DIALOGUE II. | LOUIS, AUGUSTE, FRANÇOIS ET LE DIRECTEUR
(Louis se jette sur son lit en criant, aie! aïe l)
LE DIRECTEUR
Comment êtés-vous ? mon pauvre enfant ?
LOUIS
Aie ! aie!
Etes-vous mieux !
Aie! Aie! Aie!
| LE DIRECTEUR
Souffrez-vous d'avantage ?
LOUIS
Oioi! aie! aie! aie!
LE DIRECTEUR (G Auguste).
Comment est-il ?
AUGUSTE
Il est toujours dans le même état, ni mieux, ni plus mal.
LOUIS
Aie ! aie! oioi! hola ! oioi!
LE DIRECTEUR
Donnez-lui donc quelque chose, un peu de vin, par exemple.
LOUIS
Aie ! aie! {ZE boit). Il n’y a que ce remède-là, vraiment, pour me faire du bien, les autres ne me font rien.
FRANÇOIS
C’est comme s’il n’en prenait pas.
LOUIS
Je vous prie bien de m’excuser, M. le Directeur, si je 91, © ?» Q . Q .» » .
n'ai pas répondu de suite à vos questions, et si j'ai fait
tant de train. Quand vous êtes entré, je me suis trouvé si mal que je ne savais plus que faire, ni que dire.
LE DIRECTEUR
Ce n’est rien, mon enfant, quand on est malade, on fait comme on peut et non comme on veut.
LOUIS
Vous êtes toujours bon, pareil, M. le directeur.
LE DIRECTEUR
Comment vous trouvez-vous aujourd’hui ?
LOUIS
M. le Directeur, ma maladie augmente, augmente toujours.
LE DIRECTEUR
Vos souffrances sont plus intenses ?
LOUIS
Elle entre dans une nouvelle phase, bien plus dangereuse pour moi.
LE DIRECTEUR
Vous vous sentez plus faible ?
F LOUIS
Hélas ! je suis bien en peine de savoir comment elle aboutira.
LE DIRECTEUR
Ne vous laissez pas abattre ainsi, j’ai vu des malades, plus bas que vous, qui en sont pourtant revenu. Prenez courage, et ayez confiance dans l'avenir.
LOUIS
Ce n’est pas facile, M. le Directeur, quand on marche devant soit, comme un aveugle. Encore, si j'avais la
moindre idée de la manière dont tourneront les choses cet après-inidi, dans une heure.
LE DIRECTEUR
N'importe, mon enfant, en toutes circonstances il faut se jeter entre les mains de la Providence, et remettre tout à la volonté du bon Dieu.
LOUIS
Sans doute, M. le Directeur, pour cela je demande le secours de vos bonnes prières.
Je n'oublie pas mes pauvres malades; je demande à Dieu que sa sainte volonté s’accomplisse à leur égard, qu’il leur donne à eux la patience, et au docteur la connaissance des remèdes Fe plus convenables pour leur maladie.
LOUIS
Oh ! merci, M. le Directeur, merci. Pour le remède je connais le bon, le seul capable de me guérir.
LE DIRECTEUR
Quel est-il donc ?
LOUIS
Ça me coûte de le dire.
LE DIRECTEUR, Ne craignez rien, dites, LOUIS.
J'ai peur que vous me supposiez des intentions que je n’ai pas.
LE DIRECTEUR
Vous défiez-vous de moi ? dites donc. Si, en effet, le remède est bon et praticable, on pourra vous l’appliquer.
LOUIS
N’allez pas croire que je dise cela par intérêt, par fantaisie, par caprice, par ennui.
Mais parlez donc ; ouvrez-vous avec confiance.
LOUIS
Je sais que vous allez trouver de graves inconvénients:; mais enfin c'est le seul remède à mon mal. Vous aimez les écoliers, vous êtes un bon père, je remets tout entre vos mains ; ce que vous ferez, sera bien fait.
LE DIRECTEUR
Enfin, allez-vous vous expliquer? qu'est-ce qu’il vous faudrait ?
LOUIS. ; Aller passer quelques jours dans ma famille.
LE DIRECTEUR
Y pensez-vous ? dans l’état où vous êtes maintenant ?
LOUIS
Oh! pour cela, il n’y a pas de danger. Je me coucherais au fond d’un grand s/eigh, bien enveloppé dans de bonnes robes chaudes sur un épais lit de plumes bien mou. Au grand air, je ne serais pas à dix arpents du collége, que je me sentirais mieux : c’est l’opinion du docteur. |
LE DIRF"TEUR,
Laissez faire quelque temps ; vous allez prendre du mieux; et après le jour de lan vous irez passer le temps de votre convalescence dans votre famille.
LOUIS
C'est justement le temps du jour de l’an qui me guérirait. Je verrais chez nous tous mes parents, mes amis ; ça m'amuserait beaucoup. Il n’y a rien comme les distractions pour agir sur le moral d’un malade, et pe là sur le physique. La joie purifie le sang, comme
it le docteur, et la tristesse fait faire de la bile.
LE DIRECTEUR
Navez-vous pas peur qu’une promenade à la maison paternelle ne vous fasse perdre trop de temps, et qu'à votre retour vous ne vous trouviez trop en arrière pour pouvoir continuer votre année.
LOUIS
« Mordu d’un chien, comme dit le proverbe, ou mordu d’une chienne, c’est bien la même chose.” Seulement le docteur est d’avis que, à la maison paternelle, je me rétablirai plus vite; par conséquent je serai prêt plus tôt à suivre ma classe.
LE DIRECTEUR
Quand pourrez-vous partir ? qui vous mènera? c’est encore une question.
J'ai écrit chez nous et l’affaire est tout arrangée. J'attends cette après-midi notre Àomme, qui m'amènera, si vous le permettez, M. le Directeur.
LE DIRECTEUR
Est-ce que vous ne vous trouvez pas bien ici ?
LOUIS
Très bien, M. le Directeur, on ne peut être mieux ; on se donne beaucoup de peine pour moi, et je vous en suis très reconnaissant. Vraiment je vais m'ennuyer de mes joyeux confrères, de mes maîtres si dévoués et de vous, M. le Directeur, qui êtes pour moi un bon,
un tendre père. Mais, vous le savez par expérience, toujours et partout, vive la maison paternelle ! il n’y a personne pour remplacer une mère, elle ne vit que pour son enfant, elle devine nos besoins même avant que nous nous en rendions compte. Et ma sœur, comme elle va se faire un plaisir de se tenir au chevet de mon lit! comme ils vont bien me soigner tous ensemble! je gage qu'entre leurs mains je ne suis pas huit jours malade; ça parait être aussi l'opinion du docteur.
LE DIRECTEUR
C’est bien. Le médecin ne tarde que l’heure d’arriver, je lui dirai d'examiner d’une manière particulière l’état de votre maladie ; s’il le juge à propos, je n'ai pas d’objections à ce que vous alliez passer quelques temps dans votre famille.
Mille fois merci, M. le Directeur. Je ne sais tro comment vous payer de toutes vos bontés pour moi. Si je vais chez nous, aussitôt que je serai mieux, je vous promets que je m’en reviendrai tout de suite. | Directeur sort.)
DIALOGUE Ill.
LOUIS, AUGUSTE ET FRANÇOIS
LOUIS
Dites donc, vous autres, les affaires ne vont-elles pas bien ?
AUGUSTE
À merveille.
FRANÇOIS
Comme sur des roulettes.
JOUIS
Voici bientôt le moment décisif. (Un peu pensif) Allons, Louis, tiens toi sur tes gardes, prépare tes flutes. —Le Directeur est si bon, puis c’est un prêtre; quand il m’interroge, je ne lui réponds pas, je crie toujours ou je ne lui donne que des réponses évasives, je n’ai
as le courage de lui conter des mensonges. Mais pour e docteur, c’est une autre affaire. S'il ne connaît pas
son métier, tant pis. D'ailleurs ce sont là des bagatelles, on dit que le diable en rit.
AUGUSTE
Si le diable en rit, c’est un mauvais signe ; alors ton bon ange en pleure.
LOUIS
Laissez-moi tranquille un instant, s’il vous plaît, je vais 7ongler mon discours.