‹ Mélanges littéraires [microforme]Chapitre 68 sur 122 · LOUIS, AUGUSTE, FRANÇOIS ET LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

LOUIS, AUGUSTE, FRANÇOIS ET LE DOCTEUR

LE DOCTEUR

Qu'y a-t-il ?

LOUIS

M. le Docteur, comment vont les choses ?

LE DOCTEUR

AU right, tout va bien. Je vais chez nous ? est-ce décidé ?

LE DOCTEUR

Tout décidé ; le Directeur vous en donnera des nouvelles tantôt.

LOUIS

Bonjour, Docteur.

LE DOCTEUR

Bonjour. (Le Docteur sort).

DIALOGUE III

LOUIS, AUGUSTE ET FRANÇOIS

LOUIS

AU ret, a-t-il dit ; all ret, pour le certain. O monsieur le docteur, si vous n’êtes pas un bon médecin, toujours est-il que vous êtes un fameux bon garçon.

AUGUSTE

Enfin, te voilà donc content.

LOUIS

Au comble de mes joies, Auguste, mon cher Auguste, mon bon, mon tendre ami, Je suis aux oiseaux ; tiens je pourrais t’embrasser.

FRANÇOIS

Voyons, modèére tes transports.

LOUIS

Je vais donc chez nous ! ce n’est plus un vain projet, un rêve, une chimère ; c’est la pure et simple réalité.

Je vais chez nous ! oh ! quelle ue quelle douceur | quel charme ! quel plaisir ! quel bonheur !

AUGUSTE

Que vas-tu donc faire chez vous ?

LOUIS

D'abord me lever à une heure raisonnable. Plus de cloche maussade qui vienne vous mettre sur pied deux heures avant le coq ; plus de maître qui vous tire les orteils. Quand je me lèverai, je n’en aurai pas pour un quart d'heure à caracoler sur mes pieds comme un homme soûl ; je ne serai pas à la peine de m’ouvrir les yeux avec les doigts. 11 nous faudrait par jour deux heures de sommeil de plus que nous en avons.

FRANÇOIS

Tu pourras commencer par dormir deux jours et deux nuits de suite pour réparer le temps perdu.

LOUIS

Non, mais je prétends bien dormir chaque jour à ma faim.

AUGUSTE

A quelle heure te lèveras-tu donc ?

À sept heures, sept heures et demie, huit heures. J'attendrai qu’il fasse clair ; j'aime de mon lit à voir le soleil darder ses rayons à travers les rideaux ; j'aime à le voir danser sur la cloison, et répandre dans la chambre comme une certaine gaieté. Quel plaisir de s’étendre le matin sur un bon lit de plume où l’on enfonce mollement ; la tête cachée dans son oreiller, on se laisse aller à un demi-sommeil ; on savoure le repos, on se sent dormir.

AUGUSTE

Ah ! le paresseux ! tu me rappelles l’alcove de Boi-

leau, FRANÇOIS.

Dans le réduit obscur d'un alcove enfoncé S'élève un lit de plume, à grands frais amassé ; Quatre rideaux pompeux, par un double contour, En défendent l'entrée à la clarté du jour.

LOUIS

Quel beau lit! après ?

FRANÇOIS

Là parmi les douceurs d’un tranquille silence, Règne sur le duvet une heureuse indolence.

LOUIS

Achève-donc, c’est si beau! ça donne envie de dormir.

C'est là que maitre Louis, muni d’un déjeuner,

Dormait d’un léger somme, attendant le diner.

La jeunesse en sa fleur brille sur son visage,

Son menton sur son sein descend à double étage,

Et son corps ramassé dans sa courte grosseur, Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.

LOUIS

On dirait que ça été fait exprès pour moi. Quels vers délicieux ! ce poète avait goûté ce qu'il y a de charmes dans le doux, tranquille et paisible sommeil.

AUGUSTE

Alors, c’est bien le cas de répéter le proverbe : autant de goûts que de personnes, fot capita tot sensus.

LOUIS

En passant ce qu’un soldat traduisait par autant de capitaines, autant de sangsues.

AUGUSTE

Pour moi, quand je me lève tard, j'ai la tête pesante, je suis mal pour le reste de la journée.

LOUIS

C'est que, vois-tu, je ne me coucherai pas de bonne heure. Tous les soirs il vient veiller quelqu'un : c’est M. Zézet, c’est le grand Brisbois ou bien Zizine ; ils

viennent toute la maisonnée, hommes, femmes et enfants. Il me semble les entendre arriver, frappant du pied sur la galerie pour secouer la neige de leurs souliers ; ils cognent à la porte, fa, ta, ta.—"* Entrez—Tiens, c’est bien vous autres—La compagnie, bonsoir.—Comment ça va-t-y ?—Bien, et vous ? merci.” Puis les hommes s’asseyent en rond autour de la porte du poële qui chauffe, rouge comme un tison. Un bon gros poèle, ce n’est pas comme nos tuyaux qui commencent par un vacarme d'enfer, et qui finissent par chauffer sans qu'on s’en aperçoive. C’est une chaleur bienfaisante que l’on sent, qui nous pénètre et nous vivifie; vous entendez le poèle qui bourdonne au grand galop: boum, boum, boum. On parle du bon vieux temps passé, des nouvelles du jour et de mille affaires différentes ; on raconte des histoires de loup-garou qui font dresser les cheveux sur la tête. De temps en temps on met le tison sur la pipe, toute la salle est remplie des nuages d’une fumée délectable.

AUGUSTE

Et pendant ce temps-là, les femmes, que font-ellus ?

FRANÇOIS

Elles ne fument pas ?

LOUIS

Les fenimes sont assises près de la table, autour de la chandelle, qui cousent et tricottent ; elles jasent, elles cacassent, comme dirait David, un mot n'attend pas l’autre ; ça marche toujours, c’est comme le moulin de Lachine.

Et toi, tu regardes faire les autres ?

LOUIS

Je ne pense pas. Je m'amuse avec les jeunesses, Puis quand l'heure est arrivée de jouer aux cartes, je sais bien qui choisir pour mon vis-à-vis; ne crois pas que les autres me fassent manger de l'avoine.

AUGUSTE

Ainsi donc, comme le bonhomme La Fontaine, de ton temps, deux parties en fera, l’une à bien veiller, et l’autre à bien dormir.

LOUIS

Pas du tout. Voilà pour la nuit ; mais le jour, je me promènerai.

FRANCOIS

Le grand plaisir de se promener au froid !

LOUIS

On s’habille chaudement. En plein cœur de l’hiver, alors que tout en craque dehors et qu’on entend la ferrure du sleigh crier sur la neige, avec mes bottes de drap, mon capot de vison, mon casque de loutre et mes mitaines de chamois, je ne crains pas de me mettre en voyage. Quel plaisir de passer sur le chemin comme une poussière, de voir son cheval la tête en l’air, le trot dégagé, la queue comme un plumet ; de se pendre sur les guides en criant : ouogh, ouogh, ouogh. Tout le monde se jette aux fenêtres : ‘Tiens, le petit Louis qui passe, petit Louis qui passe.”

FRANCOIS

Encore as-tu un bon cheval ?

LOUIS

Oui ; une fameuse petite jument, fine bête si jamais il en fût! noire comme une mûre, avec une lunette blanche dans le front. J'ai un bel attelage tout argenté et un harnais qui a peut-être Va cents bossettes ; j'ai une belle cariole rouge, avec le derrière tout flambant, il luit comme un diamant ; quand je passe sur le chemin, les chiens viennent se mirer didne en jappant : houp, houp, houp ! (Le portier entre).

DIALOGUE IV

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