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ici est le port, ici est la ville de Marie. Dans les grandes solennités publiques, les longues processions défileront sous ses vastes portiques, pendant que les lourdes volées des joyeux carillons, portant l’allégresse jusque dans les nues du firmament, éveilleront, à la louange du Très-Haut, les échos de la montagne voisine. O doux rêve de la charité, vous réaliserez-vous jamais ! Pendant plus de trente années, le zèle charitable du premier pasteur marcha de succès en succès ; il n'avait qu'à parler, comme par enchantement les idées s’imposaient, les institutions sortaient du sol. Enfin vinrent les difficultés, les jours d'épreuves. Faut-il s’en étonner ? le repos n'est pas de ce monde, l’épreuve est le ressort et la vie des œuvres grandes, saintes et durables. La plus grande œuvre de la création, le rachat de l’homme coupable, ne s’est-elle pas opérée au prix des souffrances et du sang d’un Dieu ? Les gloires de l’ascension n'ont-elles pas été précédées par les insultes et les avanies de la passion ? L'Eglise n’a-t-elle pas établi son règne sur le monde qu'après avoir été, pendant trois siècles, foulée sous le pied des tyrants ? JÜsus n’a-t-il pas dit : Que celui qui veut être mon disciple prenne sa croix et me suive ? Depuis, les saints ne sont arrivés au bonheur que par un chemin de ronces et d’épines. Saint Ignace d’Antioche disait : ‘Je suis le froment de Jésus-Christ ; avant de parvenir à la gloire, je dois être broyé sous la dent des bêtes.” La foi ne raisonne pas, mes frères, comme la raison ; dans les voies du ciel et dans les desseins de Dieu, souvent l’humiliation est le chemin de l’honneur, la défaite humaine est le principe du triomphe divin. Dans le cas, par exemple, qui nous occupe en ce moment, la crise monétaire qui, après avoir renversé tant de fortunes solidement assises, a mis en danger l’existence financière de l’évêché, aux yeux de la raison, est certainement un grand malheur, c'est une catastrophe ; mais aux yeux de la foi,‘ il peut en être autrement, On peut dire : l’arbre est ballotté po les vents, donc il poussera de profondes racines ; or passe par le creuset, donc il en sortira plus pur ; l'œuvre de l’évêché subit l'épreuve des revers et de la
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difficulté, donc elle vivra longtemps. Ge soit à, Monseigneur, les considérations qui, empêchant le découragement de pénétrer dans nos âmes, font l& motif de notre espérance, je dirai plus, de notre confiance ferme et inébranlable. Et pour vous convaincre que ces sentiments ne nous sont pas personnels, qu’ils ne sont pas particuliers aux habitants de cette paroisse, mais bien qu’ils sont partagés par le troupeau tout entier de vos anciennes ouailles, vous n'avez qu’à jeter les yeux autour de vous, et à considérer le spectacle extraordinaire qu'offre à nos regards étonnés toute l’étendue de ce diocèse.
Lorsque, au mois de décembre dernier, une voix mystérieuse est partie de la retraite du Sault-au-Récollet pour se faire entendre jusqu'aux extrémités de nos paroisses les plus reculées, les fidèles d’abord se sont arrêtés devant la hardiesse du projet et l’héroïsme de la résolution, éprouvant un moment de sutiise, d’étonnement, de stupéfaction ; puis a suivi un transport de joie, une longue traînée d'enthousiasme. Les populations se sont levées et elles ont dit : ‘ Qu'il vienne notre pasteur bien-aimé, il sera au milieu de nous le bienvenu. Non, celui qui a été si charitable, celui qui n'a jamais su refuser, dont le cœur compatissant à cicatrisé tant de blessures spirituelles, .dont la main généreuse à soulagé tant de misères corporelles, celui qu a donné le pain à l’orphelin, le bois pour se chauffer à la pauvre veuve etle bois tout préparé, aujourd'hui dans son appel, n’a pas à craindre d’éprouver indifférence ou froideur de notre part. Nous lui offrons volontiers le surplus de nos richesses, le fruit de nos épargnes et l’obole de notre pauvreté. Qu'il vienne, nous serons si heureux de le revoir ! ”
Oui, Monseigneur, nous sommes heureux. Voyez cette foule compacte qui remplit la vaste enceinte de ce temple, les maisons sont restées désertes; voyez ces figures émues, ces yeux humides de larmes, ces regards curieux qui paraissent ne pouvoir se rassasier. Vos enfants de Ste-Thérèse sont venus, encore une fois, rencontrer avec bonheur le prélat qui, pendant tant