‹ Mélanges linguistiquesChapitre 43 sur 45 · De même pour br : lenebres, celebre · texte numérisé non relu

De même pour br : lenebres, celebre

A cm

latin des clercs de l’époque mérovingienne, ce qui explique la chute du d dans des mots d'emprunt comme aorer, beneïr, obeir, preechier*. D’autres, où le d s’est conservé, comme credulitét, ereditét, idee, multitüdene, obediënt, odor, ont été empruntés plus récemment et représentent la prononciation réformée du latin : ceux-là seuls, à vrai dire, appartiennent à l’époque étudiée par M. Berger.

Je laisse de côté le traitement du g entre voyelles, et j'arrive aux faits les plus intéressants, ceux qui concernent les trois explosibles sourdes p, f, c.

Le p en gallo-roman s’est sonorisé en h après que le à originaire était devenu v; ce b << pest resté tel quel dans le Midi, tandis que dans le Nord il a passé à v, comme le b latin. C'est dire qu'il y a eu dans toute la Gaule une période où b était déjà v, mais où p était devenu b, état de choses qui s’est maintenu dans le Midi. Les mots d'emprunt où v répond à p latin ont dû être introduits dans le vulgaire avant la sonorisation du p : tel evesque ; ceux où le p est conservé, comme apôslele, epistele, Vont été après. Mais il y a un mot qui pose une question très intéressante et difficile, c’est sdvie (plus tard saive) en regard de sage, remontant l’un et l’autre à une forme sapium, du latin des clercs, dont l'explication est incertaine. Le mot sapium, devenu sabium dans la prononciation des clercs, a passé une première fois, très anciennement, en vulgaire, et a donné normalement sage (comme rubeum a donné roge); mais il est entré une seconde fois dans la langue vulgaire (peut-être dans une région différente), et cette fois l’i s’est maintenu assez longtemps pour que le b se changeât en v, d'où la forme, moins ancienne et moins populaire, sävie, saive. Nous avons là un fait parallèle à ceux qui seront examinés à propos de g/ pour c/.

Le ? intervocal se comporte comme le p: dans le Nord il descend d’abord à d, puis passe à d et enfin disparaît; dans le Midi, il devient également d, mais il reste à ce degré (tandis que le d ancien passe à d, qui plus tard devient x ou tombe). Les

1. On a vu plus haut (p. 340, n. 6) que le d intervocal, dans les mots d'emprunt, a parfois été transformé en 7 et, peut-être, en v (/ à la finale).

2. Voir sur ce mot le savant mémoire de M. H. Schuchardt (Roman. Etymologien, 1, 1898; cf. Romania, XXVIII, 164).

mots d'emprunt français nous montrent encoré ici tantôt la chute du + (espeneir, chasteët, neteét), tantôt sa conservation (/etice,. credulitét, etc.) : ceux de la seconde classe appartiennent seuls sans doute à l’époque carolingienne ou à une époque encore plus récente.

La question est plus compliquée pour le c intervocal. Il faut avant tout distinguer le c« devant o, , le c devant 4, le c devant e, 1. Le c devant 0, # tombe en français : acutum >> eüt*, secu= rum >> seür, secundum >> seont?, cicogna >> ceoigneÿ, cicuta > ceïüde, dracunculum >> draoncle, * lacusta* > laoste. Mais la plu= part de ces mots ont une autre forme, qui est devenue souvent prédominante, où le « est représenté par g : agu5, segur, segonté, cegoigne, ceguè7, dragon, lagoste®. Faut-il voir là un traitement dialectal (le provençal a g), ou ces mots ont-ils été réintroduits par les clercs à une époque où ils prononçaient eux-mêmes g

1. Cette forme est attestée par le nom de lieu Monteï, fort à propos cité par M. Berger (et qui n'est pas isolé). Le changement d’a en e est singulier: on le retrouve dans egu (écrit aigu) pour le doublet agu.

2. Cette forme, il est vrai, n’est pas attestée, mais il est difficile de ne pas la reconnaître dans le son postérieur (au sens de l’adv. secundum).

3. Voir sur ce mot et ses dérivés les remarques de M. A. Thomas (Roma= nïia, XXIX, 193) et de M. Salvioni (Zeëtschr. für rom. Philol., XXI, 517):

4. Locüsta était devenu lacüsta en latin vulgaire (il y a aussi en italien des traces de Zicüsla), sans qu’on voie bien pourquoi : les influences de Zacus et de lacerta semblent bien lointaines, et la dissimilation de ü-% en a-ù est peu probable (d'autant que plusieurs formes romanes renvoient à Zacasta): M. Forster a essayé, mais sans y réussir (Zeilschr. f. r. Phil., XIII, 536), de rendre probable la persistance de locusla en gallo-roman.

S. Aigu n'apparaît pas, dans le Complément de Godefroy, avant le xve siècle.

6. N’existe que comme adjectif numéral, tandis que son < seont n'existe que comme préposition.

7. Cigogne, cigüe, doivent leur À à une imitation postérieure du latin.

8. L’épenthèse d’une # dans ce mot se retrouve en provençal et en espa= gnol. Le mot français moderne langousle nous vient du Midi, comme l'indiquent la conservation de ls et le sens même, qui n'existe pas en ancien français (Corneille dit encore langou(s)le au sens de « sauterelle »). On n'a, semble-t-il, commencé à manger les homards et les langoustes (sauf peut= être dans quelques localités maritimes) qu’à une époque très récente.

(voir les graphies mérovingiennes)? La seconde hypothèse est la plus probable au moins pour des mots comme segont ! et autres (par ex. segreil, qui existe à côté du plus récent secreit, et du tout moderne scret). Naturellement, les mots où le « s’est maintenu intact (caulike, feconditét, pecinie) sont notablement plus récents 2. — Le c intervocal devant 4, qui normalement passe à y, ou, après les voyelles labiales, tombe, ne se présente pas dans les mots qu’a enregistrés M. Berger. — Le c intervocal devant e, À devient normalement 7 = ds (conservé en provençal), d’où plus tard ys ; les mots d'emprunt ici réunis le montrent tous 5 avec la valeur qu'il avait reprise dans la prononciation réformée du latin (crucefis, hyacinthe, precept, etc.) +.

Les phénomènes les plus intéressants nous sont offerts par les groupes composés d’unc consonne plus / entre voyelles. J'examinerai successivement pl, #l et cl.

Le groupe pl intervocal présente un des problèmes les plus difficiles de la phonétique historique française 5. Je ne le traiterai pas ici, me bornant à faire remarquer que le mot peuple < pôplum, dont, je ne sais comment, on n'a jamais tenu compte dans les recherches faites jusqu'ici sur ce point, montre : 1° que le traitement normal de ce groupe en français est la conservation du p et de l’/ intacts; 2° que pl ne forme pas entrave, c’està-dire n'empêche pas le libre développement de la voyelle tonique précédente 6. C’est bien à tort que M. Berger regarde

I. La graphie second est récente et savante ; mais la prononciation par g s'est maintenue.

2. Je laisse de côté les mots en -icum, qui posent des questions toutes particulières. .

3. On a vu (ci-dessus, p. 323, n. 1) que domnigelle dans Eulalie n’est pas un mot d'emprunt.

4. Doceiet dans Jonas est à supprimer (docere avait survécu en vulgaire) : il faut lire doleiet (Romania, XV, 447) : e ne doleiet [tant de Tor salut cum il faciebat de perditione Judeorunr. |

s. 11 5e complique par le fait que beaucoup de mots en -u/- ont passé en roman à la fois sous la forme avec -u/- et sous la forme où l’/ est rattachée immédiatement au thème (voir ci-dessus, p. 337).

6. Il en est de même de pueple < püplum ; au contraire pueule pule représente la forme püpulum ; pueble doit sans doute être rangé dans la même catégorie qu’avuegle (voir plus loin).

comme seul normal le traitement représenté par scôplum >>" escueil* : ce mot, quelle qu’en soit la raison, avait été, en latin vulgaire, changé en scôclum?. Quant à doble, treble, je les croi rais volontiers empruntés au latin des clercs, à une époque où düplum y avait pris la forme dôblum 5 : dôblum et tréblum auraient été « vulgarisés » après le passage d’o à ou et d’e à ei dans lan langue vulgaire. — Je n’entre pas ici dans l'examen du groupe -bl-, me bornant à faire observer que pour moi la forme nor male en français en est -b/-.

Le groupe -f/- s'était produit en latin vulgaire par la chute d'un # intermédiaire, et, trop difficile à prononcer, il était devenu -c/-. Ce fait est extrêmement ancien, puisque ce -c/= secondaire a subi en roman le traitement du -c/- primaire#. Naturellement, nos mots d'emprunt n’emploient pas ce procédé : le groupe -tälum, nous Favons vu, s’y maintient sous la forme -tele, plus tard -le, qui se change en -#re : chapitele chapitle chapitre, Hiele title titres. De même idolum donne fdele idle idre.

Le groupe -c/- est plus intéressant. Je laisse de côté les mots, évidemment récents, qui le représentent simplement par

1. Il le retrouve dans estoille, qui remonterait à s/üpla < stipla ; mais cette forme, sur laquelle il serait trop long d'insister ici commeil le faudrait, remonte bien plus probablement, ainsi que le languedocien esfoulho, à un type * süblia.

2. Je préfère cette explication à celle d’un emprunt de toutes les langues romanes au génois, qui a été récemment mise en avant. On sait que le même accident s’est produit pour #aniplum et manüplum ; mais on trouve ces formes représentées en roman, bien que rarement, à côté de waniclum et manüclum, et elles ont sans doute une explication à elles.

3. La forme dublicius se trouve dans un texte du ve siècle (voir Mohl, Introd. à la chronologie du latin vulgaire, p. 273).

4. Le mot spatula n’a pénétré dans l’usage vulgaire qu’assez tard, comme le montre le traitement qu’il a reçu dans toutes les langues romanes (voir ci= dessus, p. 338, n. 1); le fr. espaule (à côté de espadle et espalle) remonte à padula. Il en est de même pour wetula, rotulum, rotulare.

s. C’est d’un à que provient l’e français dans apôstele, d'un ? dans wtele, qui, s’il avait survécu, serait devenu ufre. à

6. Aux mots cités à propos de spalula (ci-dessus, n. 4) correspondent pour -dül- des mots comme roule, parallèle à modle où en provenant.

(miracle, abitacle, etc. *), et je ne m’attache qu’aux mots, assez nombreux en français, où un -c/- latin intervocal est représenté par -gl-. Ce sont, si je n’en oublie pas, avuegle, bogle?, seigle, siegle;, où -g/- suit la voyelle tonique, et. avogler, boglerÿ, bugler $, eglise 7, jaglel et jagloi #, jogler et jogledor, marreglier ?, où il la précède. M. Meyer-Lübke (Gramm. des L. rom., I, $ 402), citant seulement aveugler, beugler, eglise, jouglere et marreglier'°, a supposé que tous ces mots pouvaient être aussi populaires, ou, pour mieux dire, aussi anciens dans la langue que ceux où -c/- a donné / mouillée: ci, qui devient / mouillée après l’accent, deviendrait g/ avant l’accent. Cette distinction des consonnes — ou groupes de consonnes — en protoniques et métatoniques joue un grand rôle dans la phonétique de l’éminent linguiste et lui rend beaucoup de menus services ; à mon

1. Le mot siecle est surprenant à cause de la diphtongaison de le; peut-être est-ce siegle rapproché du latin.

2. Forme parallèle de bocle, qui répond à un bücla parallèle à bücela (voir Godefroy, Complément).

3. Forme parallèle et sans doute plus ancienne de siecle. — Je ne connais pas l'étymologie de remuegle (ce doit être la forme première, d’où dérivent remeugle et remugle), qui n’a, en tout cas, rien à faire avec mucre (Dict. gén.), de bigle, de l'anc. fr. maigle, « houe ». L’anc. fr. bugle, qui ne signifie que « buffle », répond à bubälum ; aigle d’aquila n'appartient pas non plus à ce groupe.

4. On peut ajouter les formes des verbes indiqués plus loin qui ont l’accent sur le thème.

S. Form: parallèle de bocler (d’où notre bouclier), qui suppose buclare pour bucclare.

6. Ce mot, qui apparaît dans le Péler. de Charl. et ailleurs au sens de « corner », n'a rien à faire avec bäcca, comme le croit M. Berger (qui écrit bogler) ; il provient d’un mot bugle << bücla (au sens de « corne de bœuf »), qui n’est pasattesté en ancien français, mais se retrouve dans l’angl. bugle, que nous avons récemment repris.

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