AMIEL. (REVUE DES DEVX-MONDES DU !««• JANVIER
Vous y allez bon train.
Deux grands combats livrés à quelques jours d'intervalle, l'un pour l'honneur de la langue latine, l'autre en l'honneur de la race latine! Dans la première de ces mémorables rencontres, l'adversaire avait pris l'offensive ; l'adversaire, devant à l'étude de la langue dont vous avez soutenu les droits, le meilleur du très bon français qu'il parle, et, abjurant toute reconnaissance pour ses maternelles tendresses, se comportait en la traitant en marâtre, renégat. Pourtant, avec quelle courtoisie vous l'avez ménagé, ce traître, tout en lui faisant la guerre I Quelle attention polie à le saluer de temps en temps, mais sans perdre de vue ces gens distingués que vous rendiez spectateurs et juges de vos coups d'estoc et de taille I N'est-ce pas tout particulièrement à eux qu'était dédiée cette phrase jetée négligemment,
sans avoir Tair d'y toucher, si suggestive pourtant (admettez- vous ce néologisme ?) et contenant tout un programme religieux, politique peutêtre : « Bossuet, mal entendu. Voltaire, bien « compris, peuvent former des fanatiques. » Se flgure-t-on bien l'impression qu'elle devait faire sur des lecteurs si distingués ? Pour moi, je gage que, mis en demeure de choisir entre elle et tout le reste de l'article, ils opteraient incontinent en sa faveur. Dans votre second combat, vous appartenait le choix du terrain et de l'adversaire, si tant est qu'on puisse appeler adversaire un mort. Oh ! celui-là, ce pauvre penseur de génie, bien et dûment enterré, que quelques-uns se permettent de trouver sympathique, vous l'avez rudoyé, malmené à outrance, en étranger qu'il était, que dis-je? en ennemi, en Allemand, la chose est claire. En fait d'état de conscience et de direction de la pensée, en fait d'interprétation de la vie, vous tombez sur un cas presque exceptionnel par l'évidente sincérité, par la pureté parfaite, par l'élévation et la profondeur, et vous trouvez que c'est allemand ; vous ne faites donc pas attention. Monsieur le latin. Monsieur du latin, qu'on peut vous prendre au mot et dire : c'est donc le contraire de tout cela qui est français. Allons ! ne forcez pas votre talent. Il y a en vous du grammairien retors, du fort en thème et
du bel esprit. Par ci, par là, vous prenez, pour plaire aux délicats, les airs d'un bon élève de M. Nisard, du premier de la classe, ma foi ; vous ne quittez pas pour cela la férule du cuistre , sans compter Toreille rouge du Tartuffe qui laisse passer son bout, tantôt à point, tantôt hors de propos (comme on Ton vu ci-dessus), pour faire signe aux dévots et aux hypocrites, race de lecteurs digne de tous les respects. Restez fidèle à votre grammaire et à votre paroisse, cultivez vos phrases et vos paroissiens ; ne soignez pas vos bronchites, si vous voulez, pour n'avoir pas un seul point commun avec ce pauvre Amiel qui vous porte sur les nerfs ; soignez, en revanche, votre précieux esprit ou votre esprit précieux, comme vous voudrez ; mais, de grâce, ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde aucunement, de ce qui touche l'âme et de ce qui touche aux âmes. Autrement le premier venu aura le droit de crier : Gare à l'incompétence ! Gare à l'effronterie I
Étant le premier venu, j'use de ce droit :
Un Gallo Romain issu de Germains,