I. Ü tonique entravé == ou
… Diez, ne distinguant pas dans les voyelles entravées celles qui sont longues de celles qui sont brèves, fait deux séries au lieu de trois pour les voyelles labiales entravées, et distribue la seconde (0, à) dans les deux autres d’après l'apparence orthographique. Il ne faut pas examiner : 1° lo « en position », 2° l’ «en position »; mais: 1° lo (lat. à) entravé; 2° l’6 (lat. 6, #) entravé ; 3° l’u (lat. %) entravé. Il suit de là que toute cette partie de la phonétique, dans la Grammaire des langues romanes, n'a plus de valeur aujourd’hui.
Laissant de côté à et # entravés, je m'en tiens à 6 (— 6, à) entravé, et je pose en règle qu’il donne toujours en français ou, jamais eu, à, ni u. La difhculté est de reconnaître les cas rares où o entravé est long, les cas rares où # entravé est long, pour admettre les premiers et écarter les seconds. On y arrive cependant par divers moyens, surtout par la continuation même de chaque voyelle en français et en roman. En règle générale, tout o entravé est bref, tout # entravé est bref; je ne chercherai à établir la valeur 6 que pour l’o entravé et non pour l’u; pour
fermé ordinaire s’est plus tard, comme ce dernier, transformé en à en se nasalisant, et a reparu, après la destruction de la nasalisation, à l’état d’ô, comme lé ordinaire (bônne, donne). Je n'ai pas d'explication à donner pour suemes de sumus, cité par M. Foerster (Zeitschr., IT, 499), à moins qu’on ne puisse y voir une assimilation imparfaite à aviesmes, puissiemes, etc., dans un dialecte où les seules formes de 1res pers. plur. qui eussent la terminaison -mes la faisaient précéder de fe, les formes en o ayant toujours -#s (ainsi entre avons et aviemes la forme isolée somes était exposée à devenir sons ou suemes). .
lu entravé au contraire j'aurai à démontrer la valeur #% et non la valeur 6. — Je vais étudier rapidement lé entravé en classant les exemples d’après la première des consonnes qui forment lentrave.
1° Devant » : burra bourre, turre four, currit court, [*curru crre], reburro, mot du latin vulgaire devenu reburso?, rebours, d’où rebourser rebrousser ; surdo sourd, gurdo gourd, curto court, eXcurtiat escource anc. fr.5; curso cours, UrSO Ours, thy rso tours trous +, SUrso sours anc. fr., sursa sourse source Mdiurno jour, alburno aubour a. fr., Turones Tours, furno four, purpura pourpre, turba tourbe, turbulat fourble troubles, curvo courb cour dans courban, cucurbica pour cucurbita coourge courge ; surgere sourdre, furca fourche, quadrifurco quarrefourc carrefour, burgo bourg, Bituricas Beourges Bourges, etc. ; gurgite gourt?, tur-
1. Les formes fortes de courir ont souvent eu (keur keurs keurt keurent keur) : j'ai eu tort (Rom, VIT, 2) de le remplacer par cuer, etc. ; ces formes, comme me l’a fait remarquer Ad. Mussafia, ne se trouvent pas en rime avec 7uer, etc., et si elles se présentent graphiquement on doit les expliquer comme guele pour geule (voy. ci-dessus). Il faut d’ailleurs remarquer que les formes cour, court, etc., se présentent souvent dans les anciens textes, contrairement à ce que j'ai dit. Malgré cela, on peut toujours expliquer keur, etc., par une forme curo, etc., qui aurait existe à côté de curro etc. Mais cf. ci-dessous, p. 263.
2. On ne peut séparer le bas-latin rebursus de reburrus qu’on trouve dans le Pentateuque de Lyon et dans plusieurs glossaires du moyen âge: Rebours et rebrousser doivent donc être séparés de broza et autres mots auxquels Diez les rattache.
3. Escourcier veut dire habituellement « retrousser » son vêtement, s’escourcier « se retrousser »; de là escourz, la partie de la robe qu’on retrousse, le devant, le giron (voy. l'exemple de Roquefort) ; on retrouve dans divers patois actuels les mots écour, écourchon, « tablier ». De là aussi lall. schürze, le suéd. skært, le holl. schort, « tablier ».
4. Conservé dans /rou de chou. De là p.-ê. aussi rousse, trousser, voy. Rom., IX, 333.
s. Mais non turbat /rouve, en anc. fr. {rueve ; voy. Rom., VII, 108.
6. Cucurbita a changé son / en € par assimilation au suffixe -ica, si répandu. Gourde est moderne, et n’est qu’un abrégé du prov. cougourde.
7. Gourt est certainement la forme la plus usitée, comme je lai dit Rom: IX 332 [* Zeitschr., VI, 166]; mais je dois reconnaître qu’on trouve aussi
PHONÈTIQUE : © FERME 257
tura! tourte?. La seule exception est viorne de viburna. — Je nai cité jusqu’à présent que des mots qui en latin classique ont un #°; il y en a un certain nombre qui ont un 0, lequel, étant long, a dû donner on en français : ordine avait l’o long, comme le montre la graphie, fréquente dans les textes des VS=vue s., urdene +; en effet, le dérivé anc. fr. est orne, qui rime toujours avec des mots comme sejourne, mournes, etc. Le fr. ôrdre est un mot savant, comme le montre le traitement des consonnes : il appartient à tout un groupe de mots introduits vers le x° siècle, quand la prononciation du latin était devenue tout artificielle, que tous les o entravés se prononcaient, comme aujourd’hui, ouverts, et que les clercs commencaient à écrire la langue vulgaire et à y introduire des mots latins. — Cohorte s'étant contracté en corte, les deux o brefs ont produits un o long dans corte, écrit de bonne heure curtef, d’où le fr. court cour. — Tornare et tous les mots de même famille devraient avoir l’o ouvert (cf. =5572c, =ipvec), et nous le trouvons tel en effet dans tordre, tort, lorche ; mais à côté on trouve
gôrt attesté par la rime, par exemple Charele, éd. Jonckbloet, v. 3093 (: fort), Mir. de N.-D.de Chartres (: mort), p. 53, 58 [* Brend., 168 ; Percev., 2524]. Le composé regort semble ne présenter que l’o ouvert. Est-ce le même mot?