I. Marty-Laveaux, pp. xi-xii
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(ou croit suivre) encore. Et cependant, si nous parcourons les autographes de Bossuet, nous y trouvons à chaque ligne des exemples de cqXXq vilaine et ridicule orthographe; M. Didot cite « consiamant, contant, atanlions, atantats, cepandajit, coiuniancer, ranger (p. 73), alandons, tandre, paiichant (p. 400), etc., etc. » Les veux ne méconnaissaient pourtant pas ces mois. Tant il est vrai que le préjugé, même pour les esprits les plus lumineux, obscurcit souvent les vérités môme évidentes.
Dans cette note, Bossuet, après avoir rejeté l'orthographe qui prétend peindre la prononciation, repousse également celle qui veut garder « toutes les lettres tirées des langues dont la nostre a pris ses mots... La Compaignie, dit-il en concluant, paroistra conduite par un ingénient bien réglé quand, après auoir marqué ces deux extrémité/ si manifestement uitieuses, elle dira qu'elle ueut tenir un iuste milieu..., qu'elle prétend retenir .non seulement les lettres qui marquent l'origine, mais encore les autres que l'usage a conseruées parce qu'oustre (orthographe barbare) qu'elle ne ueut point blesser les yeux qui y sont accoustumez (même raison que ci-dessus), elle désire, autant qu'il se peut, que l'usage deuienne stable (?), ioint qu elles ont leur utilité qn^il faudra marquer, k Bossuet s'est arrêté là. Sans doute, après avoir écrit ioint quelles ont leur utilité, il avait l'intention de dire quelle était cette utilité des lettres qui n'ont pour elles ni la prononciation ni l'étymologie; mais il dut la chercher en vain; et comme le préjugé lui persuadait qu'elles en avaient une, il s'est tiré d'embarras en ajoutant ces simples mots : quil faudra marquer. \'oilà bientôt deux cents ans de cela; les lettres en question ont été écrites des milliards de fois, et leur utilité n'a pas encore été « marquée ». On ne peut en vouloir aux contrères et aux successeurs de Bossuet de n'avoir pas suivi son conseil : ils auraient bien de la peine à nous dire à quoi sert, par exemple, le second n de donner, le second /// de pommier, le second /? de grappe, (cf. sape tl grapiller^, le second f de gouffre, le / de artichaut, le c de grecque, le / de mets. Va de dédain, terrain, craindre, etc., le^ absurde de vingt, \tp de dompter, et tant d'autres, sans compter Vx inamovible de la fin des mots. Cependant si les nouveaux éditeurs du dictionnaire académique persistent à conserver ces chinoiseries, il sera temps pour eux de tenir la promesse de leur illustre prédécesseur, et il faudra en marquer Vutilité.
Je vais maintenant relever rapidement, dans l'intéressante publication de M. Marty- La veaux, les points qui ofi^rent de l'intérêt et qui sont de nature à mettre en lumière le peu de logique des décisions adoptées. Après avoir fixé sa règle sur les lettres qui se changent en d'autres, l'Académie donne des exemples, c'est-à-dire
un certain nombre de permutations de lettres latines en françaises. C'est là, comme le dit Segrais, un travail d'ctymologie et non d'orthographe, et je n'ai pas besoin de dire qu'il est tout à fait rudimentaire. Je n'y prends que ce qui touche l'orthographe. « Vf finale se changeant en v consonne dans ses dérivez », on condamne avec toute raison l'orthographe l'eiifvc, iicufve, où se trouve la pièce avec la monnaie; « néanmoins, l'usage a conserve Vf dans le nom de Geneviefve f> : bel usage! Notez qu'en général, l'Académie ne s'occupe pas des noms propres, et notez encore que Geneviefve n'est pas un dérivé d'un mot [erminé en /".
« VI se changeant en //, il ne faut point mettre 1'/ et 1'// dans sandre^ autres, etc. » Xo'ûà. qui est bien. Là-dessus, Doujat fait cette remarque: « J'écris, /^iw.v, de falsus, fan 1. x àc faix pour éviter l'équivoque ; saulx de salix, pouce a poUice, comme puce a pulice ; poux pediculi, pouls pulsus ; coudre, verbe, couldre a corylo, arbre; aune, f., ah uîna, aulne ah alno. » — « Cela est hien, dit Régnier. — Id. Bossuet. — Bon. Pellisson. » Et voilà comment ces distinctions, inutiles et puériles, sont entrées dans notre orthographe. La première édition de notre livret fait droit à l'observation de Doujat : c< Quelques-uns neantmoins la gardent encore dans quelques mots où elle a esté changée en u, comme en faulx, faulcher, — saulx, saulsaye, — pouls, pulsus, — poultre pullitra, jeune cavale, — aulne., alnus. » Sur quoi Huet, entré dans l'intervalle (1674) à l'Académie, écrit sur son exemplaire : c( Adjoustez qu'ils font mal et qu'ils pèchent contre les règles de l'etymologie, comme l'a marqué M. Charpentier. » Et, en effet, la seconde édition porte : « Mais cette orthographe n'est pas dans les règles de rét}'mologie. » Ce qu'il y a d'assez singulier, c'est que, malgré cela, \e Dictionnaire admet cette orthographe condamnée; àt^ms, poultre^ a disparu, saulsaye est devenu saussaie, faux de faix et faux de falsus s'écrivent de même, mais aulne et pouls se sont maintenus, et il faut y joindre aulx et soulie, tous mots qui violent outrageusement la règle d'après laquelle une lettre changée en une autre ne doit pas être remise dans le mot.
I . Doujat entendait distinguer poultre, jeune cavale, dt poutre, pièce de bois. Il ne savait pas que ces deux mots n'en sont qu'un. L'architecture est pleine de métaphores de ce genre, comme chevron, mouton, grue, etc.; en grec une poutre s'appelait î-zo;, fém.; on dit encore que les poutres cheimicheut les unes sur les autres. — Puisque je suis sur ce mot, encore une remarque : en latin equuleus veut dire à la fois poulain et instrument de torture; on retrouve cette métaphore dans chevalet, et poutre a dû être pris dans ce sens, à en juger parfall. Folter, anc. Pfolter, qui veut dire encore aujourd'hui instrument de torture et plus généralement torture.
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Après avoir dit qu'on garde 17.» après Vr dans les mots grecs commençant par b (^rhcleiir, Rhodes, etc.), il ajoute : « Mais à d'autres qui sont en grand nombre on l'oste comme : les monts Riphées, etc. » L'Académie actuelle n'a pas cherché davantage à être conséquente : elle écrit rapsode, rapsodie, rabdoniaiicie, à côté de rhétorique, rhuiuatisme, etc. Elle écrit rhythnie et eurythmie, etc. (Didot, p. 39). Ne semblerait-il pas qu'x)n a pris plaisir à accumuler toutes les bizarreries pour rendre le D/V/7()//;7a/r^ indispensable à tous ceux qui veulent mettre V orthographe} Si l'on écrivait eurhythiuie, serait-on regardé comme un ignorant, ou simplement comme un esprit fantasque et paradoxal?... A l'impression, le mot ne passerait pas : les correcteurs veillent. Il y a quelques années, je publiais un livre où revenait souvent le mot disyllahe; l'orthographe académique est dissyllabe; comme elle est absurde, j'avais écrit partout, après M. Louis Quicherat, disyllahe : on m'a corrigé impitoyablement, même après une troisième rectification, et j'en ai été réduit, tenant à mon idée, à faire insérer à ïerrata (non sans lutte) cette ligne : « Partout où on lit dissyllabe, lisez disyllahe. » Celui qui écrirait actuellement soit rétorique, soit, au contraire, rhabdomaucie, subirait sans doute le même sort.
Après ces considérations sur l'orthographe des mots en tant que fondée sur l'étymologie, nous passons au chapitre 11 : « Pour connoistre quand une consone (5/V, bonne orthographe) est simple ou double après une voyelle. » Il s'agit d'abord des mots composés avec les prépositions, qui sont successivement passées en revue. Je laisse de côté cette partie où abondent les contradictions et les exceptions sans motif à des règles sans fondement, et j'arrive à la seconde moitié du chapitre : « des mots non composez ou radicaux ». \"oici quelques exemples. « Après Va, VI n'est point double, comme (suit une liste d'exemples) : ... exceptez (suit une liste non moins nombreuse). »La raison qui a déterminé l'orthographe de ces mots est si bien cachée que je défie le plus subtil grammairien de la découvrir : ainsi, avaler prend un /, mais l'allée en prend deux, bien que ces mots viennent l'un et l'autre de val, etc. Mais ce qui est peut-être plus surprenant que l'arbitraire avec lequel l'ancienne Académie a créé ces différences inutiles, ce sont les changements que l'Académie nouvelle a cru devoir apporter à cette classification bizarre. Je suppose qu'on n'introduit pas de modification dans l'orthographe sans savoir pourquoi et uniquement pour le plaisir de changer, surtout quand on nous répète sans cesse qu'on ne veut pas dépayser les yeux et qu'on s'astreint à l'usage. J'espère donc que des procès-verbaux quelconques nous apprendront un jour pourquoi la dernière édition du code académique a supprimé un des / de galle
et ses dérivés, de saîlon (en gardant salle), d'estaller (en gardant itistaller), et de callus : ce dernier, surtout, me parait curieux; le second / y est étymologique, à coup sûr, et je ne puis comprendre pourquoi on l'a retranché (en le gardant naturellement dans calleux). Ce que nous venons de voir pour 17, nous le trouvons pour toutes les consonnes. Ainsi : « ;;/ après a n'est point double (suivent dix-sept exemples), exceptez (suivent huit exemples). » Au moins, pour ceux-ci, on allègue une raison, une règledéjà donnée dansle chapitre I, et que je viens de rappeler, c'est que la consonne qui est double en latin l'est aussi en français (sans égard pour la prononciation), et que, « pour l'ordinaire, la consonne n'est point double dans le françois quand elle ne l'esloit point dans le latin ». A cette règle il va tant d'exceptions qu'elle est plus gênante que commode; mais d'ailleurs elle repose sur une idée tout à fait fausse. Là aussi, on peut le dire, l'orthographe ancienne veut avoir « la pièce avec la monnaie ». C'est en effet une loi bien importante de la formation du français que toute consonne simple (sauf les liquides) placée entre deux voyelles se supprime, ou au moins s'abaisse d'un degré : p, par exemple, devient v; h devient également v ou disparaît, etc. (capilliis-cheveu, cahall us-cheval, iahauus-taon). Double, au contraire, la consonne se maintient, mais en devenant simple (heccus-hec, guttagouie, sappa-sape, etc.), et l'orthographe du moven âge n'a garde de la doubler. C'est un des phénomènes caractéristiques de cette grande évolution qui a fait pour ainsi dire glisser le latin dans le français par l'adoucissement et le relâchement de la prononciation. Le fait que la consonne latine était double est donc suffisamment représenté en français par la persistance de cette consonne à son degré oris^inaire; l'ajouter encore dans l'écriture est une faute contre rét3'mologie bien comprise, qui n'a aucun avantage, et qui a le grand inconvénient de confondre avec ces fausses doubles, si l'on peut s'exprimer ainsi, les vraies doubles qui existent dans la langue, et qui sont venues généralement de mots latins transplantés dans le français par les savants avec leur prononciation latine. Grâce à notre absurde orthographe, nous écrivons de même, par exemple, parallèle, grammaire, tyrannie, terreur, siccatif, hippodrome, etc., et vallée, commère^ banni, terroir, accoutumé, frapper, txc., bien que les lettres doubles soient prononcées dans la première série, et quicscentes (comme dit Théodore de Bèze) dans la seconde. On voit que ce n'est pas si commode de suivre les conseils que notre bon abbé Reo-nier donne aux femmes de « se servir des moyens qui sont entre les mains de tout le monde, ^rtr la juste prononciation de chaque lettre ». — A propos de Vm double, le mot flamme souleva une grave discussion. L'Académie, violant en cela sa règle (mais qui violerait les lois sinon