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Mot grec malencontreusement choisi

4. Comme exemple on cite coslumen = consueludinem ; il y a tant d'exemples qu'il eût mieux valu ne pas choisir un mot dont la forme (pour la terminaison) est des plus contestables.

Ce qui concerne la déclinaison n’est guère plus explicite *. Outre une remarque sur l’agglutination d’ecce avec les pronoms démonstratifs et une autre sur la formation analytique des comparatifs, on y voit que les déclinaisons latines étaient réduites à trois (mais on ne nous dit pas si les cas du latin avaient conservé leur existence et leur fonction), et on nous apprend que le genre neutre était détruit et que les débris en étaient dispersés entre des masculins, des féminins « et des indéclinables (corpus = corps) » (cest là un genre inconnu jusqu'ici). De Phistoire si intéressante de la disparition progressive du neutre dans les substantifs (car il a subsisté dans les pronoms et les adjectifs), on ne nous dit rien, et, du reste, nous ne savons à quelle époque placer ce tableau de la déclinaison du latin vulgaire, qui contient des éléments d’époques si diverses.

La conjugaison, la syntaxe sont traftées à peu près aussi sommairement ; seuls le lexique et la formation des mots sont l'objet de remarques un peu plus détaillées, mais qu’il aurait été facile et profitable de multiplier beaucoup ?. Les procédés de dérivation et de composition du latin écrit de la décadence et du latin vulgaire notamment, si intéressants en eux-mêmes et si importants pour la formation des mots français, auraient demandé une exposition attentive, au lieu qu'ils sont indiqués en quelques mots.

On le voit, ce chapitre est loin de répondre à ce qu’on aurait

1. M. Brunot qualifie de « barbare » l’assimilation de fructus, -us à murus, -1, Ce jugement étonne dans une grammaire historique. Un changement ne saurait être « barbare » quand il appartient à l’évolution naturelle de la langue. D'ailleurs, si on n’employait que le nominatif et l’accusatif, la différence disparaissait.

2. Signalons quelques légères inexactitudes. Il ne faudrait pas citer idole parmi les mots français empruntés au grec qui remontent à la période du latin vulgaire : l’ancien français avait id(ele (idle, idre), mais idole a été repris du latin à l’époque moderne (de même bible). — Bocal ne vient de Baszahts qu’à travers l’it. bocale, moustache ne vient de u59T4Ë (par un intermédiaire muslaciuni) qu’à travers l’it. mostaccio. — J'ai déjà dit qu’il était fort douteux que coulume représentât consuelumen : il est en effet plus que probable qu’il remonte à consueludinem, comme enclume à incudinem ; en tout cas c'était un mot à citer moins encore ici que plus haut.

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été en droit d'attendre et du sujet et de l’auteur. Si les limites marquées à son travail l’'empêchaient de le développer à son aise, il aurait dû sacrifier de préférence la trop longue discussion historique qui le précède. Il pourra, s’il y tient, la conserver dans la refonte de son ouvrage ; mais il devra alors donner au tableau du latin vulgaire l’étendue, la clarté et l'ordonnance historique qui font défaut dans l’œuvre actuelle.

Le chapitre IV est intitulé : Le latin de la Gaule, et ici encore on est désappointé. On s'attend à trouver une caractéristique du gallo-roman en regard des autres grandes variétés du néo-latin, et on y trouve surtout des généralités empreintes de ce vague et de cette hésitation que nous avons déjà signalés. L'auteur traite d’abord la question « des dialectes du latin », mais il la traite par des raisonnements et non par des faits. Toutes les théories sur linvraiserhblance qu'il y aurait à ce que le latin vulgaire eût été uniforme de la mer Noire à l'Océan ne valent pas à mes yeux ce qu'aurait valu l'indication de quelques traits bien marqués propres au latin de Gaule. La question de savoir à quelle époque ils se sont fixés est intéressante, mais accessoire et fort obscure; et, comme nous avons déjà atteint près des trois quarts de cette partie consacrée aux origines, nous abandonnerions volontiers la période latine pour entrer dans la période romane. Sur cette question des dialectes du latin parlé à l’époque romaine, l’auteur n’a pas d’ailleurs d'opinion bien nette. Il est tenté, ici comme ailleurs, de s’écarter de l'opinion aujourd’hui dominante, mais, sentant le terrain mal assuré sous ses pieds, il n'avance qu'avec précaution, recule d’un pas quand il en a fait un, et finalement ne trace à ceux qui le suivent qu'un chemin des plus incertains.

Il en est de même du paragraphe intitulé : Influence du celtique. On sent encore ici chez l’auteur des velléités plutôt que des idées arrêtées et précises. Il est évidemment porté à croire que l «école actuelle, qui s'efforce de réduire autant que possible cette influence, et qui explique par le seul développement du latin les faits jusqu'ici à peu près unanimement rapportés à cette origine », va trop loin dans cette voie de scepticisme et de négation, et, après avoir cité un-exemple, — celui du celticisme de la prononciation #, naguère admis, aujourd’hui

révoqué en doute', — il ajoute: « Ce n’est pas le lieu de discuter ici ces objections qui sont loin d’être irréfutables?. J'ai tenu à les citer pour montrer à quel point la science contemporaine, désireuse de réagir contre la celtomanie ? est devenue difhcile et scrupuleuse. Il est même à craindre, à mon sens, qu'elle ne s’égare par peur des chemins inconnus et hasardeux.# » Et plus loin, combattant la règle trop rigoureuse à son avis (et dont il exagère d’ailleurs la rigueur) que l’on impose à l'admission de l’origine celtique pour tel ou tel fait de la linguistique romane, il conclut : « J'accorde que la suppression de cette règle’ entrainerait à admettre toutes les fantaisies sans fondement, et cependant, à l'appliquer strictement, on s'expose à refuser parfois d'examiner des hypothèses qui peuvent ètre exactes. » On voit que tout cela est assez vague. On voudrait que l’auteur eût une opinion plus fermement personnelle et l’appuyât sur des faits. Il parle de « la science contemporaine », de « l’école actuelle », pour ainsi dire du dehors, ét comme un rapporteur qui n’est ni pleinement convaincu, ni nettement opposant : il semble qu’un historien de la langue française devrait avoir étudié une question aussi importante d'assez près pour se prononcer autrement que par des réserves et des insinuations.

Les rapprochements qui suivent, et que M. Brunot emprunte à différents philologues, sont de valeur très inégale. Je ne les discuterai pas, puisqu'ils ne sont pas nouveaux et que l’auteur

1. Je dois faire remarquer que sur ce point l’hypothèse celtique, que M: Brunot appelle « l'hypothèse d’Ascoli » (à bon droit d’ailleurs, car l'illustre linguiste italien l’a conçue d’une façon indépendante et l’a magistralement exposée et soutenue), avait d’abord été émise par moi-même, qui depuis l’ai abandonnée pour des raisons que M. Brunot n’énumère pas toutes.

2. En note, l’auteur, après avoir renvoyé à quelques observations de M: Windisch, en fait de son côté une qui n’a pas grande portée et ajoute : « Et il y a d’autres arguments pour soutenir... que ces développements postérieurs de la phonétique latine reposent sur une tendance commune aux races qui ont parlé celtique. » Il est regrettable qu’il n'indique pas ces arguments.

3- Je crois que le besoin de cette réaction ne se fait vraiment plus sentir. 4. L’auteur répète à peu près la même chose un peu plus loin (p. Ext).

it hell. à à. nn.

ne les donne pas lui-même comme probants. Je ne dis pas d'ailleurs qu'ils soient tous à écarter‘. Vient ensuite une liste des mots gaulois que nous savons par les auteurs avoir passé dans le latin et qui se retrouvent non seulement dans le français, mais dans le roman (sauf le roumain)?, puis de mots « dont l’origine celtique, sans être attestée, peut être considérée comme à peu près établie 5, et enfin de mots qui « ont été rapportés au même fonds avec beaucoup de vraisemblance + ». Le petit nombre des mots admis dans ces listes, même en supposant que tous soient celtiques et en y ajoutant ceux qui auraient droit d’y figurer, montre combien la langue celtique a laissé peu de traces en français. Il faut surtout noter que tous ces mots sont des subsantifs 5, c’est-à-dire des noms d'objets, noms empruntés avec les objets : ces emprunts-là, que toutes les langues se font sans cesse, n’ont pas à vrai dire un caractère. linguistique ; ils appartiennent à l’histoire de la civilisation et non à celle du langage. Si on met en regard le nombre si considérable d’adjectifs et de verbes qui sont venus des langues germaniques au roman, et surtout à celui de la Gaule du Nord, on sera frappé du contraste, et on sera convaincu, quelque

1. Je suis porté à admettre l'influence celtique pour l’amollissement des palatales, soit entre voyelles, soit devant consonnes. Mais il faut effacer la phrase suivante : « Il est plus remarquable encore que la substitution de ct à bt latin, qu’on constate dans caplivum — cactivo — chaïtif (1. chaîtif) = chétif, se retrouve dans l’irlandais, qui, empruntant acceplum, en fait aïcecht. » Le groupe p{ en français aboutit à 4 : accaplare = achater, receptare — receler, etc. Caplivum est devenu régulièrement chatif, puis chetif (comme achater est devenu acheter, comme capitale est devenu chetel). Il est vrai qu’on trouve en ancien picard caitif, et en provençal cailiu, qu’on a expliqués par une forme cactivum, mais ce serait un accident propre à ce mot.

2. On pourrait en ajouter plus d’un, par exemple baschoe, marne.

3. Presque tous, à vrai dire, sont bien douteux : je ne retiendrais guère que breuil, dune, jarret, vassal. En revanche, on pourrait en ajouter plus d'un, si on examinait le lexique de l’ancien français, par exemple dorn. Le mot bacheler-bachelier paraît aussi être d’origine celtique.

4. Encore ici il y aurait quelques retranchements à faire : broche, jante, trogne sont très douteux. ‘

s. On ne cite que l'adjectif dru, les verbes briser et gober, et ces trois mots sont loin d’être assurés.

surpris qu'on puisse en être d’ailleurs, que la langue gauloise a été si radicalement supplantée par le latin dans la population qui la parlait qu'il n’en est resté presque aucun souvenir.

Le paragraphe sur l’influence germanique est plus substantiel et plus précis que le précédent. M. Brunot y constate l'énorme alluvion de mots germaniques qui s’est opérée en Gaule à l'époque des invasions, et conclut fort bien: « Il n’y a pas eu des emprunts du roman au germanique, mais dans une certaine mesure une véritable pénétration de l’un par l’autre. » En parlant de la persistance de l’emploi de leurs idiomes respectifs par les conquérants goths, bourgondions et francs, je crois que l'auteur est porté à la prolonger beaucoup trop. L'exemple de la famille austrasienne des Pépin ne prouve pas grand’chose. Je suis persuadé pour ma part qu'au bout de deux ou trois générations au plus l'allemand avait cessé de se parler dans les familles germaniques établies sur le sol roman, et j'appliquerais sans hésiter au vu siècle ce que M. Brunot ne dit que du IX° siècle, que « la décadence du tudesque était profonde, et qu'il ne vécut guère plus tard, en deçà du Rhin, hors du pays qu'il occupe encore ».

Le chapitre V et dernier, intitulé : Les premiers textes, s'occupe des glossaires de Reichenau et de Cassel ‘, du concile de Tours de 813, des Serments de 842, d'Eulalie, de Jonas, de la Passion et de la Vie de saint Léger. Ce qui en est dit est fort sommaire, sauf pour les Serments. L'auteur nous donne de ce court texte, outre la forme conservée dans l'unique manuscrit (reproduit en héliogravure), cinq autres formes, une en latin classique, une dans le « latin hypothétique de l’époque de transition ? », une

1. Pourquoi l’auteur ne renvoie-t-il pas pour ces deux documents à l’édition de M. Fôrster, si commode, et, pour les gloses de Reichenau, seule à peu près complète ?

2. Il est malheureux que l’auteur ne détermine pas mieux cette époque ; je suppose qu'il a en vue le vire siècle environ. Sa restitution me paraît plausible sauf quelques détails. Comment mem, qu’il place entre meum et meon, aurait-il donné ce dernier ? Il faut admettre #70on dès une époque fort ancienne (m1 des monosvyllabes est devenue # en roman; lire aussi suon pour sum). De même sweus n’a pu passer par #es pour aboutir à #05. Elle (— ille) n’a pu devenir 7; il faut el}. Placilo devait être déjà plaïdo. Pour nunquam 1.

en français du xr° siècle, une en français du xv° siècle, une en français contemporain. La troisième et la quatrième sont assez inutiles, ou tout au moins ne sont pas ici à leur place; la deuxième est le fruit d’une excellente idée, et l’ingénieux travail auquel s’est ici livré l'auteur mériterait d’être imité. S'il avait offert à ses lecteurs plusieurs spécimens du même genre, il aurait comblé jusqu’à un certain point, en pratique sinon en théorie, la grande lacune que j'ai déjà indiquée dans cette partie de son ouvrage et à laquelle je dois revenir, car elle est capitale. Une histoire de la langue française pourrait ne commencer qu’au vis siècle, après une rapide introduction sur l'importation du latin en Gaule, sur la disparition du celtique: et sur l'invasion toute récente du germanique. Elle devrait s'ouvrir par un tableau du latin parlé en Gaule tel qu'il devait être au v® siècle; puis, pour chacun des éléments de la langue, phonétique, morphologie, lexique, syntaxe, en suivre l’évolution jusqu’à l'apparition des premiers textes écrits. L'histoire des voyelles et des consonnes, des flexions nominales et verbales, de l'emploi des prépositions, de l’ordre des mots devrait être l’objet d’une étude qui s'appuierait tant sur les textes bas-latins que sur les phénomènes observés plus tard dans l’ensemble du gallo-roman. Il faudrait s'attacher surtout à noter les différenciations qui, dans tous ces éléments, se produisent dès cette époque entre le Nord et le Midi, et qui permettent déjà de circonscrire et de caractériser le groupe de parlers auquel appartiendra plus tard le francien ‘. Et cet exposé devrait se terminer par un tableau du

nonqua; pour sit, set. Jurait n’aurait pu devenir jural ; il faut ou juravit ou jurdt. Ellum, ello, ellui, 1. lo, lo, lui. Frangil devait être déjà frañit (notons que le manuscrit des Serments ne porte pas, comme le dit la note, % lo s tranit où À lo franit, mais ou # lofranit où à lostanit). L'auteur imprime (adjuta[re]), (vol[ere]). pour adjuta, vol, et remarqué : « Je mets aiudha (sic), et vol entre parenthèses, parce qu’ils n’ont jamais existé ; ce sont les radicaux des verbes adjutare, volere. » Comment, ils n’ont jamais existé? Je ne comprends pas. Aiudha, vol, existent au iXesiècle; pourquoi adjula (ou mieux aïuta), volo n’auraient-ils pas existé au vie siècle, comme proba par exemple existait dès le r1re siècle ?

1. Je citerai pour la phonétique le traitement de & et 0, celui des proparoxytons, des consonnes médiales entre voyelles, des consonnes finales après

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français septentrional au 1x° siècle, qui ferait pendant à celui du latin parlé en Gaule au v* siècle par lequel il aurait débuté. Je sais bien que la tâche est au-dessus de la science actuelle, mais s'il est impossible aujourd’hui de l’exécuter entièrement, il est possible, grâce à quelques excellentes études parues en ces dernières années ‘ de l’entreprendre et d’en tracer au moins les grandes lignes 2. Je regrette que M. Brunot ne l'ait pas essayé, et que son introduction à l’histoire de la langue française contienne, à côté de beaucoup de choses qui auraient pu en être absentes, si peu des choses qu’il me semble qu’on aurait dû y trouver. Ce qui, je le crains, a manqué ici à l’auteur, c’est d’avoir mis plus souventet plus énergiquement, comme on dit, la main à la pâte, c’est d’avoir étudié par exemple à fond et sur les documents eux-mêmes tel problème difficile de phonétique, de morphologie ou de syntaxe. Il a un peu ici, avec beaucoup d'intelligence et de conscience, travaillé de seconde main, comme le faisaient autrefois certains de nos universitaires, qui croyaient avoir fait œuvre scientifique quand ils avaient résumé élégamment les livres des savants de profession. Je ne confonds certes pas M. Brunot avec ces vulgarisateurs auxquels il est de toutes façons si supérieur, d'autant moins que nous le verrons, dans une autre partie de sa vaste étude, travailler tout à fait de première main et ouvrir en plein sol et en sous-sol des fouilles

voyelle; pour la morphologie, la formation des participes passés de la troisième conjugaison ; l'assimilation, au Nord, de tous les gérondifs et participes présents à ceux de la première conjugaison ; pour le lexique, la prépondérance, au Nord, de l'élément germanique ; pour la syntaxe, le choix et l’emploi des prépositions. |

1. Notamment celles de MM. Pogatscher, Suchier, Meyer-Lübke, etc.

2. Dans une note de la seconde partie, consacrée au français « tel qu’il s’est parlé et écrit du 1xesiècle au xIve », l'auteur signale lui-même cette lacune (t: I, p. 465) : « La nature du livre où paraissent ces articles m'obligeait à abandonner la période antérieure, ceile où la langue a subi les transformations radicales qui en ont fait le français ; je n’ai pu, à mon grand regret, qu’y faire rapidement allusion dans mon introduction. » On peut donc espérer que M. Brunot comblera, quand il aura toute liberté, la lacune qu’il a si bien vue; mais je crois que même dans la présente publication il aurait dû ne pas s’y résigner aussi facilement et il aurait pu la rendre moins sensible.

couronnées du meilleur succès ; mais pour cette première partie il faut bien reconnaître qu'il n’était pas aussi bien préparé et aussi complètement outillé que pour la suite. Il n’en a pas moins écrit quatre-vingts pages très intéressantes, dans lesquelles on ne saurait guère relever d'erreurs, dans lesquelles il y a des idées, dans lesquelles il a fait preuve d'indépendance d’esprit, de critique et souvent de finesse, qui méritent l’attention par des faits bien choisis et clairement présentés, et qui, si elles ne répondent pas complètement à leur titre, seront lues avec profit et avec plaisir non seulement par les lecteurs peu préparés en vue desquels elles ont surtout été écrites, mais par les savants auxquels l’auteur, nous l'avons vu et il ne faut pas l’oublier, déclare n'avoir pas voulu s'adresser.

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LA LANGUE FRANÇAISE JUSQU'’A LA FIN DU XIVe SIÈCLE.

La partie du travail de M. Brunot consacrée à la langue du moyen âge se divise en quatre chapitres : I. Le français et ses dialectes ; I. Tableau de l'ancien français ; I]. Le français à l'étranger ; IV. Le XIV® siècle,et se termine par une bibliographie. Le troisième chapitre, qui interrompt d’une façon pour ainsi dire épisodique l'exposition poursuivie dans les trois autres, sera examiné à part. Occupons-nous de ceux qui concernent la langue parlée et écrite en France du xi° siècle : à la fin du xIv*.

Ils occupent 82 pages, espace qui, bien qu’un peu restreint, pourrait sembler suffisant pour exposer en gros l’histoire du français pendant les quatre siècles dont il s’agit, si l’on tient compte de ce fait que l’auteur, négligeant les dialectes septentrionaux autres que le « francien » et à plus forte raison les dialectes méridionaux, s’est borné à retracer l’évolution du parler de l'Ile-de-France, qui se continue dans notre langue lit-

1. Je dis « du x1e siècle », quoique l’auteur semble annoncer que son tableau comprend aussi les 1xeet xe siècles; je n’y vois rien qui se rapporte à cette période.

téraire. Et, en fait, il a réuni et judicieusement apprécié nombre de traits qui appartiennent à l'histoire de ce parler et qui donnent une idée approximative de son développement phonétique, morphologique, syntaxique et lexicologique pendant cette longue période. Mais ici encore je regrette qu’il nait pas suivi une marche plus strictement historique. Il me semble que le plan d’une histoire du « francien » du xI° au xiv° siècle aurait dû être à peu près celui-ci : 1° tableau du « francien » au xI° siècle, établi sur la comparaison avec le latin d’une part et les parlers avoisinants de l’autre ; 2° changements survenus au cours des trois siècles suivants dans la phonétique, la morphologie, la syntaxe, le lexique; 3° tableau du français à la fin du x1ve siècle sous l’action de ces changements. Entre le premier et le deuxième chapitre se seraient intercalées une étude sur les rapports de la langue parlée avec la langue écrite (comprenant une histoire sommaire de la graphie) et une autre sur la prédominance du francien à l'égard des autres variations du latin vuloaire en Gaule et sur l'emploi de ces variations, concurremment au francien, dans la littérature. Je ne conteste pas que presque tous les points de ce programme aient été abordés et quelquefois traités fort sufhsamment par M. Brunot ; mais il les présente un peu trop disjoints, dans un ordre qui ne favorise pas la compréhension claire de la marche simultanée des phénomènes dans un développement continu ; et en outre il est trop avare de détails précis, et il lui arrive, quoique d’une façon moins marquée que dans la première partie, d'accorder à des considérations générales, toujours d’ailleurs intéressantes en elles-mêmes, une place qu’on aurait mieux aimé voir employer, puisqu'elle était forcément limitée, à des renseignements positifs. Cela dit, je vais passer en revue les trois chapitres en question, en signalant ce qu’ils présentent de particulièrement neuf ou remarquable, ce qui me parait sujet à contestation, ou ce qui aurait pu, à mon avis, être présenté autrement. Maloré les critiques que j'ai adressées au plan général et les réserves que je ferai sur tel ou tel point, je dois dire d’abord que le travail de M. Brunot, fait partout avec une véritable intelligence et une information généralement très sûre, fondé en quelques parties au moins (notamment pour le xiv° siècle) sur des recherches toutes personnelles et de première main, composé

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