‹ MélangesChapitre 17 sur 111 · SPINOZA, ETC., ETC · texte numérisé non relu

SPINOZA, ETC., ETC

Il ne valait guère la peine qu'un juif, grandprêtre à Jérusalem, fît crucifier son compa-

triote parce qu'il s'appelait Fils de Dieu , pour qu'un autre juif d'Amsterdam en inventât deux nouveaux dans son livre intitulé de Dieu et de l'homme !

H est vrai que ceux-ci étaient de nature à ne pouvoir être martyrisés, et que ce ne fut plus au Dieu de ses pères, Dieu vivant et gouvernant toutes choses, qu'il les attribua, mais à un tout autre Dieu, Dieu impersonnel, Dieu ' passif, quoique source de tout en ce monde; sorte de Dieu parlementaire, régnant sans gouverner, n'ayant de vie et d'action que par ses deux fils ou ses deux ministres, que ce juif moderne appelle le Mouvement et Y Intellect.

Rêveuse hypothèse, subtil et vain effort de plus de l'esprit humain pour s'expliquer, avec l'existence du Créateur, l'inexplicable existence du mal dans la création !

Système qui , puisque tout y est Dieu , triomphe facilement de l'absurdité du dualisme, mais sans paraître s'apercevoir qu'il détruit également les deux principes !

Bizarre invention d'une moralité nouvelle et d'un souverain bonheur, consistant dans une

imperturbable sérénité^ non-seulement stoique mais même joyeuse , de notre âme , que nuls regrets ni remords ne doivent troubler, quels que soient ses malheurs ou ses fautes , parce qu'elle est inséparable de Dieu, principe du tout dont elle fait partie, et que tout ce qui arrive est une conséquence nécessaire de l'ordre éternel et absolu établi dans cet Univers- Dieu!

Rêverie incomparablement plus fataliste que le fatalisme antique ! et cependant faisant partie de la philosophie moderne, mais où l'attention, surtout en France , ne s'arrêterait guère , si du pays le moins rêveur où naquit ce rêve, il n'était allé se naturaliser dans l'empire même de la rêverie, où il s'est développé dans des proportions presque gigantesques !

On s'en effraye. Pourtant, qu'un tel Êintôme s'appelle panthéisme au delà du Rhin, qu'en France, pays d'excès, mais d'esprit franc, clair et net, il s'appelle naturalisme^ ou plus franchement matérialisme, qu'est-ce , après tout, sinon le produit de rêves au sein de la nuit la plus profonde, où sans cesse l'un remplaçant l'autre, il

D'UN OGTOGÉNAIBE. 129

suffit d*attendre pour voir le dernier s'évanouir à son tour.

Objectera- t-on qu'il faut un plus prompt remède'au mal que fait le rêve présent avec l'autorité de ses philosophes? Oh! quanta cela, il y a été pourvu par un autre philosophe d'une bien autre autorité, auquel nul n'échappe, qui s'appelle le malheur, et dont les irrésistibles arguments, tels, que la douleur, les regrets, le remords, en dissipant tous nos songes, réveillent en nous l'instinct d'un autre monde et de l'éternel et tout-puissant juge qui nous y attend.

Instinct ou pressentiment primitif et universel du genre humain, et qui lui est si naturel, eh dépit du naturalisme, qu'il est plus difficile, même au sceptique , d'oser dire qu'il n'y croit pas, que de dire qu'il y croit!

Rassurons-nous donc, car cet instinct n'est point une hypothèse, un système, un rêve enfin, comme celui du jour, ou plutôt de la nuit si obscure oii nous marchons tous. C'est au contraire, comme instinct ou pressentiment universel, un incontestable fait; et que peuvent contre un fait, des rêves? 9

THËISME.

Qu'il puisse y avoir cause sans effet, on le <?onçoit; mais effet sans cause, non. Or, évidemment , l'univers , n'étant qu'effet , dit tout entier qu'il y a cause, que cette cause est Dieu , et que l'effet prouve la cause !

Raisonnement qui fait remonter l'esprit huimain de la terre au Ciel ; mais bien moins puissant que l'instinct qui en descend , et qui nous fait connaître Dieu avant tout raisonnement !

En doutez-vous? Coupez à l'aérostat ses~ cordes matérielles , déchargez-le du lest grossier qui l'appesantit; c'est-à-dire, que le malheur, en brisant vos liens terrestres , isole votre âme, et vous verrez si , d'elle-même , s'élevant à Dieu par l'invocation, elle ne s'élancera pas spontanément vers son origine !

DU MOI Divm.

Comment douter de l'existence d'un moi toutpuissant et créateur, lorsqu'ici-bas on voit qu'il n'existe de vie intelligente , à un degré quelconque, que dans les moi de toute nature qui font les seuls êtres vivants de ce monde ?

Quand donc la vie ne nous apparaît nulle part sans y constituer une individualité, une personnalité, un moi enfin, ce qui est un fait si remarquable et si peu remarqué , comment ne pas en conclure que le principe de tous ces moi ne peut être lui--même qu'un moi^ ce /woi tout-puissant qu'on appelle Dieu, d'où découlent tous ces autres moi, lesquels autrement seraient des effets sans cause, chose impossible, et dont la supposition répugnerait autant à la saine raison qu'aux nobles instincts de l'homme?

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