Voy. Wace, Rou, éd. Andresen, IT
[* 7. Lorre et lourre dans Marques de Rome (ms. 1421, f. 63), lorre, loure, dans les Comples de la vénerie des ducs de Bourgogne, p. p. Picard (1881).]
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— Arbouse ne peut être la forme française d’arbutea, ni, à plus forte raison, d’arbuta : l’arbouse est un fruit du midi, et son nom en vient. — La conservation du f dans fout, ioule, indique que le latin vulgaire, au moins en Gaule, disait tôtto, totta['], ce qui a d’ailleurs été reconnu par plusieurs savants ; il est donc naturel qu’on ait ou, représentant de l6 entravé, et non ex, représentant de lé libre.
Des dérogations d’un autre genre sont : voue, avoue (votat), doue (dotat), noue (nodat). Elles sont modernes et dues à lanalogie. Depuis l’origine de la langue, les verbes de la première conjugaison ont tendu à l’unification de leurs formes, que la place de l'accent, sur le radical ou sur la terminaison, divisait primitivement en deux classes. C’est ainsi qu’on dit aujourd’hui aimer et aime, prouver et prouve, etc., tandis que l’ancienne langue disait amer et aime, prouver et prueve, etc. De même pour les verbes qui nous occupent, l’ancien français avait es aux formes où l’6 latin avait l’accent, o4 aux formes où il était atone. On conjuguait : veu, veues, veut, vouons, vouez, veuent; Vouoie ; vouai; veue ; veu (subj.), etc. ; vouer, vouant, voué, reproduisant ainsi VOtO, vOtas, vOtat, votémus?*, votätis, vôtant; votäva; vot4vi; VOtA; vote; votäre; votante; votäto. De même seu, neues, etc., mais nouer. Mais l’analogie est intervenue qui, de bonne heure déjà, a rapproché les formes divergentes, et a fait dire voue, avoue, noue, à cause de vouer, avouer, nouer 5. Les subst. vœu, nœud, sont restés les témoins de l’ancienne forme ; au reste veu, veue, etc., neue, etc., ne sont pas rares dans les textes et se sont maintenus très longtemps à côté des formes analogiques 4; de même deu — déto, voy. dans Littré l’exemple de Beaumanoir’. Excodat faisait esqueue et
[*1. Cf. Consentius, K. 392, 1.]
2. Sur la substitution de -ümus (— 6mus), emprunté à sumus, aux désinences en-amus, -émus, -imus, -imus des différentes conjugaisons, voy. Rom. VII, 623.
3. Le picard dit au contraire seuer, par une analogie inverse, conforme à celle que le fr. suit pour aimer, et non pour prouver.
4. Cette explication est déjà celle de M. Bæœhmer, R. S£. IT, 599, pour noue voue doue et aussi pour coule couve.
5. Lutare a donné en anc. fr. louer, dont je ne connais qu’un exemple,
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excodare escouer. — Un verbe dont l’histoire présente des difficultés est excutere : il doit faire à l’inf. esqueurre, à ind: prés. esquell *, esquUeuxz, esqueut, escOUONS, eSCOUEX, esqueuent ; et l’'uniformisation de la voyelle du radical n’ayant pas été régulièrement accomplie dans les conjugaisons autres que la première (cf. meurt, mourons, etc.), ces formes pourraient subsister. Mais, par un accident qui n’est pas sans exemple, ce verbe a été déplacé de sa conjugaison normale : les formes escouons, escouez, la difficulté du parfait régulier escous, l’ont fait passer à la première conjugaison, d’où le v. escouer, inconnu à l’Académie, mais usité dans le parler populaire de toute la France=. Il est difhcile de distinguer de cet escouer notre secouer, qui n’a pas d'exemples anciens, ce qui est singulier s’il vient directement de succutere’. Esqueurre, esqueut, etc., sont au contraire des formes fréquentes au moyen âge. — Le v. rodere ne m'est connu en fr. que par un passage d'André de Coutances, où il se trouve à l’inf. sous la forme rore (Jubinal, Contes, II, 14), qui serait reure en français moderne [+] si le mot avait persisté.
4° Devant 7 : hora heure, oro (masc. de ora) eur anc. fr. 6, flore fleur, mores mœurs, cantatore chant(e)eur et de même tous les noms de personne en -tore, sorore soreur anc. fr., uxore oisseur anc. fr., seniore seigneur et tous les mots analogues en -ore, sudore sueur et tous les abs-
luud dans Rol. (voy. Rom. I, 101) : ce verbe devait faire aux formes fortes leu, etc. Cf. it. lotare, esp. lodo.
1. L’i de excutio paraît être tombé, comme il est arrivé souvent, en latin vulgaire ; la 1re pers. était en lat. vulg. escéto.
2. D’après Burguy (II, 154), on aurait déjà dit au XIIIe s. escouer pour esqueurre, d'après ce passage de Raoul de Cambrai (p. 102) : Grans fu li cols, moll fist a resoignier, Si l’escoua quel fist agenoiller ; mais il faut lire : Si l'estona.
3. Voyez là-dessus les remarques et les exemples de Burguy, Il, 154, et Littré, s. v.
[‘4. Reure, Voc. Duac. (2).]
s. Dans sale hure rimant avec aventure, je verrais volontiers, avec M. Mussafia (Zeitschr. 1, 408), une confusion avec mal eùr.
6. Voy. Roquefort et Gachet. Cette forme si fréquente [* Rol. 516] paraît avoir échappé à Diez (Et. Wb. s. v. orlo) et à M. Bæœhmer (Rom. Stud. II, 190). Sur la forme ur à la rime, voy. les vers de Garnier de Pont-Sainte- Maxence cités par Littré au mot Ole. [* Cf. Marchot, GI. de Vienne, p. 36]
traits masculins en -ore devenus féminins, (il)loro leur, piroro pereur d'où p(e}reu dans Willepreux' — Villa pirorum, fabroro favreu(r) dans Willefavreux, Confavreux — Villa fabrorum, Curtis fabrorum (Quicherat, Formamation des noms de lieux, p. 60), et de même les génitifs anciens en -oro (ancieneur, etc.) et peut-être par analogie candeloro (pour candelaro) Chandeleur ?, plorat pleure, d’où pleur, orat eureanc. fr., adorat aeure anc. fr. Il faut joindre à ces mots demôrat et devorat, devenus demorat et devérat;, demeure et deveure anc. fr., par le changement ancien de leur à en 6, qu'ont reconnu plusieurs philologues+ ; le fr. mod. dévore ést savant et repris du latin, comme l’indique l’é de la première syllabe (cf. demeure, devient).
Quelques mots présentent ov au lieu de ex. Saporat a dû donner saveure, et non savoure ; on trouve en effet constamment au m. À. saveure, asaveure; savoure est dû à l’analogie de savourer. Remärquons que pour plorare, demorare, l’analogie s’est exercée en sens inverse : elle a introduit partout la voyelle des formes faibles : l’ancienne conjugaison était pleur (etc.), plourons (etc.), demeur (etc.), demourons (etc.); la moderne est
1. L’r s’éteignant, l’eu, qui est ouvert quand l’7 se prononce, est devenu fermé (ce qui a amené la graphie -eux). De même dans monsieur, prononcé mésjô, et dans les formes comme piqueux, etc., pour piqueurs.
2. L'origine de ce mot est douteuse, à cause des nombreuses formes sous lesquelles il se présente.
3. La raison de ces formes est sans doute le déplacement de l’accent : le lat. class. disait démorat dévorat : le roman, par un principe qui lui est propre (voy. mon Acœnl latin, p. 83), wansporte l’accent sur lo; mais une pénultième brève tonique est contraire à l’accentuation latine, d’où le changement de quantité. Notons d’ailleurs que demuere et devuere existent à côté de demeure deveure. — M. Fœrster (Rom. Slud., IT, 182), approuvé par M. Bœhmer (Jb., III, 957) et M. Ulbrich (Zeitschr., II, 545), pense que l’7 a changé en 6 l’o précédent, ce qui, ajoute-t-il, n’est pas plus étonnant que le changement semblable produit par #1, n. Mais devant #1, #, ce changement est constant ; devant r il se réduirait à deux mots. Il est d’ailleurs curieux de voir M. Færster attribuer à une le pouvoir de changer un 6 précédent en 6, tandis que M. Havet (voy. ci-dessous, p. 248, n. 4) lui attribue celui de changer 6 en 6.