‹ MélangesChapitre 15 sur 111 · UN LIVRE · texte numérisé non relu

UN LIVRE

On ne s'étonne point assez de ce prodige que l'on a sans cesse sous 1^ main ou devant les yeux, et qu'on nomme un livre! Assemblage de matière blanche et noire, inerte, sans vie aucune,, et pourtant où se trouve fixé invariablement à nos regards ce qu'il y a de moins tangible et visible, de plus fugitif et immatériel , la pensée de rhomme 1

Dira-t-on que rien au contraire n'est moins prodigieux ^ puisque cette pensée , dans .son expression soit par gestes, soit par parole, s'était déjà matérialisée et comme incamée à nos yeux et à notre oreille ; en sorte que , si l'on est parvenu à la fixer au moyen de signes écrits et de convention , ce n'a été qu'un progrès si naturel, qu'il devait s'ensuivre nécessairement?

D'accord , mais ce n'est là qu'expliquer comment le fait s'est accompli graduellement, et là n'est point la question, pas plus que dans ces

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gestes et paroles des âmes présentes en ce monde, s efforçant de communiquer entre elles; non, le prodige n'est point là , tandis qu'il apparaît bien autrement dans ce livre, création toute matérielle de l'homme, où sii pensée, son être, son âme enfin , quoique absente et passée dans un autre monde, se retrouve Captive et présente en ce monde-ci; et toujours si vive et si ardente, qu'elle y inspire, éclaire et enllamme, de siècle en siècle, les autres âmes qui l'y suivent.

Ainsi , ce n'est donc pas dans le corps humain seul que l'âme est captive ici-bas; elle l'est aussi , et bien plus longuement , dans cette matière inerte , inanimée, et organisée de main d'homme, qu'on appelle un liçre!

Pensée! être moral, conséquemment invisible, que révèle et transmet la parole , faculté physique, mais invisible aussi, et que transforme en matière fixe et visible , l'écriture , admirable invention de l'homme.

Temps , et distance ou espace : entraves , l'une

invisible, l'autre visible, imposées à l'esprit et au corps humains , et dont les homii^s , pour se communiquer leurs pensées , se sont presque affranchis au- moyen de l'électricité, matière invisible et rapide comme la penàée; de même qu'ils affranchissent leurs corps de ces deux entraves au moyen de la vapeur^ matière visible comme leurs corps, victorieux ainsi, quoique à un moindre degré, dfe ce temps eC de* cet espace. * . .

Remarquable tolérance de Dieu , qui pern^et à l'homme de tels triomphes sûr les entraves qu'il lui avait imposées!

Or, pourquoi la plupart et les plus imporbmts de ces triomphes ont-ils été si tardifs? Pourquoi n'ont-ils été surtout accordés qu'à la civilisation issue du christianisme?

Serait-ce que la Providence n'a permis ce progrès de la puissance matérielle de l'homme, quV loiis que le progrès de sa (ovce^v^tAlB s'y est tr<smvé proportionné? N.'a-«-èlle votilûteette su-

périorké de rhoHlme mode^me' stH^'rilcimtne antique, qu'alorg qu'il lui est devenu supérieur çn moralité? "

Concordance providentielle de ces deux progrès, l'un terrestre, l'autre céleste ! Mais comment cpoire^ à la durée de cet équilibre, et que tant de découvertes des secrets de la création nous seront permises indéânim^ent ? Gomment ne pas voir qu'elles armercmt les passons de l'iiomme d'une puissance si destructive, qu'elles amèneront la liiidei la société humaine, et , selon la miarche asc€9idante de la création > le remplacement probable de l'homme par une autre race d'êtres supéric^urs .en scieoticei et en moralité? ; .

Il . . t !

ESPniT p jçqiir. sRisrs, e;t« ca^actèh^

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Beaucou^p d'espfit et de bon sexis avec autant de 4^ractère, c'est le génie! lesdei^ premières fde ces qualités faisant voir dans toute affaire le pointc^i^ital^etla'troisièilie, employer toutes ses forces pour y arriver. /

t20 SOUVENIRS ET RÊVERIES ,

Mais généralement, plus on a d'esprit moins on a de caractère, l'esprit «nous montrant le faible aus^ bien que le fort de toute affaite, d'où il arrive qu'il nous y laisse irrésolu ; tandis qu'au contraire, comme lorsque moins on a d'idées plus on y tient, et qu'alors on ne voit qu'un côté de chaque chose , il se trcmve des gens qui ont encpre plus de caractère que les hommes de génie, ce sont les bêtesl

Quant au bon sens , si l'esprit sans lui n'est que folie et le caractère qu'entêtement, luimême , en revanche, n'est que de bien peu d'utilité dans le conseil , sans esprit ; comme dans l'action , sans le caractère.

DE l'athéisme.

Plus la connaissance de Dieu s'est élevée chez les hommes , plus leur civilisation s'est perfec*

tiônnée; témoin ses incomparables progrès d^uis le christianisme; et cependant, plus cette civilisation progresse, plus y progresse l'athëisme !

On en voit même aujourd'hui s'y multiplier l'enseignement public. Mais, quel qu'en soit le daitger, c'est 'à la philosophie seule, oa spiritualiste ou religieuse, d'en faire justice; le glaive des lois s'y ëmousserâit ; et la ciguë pour un Spinoza nous révolterait autant que pour Socrate.

Ceci est un fait qui d'abord étonne. Un rapprochement fera cesser cet étonnement; comparaison est souvent raison; ainsi :

Tentative d'homicide : c'est-à-dire, de tuer dans un homme, et dans un seul homme, le corps seulement;

Tentative de déicide : c'est-à-dire , de détruire dans les hommes toute croyance à Dieu et à un autre monde ; '

Ou plus exactement : tentatives toutes deux homicides , Tune de l'homme physique , l'autre de l'Homme jnoral.

Or,\juand la première est réprimée dès son

commencement d'exécution , pourquoi la seconde est-elle tolérée, sinon parce, qu'on. a, reconnu que Tathae commet sa tentative d^s -, une région où, lorsque pour lui tout est ma,tière, tout est , au contraire , si immatériel , iqué la justice de la société ne peut l'y atteindre , quelque dommage qu'elle doive éprouver ide sa tentative.

D'où l'oiï peut aussi conclure qu^ cette ^use de l'impunité de l'athée est une .preuve <jb plus contre son matérialisme.

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