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qui nous démontrent à l'évidence qu'elles sont de véritables institutions nationales. Elles ont été notre force, notre soutien ; elles se sont incorporées à la nation et en sont une partie que l'on ne pourrait détacher sans causer de cruels déchirements. Elles sont nécessaires, toutes et chacune d'elles, pour maintenir, à chaque endroit, le goût des études, des lettres, la pureté de notre langue ; elles sont aussi le rempart le plus solide de la natioalité. Elles sont encore nécessaires pour utiliser les talents que la Providence a distribués parmi la classe pauvre, si nombreuse chez nous, et qui n’a cessé pourtant de fournir le plus fort contingent d'hommes remarquables dans les rangs du clergé, comme dans la société laïque.
La conclusion pratique de ce qui précède, c'est qu'il est devenu absolument nécessaire pour tout le monde de se donner la main et de venir en aide à la corporation du séminaire de Ste-Thérèse. C'est un devoir de reconnaissance, comme c’est une nécessité d'intérêt public. Ce n’est pas tout de prendre part au deuil général, il faut agir et de suite, afin que nous voyions renaitre bientôt cette magnifique institution, l’'ornement de Ste-Thérèse, la joie, l'amour de ses prêtres si dévoués, la force des populations du Nord et l’orgueil de tout le pays.
La nouvelle installation.
C'est le 20 octobre, par une brillante journée et un beau soleil d'automne, que la famille, dispersée par les coups de l’orage, se réunissait au foyer co légial, autour des ruines et des cendres encore fumantes. L'installation s’est faite aussi bien et même je dirai mieux qu’on avait lieu de l’espérer dans les circonstances présentes. | ”
Au moyen âge, dans ces grandes universités dont la réputation a rempli le monde, le corps enseignant avait ses quartiers généraux à part ; les élèves prenaient leur pension dans les diverses parties de la ville, et les différentes chaires étaient établies en autant de bâtisses séparées. La nécessité nous a ramenés à ces dispositions CA siècles passés. M. le Supérieur et la plupart des prêtres ont leur résidence chez madame Lecomte; cependant M. le Curé, et M. le Procureur tiennent leur bureau chez madame Thibaut, et M. le Directeur dans la grande maison Morris. Ly Philosophie et la Rhétorique ont leurs classes dans le bloc Mathieu sur la rue St-
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Joseph ; la Versification, dans le magasin de M. Charbonneau, en face du marché ; et les autres classes se tiennent dans la maison Morris, laquelle, le soir, toute illuminée, avec ses formes antiques, apparaît au sommet de la colline comme un ancien cast*l des preux chevaliers.
Pour les récréations, les Philosophes, les Rhétoriciens et les Humanistes ont leur salle dans la maison Mathieu, les Petits dans le soubassement de la maison Morris, et les Grands qui appartiennent aux classes inférieures, dans le magasin Charbonneau. Mais, quand le temps le permet, les deux communautés vont, comme autrefois, prendre leurs ébats dans leurs cours respectives, dont l’incendie a respecté les clôtures, les jeux de paume et les bocages.
Les dortoirs sont nombreux. Les Philosophes et les Rhétoriciens ont le leur dans la maison Mathieu; ces messieurs sont vraiment prévilégiés, ayant classes, récréations et dortoirs sous un même toit: ils forment une communauté à part. Les Petits ont dressé leurs lits dans la maison d'école du village, dans deux salles vastes, hautes, bien éclairées. Les autres élèves ont établi leurs tentes dans le haut du marché, chez M. Filion, et dans le haut de la sacristie. Ces derniers, naturellement, doivent être les plus dévots, ils dorment plus près du bon Dieu, et ils n’ont qu’un escalier à descendre pour se rendre à la messe de communauté. Ces différents dortoirs sont bien aérés, bien tenus, chauds et confortables.
Les pensions se prennent dans une dizaine de maisons, qui se trouvent situées dans un rayon assez circonscrit. Les élèves se rendent à leur repas et en reviennent, par petites bandes séparées, en compagnie de leurs professeurs, qui pensionnent avec eux. Il n’y a pas de courses et de promenades possibles dans les rues du village. Le soir, à la porte de chaque magasin, de chaque hôtel, à chaque coin de rue, des fanaux allumés projettent la lumière sur toute l'étendue des trottoirs et du chemin.
Nécessairement, le règlement a dû subir certaines
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modifications. 6 h. A.M., lever ; 63 h. prière du matin et sainte messe ; 7} h. déjeuner et récréation; 8 h. étude et classe ; 9f récréation ; 104 h. étude et classe ; 12 h. diner et récréation ; 14 h. P.M., étude et classe ; 2; h. récréation ; 3 h. étude et classe ; 4 h. récréation ; 4i h. étude ; 5% h. chapelet; 6 h. souper et récréation ; 7} h. étude ; 8} h. prière du soir et coucher. La plus petite des deux cloches de l’église est la voix qui donne tout à l’entour le signal des exercices et qui met la communauté en mouvement.
Nous sommes heureux de constater que, dans cet état de choses, la surveillance ne souffre nullement, puisque les récréations et les dortoirs sont communs, et qu’en aucun moment de la journée les écoliers n’échappent au regard de leurs régents. Les études aussi, nous l’espérons, ne pourront guère souffrir, les élèves étudiant chacun sous les yeux de leurs professeurs, devenus à la fois maîtres d'étude et maîtres de classe. Les écoliers de leur côté, comme de bons enfants, comprennent les difficultés de la situation ; et si parfois, dans leur vie nouvelle, il se rencontre quelque désagrément inévitable, ils se montrent d’une gaieté, d’une générosité et d’un bon vouloir qui leur font honneur.
La statue du Sacré-Cœur.
Le 923, à six heures du soir, les élèves se réunissaient à la sacristie, qui est devenue leur chapelle, pour assister à la bénédiction d’une statue du Sacré-Cœur. Cette statue est le don d’une mère,madame Dériger, qui a su trouver dans sa foi la consolation d’une grande infortune et veut unir dans le Sacré-Cœur le souvenir d’un fils unique cruellement ravi à sa tendresse et l'hommage de son ardente piété. C’était le soir même de l'incendie que nous arrivait cette statue, coïncidence où nous aimons à voir une consolation et une espérance. Elle devait être installée dans l’ancienne chapelle. Dieu ne l’a point permis ; mais elle aura sa place ou plutôt son trône d'honneur dans la nouvelle, qui sera dédiée solennelle-
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ment au Cœur de Jésus. En attendant, elle restera là dans la sacristie, sur son humble piédestal, comme un signe de salut vers lequel nous tournerons souvent nos veux et nos cœurs. |
Il fait bon pour nous, pauvres naufragés, de trouver un refuge dans le divin Cœur d’où sont tombées, brûlantes, ces paroles : ‘‘ Venez tous à moi, vous qui souffrez, et je vous soulagerai.” ‘‘ Je suis la résurrection et la vie.”
Nous irons donc à vous, Seigneur Jésus, pour relever notre courage dans l’amertume et les angoisses de l’heure présente; nous irons à vous pour ranimer notre espoir. Soyez notre lumière et notre force au milieu de nos travaux, ou plutôt posez vous-même les fondements de l’édifice que nous entreprenons, afin qu'il s'élève pour votre gloire et devienne un sanctuaire où vous soyez plus connu et plus aimé.
Collegiana.
— La retraite des élèves, commencée le 28 septembre, s'est terminée, comme à l’ordinaire, le dimanche du Rosaire. Elle fut prêchée par un prêtre du séminaire de St-Sulpice, le révérend L. L. Billion, qui venait une seconde fois, après douze ans, mettre à notre service son zèle et son dévouement. M. Billion, accoutumé à diriger des enfants, possède le secret de leur faire plaisir. Aussi, après la clôture de la retraite, dimanche soir, il voulut bien se rendre à la salle des grands, en présence des deux communautés réunies, pour nous donner quel.
ues-unes des histoires dont son sac est rempli. Ce soirlà, les espiègleries de Henri Ducros firent sensation dans nos salles; le Cocorico du coq de Petit Jean était du nombre de ces choses qui plaisent à être répétées.
— Qu'il fait bon de prendre un beau grand congé après trois jours de silence comme ceux que l’on passe dans la retraite! Aussi lundi, le 3 courant, nos cours s'étaient changées en gais tournois ; le jeu de crosse fut plus ardent que jamais.
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— Le lendemain, il va sans dire, tout le monde était frais et dispos pour l’étude. Chacun était à son poste; les classes avaient repris leurs cours sous les auspices les plus favorables. Mais, qu’elles devaient être tristement interrompues |
— Le 5 octobre, jour néfaste!!!
— Le soir du sinistre, messieurs les prêtres du séminaire étaient réduits à demander l'hospitalité aux dames de la Congrégation. Mgr de Moatréal, en route pour Ste-Scholastique, voulut bien, dans une telle circonstance, interrompre son voyage et arrêter à Ste-Thérèse. Sous sa présidence, dans la soirée, furent prises au couvent les deux résolutions de reconstruire le séminaire et de rouvrir les classes dans le plus bref délai. A la même heure se passait à Ja gare une scène non moins saisissante. Les élèves s’y étaient presque tous réunis, les uns pour prendre leurs billets de passage, les autres pour saluer leurs confrères et dire ensemble un dernier adieu à Ste-Thérèse avant de se disperser, car on était sous l’impression que c’en était fait du collège. L’émotion fut vive chez tous quand, tout à coup, M. le Directeur vint leur annoncer que, ‘‘ malgré Île malheur dont l’alma mater venait d’être frappée, très probablement, l’année scolaire ne serait qu interrompue, et qu’en conséquence on devait suivre sur les journaux les nouvelles relatives à la réouverture des classes.” Ce fut comme un poids enlevé sur tous les cœurs, et la joie spontanée avec laquelle fut accueillie cette’bonne nouvelle était de nature à relever le courage abattu et à faire estimer davantage cette jeunesse qu’on avait vue si dév: uée durant l’incendie et qui demeurait si attachée à ses maitres.
Ce qui contribua encore à changer la face de ce départ, ce fut la générosité que montrèrent en cette circonstance les administrateurs du chemin de fer. M. le capitaine Labelle était là en personne, pour mettre à la disposition des élèves deux chars avec un agent chargé d’en surveiller la bonne administration, et pour distribuer gratuitement des billets de passage à ceux qui ne pouvaient partir que le lendemain pour se rendre dans
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leurs familles. Nous apprécions cette démarche et offrons à qui de droit l’expression de notre reconnaissance.
Nous avons le même devoir à remplir envers les bonnes religieuses du couvent, qui pendant douze jours, nous ont prodigué les soins de la plus bienŸeillante hositalité, mettant à notre disposition parloir, salon, an réfectoire, se faisant à la table comme à la cuisine nos servantes les plus empressées.
— Les deux: jours suivants affluèrent les visites des anciens élèves et des amis, qui vinrent en personne présenter leurs sympathies et prodiguer leurs encouragements.
Avant la fin même de l’incendie étaient venus : MM. A. Labelle, curé de St-Jérôme ; J. Desautels, curé de Ste-Rose ; G. Bérard, vicaire de Ste-Rose, et M. A. Gauthier, vicaire de Ste-Eustache.
Le soir, MM. James et Simon Lonergan accompagnaient Mgr de Montréal.
Le G octobre, vinrent MM. L. Colin, S.S., supérieur du séminaire de Montréal; J. P. Bélaire, curé des Cèdres ; E. Demers, curé de Ste-Anne des Plaines ; J. Piché, curé de Terrebonne ; M. Leblanc, curé de St-Martin; MM. l’aumônier du pénitencier et le vicaire de St- Vincent de Paul, U. Leclerc et A. Carrières; F. Aubry, curé de St-Jean Dorchester ; I. Champagne, curé de la Gatineau ; M. C. Tanguay, Ottawa ; E. Ethier, curé de l’Ardoise, Cap-Breton.
Le 7, par un train spécial arrivait Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur, en compagnie de M. le maire de Montréal, du Rév. Père F, Cazeau, recteur du collège Ste-Marie, de MM. J. Lonergan, curé de Ste- Brigitte, J. Primeau, curé de Boucherville et L. A. Senécal, surintendant du chemin de fer. Son Honneur voulut bien nous dire qu’il aurait éprouvé comme un remords s’il fût descendu à Québec sans venir offrir ses sympathies aux messieurs du séminaire, et revoir, une dernière fois, dans ses ruines, l'asile de sa jeunesse studieuse.
M. le Supérieur accompagna les honorables visiteurs à leur retour et passa huit jours à l’'Hôtel-Dieu, pour
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traiter un genou malade qui le retenait à sa chambre depuis quelque temps.
— La seconde rentrée des élèves eut lieu le 20 octobre. Etrange rentrée que celle-là, qui suivait de si près le retour des grandes vacances ; étrange encore par la confusion qui ne pouvait manquer dans les circonstances d’une installation aussi nouvelle. Mais à 6 heures, comme à l’ordinaire, la cloche sonna, et les élèves, au nomber de 130, se réunirent à la sacristie, où ils entendirent M. le Directeur leur annoncer en termes émus que lannée était recommencée et que la bonne volonté de tout le monde serait le gage du succès.
— Nos cours sont encore spacieuses et commodes, nos jeux de paume encore debout, intacts et propres, autant ue jamais, à exercer la dextérité de l'œil et la vigueur du bras. Toutefois, un autre objet attire l’attention des élèves en récréation. Les vieux murs qui, depuis l’incendie, ont déjoué les plans des démolisseurs, fait échouer leurs tentatives, ont à subir de nouvelles attaques en ce moment. Ils s'écroulent, je ne dirai pas sous les efforts du temps qui les démolit en silence, mais sous les coups vigoureux de ceux-là même à qui naguère ils offraient un refuge. Il faut voir ces jeunes gens à l’œuvre pour comprendre combien ce travail est conforme à leurs goûts, excite leur enthousiasme. Quel plaisir quand leurs coups ont porté juste, quand les pierres s'affaissent sur elles-mêmes en se déchirant,ou lorsqu'un an se renverse avec lenteur et majesté, faisant trembler e sol sous leur pieds. Cependant, malgré l’opportunité et l'avantage d’un semblable travail, en voyant les élèves s’acharner ainsi à leur œuvre de destruction, les paroles du fabuliste me revinrent à la mémoire : ‘* Cet âge est sans pitié” sans piié pour ces vieux murs si éloquents dans leur silence, sans pitié pour les instruments que leur fournissent nos Anéhimides modernes, et j'oserais dire, sans pitié pour eux-mêmes, n’était la vigilance de leurs directeurs,qui sont là pour ralentir leur ardeur et les éloigner du danger.
— Lundi, le 24 octobre, on a commencé à creuser les
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fondations du nouveau collège, qui s’élèvera à quelques pas en arrière de l’ancien, sur la lisière du bocage: Il aura la façade tournée du même côté que celle de l'église. Ses dimensions seront de 250 pieds sur la longueur et de 65 sur la largeur. Il aura trois étages avec rez-dechaussée et mansardes. Le coût en est estimé à #70,000 environs. MM. Poitras & Roy, de Montréal, en sont les architectes.
— À la date du 31 octobre, le nombre des élèves était de 485. Plusieurs autres étaient attendus.