Le plus ancien exemple, dans Littré, est de Buffon
s. Et aussi, semble-t-il, un subst. masc. peleus, au sens de « lieu couvert de gazon » : Mais es montaignes, es haus leus, Es biaus praiaus, es biaus peleus (Coinci, p. 720).
6. À Guernesey chatte peleure (changement d’s douce en 7), d'où sans doute
l’angl. caterpillar.
par le verbe ventouser, dont les formes fortes étaient anciennement venfeuse, etc., puis ont pris lo sous l’influence des formes faibles et l’ont transmis au substantif ; venteuse est encore dans Commynes (Littré) ; l’adj. venteux a naturellement échappé à cette analogie ‘. — Spo(n}so, spo(n)sa, spo(n}sat sont représentés par époux, épouse, épouse ; mais ces formes sont modernes. Ici encore les formes faibles du verbe se sont assimilé d’abord les formes fortes, puis les substantifs apparentés : l’anc. fr. disait sl espeuse et nous espousons ; plus tard il a dit / espouse, et de même J’espouse, etc. Espeus, espeuse se trouvent encore très tard [2]; mais ils ont fini par subir l'influence du verbe et sont devenus espous, espouses. Toulouse de Tolosa est un mot méridional ; il faut prendre garde de mêler, comme on le fait trop souvent, à l'étude de la phonétique française des noms de lieux situés au sud du domaine français propre.— Dos ne vient nullement de doso pour dorso, mais de dosso, comme le prouvent les dérivés, et lo y était ouvert, et non fermé, comme le montre l’it. dôsso (l'esp. dorso est un mot savant). La forme dous, qu’on trouve au xvI° s. (dours, comme dors, n’est qu'une graphie étymologique) et dans quelques patois, est due à un accident particulier, par lequel à devant s est devenu ou (cf. chouse, rouse, lous, etc.). — Je joins ici house, bien que l’origine ne m'en soit pas connue, parce qu'il remonte évidemment à une forme bôsa; l’anc. fr. disait beuse; la forme moderne doit être influencée par bousat, bousier. — Consuo, devenu cOso, et de même côsis, côsit, cosunt, sont en français cons, cous, cout 4, cousent ; c’est encore par l'influence des formes faibles cousons, etc., que l’ou a remplacé l’eu; l’anc. fr. disait keus, keus, keut. Cette influence, comme je l'ai dit plus haut, s’exerce peu dans les conjugaisons autres que la première ;
1. M. Bœhmer voit dans pelouse, ventouse des « dissimilations » de porleuse, venteuse (adj.).
[*2. F(oerster) sur Jlle 1814].
3- On pourrait signaler ici l’omission de creux, mais je ne puis croire avec Diez que ce mot vienne de corroso, l’anciénne orthographe crues et les rimes indiquant un à. M. Mussafia (Zeitschr., I, 410) hésite aussi sur l’origine de ce mot.
4. Notre orthographe officielle couds, couds, coud est le comble du ridicule.
mais ici elle était facilitée par le fait que l’ancienne # de co(n)suo, etc., avait pu faire prononcer en latin lé tantôt comme entravé, tantôt comme libre. A la 3° pers. du plur. du prés. de Pind., et à linfin., il semble qu’on trouve plus fréquemment, dans l’ancienne langue, ou que eu, cousent et cousdre ! que keusent et keusdre ; mais il est difficile de décider si les formes en
-ousont étymologiques ou analogiques. — Enfin nos, vos sont
représentés par ous, vous, et non par eus, veus; cela tient à ce que ces mots sont le plus souvent proclitiques. Peut-être à lori= gine avaient-ils deux formes, l’une pour les cas de proclise, l’autre pour les cas où ils étaient accentués (à nous, de vous, nous sujet d’une réponse elliptique à une question, etc.), comme ego avait deux formes, jou proclitique et gié accentué, comme meum avait deux formes, m»10n proclitique et mien accentué, etc.; mais alors la forme tonique, qui serait aujourd’hui neus, veus, Sest perdue de très bonne heure : je n’en ai pas trouvé trace dans les textes anciens; nous verrons par la suite de notre étude nos, vos assoner ou rimer toujours avec des mots qui ont en latin un 6 entravé, c’est-à-dire qui auraient ow en français moderne.
6° Devant / : solo seul, sola seule, gula gueule. Ce dernier mot est parfois écrit guele, graphie qui appartient normalement à la diphtongue "e (anc. uo) issue de à et non à la diphtongue eu issue de 6. Il est visible que pour ce mot cette graphie a été suggérée par le désir d'indiquer la prononciation du g, qui, si on écrivait geule, risquait d’être prononcé g. Mais la prononciation assimilait ce mot à ceux où l'es provient d’6 latin : gueule n’assoné ou ne rime qu'avec eux.
Coule de colat présente ox pour eu ; c’estencore un fait d’analogie : Pancien français disait keule (voy. eskeule dans Bodel, Congés, v. 136). — Il est à peine utile de faire remarquer que console est un mot savant.
7° Devant les labiales. Les phénomènes qui se présentent ici ne sont pas aussi simples que ceux que nous avons vus jusqu'à
1. L’s + r de co(n)s(u}ere ne suffit-elle pas à faire entrave ? Je ne le pense pas : cf. s + 7 dans pe(n)s(i)le, d’où prise, poële. Si cependant cosere avait un 6 entravé, il aurait donné cousdre, et keusdre serait une forme due à l’analogie de keut — csit.
présent. Il semble que la labiale ait exercé une influence sur l'6 précédent et l’ait empêché de suivre son développement normal. Mais il est très difficile de se rendre un compte exact de ce qui s’est passé, parce que lou moderne, qui n’est qu’une mauvaise
notation du son # (allemand ou italien), se distingue mal de
lou ancien, qui est une diphtongue composée de o + x, et qui, comme on le-verra plus tard, est la source de lex moderne. Les mots latins de cette classe qui ont passé en français sont peu nombreux; nous examinerons successivement ceux où l’6 se trouve devant b, br, bl, p, pr, pl, v.
1. Devant à. Ubi faitot; dans l’anc. fr. il est possible qu’on ait eu deux formes, l’une avec diphthongue (fr. mod. eu) quand le mot était tonique, l’autre avec la voyelle simple (fr. mod. ou) quand il était atone. Le ms. L d’Alexis écrit tantôt ow, tantôt o et tantôt # !; mais on ne voit pas que cette différence réponde à des conditions toniques différentes. Le composé monosyllabique lau, si fréquent dès le xu° siècle, indique une forme atone de ubi ; il semble qu’il y ait eu à côté un composé en deux syllabes la eu, d’où leu (voy. par ex. Thèbes, v. 20, ms. À, dans Constans, la Légende d'Œdipe, p. 244, Lxxt), qui est devenu plus tard leur, employé dans plusieurs textes wallons du moyen âge ?. Le fr. mod. ox serait donc la forme atone généralisée, comme pour nous, vous, etc. — Cubat a fait keuve, que cite Littré d’après Guillaume de Machaut et qui se trouve antérieurement; mais couve se rencontre dans plusieurs textes du xui° siècle, et s'explique sans doute par l’analogie des formes faibles, à moins qu'on ne regarde ici o4 comme l’ancienne diphthongue, qui aurait été arrêtée dans son changement en ex par affinité du v, consonne labiale, avec la voyelle labiale 0, en sorte que colat et cobat{5] donnant semblablement céule et couve, le premier serait devenu kéule, le second n’aurait passé à
1. Voy. Rom., IX, 118, où à cinq reprises, dans les indications de vers, il faut corriger cen e.
2. Voy. Tobler, dans Gœlt. Gel. Anz., 1874, p. 1046. La forme /o7 dans Richart le Bel, v. 3630, n'est qu’une notation différente du même mot. Pour la composition et l'addition (sans doute euphonique) de l, comp. lavour, m. s., dans les patois modernes de la Saintonge et du Poitou.
[*3. Zeitschr., VI, 166.]
has à
NRA def, 72
AN Er
FF
san Te
kéuve qu’exceptionnellement, et serait, à cause du v, resté côuve, devenu plus tard couve. On sent qu’il est impossible de décider la question, couve n'ayant pas de rime. — Dube, nom d’un fleuve qui du reste est aux extrémités du territoire français,
paraît avoir donné toujours Dou (écrit aujourd’hui Doubs) et
non Deul'|.
2. Devant br. Robur a donné rouvre ; roure est une forme dialectale, où la chute du v est postérieure à la fixation de la voyelle; je ne connais ni reuvre ni reure. Il faut donc ici admettre que le v a empêché l’éx de devenir eu. — Cdl6bra proparoxyton est devenu colobra paroxyton, comme l’a montré ici (Rom. VI, 433 ss.) M. Louis Havet. Si l’on n'avait que le mod. couleuvre, on pourrait l'expliquer tout simplement par la transformation de 6 en es, mais la comparaison de l’esp. culebra pour culuebra?, l'orthographe coluevre, et l'examen des rimes prouvent que nous avons bien affaire ici à un 04. — Octobre, cité par Diez, est, cela va sans dire, un mot savant; on trouve
[*r. Douf, Chartes. Dou, acte de 989, dans Lex. Doc. des arch. de Saône-el: L. antér. à lan 1000, Chalon, 88, p. 28. Doue, fém. dans Marot, voy. Armbruster [Geschlechtswandel, p.135].]
2. Cet argument à lui seul ne serait pas solide, parce qu'il arrive assez souvent à l’espagnol de traiter 6 comme 6, c’est-à-dire de le diphtonguer à la tonique; cf. Diez, trad. fr., I, 148.
3. Voy. par ex. E. de Fougères, CCXXXVI (ovre descovre ovre colovre) et les rimes avec wevre citées par Littré.
4. M. Havet attribue le changement d’6 en à à l'influence de l’r, qui aurait exercé la même action dans nura (pour nuru) devenu en it. #uora, et dans côpreo (— cupreo) devenu cpreo d’où cuivre; il compare & pour é dans genièvre de junepiro pour junipero. Mais ses rapprochements avec l'alternance de i ete, u et o en latin (additur addere, robur roboris, etc.), ne sont pas exacts : il s’agit là de voyelles atones et non toniques. D’autres sont contestables. Nora, qui a un Ô dans toutes les langues romanes, a dû subir l'influence de quelque analogie perturbatrice (soror ? cf. it. suora, nuora). Une telle action de l’7 sur une voyelle accentuée est difficile à accepter (cf. flore, véro, etc.); peut-être, comme on le verra plus loin (p: 252, n. 5), est-elle vraie du groupe (br, pr =) vr, et encore faudra-t-il la restreindre à l6 transformé en à, car le changement de junipero en junepiro [* Zeilschr., VI, 166] me paraît dû à l'étymologie populaire (immixtion de piro, obtenue par l’interversion de l’e et de l’; de junipero).
en anc. fr. #itouvre qui vient régulièrement ‘ de octobre ?, si on admet que la conservation de la labiale empêche la diphthongue ou de passer à eu. — Sobre est savant.
3. Devant 4. Mobijle sous l'influence de môvere, môÔvita, etc., est devenu môble, d’où #ueble (voy. Rom. IX, 333). — Nôb(ijle n'a jamais pu donner #ble, l’ù ne venant en français que de lo bref latin entravé (ou de la diphtongue au) : noble est un mot savant, tout comme son dérivé nobilie (d’où mobile, nobire) de nobilio, dont le » conservé l'indique assez.
4. Devant p. Je n’ai trouvé pour lupa d'autre forme que louvel |, ce qui confirmerait l'hypothèse d’après laquelle le v immédiatement suivant a empêché ow de se changer en eu (conf. encore Lupara Louvre); mais l’histoire de lupo présente plus d’une difficulté. Le p, affaibli en b, puis en v, a fini par passer à u, et s’est sans doute confondu avec l’4 de la diphthongue ancienne : /ôuu, lôu. On pourrait croire dès lors que la forme actuelle lou(p) tient à la présence de cet u — v — p, comme celle de louve tient à la présence de v — p; mais il est impossible de contester que la forme leu a été longtemps la forme usuelle du français +. Leu est attesté spécialement pour Paris et la contrée avoisinante : les rues du Petit et du Grand Hurleur formaient autrefois le quartier de Hueleu, nom composé de l’impératif de huer et du mot leu, loup, et, sous le déguisement de la dernière syllabe de hurleur, le vieux leu s’est maintenu là jusqu'à nos jours. Divers noms “de lieux formés de même se terminent en Jeu : tels sont CanteleuS, Pisseleuf, qui subsistent à côté des formes dialectales ou modernes de Cante-
1. Octoivre, cité par Littré, est peut-être une façon d’écrire ocloevre, ocluevre; ce qui indiquerait que lo aurait été traité comme bref (cf. p. 252, n. 6).
2. Le latin vulgaire avait, dès le 11e siècle avant J.-C., la forme analogique octembre, qui se retrouve en anc. fr., en prov. et en roumain. … ("3 Love : 0e, Ren., IX, 1804, loe, Mey., Rec., 31, 58].
4. Je parlerai plus tard de la remarquable assonance de leu en é = a dans Aucassin.