CHAUD OU FROID
Doué d’un esprit original et d’une bonne humeur soutenue, Moïse Gauthier, le scieur de bois, m’a fait passer plus d’un bon quart d’heure par les nouveautés de sa conversation.
Hier, le froid pinçait les joues. Moïse coupait du bois. Je l’invitai à entrer près du poêle. A peine avait-il mis le pied dans la maison, qu’il m’adressa sa demande favorite:
— A quand les élections? Dites-le moi, ça me fera plaisir.
— Je n’en sais rien. Ce n’est pas de mes affaires; Moïse, la passion politique vous ruinera.
— Vous pouvez dire cela à ceux qui ont de l’argent.
— Pas bête!
Après un silence de vingt secondes employé à la réflexion. Moïse eut un sourire, et, redressant la tête, il dit:
— Vous me faites penser à mon histoire avec lord Dufferin, le gouverneur-général.
— Contez-moi l’histoire au plus vite !
— Eh donc! un soir, sur la rue King, un homme m’aborde et s’informe si j’ai bon appétit. Drôle de