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SERMON

Prononcé dans l’église de Notre-Dame de Montréal, le 26 juin 1882, à l’occasion de la St-Jean- Baptiste, fête patronale des Canadiens- Français, par le Rév. J. B. Proulx, professeur au Séminaire de Ste- Thérèse.

Quis, putas, puer iste erit ?

Que pensez-vous que sera cet enfant ?

(S. Luc, ch. I, v. 66.)

Monseigneur, mes Frères,

Lorsque naquit le grand saint que le Canada français s’est choisi pour patron; lorsque Zacharie, par une inspiration d’er haut, écrivait sur ses tablettes au grand étonnement de tous: ‘Jean est son nom ;” lorsque, par un miracle signalé, recouvrant tout à coup l’usage de la parole, il prophétisait dans son enthousiasme: Æt tu puer, propheta Altissimi vocaberis : ‘Et vous petit enfant, vous serez appelé le prophète du Très Haut, vous donnerez à son peuple la connaissance du salut!” se rappelant, sans doute en même temps, les prodiges qui avaient éclaté neuf mois aupatavant, tous les voisins, nous dit la Sainte-Ecriture, furent remplis de crainte, et le bruit de ces merveilles se répandit dans tout le

ays des montagnes de la Judée, et tous ceux qui es entendirent les conservèrent dans leur cœur disant: ‘Que pensez-vous que sera cet enfant ? ”

Aujourd'hui, mes frères, au spectacle de cette foule nombreuse qui se presse dans l’enceinte de ce temple, de ces longues pre”-3sions qui se déroulent .

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dans les rues de nos villes, de ces bannières emblématiques qui flottent au gré des vents, de ces fanfares joyeuses qui remplissent les airs de leurs bruyants éclats, de cette population ivre de patriotisme qui fait monter vers le ciel ses prières et ses acclamations par toute la province de Québec, par toute la puissance du Canada et jusque dans les Etats de la république voisine; en présence du premier nr de ce diocèse, des hauts dignitaires de l'Etat, de ces nobles visiteurs que nous envoie l’ancienne mère-patrie dont le nom et la mémoire font toujours battre tout cœur canadien; sachant que ces démonstrations sont les échos extérieurs de la reconnaissance et de la confiance d’un peuple encore dans toute l’efflorescence de sa première jeunesse; considérant les circonstances extraordinaires dans lesquelles ce peuple a pris racine sur cette terre d'Amérique, la main providentielle qui a veillé sur lui à toutes les phases de son existence, sa force d'expansion et sa vitalité présente, ses espérances futures, dites, mes frères, frappés d’étonnement, saisis d’admiration, comme les parents de Zacharie, n’êtes-vous pas tentés de vous écrier : Que pensezvous que sera cet enfant ? que pensez-vous que sera ce dernier né d’entre les peuples ?

Que sera cet enfant? l’Ecriture me répond: Il sera grand devant le Seigneur ; on l’aprellera le précurseur du Messie, la voix de celui qui crie dans le désert: préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers; il sera plus qu’un prophète, plus qu’Elie, enfin le plus grand des enfants nés de la femme.

Quel sera ce nouveau peuple? l'Histoire me répond : il sera le précurseur de la bonne nouvelle pour ces peuplades qui sont assises dans l’ombre et les ténèbres de la mort; le flambeau de la lumière qui brillera dans les solitudes et les forêts du nouveau-monde ; Le dépositaire du trésor de toute vérité au milieu des subtilités et des incertitudes de l’erreur; le principe de la vie et de l’intelligence au

Dis

sein de la croissance fiévreuse et des développements outre mesure du progrès matériel; le porteétendard des grands principes sociaux au milieu des ébranlements et des illusions de la société moderne; enfin il ne sera pas le moindre, par ses vertus, son homogénéité et sa force intrinsèque, entre ces peuples divers en formation au sein de ces éléments hétérogènes qui se meuvent, s’agitent et se fusionnent autour de lui.

# Pour nous convaincre que le peuple Canadien- Français, comme son patron Jean-Baptiste, a reçu une mission providentielle, une mission de vérité et de foi, il suffit de jeter un regard rapide, premièrement, sur son origine et le soin particulier que Dieu a pris d’en préparer les éléments constitutifs ; deuxièment, sur la suite de son histoire et la protection toute spéciale dont le ciel n’a cessé de l’entourer ; troisièmement, sur son état actuel et le genre d'influence qu’il exerce, comme il l’a toujours exercé, dans le rayonnement de ses idées et de son action.

Au seizième siècle, après que le génie de Colomb eut révélé à ses contemporains l’existence d’un nouveau continent, les nations de l’Europe affluèrent sur nos rives, poussées par des motifs bien différents, cherchant les unes les richesses que la terre renferme dans son sein, les autres de nouveaux débouchés pour un commerce considérable, les autres la liberté que leur refusait leur patrie tourmentée. Pour le roi de France, par un mobile digne de son titre de Fils-aîné de l'Eglise, quand il voulut, comme il le disait, avoir sa part du testament d'Adam, il envoya ses vaisseaux et ses découvreurs, ses colons et ses missionnaires, dans le but bien arrêté, officiellement proclamé et vingt fois répété, de porter les lumières de la foi aux nations infidèles et de jeter dans ces terres lointaines les bases d’un

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