LUE
ter aux fidèles qui se pressaient autour de lui : ‘* Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres.” C’est le chant du cygne. Avant de nous quitter, Monseigneur a voulu résumer en ces conseils imprégnés de charité, de piété et d’onction, les enseignements de toute une vie ; car, pendant tout le cours d’une carrière épiscopale de plus de quarante ans, non seulement ses discours, mais encore et surtout ses actes n’ont cessé de nous prêcher cette parole de l’apôtre des nations : Vunc autem manent fides, spes, charitas : tria hæc. Major autem horum est charitas (1 Cor. 13, 43). En cette vie la foi, l’espérance et la charité demeurent, parce que toutes trois nous sont nécessaires pour notre justification ; mais la plus grande de toutes, c’est la charité. Elle est la reine des vertus et le lien de la perfection.
En effet, qui a ouvert ces asiles pour donner des mères à ces pauvres petits orphelins abandonnés dès leur berceau ? Qui a construit ces maisons de refuge, loin des tempêtes et des agitations du vice, pour offrir une retraite sûre à la faiblesse ou au repentir ? Qui a élargi les salles de ces hôpitaux où trouvent soulagement et remèdes toutes les douleurs et toutes les souffrances humaines, si ce n’est la charité du père et du pasteur ? C’est la charité qui élevait la voix en faveur de ces infortunés que l'incendie jetait sur le pavé des grandes villes, en faveur de ces populations sœurs que, par delà les mers, la famine ou l'oppression réduisait aux horreurs de la disette et aux tortures de la faim. C’est la charité qui affrontait les ravages de la fièvre typhoïde assise sur nos bords, qui ouvrait les bras de sa tendresse pour recevoir sur s0n sein des milliers d’orphelins étrangers jusqu'à ce que sa sollicitude leur eût trouvé dans les familles canadiennes d’autres pères et d’autres mères. C’est la charité pour les âmes affamées de foi et de science, qui ouvre ces nombreuses maisons d’éducation en tout genre, d’ou les effluves d’une instruction solide, vigoureuse et chrétienne se répandent par toutes les classes de la société. C'est la charité pour le salut des âmes qui dicte ces admirables lettres pastorales, à la fois douces et fortes, dont les conseils et l’enseignement
dirigent, consolent, encouragent, reprennent et font pénétrer, comme un levain de sanctification, la piété dans les masses populaires. C’est la charité du bon pasteur pour son troupeau, son zèle pour les saines doctrines, qui le fait se dresser à l’encontre de l'erreur envahissante, et stigmatiser, malgré les clameurs de l'opinion, les nouveautés funestes et les courants d'idées malsains et dangereux : il s’écrie, en face de l’Hérode moderne, dût-il, comme autrefois Jean-Baptiste, payer de son repos et de sa liberté ses saintes audaces : Von licet tibi, cela ne vous est pas permis. C’est la charité qui embrasse dans son zèle apostolique, non seulement un vaste diocèse, mais encore l’Amérique du Nord tout entière, qui envoie des missionnaires dans les Etats de la République voisine, sous les climats brûülants de la Floride, dans les plaines de l’Orégon, au pied des montagnes Rocheuses, par toute cette confédération canadienne depuis les îles du golfe St-Laurent jusqu'aux déserts glacés de l'Ouest le plus lointain. C’est la charité qui s'ingénie, qui brave toutes les difficultés, qui renverse tous les obstacles pour procurer des églises aux populations pauvres entassées dans les faubourgs d’une grande ville, rehaussant en même temps aux yeux des peuples le culte extérieur par l’éclat et la pompe des cérémonies religieuses. Entin, pour dire un mot du plus hardi, du plus incompris et peut-être du plus grand des projets, c’est la charité dans sa plus haute expression, le zèle pour lhonneur de la religion et la gloire de Dieu, c’est la charité, dis-je, qui a jeté les fondations de cette église cathédrale qui doit être, dans la pensée de son fondateur, un monument digne de la piété et de la richesse de ce diocèse. Elle écrasera sous ses immenses assises et ses proportions gigantesques les temples hérétiques qui l’environnent, image de la grandeur du catholicisme au milieu des sectes diverses. Trônant sur une hauteur, elle dominera de ses flèches et de ses dômes la ville qui s'étend à ses pieds, égide protectrice contre les colères et les foudres célestes ; le voyageur l'apercevra de loin sur les eaux du grand fleuve comme un phare lumineux qui dira à sa manière :