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avec soin et présenté avec une clarté parfaite, offre une lecture aussi instructive que facile et donne, en somme, un résumé très satisfaisant, bien qu’incomplet, de l’état où en est arrivée aujourd’hui, en ce qui concerne le français au moyen âge, la science historique du langage.
Le chapitre I, Le français el ses dialectes, comprend dix-sept pages, sur lesquelles neuf sont consacrées à la discussion de la question préalable de lexistence des dialectes. C’est beaucoup trop à mon sens : c’est là une question de linguistique générale qui n'avait besoin, dans un ouvrage de ce genre, d’être abordée que très sommairement. M. Brunot résume clairement, mais (comme il lui arrive souvent) sans prendre nettement parti, la discussion qui, inaugurée, dans le domaine des langues romanes, par un article célèbre de M. Paul Meyer, se continue depuis vingt ans entre savants français, italiens et allemands, et est bientôt sortie de ce domaine pour s'ouvrir également à propos d’autres familles de langues. Quelle que soit la solution que l’on adopte, elle n’a pas beaucoup d’importance pour une histoire du francien écrite dans les proportions réduites où se présente celle-ci. Elle n’en aurait que si l’auteur avait essayé de tracer les limites du francien ; mais il ne la pas fait et n'avait pas besoin de le faire: le francien est le latin vulgaire parlé à Paris et dans les alentours ; cela lui sufhsait, et il pouvait se contenter de dire en quelques mots jusqu'où, à peu près, il faut étendre ces alentours. M. Brunot ne l’a d’ailleurs mème pas essayé. Après un paragraphe consacré au provençal et à ses dialectes, qui comprend deux pages, en vient un intitulé Les dialectes français, qui n’en contient réellement qu’une (car la seconde, concernant l’usage littéraire des dialectes, rentre plutôt dans le paragraphe suivant), empruntée tout entière à M. Meyer- Lübke : « Le français écrit est sorti du dialecte de l’Ile-de- France », voilà tout ce que nous trouvons dans le livre de M. Brunot sur la question du domaine propre du francien. Ce qui est plus fâcheux, c’est qu'il n'en indique nulle part les traits caractéristiques en regard des parlers voisins, et qu'il ne suit pas dans le cours des siècles l'influence que ces parlers ont pu exercer sur lui. Nous verrons plus loin que le tableau du
français au moyen âge qui remplit le chapitre Il ne comble pas cette lacune.
Le paragraphe intitulé Progrès du français de France est intéressant et, outre les citations qu'on trouve partout et qu'il fallait reproduire, en contient quelques-unes qui n'avaient point encore été faites. Les quelques remarques sur l’extension du français comme langue officielle sont forcément un peu vagues, les recherches sur ce point n'ayant pas encore été faites, mais bien orientées. Sur la question de l'emploi littéraire, au contraire, l’auteur aurait pu préciser davantage. Il part d’abord, il me semble, d’une donnée un peu exagérée quand il dit que lon « chercherait vainement, au moins dans ce qui nous est parvenu, des œuvres écrites en français de France, à une époque où certaines provinces, particulièrement la Normandie, ont déjà toute une littérature ». Il aurait fallu tenir compte non seulement de ce qui a été « écrit », mais de ce qui a été composé, récité, chanté ; or, M. Brunot, en citant une page de ma Litlérature française au moyen âge’, en adopte la doctrine, à savoir que « la première période, purement épique, appartient surtout au nord-est, 4 la France propre et au nord-ouest » ; et n’avonsnous pas conservé — sans parler d'œuvres moins certainement franciennes — un poème composé à Paris dès le milieu du x1° siècle, le Pélerinage de Charlemagne. Je crois, pour ma part, que l'Ile-de-France a été de bonne heure un centre, sinon proprement littéraire, au moins poétique, et par là même un centre de langue pour les potes ; les témoignages de Garnier de Pont-Sainte-Maxence, de Conon de Béthune et d’Aimon de Varennes, tous trois à peu près contemporains (1173, 1182, 1188), attestent avec évidence que la prépondérance du langage de France était établie avant le règne de Philippe IT. Ce que
1. M. Brunot a accompagné de quelques notes ce tableau sommaire de la contribution des différentes provinces à la littérature du moyen âge; il s’y est glissé certaines erreurs : Benoit de Sainte-More n’est sans doute pas l’auteur d'Eneas ; il faut lire Apfelstedt et non Bonnardot à la note 2 de la page 558; » c'est au xrI siècle, et non au XIe, que j'ai dit que le théâtre avait été fécond en Angleterre, ce qui fait tomber la remarque de la note 5.
2. M. Brunot mentionne à peine le Suint Alexis : il aurait dû, ilme semble, se prononcer sur l’origine et le caractère dialectal de ce beau poëme; cela lui aurait permis de toucher à la question des rapports du francien et du normand (voir plus loin).
MÉLANGES G, Paris. ù 13
j'aurais voulu trouver dans le livre de M. Brunot, c’est la. discussion de l’importante question soulevée par M. Suchier, au sujet de l'existence d’une langue littéraire « normannique »,. constituée dans les possessions continentales des rois d’Angle= terre, et qui aurait précédé la langue littéraire « française », non sans doute sans l’influencer, mais peut-être aussi en ayant déjà subi l'influence. C'était le cas de développer et d’appuyer de preuves la proposition trop concise où l’auteur dit que, dès le x11° siècle, les œuvres provinciales ne représentent pas fidèlement la langue des provinces et n’en ont souvent que quelques traits: Ce sont là des points capitaux de l’histoire du français littéraire, et j'aurais voulu que l’auteur les approfondit davantage.
Le paragraphe intitulé Les éléments dialectaux du français, qui semblerait devoir aborder quelques-unes des questions indiquées, est en réalité étranger au sujet traité ici, puisqu'il est consacré à l’énumération des mots dialectaux qui ont pénétré dans le français uoderne. La plupart de ces emprunts sont très récents, quelques-uns dus à la littérature volontairement locale et même patoisante ; il n’en est peut-être pas un d’ailleurs qui appartienne à la langue du moyen âge !, dès lors c’est dans l’histoire de la langue, ou plutôt du lexique (car ce sont là des emprunts tout individuels qui ne méritent guère le nom d° « éléments » d’une langue) à la période moderne qu’il aurait fallu les mentionner. En revanche, on regrette de ne pas trouver, dans une histoire du français au moyen âge, le développement des quelques mots qui commencent ce paragraphe : « En pénétrant sur le territoire des anciens dialectes, le français s’est altéré à leur contact eta pris diverses physionomies. » Devenu la langue littéraire de la France du nord, puis de celle du midi, comment le francien at-il été manié par les écrivains de toutes ces provinces où l'on employait un parler indigène plus ou moins différent ? Quelles
1. J'entends la langue littéraire générale, car la présence de ces mots dans des textes locaux n’est pas ce que veut signaler M. Brunot. Pour les mots vrai= ment anciens qu'il cite, — camus, hagard, moquer, combe, — la provenance dia: lectale en est plus que douteuse. Il aurait été intéressant, en revanche, de citer Les formes méridionales qui, pour des raisons particulières, se sont introduites dans le français du nord, pour certains mots, dès le xre siècle : elme, osbere, anste, Sarrazin, losenge, donei, etc.
différences y a-t-il entre la langue d’un poème écrit en Picardie, en Bourgogne, en Poitou et la pure langue française ? Tout cela ne pouvait évidemment être traité en détail, mais aurait dû être au moins indiqué dans les grandes lignes. Ce serait une des lacunes les plus importantes à combler dans une revision de l'œuvre.
Le Tableau de l’ancien français, qui remplit le second chapitre, occupe quarante-six pages. Il présente successivement l’état de la phonétique (l’auteur dit de la « prononciation »), du lexique, des formes grammaticales et de la syntaxe. Ces diverses parties sont traitées avec une ampleur inégale. La phonétique est exposée d’une façon assez sommaire, généralement exacte’, mais dans laquelle les traits caractéristiques du français en regard du latin ne sont pas assez nettement groupés et mis en relief; les plus importants sont la contraction des mots sous l'influence de
1. «& L'ancien français possédait aussi cet # caractéristique, que le latin de Ja Gaule et du Piémont n’acquit peut-être que sous l'influence lointaine des habitudes celtiques, ef qu’il ignora ailleurs, comme l'italien, l'espagnol, le roumain l’ignorent encore » (p. 466). Je n'arrive pas à comprendre ce que signifient les mots que j'ai soulignés ; mais la question de l'antiquité de l’u en français aurait mérité d’être abordée. L'auteur pense en revanche que l’ancien français ne possédait pas la voyelle ou; cela est soutenable, mais jusqu’à une certaine époque seulement, et demanderait à être expliqué : quand vouloir, nous, tout, etc., ont-ils pris leur prononciation actuelle ? — Pour faire comprendre la prononciation ancienne d’ai, M. Brunot l’a rapprochée de celle du «cri du charretier (sic) haïe »; le tréma sur li rend ici son intention peu claire; j'aurais plutôt cité le mot ail; mais je ferai remarquer que ai ainsi prononcé n’est pas une vraie diphtongue, puisque c’est un & suivi d’une véritable consonne (j). — Exposant, à un autre endroit que celui où on l’attendait (p. 471), la loi- des toniques et des « contre-toniques », l’auteur cite quelques exemples et remarque que la tonique ou contre-tonique ne s’est conservée intacte que dans la tonique de consuelumen (il tient à cette forme erronée, voir ci-dessus, p. 182, n. 4, et 183, n. 2) et la contre-tonique de bonitalem (ce qui n'est pas tout à fait exact, le latin ayant un o bref qui a été remplacé en français d’abord par o fermé, puis par o nasal). Au lieu de ces cas isolés ne valait-il pas mieux dire que les contre-toniques (si on tient à cette expression) se maintiennent, sauf la modification de ë, e, ï en e fermé, puis e féminin, de d, 6 en o fermé puis o4, que 4, e, o toniques se modifient ou se diphtonguent, et que?, & persistent toujours, sauf à ce dernier à prendre la prononciation à ?
l’accent, la chute des voyelles atones autres que 4, le traitement
de 7 (provenant di en hiatus), la diphtongaison (romane) de e,.
o brefs et la diphtongaison (française) de e, o longs toniques et libres, le changement d’o long entravé tonique ou atone, d’o long ou bref atone en ou, le changement d’# en à, d’a libre tonique en é, libre atone en e féminin, la nasalisation d’a, e devant w ou 7 suivies de consonne, la transformation de k en /ch, de cet de 1j en position forte en fs, de « et de 1j en position faible en 7s, de la palatale en position faible devant a en , de la disparition de #, g devant (ou après) 0, #, la réduction, en position faible, de p, b à v, det, d à t, d. La plupart de ces traits sont signalés à tel ou tel endroit, mais ils auraient dû être rassemblés et présentés dans leur ensemble de façon à montrer leur réelle harmonie et leur concours pour donner au latin vulgaire de la Gaule du nord, après dix siècles environ, sa physionomie d’ensemble ?. Au lieu de cela, on trouve ici (p. 470) une énumération des « altérations de nature diverse subies par les mots » qui n’a vraiment rien de scientifique et nous reporte aux procédés pour ainsi dire anecdotiques d’une époque lointaine de la philologie. Plus heureuse, et bien appropriée à la destination du présent ouvrage, est l’idée de comparer les mots de trois vers de la Chanson de Roland aux mots latins correspondants : on se rend ainsi compte de la marche et du caractère de l’évolution qui a transformé le latin en français. Si le procédé est un peu mécanique, il a du moins l'avantage de frapper assez vivement l’imagination et par là même de graver les faits dans la mémoire. Si l’auteur avait placé entre les deux extrêmes leurs états intermédiaires à l’époque gallo-romaine et à l’époque mérovingienne >, on aurait vu la transition insensible et logique de chacune des étapes à la suivante, et on aurait eu en gros l'idée de la marche continue de la langue.
1. Je note ainsi la consonne jod, que nous avons en français dans pied, Jeux, travail.
2. L'auteur a cependant donné une indication dans ce sens à propos des consonnes (p. 473).
3. Il a donné, comme on l’a vu, un tableau de ce genre, dans la première partie de son travail, pour le texte des Serments de 842 ; repris ici, complété et commenté, ce tableau aurait pu à la rigueur tenir lieu d’un exposé doctrinal.
4. Cette idée de la marche continue et du développement sans secousses de la langue est bien celle de l’auteur ; il l’exprime et même il y insiste à plu-
Les changements qui se sont produits dans la phonétique française pendant le cours du moyen âge sont notés çà et là, soit dans ce chapitre, soit dans celui qui est consacré au X1VE siècle ; mais la clarté et l’intérêt auraient beaucoup gagné s'ils avaient été, eux aussi, réunis dans un ensemble. [ls comportent essentiellement, pour les voyelles : le changement (au moins probable) de ie en jé, de uo en ue puis 6 bref, de ei en oi (qui demandait, je lai dit, à être étudié de près), de ou en eu, peut-être de o long en # et de # en #, la réduction de en à an, la nasalisation de o ; pour les consonnes, la vocalisation de l’/ (d’où les diphtongues au, eu, ou), lamuïssement de ls devant les sonores puis devant les sourdes, la chute des consonnes f, d médiales ou finales, la réduction de {ch à ch, de 1s à s. Pour chacune de ces modifications, une histoire détaillée de la langue française devrait indiquer sinon l’époque où elle a commencé et où elle a triomphé, du moins les textes où elle nous apparaît et ceux où l’état qu’elle remplace cesse de se manifester. À coup sûr il serait déraisonnable d’en demander tant à l’esquisse que M. Brunot a voulu nous tracer; mais il aurait pu donner au moins, soit par un bref exposé, soit, comme il l’avait fait pour le français en regard du latin, par un texte étudié dans ses formes successives à travers les siècles, une idée plus complète et plus saisissante que celles qu'en donnent ses remarques détachées et pour ainsi dire fortuites.
Les seize pages consacrées au lexique de l’ancien français sont assurément parmi les meilleures du livre. L'auteur est visiblement ici sur un terrain qu'il a étudié avec plus de sympathie que celui de la phonétique. Ses remarques sur la richesse et la pauvreté relatives de l’ancien lexique sont fines et souvent neuves ; elles reposent sur des dépouillements qui lui ont coûté de la peine et dont le résultat offre un réel intérêt. Il y aurait bien une réserve à faire sur ce qui est dit, à bon droit d’ ailleurs, de l'énorme masse du vocabulaire de la vieille langue, qu’on se
sieurs reprises. On est donc surpris de le voir dire (p. 469) que «entre l’époque gallo-romaine et l’époque française les changements avaient été si nombreux qu'ils constituaient un véritable bouleversement ». Ce mot (qui revient encore p. 491) est malheureux ; il semble indiquer une révolution tumultueuse qui n’a jamais eu lieu,
représente, dit l’auteur, en présence des huit volumes in-quarto du dictionnaire de M. Godefroy, « qui ne contiennent cependant que les mots étrangers au français moderne, ou qui ont pris depuis le xv® siècle un autre sens ». C’est l’histoire du français de France qu’écrit M. Brunot, et M. Godefroy, dans son vaste Dictionnaire de la langue d’oil et de tous ses dialectes, a enregistré, comme il le devait, des mots de toutes provenances pourvu qu'ils se trouvassent dans des textes du nord de la France ‘; son livre contient donc un très grand nombre de mots qui n'ont jamais été proprement français, pas plus que ne le sont aujourd’hui les mots recueillis dans un dictionnaire patois. En outre, il y a dans le Dictionnaire de M. Godefroy beaucoup de mots qui sont pour ainsi dire individuels, beaucoup de mots latins mis tout crus en français, aux xIv*, xv° et xvie siècles, par des auteurs des écrits desquels ils ne sont jamais sortis, et qu'on ne peut pas dire qui appartiennent à la langue. Enfin, M. Godefroy, malgré son titre, a admis un grand nombre de mots qui n'apparaissent qu'au XvI° siècle, et ceux mêmes qui sont propres au xv° dépassent le cadre qui est ici celui de M. Brunot. Il faut donc restreindre sensiblement l'étendue de ces « huit volumes in-quarto » au point de vue où nous nous plaçons actuellement. Mais il n'en est pas moins vrai que l’ancien français parlé ou écrit était étonnamment riche, et que, la plus grande liberté régnant dans ses dérivations, son lexique offrait une végétation luxuriante qui contraste avec la taille sévère à laquelle il a été soumis depuis le xvri siècle et à laquelle il a d’ailleurs, mais d'une façon souvent trop artificielle, commencé d’échapper de nos Jours.
Quelques points de l’exposé de M. Brunot prêtent à la cri-
tique? : ce sont surtout les paragraphes consacrés à la compo-
1. 1l est même là-dessus, et je ne l’en blâme pas, fort latitudinaire. Ainsi on trouve dans le Dictionnaire des mots empruntés à des documents de la Suisse romande qu’on peut à peine qualifier de français.
2. Dans les longues listes de mots on pourrait naturellement relever quelques distractions. Je me borne à remarquer que veste, dans chanson de geste, n’est pas « maintenant oublié et confondu avec gesle emprunté de gestum » (ce qui est peu clair); geste est un mot de l’ancien français repris par la langue savante moderne et qui tend à passer dans la langue littéraire générale.
sition et à la dérivation en ancien français. Comment peut-on voir (p. 479) dans fervestir, clofichier, houcepignier, prinseignier, lorfait, de « véritables vestiges de la composition thématique » ? Torfait (pour tortfait) est simplement tort suivi du part. fait ;
brinseignier est l'adverbe primum précédant le verbe signare; fervestir, clofichier sont des composés très anciens où %e premier substantif est à l’ablatif ou au datif (comme dans lunae dies il est au génitif); enfin si houcepignier est bien (ce dont je doute) un composé de houce et de pignier, pignier y régit houce à l’accusatif, etil ny a là rien de comparable au procédé qui a donné en latin lanicer où munificus et qui est complètement inconnu au français. — À propos de la dérivation, M. Brunot s'exprime ainsi: « Comme on sait, la dérivation est de deux espèces : propre, quand elle crée des mots par addition de suffixes ou de préfixes à un simple ; #mpropre, quand au contraire elle fait un mot du radical d’un autre, ou même sans rien changer à sa forme extérieure le fait passer à une autre fonction ; ainsi quand de arréler elle tire arrét, où que du verbe diner elle crée le substantif le dîner. » Tout me paraît singulier dans ce passage. Je n'ai jamais vu qu'on appelât dérivation le fait de prendre un infinitif substantivement (non plus qu'un participe, fait plus important et qui est passé sous silence)?. Je ne sais pas à quoi sert le mot de « dérivation impropre » appliqué à des formations du type d’arrét ; ce sont des dérivations sans suffixe, voilà tout ce qu'on en peut dire 5. Enfin et surtout je suis surpris de
1. À propos des composés avec impératif, comme porte-plume, M. Brunot remarque que « la langue actuelle n’a gardé aucun sentiment de ce mode et qu’elle considère le verbe comme étant à l'indicatif présent. » N'est-ce pas trop personnifier ? Il faudrait dire que les personnes qui emploient ou créent ces composés croient que le premier terme est un indicatif (quand elles ne croient pas que c’est un substantif, comme l’ont fait ceux qui ont établi la mauvaise graphie appui-main, réveil-matin, pour appuie-main, réveille-matin).
2. L'auteur fait d’ailleurs de bonnes remarques sur la facilité de prendre substantivement diverses catégories de mots que l’article a donnée au français. A vrai dire, c’est de la syntaxe.
3. M. Brunot loue avec raison cette formation si brève et si vive; mais qu’entend-il en disant que c’est « une des richesses phoniques principales du français »?
voir ranger dans la dérivation « propre » la formation de mots. à l’aide de préfixes ; il me semble qu'on a été jusqu'à présent unanime, et à bon droit, à y voir une composition. La présence des mots « comme on sait » en tête de ces diverses assertions est donc, ou du moins me paraît (peut-être par ignorance) assez étrange.
C’est donc sous la rubrique de « dérivation propre » que sont étudiés les préfixes. Ils le sont un peu trop rapidement, et quelques-uns des traits les plus caractéristiques de l’ancienne langue, l'emploi de mes, de sor et surtout de entre et de re, ne sont même pas mentionnés. Viennent ensuite les sufhxes, qui sont l’objet de plus d'attention. M. Brunot relève, et cela était fort intéressant, les suffixes de l’ancien français qui se sont conservés en français moderne et ceux que nous n'employons plus ; Mais pour les premiers il aurait dû citer en français moderne des formations vraiment nouvelles faites sur des mots transmis par le moyen âge : en quoi espérance prouve-t-il que le suffixe -ance existe encore en français ? et à plus forte raison en quoi certain prouve-t-il que le suffixe -ain soit encore en usage ? Parmi ceux qu'il énumère comme perdus, il en est qui n’ont jamais été vivants à l’époque française : tels sont -ei/, -il, -oil, qui n'existent que dans des mots reçus du latin vulgaire ; -ande, terminaison de participe futur passif qui n’a pas survécu à la mort de cette forme ; -i7, d’empereriz, qui est en réalité -rix, mais est purement latin 2. On s'étonne en revanche de ne pas voir figurer parmi les suffixes cet-i4 emprunté au grec qui a joué un si grand rôle dans la formation des mots français, ni -izare, grec également et également si fécond, ni -eis provenant soit du latin -ensem soit du germanique -isc, ni -ien, aujourd’hui si répandu et dont les origines sont obscures. À propos de l’invasion des sufhxes
1. Le mot papelurd est donné (p. 483, n. 1) comme un exemple du suffixe germanique -urd et (p. 480, n. 3) comme un exemple de composé avec lim pératif. Il faudrait choisir (à moins que ce ne soit ni l’un ni l’autre).
2. La terminaison d’Alemaigne n’est pas, naturellement, le suffixe -uigne: Alemaigne — Alemann-ïa, et remonte à une époque où le suffixe latin -ïa était encore vivant (voir dans la Romania, t. XXV, le bel article de M. Thomas sur la dérivation à l'aide des suffixes vocaliques atones en français et en provençal), -aison de curaïson et -ison de ombrison ne font qu’un.
savants dans la langue moderne, l’auteur remarque que « la résurrection de certains suffixes morts avait commencé au ;XHI° siècle », et il cite -aculum, qui « commençait à donner des mots comme signacle, habitacle ». Mais (outre qu'habitacle est fréquent depuis le xu1 siècle et que signacle est dans la Chanson de Roland) il ne s’agit pas là de suffixes erhployés par le français : habitaculum, signaculum sont des mots latins qui ont été empruntés tout faits. On voit que cette partie du travail aurait besoin d’être revue soigneusement.
L’exposé des changements subis pendant le moyen âge par les formes grammaticales occupe neuf pages, qui sont remplies par des observations judicieuses, bien qu’encore un peu trop brèves, mais qui, sans qu'on puisse d’ailleurs en faire le moindre reproche à l’auteur, ne contiennent pas grand’chose de neuf.
Il n’en est pas de même des paragraphes consacrés à la syntaxe, qui occupent plus de douze pages et portent partout la marque d’un travail fait de première main. On y trouve des observations très fines et très justes, comme celle-ci, par exemple, par laquelle l’auteur conclut, après avoir montré à la fois l’extrême liberté de l’ancienne construction, le charme que cette liberté donne au vieux langage, et aussi les graves inconvénients quelle avait pour la netteté de l’expression et l’intelligibilité de la pensée : « À condition d’observer certaines règles, la phrase moderne si enchevêtrée, si lourde et pénible qu’elle soit, reste facile à décomposer, partant à comprendre. Le vieux français n’a pas joui de cet avantage, et c’est pour cela qu'aucun des étrangers qui se sont accordés à vanter sa douceur n’a pensé, comme plus tard, à parler de sa précision ou de sa clarté. » On sent ici tout le temps que l'exposé sommaire de l’auteur repose sur un fondement très solide, et les quelques preuves qu'il donne à l’appui de ses dires sont généralement bien choisies et convaincantes. Naturellement il ne fait qu’effleurer ce sujet immense; je souhaite que la lecture de ces quelques pages
1. « Leur (illorum) était par son origine un mot invariable; il est aujourd’hui assimilé aux autres adjectifs, il a passé dans la catégorie des mots variables et a pris le signe de flexion. » Il faudrait remarquer que cela n’est vrai que pour le nombre, et que leur n’a pas reçu, comme il aurait pu le faire, de forme féminine /eure.
attrayantes amène un peu plus de travailleurs sur un champ qui, bien malheureusement, du moins en France, est presque, complètement délaissé. Je n'ai que peu d'observations à faire. Il est exact de dire que « le passé simple et le passé composé se substituent lun à l’autre dans certains cas », et il aurait fallu ajouter, ce qui est plus notable, que le nt et le passé s’emploient perpétuellement, en poésie, l’un à côté de l’autre ; mais il n’est pas exact de continuer en disant (p. 507): « De plus les autres passés, ceux qui ont aujourd’hui pour fonction exclusive de marquer une action comme passée par rapport à un temps passé, je veux dire le plus-que-parfait et le futur antérieur, sont, le premier au moins’, assimilés à des passés simples. » Cela na use lieu. Les cinq exemples cités sont mal interprétés. Au . 3095 du Roland, oul pris signifie, comme d'habitude, « avait ee », et il en est de même aux vers 384-385 et aux deux passages de Vil lehardouin ; au v. 705, Co dist à reis que sa guere out fine, dist est un parfait et non un présent, et par conséquent la remarque tombe. Le passage d’Alexis qui montrerait le cas inverse, « un simple passé indéfini là où on attendait un passé antérieur », n’est pas plus probant: Quant son -aveir lor a tol departit, Entre les povres s'asist danz Alexis. I est vrai qu'en français moderne nous dirions leur eut partagé ou s’assied, mais il s’agit ici simplement de cette alternance du présent historique et du parfait dont j'ai parlé tout à l'heure. En général ces termes modernes de « passé indéfini, passé antérieur » ne devraient pas être appliqués à l’ancien français : à pris, out pris ne sont pas en réalité des temps de prendre, mais le présent et le parfait d’avoir accompagnés du participe passé de prendre ; on leur attribue en ancien français la simple valeur temporelle de ces temps et on les emploie avec la liberté que l’on sait. Cette liberté a d’ailleurs ses limites et elle n’est pas allée jusqu'où l’auteur la fait aller ici. — L’omission de qui devant un sub= jonctif et celle de que,'après certaines propositions affirmatives, devant un indicatif, n'auraient pas dû être mises sur le même
1. Le texte porte, par une faute d’impréssion, ce dernier. Mais quelle nécessité de faire intervenir ici le futur antérieur? Comment pourrait-il jamais « être assimilé à un passé simple » ? L'auteur a sans doute voulu dire quil était parfois assimilé à un futur simple; mais cela non plus n'est pas exact:
- plan. Dans le premier cas, Ni at paien nel prit e ne Paort, la proposition principale doit être négative ; dans le second (où il ÿ aurait à faire certaines distinctions) il n’est pas certain que la seconde proposition soit subordonnée à l’autre : de bons juges croient qu'elles sont simplement coordonnées et les séparent par une virgule‘. — Comme exemple de l'incapacité de nos vieux écrivains à construire une période sans s'embrouiller « et devenir quelque peu obscurs et diffciles à suivre », M. Brunot cite un passage de Jacot de Forest et un autre de Chrétien de Troies. Il est vrai qu'ils méritent assez ce jugement, mais il faut ajouter qu'ils le méritent beaucoup moins si on leur donne une meilleure ponctuation =. Il eût d’ailleurs été facile de trouver des exemples plus manifestes encore de cet embarras, notamment dans les écrivains en prose, surtout quand ils veulent — comme cela leur arrive déjà parfois — élever leur style à la hauteur des modèles latins.
Le chapitre consacré au x1v® siècle, qui occupe une quinzaine de pages, aurait pu en partie être fondu avec le précédent. M. Brunot, en effet, ne tombe pas dans l'erreur fréquente qui consiste à regarder le x1v® siècle comme une époque de révolution ; il présente, au contraire, d’excellentes considérations sur la continuité de l’évolution linguistique à cette période comme aux autres. Et, en fait, la plupart des traits qu’il signale — trop brièvement à mon sens? — comme caractérisant le XIVE siècle apparaissent auparavant ou ne deviennent dominants
1. M: Brunot, reproduisant l'édition qu’il suit, en met une dans le passage qu'il cite; mais d’après sa façon de comprendre (que je crois bonne) il n’en faut pas.
2. La longue phrase du Jules César doit se terminer par un point d’interrogation. Dans celle d’Yvain, la virgule du v. 4 appartient à la ponctuation allemande de l'éditeur et doit être effacée. Je mettrais deux points après mescheu, un point et virgule après demeure (que, au v. 8, a le sens de « car »).
3- La phonétique et la morphologie lui auraient fourni plus d’un phénomène intéressant à recueillir ; la syntaxe aussi n’est plus celle du haut moyen âge. Au reste, ici comme ailleurs, si l’auteur s’est un peu trop restreint, ce n'est pas que les éléments d’un exposé plus détaillé lui fissent défaut : on le voit par telle remarque incidente, comme celle qui concerne l’s ajoutée à la 2e pers. sing. du conditionnel et de l'imparfait (p. 530, n. 1).
qu'après. [1 n’en est pas moins vrai qu’un fait important s’accomplit dans ce siècle : l'effacement définitif de la déclinaison à deux cas. L'histoire de cet événement capital dans la transformation du latin en français moderne est encore à faire : M. Brunot na pas entrepris de lécrire’; elle mériterait d’être l’objet d’une étude spéciale. La pénétration en masse de mots savants dans la langue écrite, due surtout aux nombreux traducteurs, est un autre caractère du x1ve siècle (avec le déplorable développement de cette graphie, prétendue savante, qui, « élevée à la dignité
* d'orthographe, pèse encore sur la langue », ou du moins sur
l'écriture). M. Brunot a étudié avec attention cette invasion de mots latins, et il a dressé une liste des nouveau-venus®, empruntés surtout aux écrits de Nicole Oresme et à la traduction lorraine du Psautier ; il aurait pu trouver ailleurs des exemples tout aussi probants. Il est sévère pour cette francisation à outrance de mots latins; il va jusqu’à qualifier de « barbare » une page d’Oresmeÿ dont, cependant, tous les mots savants sauf un seul (fortitude) ont passé dans notre langue littéraire ou même usuelle, tant le besoin en était réel. C’est une question très délicate et compliquée que celle de la légitimité des emprunts
1. Ce qu'il en dit est intéressant. Il a par exemple tiré bon parti de la comparaison du manuscrit du livre de Joinville écrit vers 1370 avec les actes authentiques de Joinville lui-même, et il a justement remarqué que la déclinaison a commencé à se perdre dans l’ouest et qu’elle s’est maintenue dans le nord plus tard qu'ailleurs.
2. L'auteur fait d’ailleurs les réserves nécessaires sur la date d'introduction de ces mots. Plus d’un certainement a été employé avant le x1ve siècle, bien qu’on ne l'ait pas encore signalé, mais le plus souvent d’une manière tout isolée et sans pénétrer dans l’usage littéraire général. C’est au xive siècle que s’est vraiment formée une langue littéraire dans laquelle un grand nombre de mots tirés du latin ont reçu droit de cité.
3. Dans cette citation je trouve une façon d'écrire que je ne me lasserai pas de combattre jusqu’à ce qu’elle disparaisse, ce que j’espère à peine d’ailleurs, puisque je la combats sans succès depuis trente ans : il faut imprimer non pevent, forme impossible, mais peuent, et de même pouoir et non povoir. Dans une autre citation de la même page, je lis wellent : j'ai également répété bien des fois, mais inutilement, que le w des manuscrits doit être interprété comme leur v ou leur #, et qu’il peut signifier vv, vu, uv, uu où w: ici c’est vu, et il faut lire vuellent ; wellent est aussi barbare que pevent.
faits par le français au latin et plus tard' au grec. Il eût sans doute été à souhaiter pour la beauté et l'harmonie lors ganique de notre langue que notre civilisation se fût développée spontanément comme l’a fait celle des Grecs (sauf l'influence lointaine Égypte et de l'Orient), et que chacun de nos mots abstraits et + scientifiques fût le produit et le reflet du travail intime de È otre pensée propre. Mais il ne pouvait en être ainsi : Je latin était la langue officielle d’une religion qui, elle- même, n'était Hé ni sur notre sol ni de notre race et nous était arrivée avec des termes élaborés par une pensée étrangère et que nous evions accepter tout faits. De même la philosophie, la science, . haute culture intellectuelle, nous ont été transmises dans des livres latins et ont été entretenues pendant tout le moyen âge par des hommes qui non seulement écrivaient, mais parlaient Je latin. Ce sont ces hommes qui ont fondé, par des traductions ou des résumés, la littérature sérieuse en langue vulgaire : comment auraient-ils pu désigner par des mots français les objets et les idées qu'il s'agissait précisément de faire connaître aux gens ne parlant que le français ? Il était d’autant plus naturel qu'ils prissent les mots latins en en francisant les terminai- . sons que le français, tout le monde alors en avait conscience, n'était que l'usage vulgaire du latin. Aussi l’ont-ils fait dès une époque antérieure aux plus anciens textes qui nous soient parvenus : déjà dans Eulalie on trouve aneme, element, virginitet, figure, clemence, que le poète aurait été bien embarrassé de remplacer par des mots de l’usage commun. Le nombre de ces mots savants est toujours allé en grossissant depuis dix siècles, et, malgré toutes les protestations des puristes, ne cesse pas de grossir. Le lexique latin, après nous avoir fourni des termes pour des objets ou des idées, nous en fournit maintenant surtout pour des impressions ; tout récemment importés, des mots comme {énu, opaque, évanescent, fugace, livide, hirsute et mille
1. Je dis « plus tard » : M. Brunot dresse (p. 549) une liste de prétendus « hellénismes » du x1ve siècle. Il est vrai que ce sont des mots grecs ; mais ils sont tous pris au latin, qui les avait d’abord admis, et le fait qu’ils ont une origine grecque n'offre aucun intérêt particulier. Les emprunts faits vraiment au grec n'ont commencé, et ne pouvaient, naturellement, commencer qu’au xvIe siècle.
autres prêtent aux nuances de nos sensations une expression. commode, qu’il nous serait malaisé de trouver aussi exacte dans” le trésor des mots héréditaires '. On pourrait même défendre lintroduction des mots savants, qui pénètrent dans le langage populaire avec une facilité et une rapidité surprenantes2, en. faisant remarquer qu'ils restituent à la langue une foule d’éléments phoniques qu’elle avait perdus ou continue à perdre et qu’elle est un puissant obstacle à cette réduction perpétuelle des phonèmes qui achemine la langue vers une monotonie fâcheuse, une homonymie gènante et une contraction qui pourrait aller jusqu'au monosyllabisme. Ce qui est certain, c’est que les emprunts, pour être légitimes, doivent être utiles, et que le pédantisme ou la prétentieuse recherche qui, à diverses époques, les ont multipliés au delà de toute limite chez certains écrivains méritent d’être combattus et tournés en ridicule. Il est vrai aussi que des morceaux de prose et surtout de poésie où l’on emploie surtout les bons vieux mots du fonds héréditaire de la langue ont par là même, sans que le lecteur et souvent même le poète sachent pourquoi, un charme, une simplicité et une force de pénétration remarquables, tandis que des morceaux de prose ou de poésie où les mots savants surabondent ont par là même un caractère tendu ou pompeux. En somme, le français a commencé ses emprunts au latin classique avant même de s’écrire ; illes a continués et les continue toujours. Il ne pouvait qu’à cette condition devenir la langue de la philosophie, de la
1. Notez que dans la liste des mots savants donnés par M. Brunot pour les xr1e et x11Ie siècles, on trouve à peine un adjectif et très peu de verbes; dans celle du xive, les substantifs dominent encore beaucoup. Ce sont des emprunts objectifs, au lieu que beaucoup d'emprunts modernes sont subjeclifs, et dus souvent au besoin personnel et passager de tel ou tel auteur; aussi serait-il très précieux d’avoir l’acte de naissance de chacun d'eux et de voir sous l’influence de quel besoin vaguement senti celui qui l’a introduit est allé le chercher dans sa mémoire imbue de latin. Mais la plupart de ces mots n’ont réussi à vivre qu'après plusieurs naissances obscures et avortées, et cela aussi est intéressant.
2. Qui se douterait aujourd’hui, sans la critique philologique, que des mots comme réviment, nature, imbécile, facile, fatiguer, habituer, imaginer, sont des « mots savants » ?
Science et de l’histoire, et c’est parce qu'il a fait dans tous ces sens un effort remarquable au xiv° siècle que cette époque a pour un de ses caractères principaux la production d'ouvrages où les mots empruntés au latin apparaissent en plus grand nombre qu'aux siècles antérieurs ‘.
Le chapitre III, Le français à l'étranger, forme, comme je lai dit, un épisode, mais non pas un hors-d'œuvre. Sur les vingt pages qu’il contient, douze, et ce sont les mieux remplies, sont consacrées à l'Angleterre : on trouvera là rassemblés beaucoup de renseignements intéressants, dont quelques-uns peu connus, sur l’histoire externe de notre langue dans ce pays où, importée par la conquête, elle fut longtemps la langue de l'aristocratie et la langue au moins accessoire de la majorité de la nation=. L'histoire du français en Italie, si intéressante, est traitée en quelques lignes, et c’est une lacune regrettables. Les paragraphes consacrés au français en Asie et en Afrique (?) et au français en pays grec sont au contraire développés d’une façon superflue, et qui prouve simplement que l’auteur s’est intéressé à ces recherches, curieuses en elles-mêmes, mais ici assez peu à leur place. On a parlé français en Syrie, en Chypre et en Morée, parce que des Français s’y étaient établist, mais cela appartient à peine à l’histoire de la langue française, du moins à une histoire conçue sur un plan aussi restreint 5. Quant à la
1. M. Brunot termine ce chapitre par quelques remarques sur les latinismes introduits aussi dans la syntaxe. Ils sont fort importants et ont beaucoup contribué à la formation du style français. Je n'aurais pas emprunté d'exemples, pour ce qui regarde la construction, au roman de roïlus, traduction de l’italien souvent calquée sur l'original.
2. Notez aussi ce qui est dit des anciens traités anglais destinés à l’enseignement du français.
3. Encore ces quelques lignes ne sont-elles pas exemptes d’erreurs. Martin de Canale n’est pas le continuateur de Brunet Latin. Ce qui est plus grave, c'est de dire que « Dante lui-même considère que Chrestien de Troyes a donné à la langue française le premier rang pour la poésie narrative ». Dante - ne nomme nulle part Chrétien, et dans le passage auquel il est fait allusion il s’agit de la prose française.