‹ MélangesChapitre 34 sur 111 · DU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE

« Nàm cunctas nationes et urbes, popu^its, mt pri* mores f aut singuli reguni. Délecta ex his et consociata reipûhUcœ forma laudari jfiaciliùs qùàm euentre; Mes?, si euenity haud diuturna esse potes t, (Tacite, Anna^ les, IV, 33i)

En effet» daos tovle» kl naf ions, c'«Bt oti le peiiple, ou les grands, ou un seul qui gouverne. Car Tidée d^un gouvernement qui se composerait à la fois de ces trois forfoesu^est qu'une chimèv^ brillanie qui, oiésie

réalisée, ne pourrait subsister longtemps, o

A cette citation, j- entends s'écrier que pourtant, depuist plusieurs . ^siècles , cette f<^rme de gouveraeihent subsiste, et sibieii, qu'elle a porté la nation qu'elle régit dû pJus haut d^ré de Jjittfipérhé et de puissance qu'il soit possible dltiiajginer ! Mais remarquons-le, ce faitn'existe que dans une île! Partout ailleurs, l'^i^inioiideTsidtèri'ést point démentie, et au contraire totit Ta câfriflrme.

Partout ailleurs, en effet, dans les ^raÂrfs États de l'Europe continentale, on a vu 'prédonûner successivement : d'abord TAristocratie ,

puis le Monarque, puis le Peuple! Partout le pouvoir royal , pour combattre le pouvoir aristocratique, s'est joint au peuple; partout enfin, on voit le peuple, après avoir aidé le pouvoir royal à abaisser assez Taristocratie pour se trouver seul en présence du monarque, achever la lutte contre les débris de Tune et l'isolement de Tautrè , a son propre et seul profit.

iL'ihjistoire d'Angleterre commence ainsi. Mais seule çt bientôt, grâce surtout à la position insulaire^ de ce pays, elle prend un tout autre aspect. Ce fait date de la conquête de cette île par les Normands. Vassaux de la France, leurs Princes v^norgueillis * prétendent à en' deveftîr ' suzei^in^^ .Us ^ntraîncint'inoessamiqenti jdkns ces epiiçur,çûp{iii$ d'tOUtre4merj lemustkohles Nojidfnccn^, q^!i]s , priQs^rent let i «qu'ils ^épiiiselit ; > îd'trà > vient qu^^^efljfijrjLj^l^t^paî? sttrte d«» guerres féodales dntesr .tj(]pLfv&,qvii,aid>èv^Qt J'o^ les .resibes de ces Noblp^ XVfi;p |aff|ûApJÂ$f dfuai leur JOiei poiur véàistér smx e^^^^^p^ dierei^iPiitncesv J<^i^t forcés, iptoiui^i s'en d^^dr^i d^sfalli^i^'lsni Peupl6,>idont 'aiinsîuls d«Rj:Û;»^fM^ I tout aq contnairè de ce

9M^»SP>f>W*|itS£lft>rsvsiib le Gonftinertt t peuple irn

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sukire, consécpi^emment marin et adonné àù commeroey lequel i e&t impossible sans liberté^ sans légalité, et qui enrichit rapidement; ce qui, là plus tôt qu'ailleurs ,> £3rme une bourgeoisie avec laquelle il fout compter. • ; ^

Or, de cette alliance de la noblesse »avèè ce peuple insulaire, ressoj^tent ^ dès le quatorzième siècle, pl^isieurs. résultats fort reniarquabtes : I** la fréquence et l'importance de Jeurs États ou Assemblées ; or leur composition ; 3^ celle de la Bourgeoisie de cette ile.

Dans ces Parlements», \g& aînés de la Noblesse composent la Chambre Haute, exclusiv^iaiemt aux puînés de leurs famille^ , lesquels dès lors sont relégués datis cetteBourgeoisie, inélésà elle, et concourent à sa composition comme à celle de la seconde Chambre qui la représente. Il en résulte tout naturellement que la Chambre Haute se recrute dans cette» bourgeoisie, soit par droit d'aînesse dans ses branches cadettes^ quand la branche aînée, celle des lords, vient à s'éteindre; soit dans le reste de la bourgeoisie par droit de position ou de mérite, selon le besoin de nombre de la Chambre Haute, la fiiveur du Prince

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et les ciiîconstances. En sorte que, d'une part, les haut& Barons <ou Lords de là chambre himte, bien loin d'êtrejcomme ailleurs j une aristocratie à part^ exclusive et^ dominatrice, méprisante pour la bourgeoisie, s'y trouvent unis par leurs familles et de^ intérêts î communs ; ils n'y voient que des alliés , des sucœsâeurs même , et ne forment avec elle qu'un seul corps , dont ils sont la tête: et de son côté, cette Bourgeoisie, dans laquelle: sont fusionnées les familles des hauts Barons , se regarde comme la pépinière de ces Lords, né voit en eux que des chefe et un appui, en presid les moeurs aristocratiques , et s'enorgueillit de plus en plus d'eux et d'elle-même : Bourgeoisie ou Peuple identifié à sa Noblesse et qui s'est lui-même aristoeratisé ; nation et gouvernement aristocratiques, sous fomie royale, ce qui confient à cette aristocratie ; aristocratie à plusieurs degrés, sur laquelle le monarque, sans armée (inutile dans une île ) n^a rarement et imparfaitement dominé qu'accidentellement !

Voilà comment a pu naître et se développer dans cette île , et parce qu'elle est île , ce gouvernement à trois têtes, dont l'existence a seule dé-

mentî jusqu'à ce jour la prévision de Tacite sur l'impossibilité de sa réalisation. En effet, quand aujourd'hui, sur le continent, l'une de ces trois têtes, l'Aristocratie, est mourante ou morte, comment réussir à y fonder ce gouvernement à trois pouvoirs dans des États où il n'en reste ou n'en restera bientôt plus que deux en réalité?

Ajoutons ici que, pour la réalisation et la durée de cette brillante chimère de gouvernement dont parle Tacite, il fallait qu'il se rencontrât de certaines mœurs et un caractère à part. Or, chez les Anglais, si tout, sous ce double rapport , a concouru , c'est surtout à la position insulaire de ce peuple qu'il faut attribuer cet heureux concours.

On vient de voir comment il dut à cette position son gouvernement et son esprit aristocratiques; de là encore son orgueilleux égoisme national , naturel à l'aristocratie, qui est là plus forte des personnalités collectives, et que redoublent en cette nation son isolement et sa sécurité au milieu de l'Océan !

Puis, de cet orgueil aristocratique, qui vil surtout de respect pour les souvenirs, vient Tat-

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tachement dé ce peiipJéà ses vieilles lois, mœurs et cotitUiriës; et pair suite, sa persistance dans sa foi religieuse, qu'entretient ef que renouvelle ùnè présèiice continuelle devant le Dieu des tempêtes ," dans une lutte incessante pour sa vie où sa fortune, sur ï^imraehsité des flots : peuple d'ailleurs d\in plis facile gouvernement en raison dé sa gravite 'flegmatique, qu'il doit encore à ràtmbsphère vaporeuse dé TOcéan septentrioliai dont il est environné.

Quant à son esprit commercial, comment douter que cette position insulaire ne le lui ait inspîrelà','plus et plus tôt qu'ailleurs? Or, comme au développement de ce génie la liberté et l'ordre avant tout sont indispensables, c'est donc encore à cette même position insulaire qu'il faut attribuer l'accord si rare qui règne chez ce peuple entré ces deux sentiments d'ordre et de liberté, partout ailleurs, malheureusement, si contt^ires l'un à Taiitre?

Voyez enfin, dans cette même cause si dominante et si féconde, une autre raison de la force et de la durée dii gouvernement; voyez l'Océan fermer cette île à l'invasion étrangère en même

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temps qu*jl en ouvre toutes les issues aux pas-' sions avides ou ambitieuses qu'elle renferme, et dont il débarrasse ce gouvernement en leur offrant le monde entier pour se satisfaire ! Ile, en un mot, dont toutes les conditions de position, d'étendue, de conformation, et de climat, se sont trouvées les plus favorables pour rétablissement et la stabilité du gouvernement aristocratique qui le régit! Ce jnoderne, cet unique phénomène de gouvernement durable à trois pouvoirs, que vainement ailleurs on s'efforce trop d'imiter, ne pouvait donc être cru viable dès les temps antiquçs! Qu'on ne s'étonne donc pas si le génie même de Tacite, en çn concevant et signalant l'admirable ensemble, a douté de 5a réalisation et désespéré de sa durée !

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