‹ Mélanges littéraires [microforme]Chapitre 42 sur 122 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nous citons un devoir de classe, sous forme de lettre, dont le sujet est l'incendie du hangar de M. Ducharme en 4845. Au milieu des ruines et des cendres du temps présent, ce petit travail ne manque pas d'actualité. Il est écrit sans prétention. Certainement, quand il vit le jour, il ne s'attendait pas aux honneurs de la publicité ; mais que voulez-vous, il est de ces existences prévilègiées, commencées sous une bonne étoile, que la fortune et la gloire vont chercher jusque dans leur retraite, comme Cincinnatus à sa charrue, comme S. Bernard au fond de sa cellule de Clairvaux. De ce nombre, sans doute, est cette petite composition qui se lit comme suit :

« Lundi, 7 juillet, vers les trois heures du matin, un incendie eut lieu à Ste-Thérèse ; le feu se déclara dans un hangar appartenant au Rév. M. Ducharme, curé de la paroisse et supérieur du Petit-Séminaire. Cette bâtisse, dans laquelle se trouvaient mille minots de grain, était située si près du collège que celui-ci serait devenu la proie des flammes, n’eut été l’ardente activité des élèves qu’animaient leur désir de sauver leur cher établissement ainsi que leur attachement excessif pour leur vénérable supérieur. La plupart des écoliers, couchés au troisième étage du Séminaire, étaient ensevelis dans le sommeil, lorsque tout à coup ils furent éveillés par les sons lugubres de la cloche et par ces cris sinistres : au feu ! au feu ! A demi vêtus, ils s’empressent de se porter au travail. On voyait accourir de toutes parts les gens qui se hâtaient en disant: vite, vite, allons secourir notre bien-aimé pasteur qui se trouve dans l’affliction. Aussi leur zèle ne connaissait point de

bornes, plusieurs ont même exposé leur vie pour opérer le sauvetage. Dans la plus grande fureur de l'incendie, sur l’ordre d’un des professeurs, les élèves commencèrent à sauver leurs effets ; ils les dispersèrent ça et là, de côté et d’autre. Cependant on reçut le secours d'une pompe et le Séminaire fut sauvé. Il en était temps, car déjà le feu commençait à s'y propager malré nos efforts incessants. Le danger avait duré deux

eures. Depuis, nous avons rentré nos effets et nous nous sommes remis au travail, comme de plus belle.— Jos. PLESSIS-BÉLAIR. »

Ce premier incendie éclata 20 ans après l’ouverture de l'établissement de M. Ducharme et 3 ans après son érection en petit séminaire. Une chose digne de remarque, c'est que, dans notre pays où tout, plus qu'ailleurs, semble marcher par des voies providentielles, purge toutes les grandes institutions religieuses, à ‘époque de leurs commencements, ont passé par l'épreuve du feu ; et ce qui n’est pas moins remaruable, c’est la tranquillité d’esprit avec laquelle les ondateurs recevaient ces désastres, la soumission qu’ils montraient sous la main de Dieu, et la confiance inébranlable qu’ils avaient dans l’avenir. Aussi aucun de ces établissements n’est resté enseveli sous les cendres ; au contraire, l'épreuve les a tous fortifiés, ils ont jeté dans le sol de plus profondes racines et, après des jours de labeurs pénibles, ils se sont développés avec un épanouissement plus considérable.

Le 30 décembre 1650, onze ans seulement après sa fondation, le couvent des Ursulines de Québec devenait la proie des flammes. La vénérable mère Marie de l’Incarnation, après avoir relaté cette catastrophe jusque dans ses moindres détails, ajoute : « Dans toutes les courses que je fis parmi les flammes, j'avais une aussi grande liberté d'esprit et une vue aussi tranquille de ce que je faisais, que si rien ne fut arrivé. Je ne ressentais pas un mouvement de peine, de tristesse ni d’inquiétude. J1 me semblait entendre en moi une voix intérieure qui me disait ce que je devais faire, où je devais aller, ce que je devais jeter par la fenêtre et ce

que je devais laisser périr par le feu. Je vis en un moment le néant de toutes les choses de la terre, et il me fut donné une grâce de dénument si grande, que je ne puis exprimer son effet ni par parole, ni par écrit. » Dans la nuit du 6 au 7 de décembre 1683, l'incendie éclata dans le couvent de la Congrégation de Notre- Dame et le détruisit entièrement avec tous les meubles et les effets qu'il renfermait. La vénérable mère Bourgeoys, par un scrupule sans doute excessif, s'était toujours reproché la construction de cette maison qu’elle regardait comme contraire à l’esprit de pauvreté et de simplicité religieuse. Aussi, nous dit l’écrivain de sa vie, n’en regretta-t-elle aucunement la perte ; tout au contraire, elle en rendit à Dieu de très humbles actions de grâces. «Pour moi, écrit-elle, j'étais plus joyeuse que triste de cet incendie, à cause du sujet pour lequel cette grande maison avait été construite. »

L'Hôtel-Dieu, à son tour, dans la nuit du 23 au 24 février 1695, était réduit #n cendres. «La mère Macé, nous apprend M. l'abbé Faillon, la seule des trois fondatrices qui resta encore, ne fut jamais plus admirable que dans cette extrémité. Personne n'aimait plus qu'elle la communauté,.... néanmoins elle était pleine de fermeté et de confiance, elle consolait et fortifiait la supérieure et toutes ses autres compagnes, leur rappelant les pensées de la foi les plus propres à relever leur courage et à raviver leur confiance en Dieu. » Monseigneur Laval, après une vie de travaux, de dévouement et de sacrifices, voyait le feu détruire son séminaire en 1701, et sa propre demeure en 1705. « Le pauvre vieillard, nous dit M. le grand vicaire Langevin dans sa Notice Biographique sur Mgr Laval, ne murmura pas un instant : il versa sans doute quelques larmes, se rendit au collège des Jésuites, et à 82 ans il ne désespéra pas de voir ces ruines rétablies. » Un témoin oculaire, le Frère Houssart, écrit dans une de ses lettres : QI n'en perdit pas vour un seul instant sa paix, sa joie ni sa trauquillité, parce que ces sujets n'étaient pas capables d'attaquer sa patience et sa vertu qui étaient bien au-dessus de tout cela : les seuls intérêts de Dieu,

de la vertu et de la religion étaient capables de l'émouvoir!”

Il serait trop long d’énumérer tous les faits et tous les sentiments analogues que nous à transmis l'histoire des premiers âges de la PAL ETES A l'exemple de ces pieux personnages et de ces grandes figures historiques, M. Ducharme, dans son malheur, ne sut trouver que des paroles de résignation et de conformité à la volonté de Dieu. Dès le jour même de lincendie, le 7 juillet 1845, il écrivait à son évêque, Mgr Bourget, la lettre suivante :

‘6 Wonseigneur, — Hier, à la grand’messe, mes paroissiens ont uni leurs larmes aux miennes pour déplorer le malheur de nos chers frères de Québec. Aujourd'hui, je vous invite, Monseigneur, à vous unir à nous pour remercier le bon Dieu d’avoir préservé notre pauvre petit séminaire et surtout notre église, de la destruction et de la fureur de l’incendie. Ce matin, vers trois heures et demie, la petite cloche de la communauté m'a éveillé; j'ai ouvert un chassis et j'ai aperçu une épaisse fumée qui me paraissait sortir de la ‘“ cuisine. Arrivé dans ma cour, j'ai constaté que le feu était pris au milieu de notre hangar qui est un bâtiment de plus de cinquante pieds, couvert en bardeaux et lambrissé, où se trouvait notre grain de dîime, nos provisions de fleur, nos poëles et quantité d'autres objets. Il à été impossible de sauver la moindre chose. C'est là, pour nous, une perte de plus de deux cent cinquante louis. Mais, encore une fois, nous devons à Dieu de grandes actions de grâces pour nous avoir préservé ainsi que notre église. Nous ne pouvons rien dire sur la caus” de cet incendie. Le feu s’est communiqué plusieur ‘ois à la salle des séminaristes, et la chaleur étais s intens qu'elle était suffocante dans l’intérieur de la maison; heureusement l'air était d’un calme profond. Nous avons sorti presque tous nos effets, ce qui ne s'est pas exécuté sans dommage. Plusieurs séminaristes ont jeté ‘* Jeurs coffres du troisième étage et n’ont pas manqué ‘“ de les briser. Il n’est arrivé aucun autre accident

‘ important. Comme j'avais versé mes larmes sur les ‘° infortunes de nos frères de Québec, je n’en ai pas eu ‘“ pour moi. Dieu soit béni ! je ne demande pas le se- ‘“ cours de vos prières, car Je sais que vous nous ‘€ aimez. ”’—J. Cas DUCUARME.

+ Mille piastres, dans l’état de gêne où se trouvait l'établissement naissant, c'était une perte considérable. zependant M. Ducharme n’en était pas à la dernière des épreuves du même genre. Trois mois et demi plus tard, le 18 octobre, le feu se déclara, sans qu'on n'ait pu découvrir comment, dans la couverture du séminaire ; heureusement on put l’éteindre avant qu'il n’eut causé des dommages considérables. Dans le temps on crut à l’œuvre d’un incendiaire, et l’on monta la garde pendant la nuit autour de l’église et du presbytère. On fit des perquisitions, mais les recherches n’amenèrent aucune découverte. Du reste, voici sur ce commencement d'incendie des détails circonstanciés, donnés par M. Ducharme lui-même dans une lettre à Mgr Bourget,

en date du 27 octobre 1845.

‘€ Monseigneur,—Nous avons failli devenir victimes d'un nouvel incendie le 18 de ce mois. Des matières dont se servent ordinairement les incendiaires ont été trouvées, après le feu, dans un endroit où la couverture du presbytère forme un angle avec la couverture de la salle des écoliers. 11 paraît qu'on s’est introduit dans ce lieu dans le temps où la communauté est réunie pour les exercices. Le feu s’est déclaré quelques instants après la basse messe. Il était facile d'entrer dans la maison dans ce moment où elle n’a point de surveillant, les personnes qui restent étant occupées dans le rez-de-chaussée à pré-

‘‘ parer le déjeùner. Le feu avait parcouru toute la ‘ partie de la couverture qui se trouve au dessus des CE

entraits et s'était déjà fait jour en plusieurs endroits, et sans l'énergie déployée par nos bons concitoyens ‘ qui affrontèrent le danger, et sans le secours de la ‘‘ pompe dont le tuyau a été introduit dans les man-

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