PREFACE
DE
CE DISCOITRS.
(lacn, 18/i/i.
Je m'attends à deux reproches Ijien différents, dans cette réimpression d'un discours sur Bossuet. Ce sujet paraîtra à quelques-uns trop peu intéressant aujourd'iiui pour faire prospérer un discours ; à d'autres , trop grand pour y entrer, surtout si c'est un discours académique.
le me hâte de répondre aux derniers qu'ils sont trop prompts à condamner la forme académique. Si elle n'a souvent servi , dans les Eloges , qu'à de froides amplilications sans vérité , de brillants exenqiles nous j)iouvout (ju'elle ne peut qu'ajouter au méiite d'une œuvre suhslanlielle, où l'on cliercherail la vérité avani
tout. C'est même vous mettre sur la voie d'une œuvre substantielle , que de vouloir soumettre aux proportions d'un discours académique un sujet qui , par sa grandeur , semblerait exiger un long ouvrage. Vous éprouvez alors le besoin de resserrer sans cesse l'expression de votre pensée. Votre travail est comme une abréviation continuelle. Or , n'est-ce pas là le secret des fortes compositions en tout genre ?
Je répondrai aux premiers que, même dans la fausse hypothèse où le christianisme viendrait à mourir comme les empires , un immense intérêt historique s'attacherait encore à son souvenir comme à celui de tous les grands empires évanouis. Toujours on voudrait prendre une connaissance plus ou moins approfondie d'une religion, qui a paru avec tant d'éclat; et toujours aussi on serait par là même ramené à l'honune qui , uiieux qu'aucun autre peut-être, en a exprimé le génie. Des esprits élevés aimeraient
à se transporter, par intervalle , dans Tordre d'idées où cet écrivain a puisé des inspirations si hautes , et du moins dans leurs lectures se feraient chrétiens avec Bossuet , comme nous nous faisons païens avec Homère, Mais , pourquoi ne voir , dans Bossuet , que le sublime interprète du christianisme ? Combien de ses pages s'adressent aux hommes de toutes les religions comme de tous les gouvernements, à l'humanité tout entière î surtout, il est vrai, lorsqu'il se montre le sublime interprète du christianisme.
Je pourrais poursuivre sur le ton de ces considérations générales. Mais j'aime mieux répondre par im fait: c'est qu'en 1826 ce discours sur Bossuet , jeté pour ainsi dire à travers les plus vives préoccupations du jour, a été aussi favorablement accueilli de l'auditoire que si l'orateur avait parlé de quehjues adaires du moment de l'intérêt le plus grave, au milieu d'une multitude pussionnée, dont il aurait partagé ou caressé les opinions.
Ainsi (et je présente ces détails, pour satisfaire vl)ieu moins à une miséraUle vanité , qu'au désir de faire briilei" iei un reflet, s'il est possihle, de ce que j'ai vu de i^randeui' dans riionime extraordinaire , objet de mes études), des applaudissements ont éclaté à diverses reprises , lorsque j'ai essayé de caractériser ces deux ouvrages de son infatigable vieillesse, si peu connus aujourd'hui , si propres cependant à le faire connaître , les Elévations des mystères et les Méditations sur l'Evangile; lorsque je l'ai montré clans ses discussions si variées avec Claude, avec .lurien, avec Leibnitz, avec Fénéloo ; dans ses attentions si délicates, pour concilier, au milieu des circonstances les plus difficiles, les droits de l'autorité pontilicalc et les libertés de notre église de France; dans ses elïbrts si énergiques poui" réprimer et ces génies ardents qui outraient la jnorale du cbristianisme, au point quelle devenait le désespoir des justes, et ces docleurs en délire
qui l'éiiervaient , au point qu'elle devenait le scandale des profanes. Mais il m'a été donné surtout de réussir bien au-delà de mon espoir , lorsqu'à l'occasion des louanges qu'il avait accordées à la révocation de l'édit de Nantes, j'ai osé le venger de ce reproche de dureté, d'intolérance, devenu populaire. J'ai vu alors un auditoire étonné d'applaudir ; et je me suis félicité de n'avoir pas désespéré de mon sujet , dans une partie généralement condamnée d'avance; d'avoir si fort appuyé sur cette partie elle-même, pour ménager aux nobles âmes devant lesquelles s'épanchait la mienne, ce plaisir si pur de pouvoir aimer celui que l'on admire.
J'opposerais ce foit à ces hommes qui , cherchant une règle dans ce qu'ils appellent l'opinion du siècle, sembleraient ignorer que , si l'adresse de l'écrivain est souvent de suivre l(^ mouvement général des esprits, son devoir est queUjuefois de lo combattre, et sou plus beau lriouq)lie de le \aincre.
Mes lecteurs auront donc à juger à la fois l'auditoire lui-même et l'ouvrage. Mais pour que le lecteur, même avec une grande supériorité de talent ait réellement ce droit de juger l'auditeur, c'est-à-dire, de prononcer en dernier ressort , il faut que , par une attention persévérante , il se place tout entier sous l'influence de l'ouvrage , et que , pai* des retours multipliés, prolongés, sur ses propres impressions, il puisse se juger luimême. Procéder ainsi , ce serait , en effet , obtenir les avantages du débit oratoire et en écarter les inconvénients. Mais procéder ainsi fut toujours une chose difficile et rare. Aussi, ce qui me détermine le plus à la deuxième édition de ce discoms , ce ne sont pas les éloges qu'il a reçus de quelques littérateurs de la capitale, c'est l'impression qu'il a produite en trois séances à Gaen, sur une assemblée composée de la jeunesse des écoles et de plusieurs hommes d'un âge mûr et d'un esprit distingué, tels que
je devais m'attendre à les trouver dans l'une des villes les plus littéraires de la France. Une pareille assemblée pouvait bien représenter, à mes yeux, celles qui, à Paris, à peu près à la même époque, accueillaient avec un enthousiasme si mérité les brillantes leçons de MM. Cousin , Guizot , Villemain. Si donc j'avais à faire la dédicace de ce discours, ce serait, suivant la belle manière antique ,