach Fischen jagen. La pêche à la bouille n'était nullement une « occupation restreinte »; elle se pratiquait sinon avec tous les filets, du moins avec les plus divers, et de tous les modes de pêche c'était le plus usuel, le plus répandu et celui qui frappait le plus la vue. Au reste j'ai, il est vrai, considéré turbare surtout comme un terme de pêche (d'abord parce que c'est de ce côté que m'était venu le plus de lumière), mais non exclusivement. Je ne puis en regarder la généralisation comme quelque chose d'étonnant, quand je pense par exemple aux franc, tromper et voler, qui n'ont pris que tar-
1. Je conserve ces expressions en allemand, d'abord parce qu'il serait difficile de les traduire en français, ensuite parce que l'auteur lui-même s'appuie sur l'emploi d'un même verbe allemand avec des prépositions différentes.
2. En note, l'auteur rappelle qu'il a proposé d'attribuer en roman au « perfectif » attrovare une influence sur le simple travare qui l'aurait aidé à prendre son sens actuel. Cf. (JFild) siôbern zr^ (IVild) aiifstôbern.
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di veulent une telle extension de sens. » J'ai tenu à mettre ce morceau tout entier sous les yeux des lecteurs pour qu'ils jugent si mon doute est ou n'est pas fondé. Dans toute question de vraisemblance il y a évidemment un élément subjectif très important : je persiste, quant à moi, et pour les raisons que j'ai données, à ne pas trouver vraisemblable l'évolution sémantique admise par M. Sch., même réduite à deux mouvements (j'avoue d'ailleurs que je continue à en voir davantage, malgré l'ingénieux parti que tire l'auteur de la souplesse de sens des verbes allemands aidés de prépositions).
6° Les difficultés sémantiques que présente l'identification de trouver à tropare ne sont pas. en somme, plus grandes (à mon avis elles le sont beaucoup moins) que celles que présente l'identification de trouver à turbare. — M. Sch. m'en veut de ne pns m'être expliqué plus clairement : « Je n'ai pas la plus lointaine idée du développement de sens que Paris admet, et Thomas, si ardemment dévot à tropare, ne semble pas davantage initié. Je pense que Paris aurait dû, ou divulguer ce docu-* ment secret, — il y avait assez de place sur la page, — ou le tenir plus secret encore. » Je crois qu'il m'était permis de dire que je me figurais une possibilité de rattacher le sens de * tropare à celui de trouver sans être obligé d'exposer bic et nunc comment je me la représente. En fait, dans le premier article où j'ai proposé l'équation ^ro^û^r = tropare, j'ai donné une explication musicale qui me paraît encore soutenable : il ne me semble pas du. tout impossible (malgré le contropare de la loi des Wisigoths) qu'on rencontrât quelque jour dans un texte carolingien une phrase comme celle-ci (en parlant d'un musicien) : optime inveuiebat et tropabat nielodias, auquel cas la question serait réglée, et tout le monde admettrait, je pense, que du sens de « varier un air » on est arrivé à celui de « composer» (prov. fr.), puis d'« inventer », d'où « trouver », à la fois dans le sens de « trouver par hasard » et de « trouver en cherchant ». Mais la présence d'attropare en latin au sens de « prendre au figuré » peut indiquer une autre voie non moins acceptable : « prendre au figuré ' », « poétiser », « inventer »,
1. L'esp. travar, outre le sens de « versifier » et le sens spécial de « composer un poème àTimitation d'un autre, mais sur un sujet différent », a le sens
« trouver ». Je ne fais qu'indiquer ici deux hypothèses qui me semblent soutenables et que je comptais reprendre et étudier quelque jour, ce dont je n'ai en ce moment ni le moyen ni le loisir ; dans l'une et -dans l'autre je vois beaucoup moins de difficultés sémantiques que dans celle de M. Schuchardt. Mais, je le répète, les choses ne sont pas égales entre l'identification de trobar à tu rbare et l'identification de trobarix *tropare, car la seconde porte « sur deux mots dont la correspondance phonétique est irréprochable », ou plutôt sur deux mots dont l'identité est frappante \ tandis que la première présente des difficultés telles que « l'évolution sémantique de tu rbare devrait être bien évidente, ou au moins bien probable, en tout cas bien claire, pour se faire admettre malgré ces difficultés ». J'ajoute ici qu'à mon avis ces difficultés sont insurmontables, et que je ne suis pas disposé, comme A. Thomas, à taire bon marché de la troisième, à concéder que tu rbare devenu trùbare par une improbable métathèse, puis trôbare par une prétendue influence de la labiale, eût donné en prov. trobar et non Iro-var : je regarde, au contraire, cette dernière difficulté comme la plus sérieuse des trois. Supposons-les pourtant surmontables comme les difficultés sémantiques : il faut que tu rbare, pour arriver à la forme et au sens de trobar, irunchisse, et parla voie phonétique et par la voie sémantique, trois obstacles dont il ne peut franchir à peu près aucun que par un tour d'adresse ou une chance merveilleuse : tu rbare > Irtibare >> trobare r> trobar d'une part, « troubler » > « bouiller » > « chercher » >> « trouver » de l'autre. Si, au contraire, nous prenons trop are pour point de départ, nous n'avons pas à nous occuper de la voie phonétique, qui est courte et droite ; et si la voie sémantique n'est pas encore bien claire, c'est qu'elle nous
de « donner à une chose un sens différent de celui dans lequel elle a été dite ». Cela le rapproche singulièrement de (at)tropare ; mais ce sens est-il ancien et ne dérive-t-il pas du second ? Je ne puis le vérifier.
I. M. Baist, parlant du premier article où M. Sch. a indiqué son opinion sur turbare > trobar, dit {Jahresherichi, IV, i, 314) : « Es stehen zwingende lautliche Bedenken entgegen, und das contropare der Lex. Wisig. stellt fest und isoliert lat. tropare, das auch mit tropos nichts zu fassen hat. » Que peut bien être ce tropare qui n'a rien àfaire avec tropos?
Mélanges G. Paris. 4°
é2é NOTES ÉTYMOLOGIQ.UES
est cachée par le manque de documents. Mais que Ton puisse contester que *trôpare, attrôpare, contrôpare persistent dans îrobar, atîrcrcare^ controiiver, c'est ce que, je l'avoue, j'ai peine à comprendre, surtout de la part d'un savant qui a une aussi large et pénétrante intelligence du rapport naturel des faits que l'a M. Schuchardt. C'est la « lumière » qu'il a cru voir jaillir de ses observations sur la pêche à la bouille qui l'a ébloui en le charmant. S'il se décide jamais à reconnaître son erreur, ce ne sera pas sous l'influence des objections d'autrui, car il les a réfutées ou les réfutera toujours d'une façon qui lui semblera satisfaisante ; mais je m'imagine que de lui-même il soufflera quelque jour sur le feu follet qu'il a fait briller et qui a déjà égaré plus d'un chercheur.
[Romania, XXXI (1902), pp. 625-630.]
VAPIDUS « FADE ».
Tous les étymologistes, Raynouard, Diez, Burguy, Scheler, Littré, s'accordent à faire venir notre mot fade du latin fat u us. Le sens convient, et la signification première de fatuus paraît même avoir été celle d'« insipide, fade »; mais cette étymologie est contraire aux lois de la phonétique française. Il est de règle, en efî'et, comme j'espère l'établir dans un prochain travail, que les groupes de voyelles ua, ue, ui, uo^ uu, protègent le t qui les précède en latin et l'empêchent de s'affaiblir en d ou de disparaître en français, comme il ferait sans cela, dans les mots où il suit une voyelle. Ainsi, tandis que votare, vitellus, Bituriges, deviennent vouera veau (l'edel, veel), Bourges (^Beorges), le verbe batuere donne, à ses différentes personnes, batre, bats, bat, bâtons, bâtent, bâtais; son dérivé batualia donne bataille^ tandis que patella, Natalis ont hit poêle Çpaële), Noël; quaternum a produit quaiern, puis caier ou cayer, que nous écri-
I. Baïuere est certainement la vraie orthographe du verbe latin : battuere est fautif. — Quant aux mots français, le redoublement du t y est récent ; par une de ces anomalies si fréquentes dans notre orthographe, on a conservé le / simple dans bataille.
\APIDUS « FADE » 627
vons harbaremcnt a//;/V;['], mais le / de quatuordecim, protégé par Lio, s'est maintenu dans quatorze. Ainsi de fa tu us, fatua, nous devrions-avoir //7/, /^/c. J'ajouterai que IV muet de fade, au masculin, serait également contraire aux lois de transformation des mots latins en français.
On ne peut pas supposer que le mot fade nous vienne de fatuus par l'intermédiaire d'une autre langue romane; il est avéré, en effet, que l'italien fado est emprunté du français, et il en est de même du provençal fad, qui ne se rencontre que dans des traductions en prose appartenant à une époque où la langue était infestée de mots français''. Fatuus a donné régulièrement en provençal fat ((ém.fada), au sens de « fou, sot », que la langue française, en revanche, a emprunté à sa sœur du midi. Quant à fade, il se trouve en français dès le xii'' siècle; c'est à cette langue qu'il appartient en propre.
Ce cas est rare pour les mots français terminés en ade; la plupart sont d'importation étrangère. Il en est trois cependant, outre fade, qui se sont formés spontanément du latin : c'est malade, l'anc. sade (dont nous avons gardé le composé maussade) et l'anc. rade. Ces trois mots, dérivés de maie aptus, sapidus, rapidus, ont pour analogues d'autres adjectifs formés sur des adjectifs latins en idus : rigidus -roide, tepidus -tiède, et, sans ^ muet, C2i\idus-chaud, ïrïgidus-froid, horridusord, etc. Tous ces mots nous offrent l'application d'une règle qu'on peut formuler ainsi dans sa généralité : dans un groupe de deux consonnes latines, la première disparaît en français (à moins que ce ne soit une liquide), la seconde persiste et garde même son degré, ainsi rapidus-rap'dus-;Wé', sapidus- sap'dus-sade"^, etc. Une exception se trouve dans malade, qui devrait donner malate; la forme aie, signifiant « bien portant.