‹ Mélanges linguistiquesChapitre 23 sur 45 · Le fr. mod. orle (masc.) vient sans doute de l’it. orlo · texte numérisé non relu

Le fr. mod. orle (masc.) vient sans doute de l’it. orlo

s. En considérant les mots viorne, forme, ordre, orle, le pop. orne, auxquels il faut joindre morne, en anc. fr. #ourne (comp. la prononc. pop. aujordui), on peut se demander si l’suivie d’une consonne n’a pas exercé une influence particulière sur l’6 précédent. Mais en comparant courbe, sourde, ajourne, ete, on trouvera plus vraisemblable d'adopter pour chacun de ces mots l'explica= tion que j'en ai donnée (sauf pour viorre) où une autre explication par-

. dans djorso (— class. deorsum) ? je l’ignore', mais il à été modelé d’après surso, devenu suso : de même djuso, it. giuso gi, eSp. Juso, Jus, pr. jus?, roum. diu3. — Aliorso est écrit au m. à. afllors et ailleurs (norm. aillurs) ; il devrait être aujourd’hui uillors si lo était ouvert, aillours s'il était fermé : ailleurs est dû sans doute à l’analogie des nombreux mots en —eurs.

2° Devant s: russo roux, russa rousse; gusto goust#, gustat gouste, a(u)gusto aoust, locusta laouste anc. fr., langouste, musto mousl, crusta crousles. — Les mots en 6 sont co(n})stat cousle, mo(n}strat moustre$. — Quand la lettre qui suit s est un c, il faut distinguer deux cas : suivi d'a le « se comporte comme toute autre consonne et lé devient ou (musca mousche, luscat lousche) ; il en est de même dans le groupe scl (muscula sousle) ; mais sile c est suivi d'ou) ou d’e(i), sc s’'intervertit en cs, et l'étude des mots de ce genre appartient au paragraphe consacré à l6 entravé devant une gutturale. De là quelquefois une grande différence entre le masc. d’un adjectif et son féminin : lusco en anc. fr. donnait lois, et lusc'a lousche ; la langue moderne a uniformisé.

ticulière. — La valeur de l’o dans ces mots en anc. fr. et l’origine de cette valeur dans la quantité de l’o latin ont déjà été indiquées, plus ou moins complètement et clairement, par MM. Schuchardt, Tobler, Lücking, Fœærster et Bœhmer.

1. Venant sans doute de devdrsum, il pouvait avoir l’o bref par nature ou long par contraction.

2. À côté le prov. a jos, et même jo/z ; y a-t-il là une influence de so/z ? 3. Le roum. a aussi 405, ce qui indiquerait une forme en 6 (cf. le bas-latin josum) subsistant à côté de dyuso.

4. Je rétablis l’s de l’anc. fr., qui en disparaissant en français moderne a allongé la voyelle.

5- La brièveté de l’x dans ces mots est attestée par son changement en ou; cf. füt de füste. L’étymologie la démontre pour quelques-uns : ainsi augustus tientà augür, et ce thème gür est le même qu'on retrouve dans gustare.

6. L'allongement de l’o (car co, con, com en composition a un à, malgré cui) résulte de la chute de l’n suivante, accomplie très anciennement dans la prononciation latine. — Je n’explique pas l'anc. fr. pentecouste, de revrnxosti : mais le goth. paintekuste montre que cette prononciation est ancienne.

3° Devant une dentale : gutta goutte, glutto (et nor gluto, cf. Diez') glout, ingluttit englout anc. fr., futuit fout ; d(u)odece douze. À gluttit on peut rattacher sin=. gluttit, qui s’est dit de étymologie populaire pour singultit et de même singlutto pour singulto (voy. Schu= chardt, I, 234). On dit “aujourd” hui sanglote et sanglot, mais l’ancienne langue disait régulièrement sanglout (voy Littré); la cause du changement est sans doute l’analogie : on a fait rentrer le mot, à peu près isolé dans sa terminaison, dans la classe nombreuse des mots en -05. Il faut ranger ici tout de tôtto dont il a été parlé plus hautt. — Mutto a fait wôt (par ex. Rol. 1190, 2285, etc.) et non wout, par une déviation qui se retrouve dans le prov. mt [5] et lit. môtto, et qui remonte par conséquent au latin vulgaire. Je serais porté à l'expliquer par un rapprochement d’étymologie populaire avec môovito, la parole étant comprise comme un mouvementé. Au reste, on trouve aussi out ; Littré cite cette forme dans les Assises de Jérusalem, et en anc. fr. mot figure assez souvent à la rime avec des mots qui ont aujourd’hui out7. — Je suis

1. Seulement Diez dit que gluttus a dù exister à côté de glutus; sil en était ainsi, glutto aurait un % et donnerait en fr. glut et non glout. Il faut écrire le mot latin avec deux / et y regarder l’# comme bref.

2. Un # suivi d’ plus une autre voyelle équivaut à un / double.

. Lit. dit singhiézzo de singluttio pour singultio. L’anc. fr. disait tolontie souglout de erttties l'étymologie populaire ayant changé sin en sub-. [* V. Loewe, GI. Nom., p. 169.]

4. La rime de /ut en u, dans le Le. ut de Munich, est tout à fait exceptionnelle. Voy. l’explication qu’en a proposée M. Mussaña (Zeitschr., 1, 408).

[*s. Zeitschr., VI, 166.]

6. On pourrait objecter que mdvita a donné wuele, meute. Mais on a pu tirer de »0v-, à l’aide du suff. -i/o, deux participes à deux époques successives (voy. Rom., VIII, 446). Le premier m d vito était déjà devenu mdvto, d'où môl, quand a été créé le second mdvito, d’où môvita muovVita wuele. Le fém. de môvto, movta du thème mov- me paraît avoir donné molle, proprement « mouvement de terre », dont on a proposé tant d'étymologies, toutes peu acceptables (voy. Littré). — Au reste, si môt a été influencé par mdvto, il est pourtant certain qu’il vient de mutto, comme le montrent les formes en ow, le nap. #ullo, sic. muttu, etc.

7. Voy. Mall, Comput, p. 513; Stock, Rom. Stud., III, 454, etc.

porté à croire que ronge vient de rodicat, comme le supposait Ménage. En effet rumigat, dont on le tire depuis Diez, a un ñ, et donne en anc. fr. runge, qui se serait sans doute maintenu :; il signifie d’ailleurs « rumine », comme son original latin 2; enfin le berrichon et le poitevin ont gardé roñger. Il est probable que rougier « ronger », s'est changé en rongier[| sous Vinfluence de rungier, « ruminer »; ce changement paraît d’ailleurs remonter assez haut. — Citons encore quelques mots qu'on range par erreur dans cette classe. Gutto aurait donné got, d’où godet, mais un { double ne se change pas en d#; godet se rattache à goder. — Guttur vivrait dans goitre; mais le mot n'apparaît qu’au xvi* siècle (gouetre dans Ambroise Paré cité par Littré) ; il parait savoyard. On trouve en ancien français, il est vrai, goitron, guitron au sens de « gosier » [5]; ces mots semblent venir d’un dérivé de guttur; il faudrait alors supposer une forme guctur, dont on ne voit pas l'explication. — Outre ne peut venir de ütref, qui aurait donné eure [*cf. Littré loure]; il n'apparait qu'au xvi‘ s. sous les formes bizarres ouiltre et ouistre (v. Littré), qui doivent signifier simplement ouitre et provenir de quelque dialecte méridional (le prov.

1. Il est vrai que le son unge n’a point passé en fr. moderne : runge, dans l'expression fréquente an runge (cela me vient au runge, & me revient toujours à la pensée » ; au propre l'herbe que les bœufs remächent leur vient au runge) n’a guère d’autres rimes qu’acomunge, escomunge; dans Ét. de Fougères (c. 241) ces deux mots et runge riment avec plunge, fr. mod. plonge, ce qui favoriserait l'identification de rungier et ronger. [* Rungier, ruminer, dans l'Orne (Duval, p. 87).]

2. « Le bœuf, dit M. Littré, ronge ce qu’il rumine. » Il me semble queces deux opérations présentent un aspect si différent qu'on n’aurait pas eu l’idée de les assimiler sans la proche parenté de son de rougier et rungier.

[*3. Roongier Ruteb. II 72, cf. Zeïtschr. VIII, 215.]

4. Diez et Littré ont vu la difficulté de la consonne, mais ils ne l’ont pas jugée insurmontable; ils ne parlent pas de celle de la voyelle. M. Brachet écarte l’une et l’autre par des analogies qui ne sont qu’apparentes ; M. Scheler ne les indique pas.

[*5. Cf. Waldner, [Parasit. I,] 29.]

6. Diez établit avec raison (Gramm., trad. fr., I, 153) la brièveté de l’u dans utre; voy. l'ex. décisif de Martianus Capella dans le Thesaurus de Quicherat. +

ordinaire ditoire) ; la forme outre vient sans doute de lit. tre; l'esp. dit odre :. |

4° Devant les labiales : cuppa coupe*, puppa (pour puppe) poupe, stuppa éloupe>; rupta roule, Tupto ro anc. fr.#, supplo (pour supplice, comme simplo duplo. triplo pour simplice duplice, etc.) souple; corruptiat. courrouces, dubitat doutef, subtus soux, sous; subita soude et soute anc. fr.7; cubito coute et coude ; sufflat souffle. Suffert devenu séffrit donne en anc. fr. suefre (soefret dans le ms. O de Rol.): on comprend que fr n’ait pas formé d’en-

1. L'usage des outres était répandu en France au xne siècle; mais une outre s'appelait bouc (voy. p. ex. Os. v. 4262, écrit bolc et en variante bouts Ps. M. XXXII, 7 ensement cum en but (1. buc), lat. sicut in utre (Ps. C. cum en bouz), etc.). De là boucel, qui a le même sens (voy. p. ex. Ps: Mn LXX VII, 16 bucel — utre), qu’on a souvent écrit boutel et traduit à tort par « bouteille », comme on a confondu bouc avec bout — butte.

2. Cuppa n’a rien à faire avec cupa, qui a un %, un seul p ét un tout autre sens. Peut-être faudrait-il lire cu ppa dans quelques passages classiques où on lit cupa.

3. 11 faut indiquer ici toute une série de mots, d’origine fort incertaine, en -oup, -oupe, dont plusieurs remontent peut-être au latin, bien qu'on ne les y retrouve plus : coup (anc. fr., « cocu »), croupe (on trouve aussi crue), toup (anc. fr. d’où loupef), troupe (on trouve frope au XVIS s., mais non au m. à. [* Zeilschr. VI., 166.], ce qui sépare ce mot de /rop, d'origine sans doute. germanique, voy. Rom. I, 490), houppe (ne vient pas de üpupa qui a donné régulièrement huppe), loupe, soupe (signifie originairement, quoi qu’en disent Diez, Littré, Scheler, etc., « tranche de pain » et non « ce dans quoi on la trempe »; de là souper, à l’origine « faire collation » et non « manger la soupe » au sens moderne).

4. Rout signifie rompu, mais particulièrement « atteint d’une hernie », d'une roulure.

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