MAILLET-LACOSTE
DE L'Ï^FLUEIVCE POLITIQUE
ETUDES UIMÏVEUSITAIIIES.
Une objection souvent reproduite , qui attaque sur un point capital le système de nos études , a dernièrement retenti au sein de la plus respectable assemblée , à la suite du plus horrible attentat (1) , et pourrait bien retentir avec plus de vivacité et de fréquence (2) depuis l'attentat nouveau (3) dont nous frissonnons encore.
(1) Discours du bnron de MoroRue dans la Cliainbic des Pairs, quelques jours après rallonlal d'Ailliaud.
(2) Celle objection a été reproduite par M. de Tracy , dans la séance du 7 juin 1837.
(3) Sept jours avant ce discours , avait été commis rallenlat de Meunier.
Ne devez-vous pas craindre , nous fait-on entendre , que ces républiques de l'anliquilé , incessamment offertes à l'esprit de la jeunesse , n'y laissent enfin des impressions fatales sous le point de vue politique ? Voué par la nature de mes fonctions , comme par celle de mes goûts , à la littérature d'un peuple qui, dans les jours de son énergie , a plus qu'aucun autre foulé aux pieds les doctrines monarchiques , je puis dire que j'écoute cette objection avec les dispositions que doivent exiger de nous ses auteurs. Du moment que l'on peut soupçonner dans nos enseignements le moindre péril , pour la stabilité de nos institutions , pour la vie de nos princes , pour les paisibles développements de cette brillante civilisation moderne , que des furieux , tout en parlant de progrès, tendraient à faire rétrograder jusqu'aux excès les plus hideux de l'état sauvage ; dès ce moment , nous , surtout , les guides en première ligne de cette jeunesse qui représente l'avenir de la France et peut-être du Monde , nous devons nous faire un devoir de tout examiner, et r^ne sagesse de tout craindre. Si donc il était possible que nos élèves sortissent de ce commerce avec
l'antiquité plutôt aveuglés qu'éclairés sur ces devoirs du citoyen , dont un de nos honorables collègues vous a si dignement parlé (1) , nous ne devrions pas balancer , ou plutôt le législateur lui-même ne devrait pas balancer un instant. Continuant , si je puis le dire , au nom de l'ordre social , les dévastations de ces barbares des siècles d'ignorance , il devrait mutiler , soustraire à tous les yeux , des chefs-d'œuvre où le génie même serait un malheur de plus pour les nations. Mais le culte de la monarchie , surtout de la monarchie telle que nous l'avons faite dans ces derniers temps , n'exige pas de nous d'aussi douloureux sacrifices. Je dis plus : il en souffrirait. Ce sera le partage de ce discours.
Une pensée bien pénible doit le dominer tout entier: c'est que l'homme peut abuser de ce qu'il y a de meilleur, de ce qu'il y a de plus auguste, pour se précipiter, quelquefois même avec les intentions les plus pures , dans les écarts les plus funestes. Si, négligeant de pénétrer dans la nature des institutions humaines, pour appré-
(I) Discours prononcé, le f\ novcnil)r»' 183() , ù la séance solonneJlc de rentrée de l'Académie royale de (laen , par M. Lecerf, professeur de Code civil.
— lissier les avantages et les inconvénients qui doivent en résulter, nous voulions juger uniquement d'après les horreurs qui s'offriraient de toutes parts à nous, tout rentrerait peut-être, à nos yeux, dans un afifreux équilibre, et, au lieu de juger, nous ne pourrions que pleurer et gémir. Ames amies de la paix et de l'ordre, âmes pieuses, \e vous le lirai donc: Un peu plus de force dans votre douleur, puisque la douleur peut obscurcir toutes les lumières de notre intelligence. Ainsi, dans ce moment où des idées funèbres nous obsèdent, essayons de raisonner malgré nos souffrances, comme le guerrier s'efforce de combattre malgré ses blessures.
Vous craignez que le spectacle de ces anciennes républiques n'égare notre jeunesse. Je ferai cette première question. Niez-vous leurs vertus ? mais du moins ce ne sont pas des vices que leurs historiens présentent à notre admiration. Ce sont principalement de ces vertus que vous invoquez vous-mêmes avec une si louable persévérance ; je
veux dire, la religion du serment, le respect pour l'autorité des pères et des vieillards, le mépris des richesses et même des honneurs, la noblesse des procédés au milieu de la fureur des guerres , le dévouement enfin pour son pays. Eh bien ! si toutes ces vertus n'avaient existé chez des peuples qui se sont maintenus si long-temps à la tête de l'espèce humaine , il faudrait remercier ces écrivains de les avoir inventées. En voulant honorer leur patrie , ils auraient servi le genre humain , et ici le roman vaudrait mieux que l'histoire. Oui, si, comme vous le croyez, cette république romaine , par ^emple , n'avait jamais été qu'un assemblage de brigands habilement disciplinés (1) , ce serait une vérité terrible qu'il faudrait cacher à la Terre. En effet , en présentant une telle république dans sa monstrueuse férocité, vous ne sauveriez pas l'honneur de tant de monarchies qui se sont abaissées devant elle, et vous enlèveriez au moraliste ses plus grands
(1) Je réponds surloul ici à un de ces déplorables ouvrages produits sous rinnuencc du despolisino impérial; ouvrage qui trouve de nombreux approbateurs, nu'iiie de nos jours; j'entends celle longue dia- Iribc d'un membre de l'inslilul, de \I. rÉ\esquc, contre la république romaine.