‹ Mélanges littéraires [microforme]Chapitre 101 sur 122 · IT · texte numérisé non relu

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Le père engendre son fils, puis il l’élève ; après lui avoir donné la vie, il lui donne, ce qui est plus précieux encore, l'éducation. Dieu, en bon père de famille, se chargea d'élever, de diriger et de protéger ce petit peuple qu’il avait formé avec tant

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d'amour. Il soutint ses premiers pas, il le conduisit à travers les écueils, il le fortifia par les accidents et les épreuves, il veilla sur lui comme sur la prunelle de son œil, mais toujours par des voies de miséricorde, par des coups de puissance qui étonnent et font dire : “ digitus Dei est hic, le doigt de Dieu est là.

Pendant plus d’un siècle, le cruel Iroquois tint constamment déterrée la hache des combats, sans repos il entonnaïit sa chanson de guerre, comme un loup ravisseur cherchant sa proie il rôdait sans cesse autour des habitations. De leur côté, les colonies de la Nouvelle-Angleterre, pour envahir le Canada, à plus d’une reprise levèrent des armées nombreuses, elles équipèrent des flottes considérables ; la mère-patrie fournissait généreusement le secours de ses hommes, de ses généraux et de ses trésors. D’après les calculs des prévisions humaines, nos pères auraient dû succomber sous les efforts réunis de la richesse et du nombre. Mais leur grand Protecteur, du haut du ciel, déjouant les combinaisons des sages, envoyait des terreurs soudaines qui dissipaient les guerriers indiens, faisait naître des maladies pestilentielles qui forçaient les armées à la retraite, soulevait des tempêtes qui dispersaient les vaisseaux de guerre; surtout, pour couvrir le pays comme d’un bouclier, il mitau cœur des Canadiens, ïls pour un grand nombre de soldats ou d'officiers licenciés dans la colonie, cette bravoure militaire de la vieille France, devenue proverbiale dans le monde entier. Un Léonidas chrétien sauve sa patrie en s’ensevelissant sous les décombres de son fort; un fier gouverneur répondant à une sommation par la bouche de son canon, déconcerte les

lans du général ennemi; un marin intrépide, uttant un contre cinq, un contre dix, promène son vaisseau vainqueur depuis les glaces de la Grande Baie du Nord jusqu'aux sables brûlants du golfe du Mexique.

Mes frères, nous sommes heureux de le constater, cette vertu du soldat, pour les nations

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nourrice et gardienne de tant d’héroïques dévouements, n’est pas éteinte chez nous: les voltigeurs de Salaberry l’ont prouvé sur les bords de la rivière Chateauguay ; et, dans des temps plus rapprochés, nos zouaves pontificaux en ont donné des preuves non moins éclatantes sous les murs de Rome, contre les bataïllons et les flots toujours croissants de la révolution, conduits qu’ils étaient par des généraux aussi distingués pour leur dévouement au Pape, Pontife et Roï, qu'illustres par la grandeur de ieur naissance. C’est dans cette église même, vous vous en souvenez, il y a quinze ans, que, au milieu d’un concours aussi considérable que celui dont nous sommes les spectateurs en ce moment, un pontife vénéré dont l’auréole de vertus, de 1najesté et de cheveux blancs rappelait les grandes figures de l’église primitive, bénissait, soys les regards d’une foule frémissante, ce drapeau aux armes canadiennes et pontificales que l’on porte aujourd’hui avec orgueil dans les démonstrations de la fête nationale, mais que l’on portait alors avec un chevaleresque enthousiasme au devant des hasards des batailles et des gloires de Mentana ; le pays tout entier disait adieu à l’élite de ses enfants ; les mères chrétiennes, plus sublimes que les femmes de Sparte ou que les matrones de Rome payenne, offraient en holocauste à la plus sainte des causes le fruit de leurs entrailles et l’objet de leurs amours ; les croisés du Canada partaient au cri de leur noble devise : ‘‘ Aime Dieu et va ton chemin. ”

Au dix-neuvième siècle, la France gloriruse, tout en projetant sur le monde l'éclat de son génie, de ses lettres et de ses armes, portait cependant dans son sein le germes de deux erreurs funestes : l’une, par ses rigueurs outrées, desséchaiïit la sève de la vie chrétienne ; l’autre, par ses faiblesses et ses concessions, préparait les chaînes et les entraves d’une persécution sanglante. Pour assurer à son église du Canada, l’orthodoxie, la liberté et de nobles traditions, Dieu plaça pour premier pasteur

sur le siège épiscopal de Québec, un ecclésiastique imbu de saines doctrines, un apôtre qui demandait ses inspirations directement au centre de la catholicité, un caractère ferme que ne pouvaient fléchir les influences de l'extérieur, un esprit sagace aux vues profondes capable de tracer les grandes lignes du futur, enfin un saint dont l’autorité s’est déteinte sur l’œuvre qu’il a fondée ; et depuis deux siècles et demi, depuis sa fondation, l’Eglise du Cañada est restée vierge des sophismes jansénistes comme des prétendues libertés gallicanes.

Il y eut dans notre histoire un moment d’angoisses terribles et de déchirements inénarrables, je veux parler de cette heure lugubre où, après sept années d’une guerre cruelle, après une lutte désespérée et des efforts surhumains, la jeune colonie était arrachée violemment des bras de la France, des étrangers ravissaient la fille à sa mère. Montcalm était tombé, enveloppé dans les rayons de sa gloire ; nos braves miliciens étaient tombés comme tombaient les preux de Rolland aux champs de Roncevaux, la résistance arrachait des cris d’admiration à l’envahisseur lui-même et commandait son respect, la dernière bataille avait été une dernière victoire. Mais enfin, se disait-on avec amertume, l'administration s’en retourne de l’autre côté des mers, l’armée s’en retourne, la noblesse s’en retourne, et il ne reste plus sur cette plage lointaine qu’une poignée d’habitants, peu nombreux, pauvres, sans lettres, sans chefs: tout est perdu. Au contraire, dans les desseins de Dieu, tout était sauvé. La sagesse de l’homme, comme le dit Bossuet, est toujours courte par quelque endroit. Par ce coup de la providence, nous échappâmes aux horreurs d’une révolution sans précédent dans l’histoire, au débordement de doctrines impies, aux excès démoralisateurs d’une licence effrénée, aux retours soudains d’un despotisme écrasant, et aux accès pere de fièvres et de convulsions sociales.

evenu de sa stupeur, le petit peuple canadien,

sous la direction d’un clergé patriotique, ramasse les épaves du naufrage, se recueille, se retire sur ses terres, s'attache au sol, se fortifie de travail et d’agriculture, cultive le dépôt de sa foi, et gagne une à une toutes ses libertés. Aujourd’hui calme, heureux, tranquille, à l'ombre d’un drapeau respecté, sous l'égide d’une puissance généreuse, avec confiance, d’un pas ferme, il marche vers l’accomplissement de ses destinées.

Quatorze ans après la cession, dans certaines sphères mai inspirées, semble-t-on regretter les engagements qu'on avait pris vis-à-vis les nobles vaincus des Plaines d'Abraham, Dieu, par une voie indirecte, vient au secours des siens. Les treize colonies lèvent l’étendard de l'indépendance, et l’Angleterre, pour assurer la fidélité de ses nouveaux sujets et les empêcher d’unir leur fortune à celle du général Washington et du brave Lafayette, fait honneur à ses promesses, dans cette circonstance une seconde fois solennellement renouvelées.

Un peu plus tard, au commencement de ce siècle, refuse-t-on de reconnaître officiellement l’évêque de Québec, et par là toute la hiérarchie ecclésiastique? Veut-on nommer aux cures comme moyen d’influencer l’enseignement religieux ? Fabriquet-on des lois pour avoir sous la main le monopole de l'éducation, afin de façonner d’après certaines idées les générations naissantes? Prend-on des mesures pour abolir la langue française, ce rempart que le Ciel a donné à notre peuple contre la diffusion des doctrines hétérogènes ? ? S'obstine-t-on à ne pas assurer aux communautés et aux associations religieuses la propriété de ces biens qui leur appartiennent à tant de titres, et dont elles ont besoin pour soutenir l’éclat et les intérêts du culte? Dieu se charge, d’un seul coup, de régler toutes ces questions. La jeune république américaine envahit le Canada ; les Canadiens, malgré leurs griefs, se lèvent comme un seul homme, ils se portent à la frontière, ils repoussent l’envahisseur, le pays est

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sauvé. Comment ne pas rendre justice à des sujets si braves, si fidèles, si dévoués! Ce que refusaient les préjugés du temps, la crainte l’accorda : l'intérêt et la reconnaissance parlèrent plus haut que les antipathies.

En même temps, pour donner une direction sûre aux requêtes et aux démarches d’un peuple surrexcité, pour retenir en de justes bornes le flot de l’opinion publique, Dieu suscita un homme extraordinaire, patriote sincère, sujet loyal, défenseur intrépide de son héritage sacré, admirateur des institutions britanniques, diplomate consommé, un des plus grands citoyens que le Canada ait produit : Mgr Joseph Octave Plessis.

La province, sous le souffle de la religion, se couvrit de collèges et de séminaires où l’on distribue le pain d’une éducation forte et solide; et de ces asiles de sciences et de vertus sortirent des hommes dans toute la force du terme qui, par une lutte ferme, modérée, constante, tantôt dans les réunions populaires, tantôt dans les chambres d’assemblées, tantôt au pied du trône, finirent par gagner ou assurer les unes après les autres toutes nos libertés civiles, politiques et religieuses. Pendant près d’un quart de siècle, jusqu’en 1835, un tribun puissant, autour duquel se rallièrent les forces vives de la nation, mais dont la fin malheureusement ne répondit pas aux promesses de ses jeunes et vigoureuses années, tint le pays tout entier suspendu au charme de sa parole, opposa une barrière infranchissable aux empiètements d’une coterie ambitieuse et jalouse, et renouvela en quelque sorte sur cette terre du Canada les prodiges d'influence et les succès oratoires du grand O’Connell en Irlande.

Dans des circonstances critiques, l'Angleterre nous octroya son admirable constitution, à quelque chose près, dans toute son étendue: présent funeste, pensaient nos adversaires, lequel avant longtemps, vû notre union forcée avec une province de langue et de mœurs différentes qui bientôt serait

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plus populeuse que la nôtre et par conséquent plus influente, devait infailliblement entraîner l’absorption et l’anéantissement de notre nationalité. Heureusement, par une disposition providentielle, il se trouva, parmi nos gens, au timon des affaires, des patriotes habiles, qui comprirent de suite l’esprit et le fonctionnement de la constitution nouvelle, qui en manièrent tous les rouages, comme l’auraient pu faire les hommes d’Etat les mieux formés de la vieille Europe, qui firent alliance dans la province supérieure avec des amis aux vues larges, qui respectèrent les droits et les aspirations légitimes de tous les groupes de population au milieu desquels nous nous développons, mais qui en même temps surent mettre à l’abri de toute atteinte ce qui nous est plus cher que les richesses et la vie: je veux dire notre langue, nos lois, nos coutumes et notre religion.

Nous pouvons être divisés sur les questions secondaires, mais, grâce à Dieu, les grandes questions nationales nous ont toujours trouvés unis en une phalange pressée : ce fut le secret du triomphe et du salut. Aujourd’hui, par le système même de la confédération canadienne, les causes de conflit ont été éloignées, les luttes pénibles ont cessé, l’autonomie provinciale a été assurée, et, dans cette province de Québec, nous, Canadiens-Français, nous tenons entre nos mains le sort et les intérêts vitaux de notre nationalité. Heureuse, satisfaite, en paix, libre dans ses mouvements, la race française n’a plus qu’à assurer ses positions, à développer les ressources naturelles dont son pays est si richement doté, et à étendre au loin et au large les ramifications d’une fécondité sans exemple. Car les bénédictions du Dieu d’Abrabam, d’Isaac et de Jacob sont descendues sur nos familles, et il semble avoir été dit à nos pères comme au Père des croyants: Je multiplierai votre race à l’égal des étoiles du firmament. Enfin, devant nous s'ouvrent les horizons les plus vastes et les espérances les plus ambitieuses.

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Après une protection du ciel si soutenue pendant un si long espace de temps, ne suis-je pas en droit de vous répéter ces paroles de Moïse à son peuple: ‘Cieux écoutez ce que je vais dire, que la terre entende les paroles de ma bouche. Le Seigneur vous a choisi pour son peuple et son héritage ; il vous a conduit par divers chemins, il vous a instruit de sa loi sainte; il vous a établi dans une terre fertile pour vous donner en abondance les fruits de la campagne, le beurre des troupeaux, le lait des brebis, la graisse des agneaux et la fleur du froment. Nations, chantez le bonheur du peuple qui est fidèle au Seigneur.” Après une telle naissance, après une telle croissance, ne suis-je pas en droit d'interroger l'avenir et de lui demander: ‘ Quis,

putas, puer ste erit ? ” Que pensez-vous que sera cet enfant ?

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