Haute-Marne, Saône
4. M. Littré (voy. au mot Leu) pense que le mot loup est ici deux fois répété, les loups marchant les uns derrière les autres ; mais la construction ne s’expliquerait pas. La forme à la queue lou lou (citée au mot Queue) favoriserait, il est vrai, cette explication ; mais elle prouve seulement, comme le premier leu dans queue leu leu, qu’on ne comprend plus l’ancienne construction.
5S- Couf, cité dans Sainte-Palaye d’après la traduction des sermons de saint Bernard, semble être la 1re pers. du prés. de l’ind. de ce verbe.
ment aux deux formes latines? Il est probable que les deux mots se sont mêlés en français. La plus ancienne forme est le soure (pagiens) d'Eulalie. Comment doit-on Pinterpréter ? À mon avis il faut conserver l’ et lire soure, comme, dans le même texte, bellezour et soue (je reviendrai plus tard sur ce point). On ne trouve nulle part en ancien français trace du p de super ou supra : il avait été absorbé de bonne heure, comme celui de lupo. Süur, sûure, est devenu régulièrement seur, seure, qu'on trouve pendant tout le moyen âge ; Guillaume de Lorris (voy. Littré) fait encore rimer sore et hore (c.-à-d. seure et heure). Sure est donc üne forme moderne ', amenée par la proclise? (cf. du de deu, prudhomme de preudomme) ; si la langue avait gardé l’ancien adverbe deseure, au deseure, il est probable qu’il aurait eu, mais elle l’a laissé perdre au profit de dessus, at-dessus, qui sont composés avec suso. Copro = cupro paraît être devenu copro, d’où cuevre anc. fr. — Cooperit, devenu coprit, devrait, semble-t-il, avoir un 6, puisque son o résulte de la contraction de deux o (cf. ci-dessous côrte de cohôrre), mais il y aura eu sans doute élision et non contraction, car l’o est traité comme 6 : il donne en anc. fr. cuevre
1. Je ne puis dire à quelle époque elle apparaît. Naturellement sur dans les Manuscrits anglo-normands doit s’interpréter autrement. Dans les éditions de textes du XIIIe s. on trouve souvent swr, mais il faudrait vérifier les manuscrits, les éditeurs étant portés à substituer inconsciemment la forme moderne à l’ancienne. — Seur paraît avoir pu rimer en eu encore au xvie s. (Rom, V, 396).
2. C’est aussi l'explication de M. Bæœhmer. Mon cher et savant ami Ad. Mussaña m'avait envoyé la même remarque au sujet d’un passage de la Romania (VIT, 2) où je disais à tort que supra en français donnerait régu. lièrement sure. Cf. ci-dessous, p. 256, n. 1.
3- Il faut distinguer ce cuevre de cuivre, qui vient de cupreo, et dont je ne m'occupe pas ici, à cause de la présence du 7. Dans certains textes, il est vrai, Cuevre peut être une simple notation de coivre (Mussafia, Zeïfschr.., I, 410); mais ailleurs on trouve les rimes cuevre, recuevre, etc., et des graphies comme gœuvre (Baud. de Seb. cité par Littré).
4. Cette 3e personne et celles de offrir et soffrir, dont je parlerai plus loin, sont les seules dans l’ancienne langue qui, n’appartenant pas à la 1re conjugaison, aient un e féminin final, nécessité par l’euphonie. La langue moderne y a ajouté bien à tort des formes comme ÿ/ cueille, il tressaille, etc.
PA
rimant avec oœvre ! — dpera et — dperat®?. Lefr.mod. couvre est assimilé aux formes faibles. — Recuperat, devenu recoprat, devrait faire rekeuvre, mais à la rime ce mot figure avec cuevre, uevre (opera, operat), et il paraît ainsi probable quel, comme dans colubra, s'était changé en à5. Le moderne recouvre est analogique #.
6. Devant pl. Les groupes p/, bl, font-ils ou ne font-ils pas entrave? [1 semble que la réponse ne soit pas la même pour toutes les voyelles. 4, dans capulat, -abile, est traité comme entravé; mais é dans èbulo, à dans pôpulo, sont traités comme libres. Pour é il semble qu’on ait les deux traitements: on rencontre feble et feible, deble et deible. Pour 6 ces groupes semblent bien faire entrave : déplo, cépla ont donné double, couple, jamais deuble, keuple. Le nom d’arbre popolo paraît faire exception, puisqu'il donne peuple (d’où peuplier), et non pouple $. Mais nous voyons par d’autres langues (it. piôppo et
1. Il ne faut pas écarter la possibilité que côvrit soit devenu cdvrit sous l’influence de vr : voy. ci-dessous, n. 4.
2. L’étymologie d'ouvrir est encore incertaine ; la diphtongue we dans weure n'indique pas nécessairement un o bref (cf. ci-dessous la note). Notons en passant que la forme avranz, citée par Littré et admise par Diez d’après un psautier anglo-normand (Michel, Libri Psalm., vers. gall. p. xvüj), doit être écartée : il faut lire auvranz, comme dans les passages correspondants du Ps. de Cambridge (V, 10) et du Ps. de Montebourg (V, 11 aovranx).
3. Mais il est possible aussi que rekeuvre, de recouvrer, ait êté par erreur assimilé à recuevre, de recouvrir. Ces deux verbes ont été absolument confondus au xvure siècle.
4. Si on embrasse d’un coup d’œil les mots cuevre couluevre oitueure (2) recuevre cuevre de côpro colébra octébre recôprat côprit, auxquels il faut ajouter juevne (ou juevre) de jévne et sans doute swefret de séfrit (pour suffert), on sera porté à croire que le groupe wr (vu, fr) a changéun 6 précédent en 6, en sorte que les explications proposées pour chacun de ces mots devraient être remplacées par cette explication générale (cf. Mussaña, Zeilschr., 1, 410). Seulement rouvre et Louvre resteraient en dehors de la règle. — On peut reconnaître une influence analogue du v + y dans plueve — pluvia et flueve = fluvio dont il sera parlé plus tard.
5. D’après Littré, on dit pouple dans le Centre; ce serait la continuation fidèle de pôplo, à moins que pouplier nait influé sur son simple, comme, chez nous, peuple a influé sur peuplier,
End ui
pôpolo, etc.) que péplo avait été changé en pôplo, sans doute par confusion avec l’autre poplo; et on trouve anciennement en français, pour l’arbre comme pour le substantif collectif, la graphie pueple, qui indique la confusion des déux mots |*?].
7. Devant v' : 6vo étant devenu dvo en latin vulgaire ?, il ny a que movit et cognovit, qui donnent régulièrement meut et coneut 5. — L'6 de jévene — jüvene est devenu 0, d’où jueune (juefne) juene jeune, ce qui est propre au français, les autres langues ayant conservé l’6. Il faut sans doute reconnaître ici une influence du groupe v# analogue à celle du groupe vr (cf. la forme juevre pour juevne)*.
8. Devant les nasales. La diphthongaison de lé est empéchée par la nasale, comme celle de l’o (au moins dans la plupart des dialectes), et pendant tout le moyen âge 6 et à devant une nasale (don et bon, corone et bone) rimentensemble. Je ne puis étudier ici l’histoire de lo nasal. Je me bornerai à dire que, comme toutes les nasales françaises, il faisait, au moyen âge, entendre dans les terminaisons masculines la consonne après la voyelle nasale : bôn et non #6 comme aujourd’hui, et que dans les mots féminins où l’oest séparé de l’e final par #1 ou # simple ou redoublée, la voyelle était tout aussi nasale qu’elle l’est quand elle en estséparée par #1, n suivies d’une autre consonne ; ainsi
1. Tuf, inconnu au moyen âge, ne vient pas directement de /6/0, mais de l'it. lufo.
2. Pourquoi ? Y a-t-il eu une influence de v sur l’6 précédent, semblable à celle que nous avons attribuée à vr ?
3. Ou plutôt movit est devenu môut d’où weul; de même co(g)nout, coneut. Dans ces mots, comme dans eut (pron. ut), tut, plut, sul, put, plut, dut, but, perçut, crut, lut, Vancien eu, d'origines diverses (6 + 1, au + u, d Hu, à + u), est devenu en fr. mod. #, ce qui n’a pas lieu dans les autres mots (sauf dans sur, prudhomme, du, où il est proclitique). Cette prononciation remonte au moins au Xve siècle et sans doute plus haut. Je la crois amenée par l’analogie d’une part avec les parfaits comme voulut, valut, etc., d'autre part avec les personnes faibles meüs, eüs, peüs, beüs, etc., devenues vus, (e)us, pus, bus, etc. (de m. sümes, (e)umes, piümes, bümes, etc.); quelques-uns de ces verbes avaient d’ailleurs dès l’origine un #àla 1re pers. sing. — L’uniformisation, parfois violente (vimmes, etc.), des deux séries de formes des parfaits forts est un des faits importants du français moyen.