‹ Mélanges littérairesChapitre 17 sur 25 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Quelle que soit la fécondité de l'esprit le

plus développé, il n'a pas à chaque instant une pensée à exprimer, tandis que vous en faites, pour l'enfant qui traduit, le besoin de tous les instants. Au défaut de ses propres idées, vous le surchargez des idées d'autrui , vous le tenez haletant sous ce fardeau. A-t-il achevé son travail , vous lui montrez le vôtre. Il voit comme on peut marcher avec aisance dans ces mêmes routes où il s'est traîné avec effort.

Remarquez encore que, dans l'ouvrage de la composition originale , l'esprit éprouve souvent de ces moments de langueur où , faute d'appui , il tombe et s'éteint , tandis que la traduction fournit un aliment continuel à son activité! Toujours soutenu par la pensée , lorsqu'il est arrêté par l'expression, il trouve, pour ainsi dire, dans autrui cette vie qui lui manque ; et il arrive , comme par un mouvement régulier , à ce degré de chaleur où il pourra produire lui-même, s'il est capable de produire. Ainsi cette traduction même, que des esprits irréfléchis ou superbes redoutent ou dédaignent comme funeste à l'imagination, se présente comme un moyen de la développer. C'est sur un sol, en apparence si ingrat, que je vois naître cette fleur.

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