CHAPITRE XIII
LETTRES DE M. DUCHARXME.*
Projet d'un couvent.—Idée du Séminaire.— Emploi de ses revenus.—Retour de Mgr Plessis.—Ecoles du gouvernement.—Ses sacrifices pour l'éducation.—Requéte au gouverneur Dalhousie. —Mort de Mgr Plessis, —Il s'excuse de ne pouvoir précher à l'anniversaire du sacre de Mgr Lartigue. — Neuvaine de St- François-Xavier.—Eioge de M. Bélar.
A MGR J. O. PLESSIS
Ste-Thérèse, 10 septembre 1817.
Det s ve J'ai fait consentir les paroissiens à bâtir une maison qui doit servir pour l'utilité de la paroisse et l'instruction des enfants. M. Bélair, mon respectable voisin, m'a exhorté de faire en sorte d'y établir une école pour les filles sous la direction des Dames de la Congrégation. J'ai communiqué ce plan à M. Roux, qui en a parlé aux sœurs. Il paraît que l'approbation de Votre Grandeur perfectionnerait cette entreprise qui ne peut guère être différée à cause de l'impression que peuvent faire sur les habitants ces écoles du gouvernement qui passent pour le faire gratuitement. e
Avant de terminer, je prends la liberté d'observer à Votre Grandeur que je suis disposé, pour le moment, à incliner vers le parti où elle apercevra le plus grand bien. Si c’est pour entrer au Séminaire dans le cours de l’automne, je la supplie de fixer le temps qu’elle m'accorde pour terminer mes affaires. Si c’est pour demeurer quelque temps dans la paroisse dont je suis chargé, je la supplie de me faire connaître si elle approuve l'établis-
(*) Comme on a pu le remarquer jusqu'ici, nous ne publions des lettres du Fondateur que celles qui offrent un intérêt, soit historique, soit littéraire. Elles serviront comme de pièces justificatives à cette histoire détaillée de M. Ducharme, dont les annales, de temps en temps, publient quelque chapitre.—J. B. P.
sement d'une maison de sœurs, et, dans cette supposition, d’avoir la bonté de me donner quelque direction à ce sujet. Pour ce qui est de ma volonté, j'ose espérer qu'elle sera toujours soumise à Votre Grandeur.
Daignez recevoir les vœux que forme pour le rétablissement de votre santé un de vos enfants en Nuotre-Seigneur, et de le croire avec le respect le plus profond, etc.
A MGR J, O. PLESSIS
Ste-1 nérèse, 24 septembre 1817.
NET Je vois avec un sensible plaisir que Votre Grandeur n’a pas d’apposition à l'établissement d’une maison de sœurs à Ste- Thérèse. A la vérité, Votre Grandeur connaît, aussi bien que qui que ce soit, que cette paroisse est au milieu de quatre autres assez considérables, ce qui ne peu manquer de fournir un nombre respectable d'enfants. La paroisse paraît disposée à faire le sacrifice généreux d'abandonner pour cette œuvre la maison qu'elle vient de bâtir pour son utilité propre ; et il me paraît très évident qu’en moins d’un mois tout sera disposé à recevoir ces personnes. Je vais, en attendant cette faveur de Votre Grandeur, travailler en conséquence.
Je supplie Votre Grandeur de me croire entièrement dévoué à ses ordres, que je me propose de suivre comme ceux de Dieu dont elle tient la place à mon égard, et de recevoir les sentiments de respect le plus profond avec lesquels je suis, etc.
À MGR J. O4, PLESSIS
Ste-Thérèse, 22 février 1819.
Monseigneur,
J1 y a environ un an que j'ai fait connaître à Votre Grandeur le désir qu'avaient les paroissiens de Blainville de voir établir ici une maison de sœurs. Ils ont bâti une maison, à la vérité pour d'autres fins, telle qu’une salle pour les hommes et une pour les femmes, une école et une chapelle pour déposer les morts. Cependant, quelques curés voisins m'ayant fait entrevoir les grands avantages qui résulteraient d'une mission de religieuses, j'en parlai à la paroisse qui a fait très volontiers le sacrifice de la maison pour cette fin, bien disposée à faire et ajouter tout ce qui serait encore nécessaire. L'ignorance qui règne ici et dans plusieurs paroisses voisines, la pauvreté, la difficulté de deux
traverses pour aller à la mission la plus proche, ont déterminé dernièrement quelques anciens à verir me consulter pour savoir si une requête adressée à Votre Grandeur à ce sujet serait convenable. Leur but était de réunir les voix des notables des paroisses voisines qui, à la vérité, témoignent le plus grand désir de voir réussir ce projet. Je leur ai répondu que j'écrirais encore à Votre Grandeur pour lui exposer leur intention et savoir si une requête ne lui déplairait pas.
De mon côté, je crois qu'une mission serait ici bieu utile à cause du nombre considérable d'enfants qui se trouvent et dans cette paroisse et dans les paroisses voisines. D'ailleurs, il ne s'agit pas de bâtir une maison, elle est prête; et j'oserais assurer qu'au mois de juillet, au plus tard, il ne manquerait aucune des dépendances nécessaires. Les peines continuelles que se donne Votre Grardeur pour soutenir la religion dans un siècle si corrompu, et surtout pour procurer l'instruction à la jeunesse, m'inspirent une ferme confiance qu’elle voudra seconder des vues qui ne péuvent tendre qu’au bien. Je suis prêt à faire tous les sacrifices qui seront en mon pouvoir pour faire réussir cette entreprise. Je crois, au reste, que les sacrifices généreux qu'a faits cette paroisse, la bonne couduite de la majeure partie, son empressement à se prêter au bien qu’on demande d'elle, et surtout sa docilité à se conformer aux avis qu’ou lui donne, sont autant de motifs qui exigent qu’on parle en sa faveur. Je ne veux pourtant pas dire que cette paroisse soit des meilleures, mais il y en a bien d’autres qui unt un meilleur nom, et qui de fait valent incomparablement moins; et si la Providence leur procurait un pasteur comme en possèdent certaines paroisses, j'oserais assurer qu'elle pourrait devenir une des meilleures. Dieu seul connaît mes infirmités, et lui seul comprend ce que je veux dire. |]
Je supplie Votre Grandeur d’avoir toujours pour moi beaucoup: dé compassion. Quand elle entendrait dire que je suis un paresseux, elle n'en devra pas être surprise; car depuis environ deux mois je n’ai plus de vigueur, ni de goût pour aucune nourriture. Le gras, le maigre, la boisson et l'eau ne me font aucun bien. Tout cela est un petit malheur, pourvu que je puisse remplir mes fonctions et que ma paroisse n'en souffre pas trop. Je prie Votre Grandeur d'excuser la longueur de cette lettre, et de me croire toujours pénétré de respect pour elle et de reconnais-
sance pour les témoignages de bonté qu’elle m'a donné jusqu'ici. Je suis, etc.
À MGR J. O. PLESSIS
Ste-Thérèse, 12 mai 1819.
Monseigneur,
En réitérant ma demande au sujet d’une mission de sœurs, j'ai cru m'acquitter de l'espèce d'engagement que j'avais pris avec quelques curés qui, les premiers, m'ont insinué ce dessin.
Hieevo DA lettre de Votre Grandeur, en date du 7 avril, ne m'est parvenue qu'en mai, temps où ma dîime se trouve distribuée comme les années précédentes, c'est-à-dire que je me suis fait une règle de ne garder que ce qui m'est nécessaire pour attendre la dîime à venir, ce qui se réduit à peu de chose, comme Votre Grandeur pourra ie juger par un petit détail de mes revenus et de mes dépenses. Les revenus de cette paroisse se montent à environ 4000 ou 5000 francs, aunée ordinaire; cette année est inférieure. Mes dépenses ont été à peu près comme suit :
40 Pension et entretien d’un jeune homme au Collège de Montréal depuis 3 ans, environ.... 2000 francs
20 Un tableau de Ste-Thérèse..............,.,.. 1200
30 Deux tableaux pour les chapelles......... 1400 ‘* 40 Deux autres tableaux maintenant sur le chantier. 1400 ‘‘ 50 Contribution à la dorure d’un tabernacle...... 400 ‘: 60 Contribution pour bâtir une maison publique . 1000 ‘: 70 Pour une claire-voie devant l'Eglise.........., 400 ‘ 80 Pour agrandir et orner la sacristie.,...... 6% : 40007 7
90 Pour plusieurs articles moins importants...... 4000 ‘
9 Total, , 46: RAR ARTE .. 9000
Je dois à une famille une bonne partie de mon petit ménage.
Votre Grandeur est la seule personne qui sache l’emploi de mes revenus, si j'en excepte M. Bélair, mon directeur, qui en a une idée générale. Ce n’est point par ostentation que j'ai agi de la sorte, mais par inclination; car je m'étais proposé ce plan avant d'être à la tête d’une paroisse. Je vais cependant profiter de l’avis de Votre Grandeur dans l’avenir.,
Je vous supplie de recevoir mes vœux les plus sincères pour la conservation des jours précieux de Votre Grandeur et de me croire avec lé plus profond respect, etc.
À MGR J. O. PLESSIS
Ste-Thérése, 28 juillet 1820.
Monseigneur,
Au milieu de l’allégresse qui règne dans ce diocèse à cause du retour de Votre Grandeur, daignez recevoir d'un de vos enfants les témoignages les plus sincères de la joie dont son cœur est reinplie par l’heureuse nouvelle de l’arrivée de Votre Grandeur” Je rends, en mon particulier, mille actions de grâces au Seigneur d'avoir conservé vos jours dans un voyage si long et si dangereux.
5... Ayant perdu toute espérance d'entrer au Séminaire de Québec, il m'est venu en pensée de faire quelques tentatives auprès du Sémiuaire de Montréal, où je ne crois pas rencontrer les mêmes difficultés. Je supplie Votre Grandeur de ne pas m'oter tout espoir d'y entrer par la suite.....,
Je dois à Dieu de grandes actions de grâces, et à vous des remerciements, de ce que j'ai été placé à une si petite distance d'un voisin auprès duquel je puis me transporter facilement. D'ailleurs j'ai trouvé en M. Bélair un charitable directeur, un modèle de la vie d’un prêtre et surtout d’uu curé qui paraitavoir à cœur ce qui regarde son ministère.
Vu qu'il y a en cette paroisse une maison propre à l'éducation de la jeunesse, quelques protestants ont insinué qu'il serait avantageux d'avoir un maître appointé par le gouvernement, Je v'ai que de l’aversion pour ce plan, à cause de la mauvaise conduite de quelques-uns de ces inaîtres, sur lesquels nous n'avons aucune autorité, et je suis résolu de refuser les offres qu'on pourrait faire, à moins que mes s'ipérieurs en décideraient autrement.
Je me prosterne aux pieds de Votre Grandeur pour lui demander sa sainte bénédiction et la prier d’agréer les vœux que j’ottre au ciel pour la conservation de ses jours précieux.
A MGR J. O, PLESSIS
\ il Ste-Thérèse, 28 mai 1893.
Monseigneur,
Permettez-moi de faire part à Votre Grandeur de ma situation et de mes Gispositions actuelles, suivant ce que m'a dit Monseigneur de Telmesse à qui j'en ai tonché quelque chose.
Je réitère la demande de solliciter une place dans l’un des deux séminaires de Québec ou de Montréal. Si je ne puis rien auprès de celui de Québec, qu’il me soit permis de faire des tentatives auprès de celui ‘de Montréal.
J'ai fait des sacrifices, selon vos avis, pour établir une école qui ne dépend que de moi. Je paie, nourris et loge le maître d'école. Les parents n’ont que la peine d'envoyer leurs enfants à la classe. Je n'ai fait ce sacrifice que pour éloigner un maitre d'école protestant, et, encore plus, un ministre que quelques Au voulaient faire venir pour instruire la jeunesse cana-
ienne.
Comme il n’y a ici que cinq familles écossaises, dont deux n'ont point, d'enfants, et les autres n’en ont point d'âge à fréquenter l’école, j'espérais que leur plan s’évanouirait, mais l'affaire de la réunion en a tellement électrisé quelques-uns qu'ils sont décidés à établir une école anglaise sous la conduite d’un ministre ; la maison est déjà désignée. Un cimetière est en chantier, et une chapelle est à la veille de s’ériger. On dit même que le seigneur de Blainville avec qui je parais en bonne intelligence a souscrit pour cet établissement. |
Si, comme me l’a assuré le curé de Terrebonne, un simple laïque protestant qui fait l’école dans sa paroisse, s’est déjà permis des propros contre la religion, que doit-on attendre d'un ministre ? Et si moi, qui ne me rend poli à l'égard de ces personnes que par pure civilité, j'apprends des propos injurieux contre la religion, pourrai-je me contenir ? Laisserai-je le loup entrer dans la bergerie sans crier ? Et que dire, quefaire? Il y à plusieurs autres raisons à alléguer, mais une lettre ne m'en permet pas le détail. À
Je termine par avouer que, considérant les obstacles que je rencontre dans la conduite d'une paroisse et le peu de courage que j'ai à les surmonter, j'ai lieu de craindre de n'être pas dans mon état ou du moins de n'être pas appelé à cette charge de curé. J'écris à Votre Grandeur avec d'autant plus de confiance que j'y ai été induit par Monseigneur de Telmesse. Daignez, je vous prie, m’honorer d’un mot de réponse et vouloir bien me croire avec le plus profond respect, etc.
A MGR B. C. PANET
Ste-Thérèse, 7 juin 1826.
Conformément à l'intention de votre illustre prédécesseur, j'ai dressé la requête que feu Mon‘vigneur Plessis m'avait écrit qu'il se proposait de présenter à sor Excellence le comte Dalhousie.
Hélas ! ce n’est qu'avec une douleur sensible que j'ai appris la mort de ce bon père, a qui j'avais à communiquer plusieurs choses relativement à ma paroisse et à d’autres objets ; j'attends, pour ce faire, que Votre Grandeur soit un peu délivrée des embarras
LETTRES DE M. DUCHARME. ait
dont elle ne peut manquer d'être surchargée dans le moment. En vous demandant votre bénédiction, je vous prie de me croire ‘avec un profond respect, etc.