Le mot est ancien : v. Littré
8. Je ne cite pas exdolorir ni honorer et ses dérivés, mots dont la pronon-. ciation a été rapprochée de la prononciation moderne du latin. L'anc. fr. disait endoulouri (voy. Littré), il honeure.
milant ainsi doulour à amour ; les formes langour, rigour, savour, vigour, indiquées par Littré pour le xiv® siècle, ne sont peutêtre pas de simples provincialismes. D'autre part il faut remar- . quer l'influence analogique inverse exercée par chaleur et p(e)eur
sur leurs dérivés, chaleureux et p(e)eureux au lieu de chaloureux ét pe(o)ureux. — Labôur n’est pas à compter ici ; il ne vient pas de labore ; c'est le substantif verbal de AE verbe à demi savant (comme le montre la conservation du b), qui pourtant avait autrefois e4 aux formes fortes (En peu d'eure Dieu labeure,
disait un proverbe), et leur a étendu plus tard, avant la production de Zabour ‘, lou des formes faibles. — Je noterai ici le mot pour, qui vient non de pro, mais de por, forme du latin vulgaire © : por a fait pour et non peur parce qu'il est toujours proclitique, et que son 6 est dès lors atone.
Dans quelques mots nous trouvons, non pas o4, mais w à la place d’eu. La forme peür au lieu de peeur est attestée par la rime dans un grand nombre de textes anciens (à ceux qui ont déjà été cités aj. Renaut, 394, 26, etc.). Il y a eu certainement ici une sorte de fusion entre le v devenu w (pauore) et lot ; au reste la forme paeur, poeur, peeur est la plus usitée. — Môra est représenté par re; mais l'anc. fr. dit wreure (voy. Rom. V, 396; Théophile, au xvrrt siècle, faisait encore rimer eures
L. Labourer wa pris le sens spécial qu’il a aujourd’hui, et qu’il avait quand il a engendré labour, qu'assez récemment (voy. Littré). Quant à labeur, il est dénoncé par son genre masculin comme venant aussi, mais plus anciennement, de Zabourer.
2. De là la confusion avec per däns la plupart des langues romanes. Presque tous les composés français qui commencent par pro- sont savants ; la forme populaire est pour-.— Au reste, on pourrait hésiter sur la quantité de lo de por : puer dans geler puer pourrait bien venir de pro et non de porro, et attesterait alors la brièveté de l’o.
3. Je ne traite pas ici l’histoire d’aulour. Ce mot, qui paraît bien venir d’acceptore ou plutôt auceptore, présente encore de graves difficultés étymologiques. L’anc. fr. disait osfour.[Cf. Romania, XII, 100.]
4. M. Forster (Zeilschr., II, $00) est porté à expliquer peür par une forme pavoreo, mais il reconnaît que le genre féminin du mot rend cette hypothèse peu vraisemblable. Lit. paura, qu'il explique par pavorea, me semble, comme à Diez, avoir pour origine une simple substitution de suffixe (pavura, cf. runcura à côté de rancorc), facilitée sans doute par une prononciation
avec demeures), et cette forme, ou celle qui lui correspond régulièrement, est la seule connue des patois ; le fr. sw#re est sans doute le produit bizarre d’une fausse étymologie populaire*.
s° Devant s: pietoso piteux, pietosa piteuse, et tous les mots en -050, -0sa, tO (n) so eus anc. fr., to (n) sa teuse anc. fr: ?
Les exceptions, où l’on trouve o# au lieu d’eu, sont en apparence graves et nombreuses, mais elles se laissent toutes expliquer. Zeloso est devenu jaloux sous l’influence de jalousie, jalouser ; jaleus est fréquent au xv° siècle et se trouve encore dans Ronsard (Littré) 5. — Le mot pelouse, de pilosa, n’est pas ancien en français ; c'est sans doute un terme de jardinage emprunté à un patois (d’un pays où on avait appris à donner au gazon cet aspect uni et serré qui caractérise la pelouse +); l'ancien français avait l'adjectif peleuxS, peleuse; la chenille s'appelle en Normandie chatte peleuse ©. — Ventouse a été modifié
pau(o)re pour pauore. M. Mussaña (Zeitschr., I, 408), qui accepte cette substitution pour l'italien, est porté à reconnaître en français « une immixtion » du même suffixe dans la forme paür pour paeur ; mais pourquoi cette immixtion aurait-elle eu lieu dans ce seul mot ? La cause déterminante de l’altération de l’6 est le voisinage de l’u — v.
1. Cette confusion paraît remonter au moyen âge, à en juger par œæ curieux passage de la Vengeance de Raguïdel (v. 3166 ss.), où on trouve côte à côte la forme meure (écrite more, et rimant avec demore) et la forme wmeüre, qui ne peut venir que de matura [* Zeifschr., VI, 166] : Ses chevals fu plus noirs que more, Et lrestole s'autre armeure Plus noire que ne soit meure [*cf.
J. de Thuin|.
2. Je n'ai pas rencontré feus en anc. fr., maïs il est attesté par les diminutifs très fréquents ouset, lousel ; teuse se trouve souvent. Je crois, malgré Diez, que ces mots viennent de tonso, tonsa, et non intonso [cf. Romania, XI, 448] : ils se sont formés à une époque où on avait l'habitude de couper les cheveux des enfants [* Rom. Forsch, I, 326]. En tout cas ils n’ont rien à faire avec thyrso, que nous retrouverons plus loin.