VA PI DUS « FADE
On lit de même dans Aniadas et Idoine (cité par M. Littré au mot fadc^ :
Bien sait qu'elle a esté malade, Qu'encor en a le cuer loul fade .
C'est à peu près le même sens qu'a le mot dans les exemples
suivants :
Li oil andui à ce malade,
Ki erent mal, de c\A\ix fade,
^ Devenent sain et cler et pur.
{Vie d'Edward le Confesseur, v. 2782, cité par Littré, ib.)
Patelin recommande à sa femme de faire croire au marchand de drap que son mari est au plus mal (v. 469) :
Ha ! parlez bas, et gémirez En faisant une cherQ fade :
Las ! direz-vous, il est malade.
Une trace de cette ancienne sis^nification s'est maintenue dans l'expression se sentir Je cœur fade, « avoir, éprouver du dégoût » (Littré) ; dans le verbe affadir : cela tn affadit, c'est-à-dire : « cela me. fait mal au cœur, me rend fade ' ». Il est à remarquer que le mot latin vapidus avait aussi ce sens, et particulièrement dans l'usage familier. Suétone, dans un passage bien souvent cité {Oct., Lxxxvii) où il parle de la prédilection de l'empereur Auguste pour les termes et les locutions populaires, nous apprend que ce prince disait : vapide se habere pour maie se habere, « être malade, languissant». La persistance dans le français /i^Jg des deux sens du mot vapidus me semble donner une grande vraisemblance à l'étymologie que je propose. Il est assez piquant que le biographe des Césars, en signalant une des expressions favorites du fondateur de l'empire, de celui qui, plus que tout autre, a contribué à romaniser la Gaule, nous ait apporté un témoignage pour ainsi dire officiel en faveur de
I. Du mot faiîe pris dans ce sens dérive sans doute l'angl. to Jade, « s'effacer, s'affaiblir », qui a voulu dire à l'origine « s'évanouir, se trouver mal ».
l'origine d'un mot de cette langue française qui devait sortir en Gaule du latin populaire['j.
[Mémoires de la Société de Iin<{uistique, I (1868), pp. 90-93.]
I. [Cf. Roman ia, XXIV (1895), p. 609, compte rendu d'un article étymologique de M. Meyer-Lùbke (Zeitschrift, XIX, 273 sq.) : « Fr. fiide. L'auteur revient à rétymologie fatuum, qu'il suppose avoir été changé populairement en fatidum ; il cherche à expliquer la différence de traitement avec nitidum ^ 7iet d'une manière fort ingénieuse, mais aussi peu convaincante que l'hypothèse même de fatidum. Il se trompe complètement en expliquant fade dans Tristan par « einfàltig, blôjsinnig, narrenhaft » -.fade, ici comme dans beaucoup d'autres passages anc. fr., signifie « qui est près de tomber en défaillance, qui a le cœur affadi ». Je ne tiens pas outre mesure à mon étymologie vapidum; mais pour tirer fade de fatuum, ce qui est si tentant, il faut trouver un autre moyen, » J