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royaume chrétien. Aïnsi, le règne de Dieu, le salut des âmes, la gloire de l’Eglise, la diffusion de la foi, telle fut l’idée féconde dans laquelle a été conçu le projet d’une colonie sur les bords du Saint-Laurent,
Cartier, avant de lancer son galion vers l’inconnu, pour attirer les faveurs du ciel sur le succès de son entreprise, dans la cathédrale de sa ville natale, avec tous les matelots de son équipage, recevait le pain des forts et s’inclinait sous la bénédiction du Pontife. Les premiers découvreurs, en mettant le pied sur le sable de nos grèves, ployaient le genou, et, avant de prendre possession du pays au nom du Roi très-chrétien, ils en prenaient possession au nom du roi du ciel; avant de dérouler au souffle des vents les splendeurs de leur drapeau fleurdelysé, ils arboraïient le drapeau du Roi des rois, ils plantaient une croix, chantant avec l’église: Vexilla Regis prodeunt, les étendards du Roi sont déployés.
Le père de la Nouvelle-France, le fondateur de Ville-Marie, le patriarche des Trois-Rivières, les gouverneurs du Canada, pendant toute cette époque de formation qu’on appelle les temps héroïques de notre histoire, étaient non-seulement des hommes de cœur, des esprits larges et élevés, maïs encore des chrétiens fervents, faisant passer avant tout les grands intérêts du salut. Les premiers colons furent choisis avec un soin scrupuleux: c’étaient des bourgeois à l’aise, des laboureurs honnêtes, des artisans industrieux, un certain nombre de familles pieuses qui s’expatriaient pour venir, loin des dangers du monde, mieux servir Dieu dans la retraite et la solitude. Les premières mères canadiennes sortaient pour la plupart de l’asile des couvents, apportant pour leur dot, avec le beau langage et les bonnes manières, la piété la plus sûre et la mieux cultivée: précieux héritage qu’elles ont transmis fidèlement à leurs petits enfants. ‘ Cette colonie, écrivait un père Jésuite, ressemble fort à l'Eglise des premiers chrétiens.” Transplanté avec des soins si vigilants,
Ce
est-i: étonnant que l'arbre de la foi ait jeté de si profondes racines dans le sol du Canada ?
Cet arbre a été arrosé de sueurs, de sang, de sacrifices et de dévouement. Nombre de personnes eonsidérables, pour la gloire de la religion, consacrèrent leur fortune au soutien de ces établissements nombreux que tout d’abord le zèle, l'éducation et la charité firent surgir comme par enchantement au milieu de nos forêts. A peine quelques douzaines de familles s’étaient-elles groupées à l’ombre du rocher et de la citadelle de Québec, que plusieurs communautés religieuses, vinrent, par leur présence et leurs labeurs, sanctifier les origines et les efforts généreux de ce peuple naissant, les unes répandant les lumières de la foi, les autres façonnant dans un moule chrétien l’esprit et le cœur de la jeunesse, les autres soulageant les douleurs de l’humanité souffrante, toutes faisant monter vers le ciel, pour elles et leur nouvelle patrie, la voix de leurs prières, de leurs vertus et de leurs mérites.
Les fils de Saint-François, les soldats de Saint- Ignace, les prêtres de M. Olier, armés d’une croix, l’été dans une frêle embarcation, l'hiver montés sur leurs raquettes, marchent à la conquête des âmes, s’enfoncent dans l’immensité des solitudes et portent à cent peuples divers le nom de Jésus crucifié. Îls ne craignent ni les marches pénibles, ni les saults bouillonnants, ni les neiges profondes, ni les rebuts de peuplades grossières. Ils ne reculent pas devant le tomahawk de l’Troquois infidèle, non plus que devant la perspectiqge de tortures indicibles, les horreurs du scalpe, les bûchers enflanmés, les cendres chaudes, les chaudières d’eau bouillante, les colliers de haches rougies au feu ; à la fin, meurtris, mutilés, dévorés tout vivants sous la dent des cannibales, ils tombent martyrs du Dieu qu’ils préchent, comme les apôtres. Tertulien s’écriait: Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Pour nous, Canadiens, le sang de nos martyrs a été une semence de foi ; ces héros de l’évangile sont n°:
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pères, nous avons hérité en quelque chose de leur apostolat ; le sol que nous foulons a été fécondé d’un sang précieux, il porte aujourd’hui une moisson de générosité, de courage et de religion.
À ces causes que je viens d’énumérer, à la pureté d'intention des rois de France, à la religion des découvreurs, à la piété des premiers colons, au dévouement des communautés et au sacrifice des martyrs, si vous ajoutez les avantages d’un climat salubre, les travaux d’un défrichement pénible, les exercices et les dangers de guerres incessantes, les fatigues de voyages à travers des pays sans limites, les calculs d’un état de fortune qui n’est ni la pauvreté ni la richesse, le spectacle journalier d’une nature grandiose, de fleuves gigantesques, de lacs grands comme des mers, de forêts profondes et mystérieuses, de montagnes dont les sommets se perdent dans les nues, vous aurez les éléments et les principes qui constituent, tant pour le corps que pour l’âme, une nation vigoureuse, chevalcresque et chrétienne.
Maintenant, quand, par une conduite si évidente, Dieu a daigné déposer lui-même dans une terre nouvelle les germes d’une société d'élite, qu’il veille avec sollicitude sur leur développement et leur fusion, qu’il en prépare de ses mains un tout homogène vivifié de force et de foi, à la vue de ce peuple nouveau qui paraît au grand jour des siècles sous de tels auspices, ne sommes-nous pas autorisés à nous demander : quel sera son avenir? quel sera son âge mûr? quelle sera sa mission ? quis, putas, puer iste erit ?