‹ Mélanges linguistiquesChapitre 26 sur 45 · Rusé a été rayé dans l’exemplaire de Gaston Paris · texte numérisé non relu

Rusé a été rayé dans l’exemplaire de Gaston Paris

4. Cette réduction, qui dans la langue commune n’a lieu que pour ce mot, joue un très grand rôle dans l’histoire de l’a infecté dans les patois. En français même, elle se produit de très bonne heure, comme j'ai l'intention de le montrer dans un mémoire spécial, dans les noms de lieux ou acum est devenu i (y). Mais ici le phénomène est un peu différent : c'est sé qui s’est réduit à ï, et non simplement ié. De même, dès les origines de la langue, on a eu gist == gieist = jacet, chie — chieie — ca cat (que Diez n’a pu expliquer), dis = dieis — decem etc.

3° Après 1, ef, oi provenant d latin, nous trouvons la même difhculté que pour les terminaisons en gwer, iller : Vi de iéne s'écrit plus, mais ne se prononce-t-il plus ? Dit-on pri-er où pri-ier ? On peut hésiter pour ce mot et les semblables ; mais on dit certainement non pai-er, tlournoi-er, mais bien pai (= pé)-ier, tournoi (= tournwa)-ier, et l'orthographe même l'indique, puisque l’y est ici considéré comme équivalent à deux. Je crois qu’il faut admettre aussi deux 7 dans prier, plier etc. ; déjà au moyen âge on trouve le plus souvent ces formes ainsi écrites pour plier, etc. — Les mots de cette catégorie terminés en #en ont subi un accident particulier : les deux syllabes n’en forment plus qu’une : chrestiien, anciien sont devenus chrétien, ancien (le premier de ces mots est disyllabique souvent déjà au moyen âge, le second ne l’est que depuis le xvur® siècle)! ; ceux qui se terminaient en ofen ont conservé les deux ?, rendus par y: doyen, moyen, Troyen. Le mot paien forme une exception unique, où l’un des deux à de païien, sans doute le premier, a disparu: — Il est à remarquer que de cette finale sen, qui en anc. fr. ne dérive de anus que dans certaines conditions, la langue moderne a tiré un suffixe en, qu’elle applique à tous les radi= caux : snécanicien Prussien comédien gardien théologien Parisien galérien ; ce procédé paraît s’être développé sous l'influence de Pit. -iano : limitation est sensible par exemple dans gardien comparé à guardiano (qui s'explique par guardia). La prononciation actuelle et quelques poètes font ce suffixe moderne monosyllabique ; la théorie de la versification et l'usage jusqu’à ce siècle lui attribuent deux syllabes (voy. Quicherat, Traité de versification).

Voilà sous quelles restrictions il faut entendre que le v. fr. ié provenant de 4 infecté d’i a été réduit à é en fr. moderne. Mais ce cas n'est pas le seul où la diphtongue sé ait été ainsi modifiée. Quand elle vient de 4 + : ou de ë, elle passe à l'é simple dans les conditions suivantes :

1° Après ch, g : boucher cocher clocher vacher — berger léger étranger verger etc. ; de même gel, dégel pour giel (é devenu é comme dans mer, mère, VOY. Alexis, p. 49); cf. ciel, miel, fiel;

1. Lien (anc. liien) est resté disyllabique dans la versification, mais la prononciation réelle ne lui donne qu’une syllabe.

— geint pour gient [*est autre chose et appartient à la morphologie '].

2° Après les dentales, plus 6, ss, s, r, le ié provenant de 4 + à ou de ëse maintient, ce qui le distingue de lié précédent : éprcier (cf. commencer), peaussier (chaussée), quartier (iointée), etc.

3° Après #, notre orthographe hésitante met tantôt #6 (joaillier), tantôt er (poulailler) ; elle donne parfois les deux finales au même mot, en essayant d’assigner à chacune un sens différent (médailler médaillier, aiguiller aiguillier) ; d’autres fois, ne reconnaissant pas le même mot sous deux formes légèrement différentes, elle écrit l’une par er, l’autre par ier : quincaillier, mais clincailler. D’après ce qui a été dit plus haut, il faut regarder l’i comme existant en réalité dans toutes ces formes, même dans celles où l’Académie ne l'écrit pas.

Il résulte des observations qui précèdent que ch, g, en français moderne, suppriment l’; de la diphtongue #6 qui les suit, quelle que soit sa provenance (excepté dans chien); que les autres consonnes ne le suppriment que quand il provient de 4 infecté par un ? précédent ; que 5, ei, oi, ñ et le maintiennent à peu près toujours (paien Chrétiens sont des cas spéciaux), bien que l'orthographe semble souvent en indiquer la chute.

Pour compléter cette brève étude, il resterait à examiner deux points : l'époque où la réduction de ## à € s’est effectuée et la manière dont les dialectes de langue d’oïl autres que le français proprement dit ont traité la diphtongue 1 commune autrefois à tous. On peut joindre à ces questions l’examen des cas où l’anc. fr. éest devenu # en français moderne. — Ces trois points seront prochainement l’objet de notes du genre de celle-ci =. [Romania, IV (1875), p. 122-125.]

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