‹ Mélanges linguistiquesChapitre 12 sur 45 · tonique libre = eu · texte numérisé non relu

tonique libre = eu

1° Final. Il n’y a pas, en réalité, de mots de cette classe : pro était en latin vulgaire por et appartient aux mots où 6 précède r. Sto est devenu stao par analogie avec vao de vado; do n'existe pas en français. So est la forme qu'avait prise sum en gallo-roman; mais ce mot s’est ajouté un ? d’origine incertaine, qui nous oblige à le renvoyer à la classe des mots où lé est immédiatement suivi d’un y ?.

2° Devant une voyelle. Je laisse de côté les mots où cette voyelle est un i, qui demandent une étude à part.— 1) a : tua sua font régulièrement en anc. fr. eue, seue 5 ; duas fait doest, qui serait devenu deues; mais la forme féminine a de bonne heure été assimilée par la forme masculine. — 2) u : tuum suum ont été traités de deux façons suivant qu’ils avaient ou

1. Cette notation représente 6, tantôt ouvert (fleur), tantôt fermé (preux). Je ne distingue pas les deux valeurs, entre lesquelles la voyelle française s’est répartie à l’époque moderne d’après la règle qui préside aussi, sauf quelques exceptions, au développement de l’a, de le et de l’o : chacune de ces voyelles est ouverte quand elle est suivie d’une consonne prononcée, fermée quand elle termine la syllabe ou qu’elle est suivie d’une consonne devenue muette.

2. Burguy mentionne, mais sans exemple, seu, où on pourrait voir une représentation fidèle de so — sum; mais c’est sans doute une variante de seus, seux, forme qui équivaut à suis dans les dialectes où l’ui français est représenté par eu (cf. eule, neut, etc.).

3. Cf. les rimes /wes, nues (— nodes) dans Benoit (cité par Burguy), seue queue dans le R. de la Rose (II, 93), etc., etc. Teue, seue ont été remplacés par les formes analogiques lienne, mienne.

4. Burguy donne des exemples de does dans des textes bourguignons (voy. aussi Pass. 106 a).

n'avaient pas l’accent : dans le premier cas ils ont donné fuen suen, qu’on peut expliquer de différentes manières ! et qui ont disparu de bonne heure devant les formes analogiques (d’après mien tien sien); dans le second cas ils ont donné 1on son comme meum a donné w”on. On ne trouve aucune trace de tuus suus, remplacés par les formes analogiques fis sis ou les ses dès les plus anciens monuments’. Duos équivaut à d6os et dos à dôus 5, qui est la forme du Rollant et d’autres textes anciens + (voy. Rom. Stud. IT 175; Rom. VIT 301; Zeitschr. IT 484). On comprend ainsi que dôus soit, dans ces textes, distinct de mots comme ploros ou prot (plurus, prut) ÿ, puisque le premier mot contient 6 libre + ”, les seconds 6 libre seulement; mais dôus s’est par la suite assimilé à ces derniers et ne s'en distingue pas depuis le xnu° siècle. Cela était d'autant plus naturel que dôus était seul de son espèce (fous, clous, môus avaient un o ouvert) avec les mots lôus lou et jüus jou de lupos lupo et jugos jugo, devenus, par l’affaiblissement et la chute du pet du g, luuos luuo, luos luo, juos juo ‘. Diverses formes de ces derniers mots seront indiquées plus loin; en fr. mod. lou(p}s et jou(g)s sont arrivés à une forme différente de deux.

1. Mais non en tout cas par la diphtongaison de l’& en ue. À mon avis, tüum a donné /0on comme meum a donné mieon, et {6on s’est affaibli en lôen tuer. :

2. Le Léger à los (16 b); mais c’est peut-être une forme provençale due au copiste. On y verrait avec certitude une forme française si on admettait avec Diez (II, 97) que Les, ses sont des affaiblissements de Los, sos. Mais les formes anciennes /is, sis montrent bien que c’est l’analogie qui est ici en jeu.

3. Dôus est proprement l’accusatif masculin; le nom. est dui. Le roman avait modifié duo, seule forme de duel (avec ambo) conservée en latin, de façon à le rapprocher des adjectifs ordinaires ; il disait au masc. dui duos, comme le latin classique au fém. duae duas. En français dous = duos a

supplanté dui — dui, comme d'ordinaire, et aussi le fém. deues — duas, qui a semblé inutile, freis, quatre, etc. n'ayant qu’une forme pour les deux genres.

4. Sur le maintien de l’o, # atones dans ces conditions, voy. Rom. VII,

s. Voy. les exemples qu’en a réunis M. Bœhmer, Rom. Stud. III, Got.

6. Voy. sur la chute de g et p et la conservation de l'o, « final dans ces conditions, Rom. VII, 464.

ee amet -

= ‘qe

+ A mr

2 es et ee nd LT

3° Devant une dentale :cote queux', nepote neveu ?, voto vœu, vota veuet, nodo nœud. Il faut y joindre le mot preu qui vient de prod dans prodest (voy. Rom. IIT, 420). Le mot cauda était devenu coda en latin vulgaire et est traité comme tel par toutes les langues romanes; de là queue. Bien que l# de nutrit fût long, il s'était changé en 6 en latin vulgaire (voy. dans Schuchardt, II, 186, II, 225, des exemples de notrire), et est traité comme tel dans les langues romanes : de là l’anc. fr. neure (Bodel, Congés, 451; Scheler, Trouv. belges, t. I, p. 319; B. de Condet, VIIL, 35, etc.).

Il y a quelques exceptions apparentes dans lesquelles on a ou pour eu. Si prora s’est changé en proda, le fr. devrait être preue et non proue; mais le mot n’est pas ancien : Littré n’en donne d'exemple qu’au xv° siècle; le m. a. disait ec ou brantf; le mot proue est sans doute venu d'Italie, et peut-être de Gênes (Rom. IX, 486). — Le lat. lutra aurait dû donner /eure; la conservation du { dans loutre indique que ce mot ne vient pas de lutra; il provient, soit d’un luttra qui n’est pas attesté, soit de lall. otter, ce qui est plus probable. Le Berri possède la forme régulière leure (et aussi loure) [7]. — L’anc. fr. bout ne peut venir de büte. non plus que bouleille de büticla; la conservation du # indique butte, butticla; cf. Diez, s. v. botte.

1. L’s (x), attestée par d’anciens exemples, est encore plus marquée dans divers patois, qui disent keuce ou keuche ; il semble qu’on ai dit petra cotis, d’où (pierre) queux.

2. Le Rollant d'Oxford présente les formes graphiques bizarres sevold et nevuld.

3. L’absurde graphie, prétendue étymologique, æu pour eu ne change rien, naturellement, au son.

4. Voy. Rom. IIT, 100. Aux exemples de wale veue donnés là, ajoutez : Montaiglon et Raynaud, Fabl., XCIV, 386 ; Jubinal, Nouv. rec., Il, 12 (mal noe); Renart, t. IV, v. 10956; G. de Coinci, p. 718; Fablel de Paradis (Durmart, p. 463), Str. 27 (ms. male eure, |. male voe et au v.suiv. rescoe pour secore), etc., Etc.

5. Le d de nœud est encore une graphie barbare, en sorte que ce motest doublement fautif.

Page 1