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Il en était de même dans le sud de l'Italie et en Sicile

s. Il en aurait été autrement si l’auteur avait voulu étudier les déviations que subit le français en Orient, sujet intéressant et encore à traiter. Mais toute

pénétration en français d’un certain nombre de mots arabes qui viennent bien plutôt de l'Espagne que directement de PAsie, elle aurait trouvé tout naturellement sa place dans l'étude des éléments du lexique; il en est de même des mots grecs, dont bien: peu sont dus à l'établissement des Français en Orient ?. J'aurais mieux aimé que l’auteur s’étendit ün peu plus sur la pénétration du français dans les pays germaniques, où il domina tellement la langue littéraire au xin* siècle qu’elle est remplie de mots français et que l’allemand a même emprunté alors à notre langue le suffixe verbal -ieren dont il fait encore un si grand usage. Mais ces-critiques n’empêchent pas que ce chapitre, qui pourrait être mieux proportionné, ne contienne beaucoup de choses intéressantes et instructives et ne complète heureusement le tableau de l’histoire du français au moyen âges.

Ce tableau, tel que l’a tracé M. Brunot, est, si l’on en réunitles traits un peu épars, exact dans son ensemble et donne une juste idée de ce qu'a été la langue française au moyen âge.

une page sur l’introduction des coutumes françaises en Arménie et de quelques mots français dans l’arménien est vraiment de trop dans un livre où tant de choses essentielles sont à peine indiquées faute d’espace.

1. M. Brunot en cite une quinzaine dont plusieurs sont au moins douteux (mais il faut y joindre caroube). Faki se trouve au x1r1e siècle dans un livre écrit en Syrie, mais notre /akir ne remonte qu’au xvIe siècle ; il en est à peu près de même de 1amelouk et d’autres.

2. L'auteur cite, ce qui n’a vraiment aucun intérêt dans la question, des mots grecs latinisés, puis francisés par le traducteur de Guillaume de Tyr, et des noms de serpents, tous pris également du latin, qui se trouvent dans « l’Estoire d’Eracles », c’est-à-dire dans une interpolation propre à quelques manuscrits et littéralement traduite du latin. Sur la question du Florimont, M. Brunot ne paraît pas connaître les récents travaux et la preuve fournie par M. Psichari qu'Aimon ne savait pas le grec. Des mots grecs donnés comme venus à l’époque des croisades, bien peu résisteraient à l'examen : en tout cas l’étymologie de Boayeix payatoa pour braquemart (qui n'apparaît qu’à la fin du xive siècle) devrait être depuis longtemps reléguée parmi les bouffonneries de la vieille étymologie. |

3. La bibliographie qui termine le volume est utile, mais m'a paru faite sans un plan bien arrêté. On est surpris en tout cas de ne pas voir figurer à la Syntaxe les Vermischte Beilräge de M. Tobler, vade-mecum indispensable de tous ceux qui veulent étudier la syntaxe française.

L'auteur a su en aprécier les rares mérites comme il en a signalé les côtés faibles. Son travail, s’il est lu par ceux en vue desquels il a été surtout écrit, contribuera, il faut l’espérer, à détruire le préjugé tenace que l’on trouve encore si souvent exprimé, à savoir que, si la littérature et notamment la poésie française n'a pas produit au moyen âge d'œuvre qui s'impose encore aujourd’hui à ladmiration au moins au point de vue de la forme, c’est que les écrivains et les poètes n'avaient à leur disposition qu’une langue informe, incapable de rendre des inspirations élevées, des pensées sérieuses, des sentiments délicats. Le français, considéré soit comme organisme linguistique, soit comme instrument d'expression, n’a guère fait que perdre depuis le xu1° siècle, et l’auteur, comme tous ceux qui se sont occupés de la question avec impartialité, l’a constaté à plusieurs reprises. Au premier point de vue, il est trop clair que la variété et la richesse du vocalisme, la persistance des consonnes finales, l’heureux balancement des formes verbales, étaient des avantages esthétiques, en comparaison de lPuniformité qui s’est partout introduite et de la destruction qui a rongé tant de beaux phonèmes, en même temps qu’ils augmentaient beaucoup la clarté et dispensaient en grande partie des pronoms, des prépositions et des conjonctions qui nous encombrent. Au second point de vue, l'existence de deux cas n'avait rien que de favorable à la grâce et à la netteté des tournures ; l’emploi facultatif de l’article permettait de précieuses distinctions de sens ; la liberté et la souplesse de la construction se prêtaient à merveille à se laisser modeler par une main habile. Le français moderne n'offre aux écrivains des ressources plus nombreuses que grâce à l'introduction considérable de mots savants et à la faculté, due aussi à limitation latine, de construire plus aisément de longues périodes. Mais ces deux acquisitions auraient pu se faire sans troubler la structure du vieux langage ; celle-ci s’est écroulée d’elle-même par l'effacement toujours grandissant des distinctions phonétiques, par la désuétude où est insensiblement tombée la déclinaison, par la tyrannie que lanalogie a exercée sur la conjugaison, par l’ossification de la syntaxe, si - l’on peut ainsi dire, résultant de l’atrophie des éléments qui lui permettaient le jeu souple et facile d'autrefois. Peut-être si, au

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xur° siècle, un Dante s'était produit en France, aurait-il maintenu pour des siècles la langue littéraire dans l’état où il l'aurait laissée. Au point de vue de l’unité de notre langue nationale, ce n'aurait peut-être pas été un bien; car le parler populaire aurait toujours marché dans sa voie, et l’on aurait eu bientôt entre l’usage écrit et l’usage parlé un écart bien plus grand que celui qui existe en Italie et comparable à celui qui avait séparé le latin vulgaire du latin grammatical. Il valait mieux sans doute que le français littéraire ne se fixât qu'au xvur siècle. On peut toutefois regretter que cette belle langue du xu siècle n'ait pas trouvé un metteur en œuvre digne d’elle. Les raisons de ce fait sont nombreuses, et ce n’est pas ici le lieu de les indiquer. Il ne faut pas d’ailleurs l’exagérer, et croire que les écrivains d'alors aient été autant au-dessous de leur tâche qu’on l’a souvent dit. Assurément Chrétien de Troies, Garnier de Pont-Sainte- Maxence, l’auteur d’Aucassin et Nüicolette, celui du Lancelot en prose, Geoffroi de Villehardouin, d’autres encore, ont su manier avec force, avec adresse ou avec grâce cette langue dont l'Europe entière admirait la douceur et le charme ‘. Mais aucun d’eux n'était de taille à dominer et à arrêter une langue littéraire qui se produisait sur presque tous les points de la France avec la plus luxuriante liberté et qui se bornait à se modeler en quelques points essentiels sur celle de Paris, laquelle variait elle-même à chaque génération. Aïnsi tous les traits caractéristiques de la langue du moyen âge allèrent s’effaçant peu à peu, et Villon, quand il voulut écrire une ballade « en vieil langage françois », montra assez que ni lui ni son temps ny comprenaient plus rien. La langue du xv° siècle n’a presque plus aucun des traits de l’ancien français : il ne lui manque pour devenir le français moderne qu'un peu plus de régularité, une plus grande pénétration de l’influence latine, et surtout la fixation à Paris de ce centre littéraire et social où devaient se produire à la fois les grammairiens et les écrivains classiques. La Renaissance n’a pas plus tué la langue du moyen âge qu’elle

1. « C’est, disait encore un Anglais au x1ve siècle, le plus beau et le plus gracieux langage qui soit au monde, après le latin d'école, et le plus aimé et prisé de toutes gens ; car Dieu le fit si doux et si amiable qu'il se peut comparer au parler des anges du ciel. » (Voir Brunot, t. Il, p. 511).

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n’en à tué la littérature : celle-ci était morte et celle-là s'était transformée bien avant Du Bellay et Ronsard.

LA LANGUE AU XVIe SIÈCLE.

Tandis que l’histoire de la langue, depuis les origines jusqu’à la fin du moyen âge, tient en 166 pages, celle de la langue au xvi° siècle en remplit 217. Et ce n’est pas simplement une différence absolue, c’est encore plus une différence proportionnelle. Dans les deux premiers volumes du grand ouvrage auquel elle est annexée, l’histoire de la langue n’occupe qu'un peu plus d’un cinquième de l’espace réservé à la littérature ; dans le troisième volume, elle en occupe le tiers. Cela montre suffisamment que M. Brunot n’a regardé les deux premières parties de son ouvrage que comme une sorte d'introduction, surtout si lon considère que dans ces 166 pages est comprise l’introduction proprement dite, consacrée aux « origines » et aux discussions de principes, et que, d’autre part, — lacune vraiment sensible, — le xv° siècle n’est pas traité, la seconde partie s’arrêtant au x1ve siècle et la troisième commencant en plein xvi£ siècle *. Un linguiste de profession aurait bien probablement renversé les proportions et donné à la langue du moyen âge, où l’évolution du latin vulgaire a été bien plus rapide et variée que plus tard et où les traits caractéristiques du français se sont dégagés pour toujours, la place prépondérante.

Ce qui montre encore que l'étude proprement linguistique

1. Quelques lignes seulement, au début de la troisième partie, font à l’état de la langue au xve siècle une rapide allusion. Il en résulte que des œuvres aussi intéressantes pour l’histoire de la langue littéraire que celles de Jean le Maire de Belges sont complètement passées sous silence, bien qu’on voie, par des citations données dans le corps de l’ouvrage, combien cet écrivain a eu d'influence sur ses successeurs et sur la Pléiade elle-même. C’est d’ailleurs ce que, dans le chapitre qu’il a donné à ce volume, M. Bourciez a marqué justement, quoiqu'un peu brièvement (p. 88-90) ; on regrette qu'il n’ait pas cité le livre remarquable de M. Ph.-A. Becker sur Jean le Maire.

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de son sujet n’est pas ce qui intéresse le plus vivement l’auteur de l'Histoire de la langue française, c’est la très petite place qu'il accorde, dans cette troisième partie, au développement spontané de la langue : il lui réserve, tout à la fin, à peine huit pages, tandis que plus de deux cents sont occupées par l’histoire externe et interne de la langue littéraire. Ces huit pages, que l’on peut à bon droit regarder comme insuffisantes, ne sont d’ailleurs pas dénuées d'intérêt, et je commencerai par dire quelques mots de ce qui en fait le sujet.

Pour la phonétique, l’auteur s’est borné à choisir quelquesuns des faits réunis dans le grand ouvrage de Thurot; il les a résumés en disant que, tous les changements survenus au xvI® siècle dans la prononciation « ont un caractère commun : c’est d’avoir tendu à la réduction de l'élément voyelle dans les mots ». L'observation est juste ‘, seulement elle n’a rien de caractéristique, ni pour le xvi‘ siècle, ni pour les voyelles ; les consonnes ne se réduisent pas moins ? et cette double tendance dirige l’évolution du latin parlé en France depuis qu'il y a été introduit ; elle risquerait, si elle n’était contrariée par diverses causes ?, d'amener la langue, comme je lai déjà remarqué, à la plus fâcheuse uniformité et à l’indistinction complète des formes,

1. Dansle détail (si on peut appeler ainsi les quelques lignes qui développent cette proposition), on peut relever certaines inexactitudes. Que veut dire cette phrase : « La diphtongue ei, après s’être maintenue longtemps à l’état de diphtongue devant les nasales, passe à é (seigle, sévle) » ? L’ei de seigle n’a rien à faire ici, n'étant pas devant une nasale, et, en outre, est mal choisi et mal défini : seigle (mot dialectal pour le francien soie) est devenu sègle et non ségle. Que signifie la notation wa pour la nouvelle prononciation de oi ? Il fallait wa. La nasalisation d’i et d’u ne constitue pas une réduction de voyelles : les voyelles nasales sont des voyelles comme les autres ; c’est ici l’élément consonantique qui est réduit.

2. M. Brunot l’observe pour les consonnes finales à la pause, qui, dit-il, cessent de se prononcer « dans le dernier tiers du siècle » (ce qui est d’ailleurs très contestable dans cette généralité : voir Thurot, t. II, p. 10 ss.). Il voit, assez singulièrement, dans cet amuissement de certaines consonnes, une « sérieuse compensation » à la réduction des voyelles.

3. La principale est la création de mots nouveaux, par dérivation ou composition et par emprunt ou formation de mots latins et grecs. M. Brunot dit que, « par lintroduction de mots savants, le nombre des consonnes s'aug=

si même elle ne la réduisait pas à ne plus se composer que d’un petit nombre de monosyllabes ‘. Pour bien faire comprendre létape.où, dans cette voie, la langue en était arrivée au xvre siècle, M. Brunot aurait pu emprunter aux grammairiens d'alors quelques spécimens de notation phonétique, qui, brièvement commentés, auraient mis nettement sous les yeux du lecteur l'état de la prononciation à un moment donné et aussi dans un lieu donné ; et cela lui aurait permis d’insister sur un trait qu'il passe complètement sous silence et qui est cependant tout à fait caractéristique pour l’époque, à savoir les discussions des grammairiens sur la bonne prononciation, les rivalités des prononciations locales et l'effort fait pour constituer un centre régulateur, effort qui n’aboutira qu’au siècle suivant, mais qui existe au XvI° siècle et qui a produit des ouvrages aussi importants que celui de Bèze, que M. Brunot, chose étrange, ne mentionne même pas ?.

Le développement spontané du lexique, comme le remarque l'auteur, ne peut guère se séparer de son développement, si considérable au xvi° siècle, sous l'influence savante et étrangère, dont il a longuement traité. Il note cependant (mais dans un autre paragraphe) la désuétude où tombent d’elles-mêmes un grand nombre de particules de l’ancienne langue; il aurait trouvé des cas analogues pour les noms et les verbes ; mais de semblables recherches appartiendraient réellement à ce dictionnaire historique de la langue française que l'avenir verra sans doute se faire, et où chaque mot figurera avec l'indication de sa

mente en masse »; mais le nombre de voyelles ne s’augmente pas moins. Il a voulu dire sans doute que des groupes de consonnes que le français avait supprimés ont reparu en grand nombre dans les mots savants.

1. Supposons que l’f et le v s’effacent comme ils l’ont fait en plusieurs langues et comme l’a fait l’hen latin, deux mots aussi absolument distincts en latin que factum et vermem ne se distingueront plus que par l’r final du dernier, [uler ; si cette 7 tombe, comme elle l’a fait dans les infinitifs en er, on aura uniquement à pour les deux mots, et à ce même à se réduiraient facilement (sans parler de Jacio, facis, facit) fascem, ferrum, viridem, vitrum, versus, varium, confondus avec es/, axem, haga, etc. On voit déjà des mots de trois syllabes réduits à une voyelle : augustum à u, babutum à ü.

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