CHRONIQUE DE MARS
ler Mars — Nous nous retrouvons ce soir avec bonheur au pied de saint Joseph, qui possède toute notre confiance. Nous nous mettons spécialement sous son patronage béni durant tout ce mois, qui est consacré à l’honorer. Daigne saint Joseph nous accorder, par sa puissante intercession, une plus grande part des belles vertus qu’il à si bien pratiquées : la simplicité dans la foi, le courage dans les travaux, la soumission dans les épreuves, la docilité à la grâce, l’obéissance et la persévérance dans l’accomplissement du devoir.
Prédication du Carême. — Trois fois par semaine, nous avons durant ce mois sermon à la chapelle. Nos directeurs ont choisi pour sujet quelques faits particuliers de l'Evangile, quelques-unes des touchantes parabolesdu Sauveur: la vie parfaite ; le trésor caché; le jeune homme riche ;'les talents ; le bon grain et la zizante ; la
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brebis égarée ; la drachime perdue ; les dix vierges ; le bon samaritain ; la prière du pharisien et du publicain ; l'enfant prodigue. La haute spiritualité et la profonde morale chrétienne cachées sous ces symboles, dont Jésus- Christ faisait un si fréquent usage en prêéchant sa doctrine aux hommes, l'analyse littérale, le commentaire plus ou moins développé de la parole même du Sauveur nous intéressent toujours vivement. Puisse cette prédication du divin Maitre ne pas tomber sur une terre ingrate et stérile, et produire en nos âmes des fruits abondants d'amour de Dieu, de pénitence et de salut.
File de saint Thomas d'Aquin. — Pour honorer l’Ange de l’école, les élèves de Philosophie ont cru cette année, n'avoir rien de m'eux à faire que d'approfondir métaphysiquement une page de leur philosophie morale : De natura legis. Votre humble serviteur a eu le terrible honneur d'occuper quelques intants la chaire du professeur, et s’est efforcé de démontrer devant ses confrères la proposition suivante : Lex est aliquid non volontatis sed rationis, M. U Beauchamp, président de notre cercle philosophique, s’est fait l'avocat du diable pour la circonstance : ce n'est qu'après avoir épuisé les subtilités de la sophistique, qu’il a consenti à déposer ler armes et permis de déclarer que la thèse est invincible,
Conformément au décret du Souverain pontife, dimanche le 10 nous avons célébré, dans notre c:pelle, la solennité de saint Thomas. La grand’messe à été chantée par M. A. Péladeau, professeur de Troisième et le sermon donné par M. C. Chaumont, assistant-directeur des élèves. M. Chaumont nous présente saint Thomas d’Aquin comme le modèle accompli de l'élève studieux et de l'élève pieux. A l'exemple de saint Thomas, avant de
nous mettre à l’étude, prions le Dieu, suaiûtre des sciences ; et quand il se rencontre des difficultés dans nos études, tournons nos regards vers le crucifix appendu au mur de nos classes ou couché sur notre pupitre : nous puiserons là la lumière qui nous manque. Comme saint Thomas d'Aquin, soyons humbles, et aimons la chasteté, L'humilité attire le regard de Dieu qui confond les superbes et élève les humbles ; la chasteté épure nos âmes et nous rapproche de Dieu, vérité sans mélange, bien souverain, beauté infinie.
Au salut, notre jeune orphéon, sous la direction de notre confrère S. Lefebvre, a bien rendu les morceaux suivants : Bone Pastor de Battmam, Ave Maria de Navy, T'antum Ergo de Chanat. D. PILON
19 mars : fête de saint Joseph. — La grand'messe de règle est chantée par M. l'abbé Joseph-Arthur Papineau, professeur de cinquième ; les élèves en grand nombre font la sainte communion et prient avec beaucoup de ferveur. Ils comprennent que la fête’ de saint Joseph doit être pour eux un grand jour de prière : il les a protégés d’une manière ai touchante et si merveilleuse dans le passé ; ils trouvent tant de bonheur et de profit à l'honorer, à le remercier, à l’invoquer, lui confiant les entreprises les plus difficiles, lex causes les plus désespérées. Sancte Joseph protector ster, ora pro nobis.
La fête de saint Joseph est en même .emps la fête patronale de plusieurs de nos professeurs et directeurs. Nous en prenons occasion pour leur exprimer notre gratitude et notre affection filiale. Nos souhaits de bonne fête et les vœux que nous formons pour leur bonheur, nous les adressons spécialement à MM. Joseph Verschelden, professeur de physique, Joseph Valiquette, profes-
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seur de seconde, J.-A. Papineau, professeur de cinquième ; notre attention et nos hommages se portent plus particulièrement encore vers le bon et dévoué monsieur le curé, le Rév. M. J.-A. Vaillancourt, qui, après quelques années d’un enseignement laborieux, a été notre zélé directeur pendant cinq ans et dirige, depuis bientôt neuf ans, avec toute la sollicitude du bon pasteur, la grande et belle paroisse de Sainte-Thérèse.
Société Ducharme. — Dans la soirée, la Société Ducharme (discussion) donne sa séance publique annuelle, dont elle fait hommage à M. le curé, selon une louable et pieuse tradition. M. le président U. Beauchamp propose d’abord à l'assemblée de voter une adresse de condoléance à M. le curé, que la mort imminente de sa mère retient depuis quelques jours dans sa famille, Puis le débat s'ouvre sur la question suivante : La France doitelle envoyer des secours aux Etats-Unis contre l'Angleterre, à la demande de Franklin ? KR. Labrosse et C, Murtin parlent en faveur de l’affirmative ; D. Pilou et G. Longpré sont pour la négative. Après une passe d'armes à propos de certains malentendus et anachrouismes, — propre toujours inhérents au désir de dramstiser le sujet de discussion, d’en vouloir reproduire les circonstances de temps et de lieu, — les orateurs appuient leur opinion sur les principes de la philosophie, sur les exigences de la politique du temps, etc., et le vote de l'assemblée, par une majorité de 11 voix, accorde à Benjamin Franklin les secours demandés. Ce fut conforme à l’histoire, mais il n’en faudrait pas conclure que les arguments des adversaires ont été sans mérite, E. BINETTE.
Conférence, 26 mars..— M. Valiquette, professeur de seconde, interrompt ses esquisses et portraits du Palais-
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Bourbon pour nous entretenir, ce soir, sur Lamartine : sa vie et ses œuvres ; Lamartine et la poésie ; Lamartine poite de l'idéal ; Lamartine et la nature ; la religion de Lamartine. M. Valiquette a suivi l’année derrière à Paris, le cours de M. l'abbé Georges Bertrin, docteur-ès-lettres, professeur à l’Institut Catholique de Paris. Il nous fait bénéficier de ses notes de cours qu'il a rédigées avec un soin particulier. Sa conférence instructive et intéressante par elle-même, a le mérite de nous initier aux idées d’un esprit exercé et judicieux dans l’art de la critique littéraire. Nous lui en sommes d'autant plus reconLaissants.
Au cours de cette conférence, comme manière de repos pour le conférencier et sous son inspiration, quatre élèves ont donné les morceaux suivants du poète : Le chrétien mourant, par E. Thérien ; le Crucijir, par KR. Labrosse ; le retour au village natal, par E. Lacroix ; l'automne, par À. Chapleau. C’est une heureuse initiative à laquelle il faudra donner suite.
Cinématographe, 28 murs. — Ce soir, jeudi, nouvelle séance au cinématogi: ‘he : les projections de la photographie animée ont toujours leur attrait, même quand on les voit pour une deuxième et troisième fois. D'ailleurs celles qu’on nous montre en ce moment parlent d’ellesmêmes, ce sont : les scènes du Drame d'Obérammergau, la Vie de Jeanne d'Arc, le Petit Poucet de Perrault, les funérailles de la veine Victoria, etc. Mais il restera toujours, ce nous semble, un complément à ajouter à ces images que nous voyons se mouvoir et marcher sur la toile, c'est de les entendre parler, Ce perfectionnement nous l’aurons peut-être quand le phonographe, donnant la main au cinématographe, tous deux entrerort en danse-
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Or, cette ingénieuse combinaison qui nous la donnera ? Allons ! brave Edison, la parole est à toi. OcuLus.
30 mars, funérailles. — Ce matin, M. le Supérieur et MM. Brunet, Pilon, Coursol, Jasmin, Alarie, Chaumont et Lacasse vont assister, à Sainte-Rose, aux funérailles de dame T. Vaillancourt, mère de M. le curé. Nous unissons nos prières et nos meilleures sympathies de condoléance à celles de nos directeurs et des paroissiens de Sainte-Thérèse, qui sont allés en grand nombre témoigner, par leur présence, de la part qu’ils prennent à l& perte et à la douleur de leur pasteur vénéré.
Mme Vaillancourt, née Caroline Roy, était âgée de 77 ans et 4 mois. Elle était épouse de feu Toussaint Vaillancourt et mère de quinze enfants dont onze vivants : quatre filles ont fait leur profession religieuse dans la communauté des sœurs de Sainte-Croix, et deux fils ont été ordonnés prêtres, le KR. P. Z. Vaillancourt, O. M. I, décédé il y a cinq ans à Ottawa et M. J. À. Vaillancourt, curé de Sainte-Thérèse. Heureuse mère chrétienne ! famille bénie du Ciel : non fecit taliter.......….! /
LE R. P. ZOTIQUE VAILLANCOURT, ©. M. I.
La circonstance qui nous fait mentionner le nom du P.Vaillancourt, nous fournit l’occasion d'insérer ici quelques notes sur sasainte et trop briève existence. Le P. Vaillancourt naquit à Sainte-Rose le 26 mars 1855. Il se distingua, encore jeune, par un caractère ferme et résolu, par un grand attrait pour les choses religieuses et par cet esprit sérieux et appliqué qu’il manifesta durant toute sa vie, Ces nobles qualités de l'esprit et du cœur ne pou-
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vaient que croître au sein de la famille Vaillancourt, dont l’aimable franchise, les mœurs simples et la foi robuste sont toujours restées si vivaces. Elles se développèrent plus encore quand le jeune Zotique, âgé de 13 ans, fut entré au collège pour y faire son cours classique. La vie qu'il mena au séminaire de Sainte-Thérèse, se résume en deux mots : piété et travail. Piété solide, qui se manifestait par une grande ponctualité au règlement, par son zèle à visiter le Saint Sacrement, par l'exercice fréquent du chemin de la croix ; travail persévérant auquel il dût, plutôt qu'à ses talents naturels, les succès marqués qu’il obtint dans ses classes. D'un tempérament timide et peu expansif, il garda secret son goût prononcé pour la vie religieuse, à tel point que ses parents, comme ses confrères, furent pris à l’improviste, lorsqu'il leur annonça soudain, au second mois de sa première année de philosophie, qu’il quittait le collège pour se faire religieux dans la congrégation des Oblats de Marie- Immaculée. Ce qui fut dit fut fait : car le lendemain, il était à Lachine et demandait au R. P. Maitre de vouloir l'admettre au nombre des novices. Le temps du noviciat proiva que sa décision avait été réfléchie et longtemps murie devant Dieu. Il prononça ses premiers vœux le 15 octobre 1875.
Ordonné prêtre, après de fortes études philosophiques et théologiques, le P. Vaillancourt entra aussitôt et franchement dans la carrière qu'il ne devait quitter qu'à sa mort, l’enseignement.
Il fut en effet durant toute sa vie sacerdotale avant tout et, on peut dire, exclusivement professeur. Mais quel zèle et quel dévouement il a apportés chaque jour dans ce rude labeur du professorat, quels mérites il s’y
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est acquis ! « Ce qui nous étonne, disait un de ses con- «frères, c’est la somme d'énergie et de courage qu’il lui «a fallu, pour s'imposer la pénible tâche de corriger tous «les jours, durant 16 ans, comme il les corrigeait, les «travaux écrits de ses élèves. On a calculé que le P. « Vaillancourt avait ainsi corrigé, avec un soin extrême, «plus de 200,000 copies. » Professeur modèle, le P. Vaillancourt fut encore un parfait religieux : nous n’en voulons pour preuve que ce grand amour qu’il a toujours manifesté pour sa Congrégation et cette réputation de sainteté qui entoure encore, comme d’une auréole, les différentes phases de sa vie religieuse. Il mourut le samedi, 18 janvier 1896, succombant aux atteintes de la phtisie pulmonaire... Mais, defunctus adhuc loquitur. A l’Université d'Ottawa,comme au scolasticat d’Archeville — où repose son corps — son souvenir demeure toujours vivace et sa mémoire est en grande vénération ; sa tombe parmi tant d’autres y « prêche l'espoir en Dieu» et attire tuujours le regard de tous ceux qui l’ont connu.