‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 15 sur 88 · IL — FEUTILITÉ ET PRODUCTIONS · texte numérisé non relu

IL — FEUTILITÉ ET PRODUCTIONS

« Un fait digne d’élre remarqué, dit M. Boudin, et qui contraste d’une manière remarquable avec l’opinion de la ferlililé faluileuse prêtée à l’Al

gérie, c’est que cette terre promise ne produit pas môme le blé nécessaire à 1 alimentation de la population européenne dont chaque accroissement est suivi d’un accroissement correspondant dans les importations de céréales, et de bestiaux, » a dit notre savant confrère et chef dans le paragraphe cité en tête de cet article. « Ainsi l’Algérie a dû acheter des farineux alimentaires :

En 1835. ...... pour 5 millions.

1839 • pour 10 —

1845 pour 16 —

1846 pour 18 —

Nous sommes encore obligé de pousser ici notre exclamation ordinaire : voilà un fait brut! Interprété, il est bien loin de prouver que nos provinces africaines ne fournissent pas de quoi nourrir leurs rares habitants actuels. Nous avons parcouru dans tous les sens la division d’Orau, jusqu’au désert et jusqu’au Maroc; eh bien ! nous avons été tellement frappé de la fertilité des plaines et des coteaux de ce territoire, le plus stérile de l’Algérie, selon M. Boudin, que nous ne pensons même pas qu’il faille se donner la peine de relever cette parole éminemment fausse du général Bernard : L’Algérie est un rocher stérile sur lequel il faut tout apporter, excepté l’air et l’eau.

Je suppose que la guerre déchire la France et que les quatre cinquièmes des terres restent en friche, les productions seront bien minimes et les populations réduites à demander des blés à l’étranger. En conclurez-vous qu’on a bien gratuitement considéré la France comme fertile et qu’elle ne produit même pas de quoi alimenter ses habitants? Non, sans doute. Et pourtant c’est ce que vous faites pour l’Afrique ! La population européenne s’accroît, mais le défaut de tranquillité et d'assurances pour l'avenir l’empêchent d’étendre ses cultures loin des centres bien défendus; et, d’autre part, les tribus arabes qui semaient émigrent, quittent notre territoire, sont dispersées ou détruites ; d’où il suit que les consommateurs européens augmentant et les producteurs, tant européens qu’indigènes, restant stationnaires ou dirqinuant, il faut évidemment faire des demandes plus considérables. Tirer de cet état de choses cette conclusion que les circonstances sont actuellement peu favorables, c’est raisonner avec rigueur; mais en induire contre la fertilité du sol, c’est ne plus mériter le même éloge.

Non-seulement les terres resien ten friche, mais nous nous vengeonssouvent des tribus rebelles que nous ne pouvons atteindre, en vidant leurs immenses silos d’orge et de blé, ou bien encore en coupant et saccageant leurs cé-

réales. C’est ainsi que nous n’avons pas laissé, dans notre expédition au Saliara, un seul épi debout dans cinq oasis, et que, dans d’autres circonstances, nous avons avarié ou détruit, ne pouvant les emporter, les provisions de céréales de tribus populeuses. La guerre a ses dures nécessités. Nous ajouterons qu’on a vu des tribus venir, mourant de faim, noos acheter ou mendier un peu d’orge : elles qui, pendant la paix, fournissaient de céréales le Sahara algérien et en exportaient même en Europe, ainsi que nous le verrons bientôt.

De ce qu’on importe des bestiaux en Algérie, conclurait-on que le pays ne peut pas nourrir de troupeaux ? Depuis la plus haute antiquité les historiens nous représentent tes tribus nomades voyageant de pâturage en pâturage avec leurs immenses troupeaux, et naguère encore, avant d avoir été ruinés par nous, les Hamian-Garabas, qui habitent le désert d’Anghad môme, à son extrémité occidentale, c’est-à-dire la région réputée la plus ingrate, étaient tellement riches en troupeaux, qu'un seul Uamian comptait jusqu’à 8,000 moutons et 2,000 chameaux (1).

D’après le docteur Bodichon, cité par M. Boudin, nous aurions pris aux Arabes depuis 1830 :

18,720,000 moulons,

3,604,600 bœufs,

917,320 dromadaires.

Si nous en jugeons d’après ce que nous avons vu, nous n’avons guère profité que de la cinquième partie de ces prises. Nous avons fait des razzia qui nous ont rapporté jusqu’à 8,000 moutons : la plupart, obligés de suivre la marche rapide de la colonne, succombaient à la fatigue ; d’autres mouraient de misère ou restaient dans les boues des champs défoncées, et arrivés à destination, nous comptions à peine quelques centaines de têtes.

« Dans l’antiquité, dit M. Boudin, le nombre des évêchés et des villes appelées colonia diminuait dans une progression très-rapide de l’est à l’ouest. L’est renfermait plusieurs lieux appelés horrea; l’ouest n’en présentait aucun (Enfantin, Col, en Alg., 18Zi3). Dans tous les écrivains anciens, les passages rappelant la fertilité du sol se rapportent à l’est ; ceux qui rappellent l’aridité du sol et la férocité des habitants s’appliquent à sa partie occidentale. » C’est V Africa propria seule, d’après M. Boudin, qui aurait été le grenier de Rome.

(1) Le Saiuha ALGÉBIEN, parle colonel Daumas ; l vol. iu-S”; 1845; p. 257, Voy, aussi notre Expédition du gènéiial Cavaignac dans le Sahara algérien.

Voyons d’abord jusqu’à quel point nos recherches dans les auteurs an- ■ciens concordent avec celles de M. Boudin.

Mais d’abord, un mol des délimitations adoptées du temps delà plus grande puissance de Rome en Afrique, et à l’époque où la chrétienté florissait sur ces terres aujourd’hui musulmanes. Ces divisions sont nécessaires pour bien apprécier la richesse et la fertilité de chaque région. De l’est à l’ouest, on trouvait : i° la province tripolitaine, qui répond à Tripoli ; 2" les deux provinces proconsulaire et byzacène, qui constituent, avec l’arzugitaine, la régence de Tunis ; 3“ la Numidie, qui commence aux frontières occidentales de la proconsulaire et s’étend à l’ouest jusqu’au fleuve Ampsagas (1) : Hippone royale était sa capitale ; Zi° la Mauritanie sitifienne, qui comprenait Sitifis (Sétif) et Saldœ (Bougie), et se terminait à l’ouest un peu plus loin que Saldœ; 6° la Mauritanie césarienne, capitale, Julia cœsarea (Cherchel, qui était séparée par le fleuve Mulucha (Moulaîa, dans le Maroc), de la Mauritanie tingitane, le moderne empire d’Abd-er-Rhaman.

Nous apprécierons avec rigueur le nombre des postes habités dans ces diverses circonscriptions, dont trois nous appartiennent, savoir :1a Numidie et les Mauritanies sitifienne et césarienne.

Ne pouvant pas citer ici tous les passages de Strabon qui ont trait aux Mauritanies (qu’il appelle la Maurusie), nous nous contenterons de les résumer, en indiquant avec soin les pages auxquelles on les trouvera (2).

De Cyrène aux colonnes d’Hercule le pays est fertile, bien habité, bien arrosé ; il n’y a d’exception que pour l’intérieur, au sud de l’Atlas, région que Strabon a le premier comparée à une peau de panthère, à cause des terres fertiles semées, comme des taches, sur les sables du désert. Les environs des Syrtes (dans la régence de Tunis), quelques steppes vers le fleuve Mulucha ou Malva (dans le Maroc), le voisinage des colonnes d’Hercule, n’étaient pas aussi féconds. Les environs de Carthage et de Cyrène présentaient au contraire les campagnes les plus productives. Reste à savoir si cette plus grande production venait de plus de fertilité du terroir ou de ce que les Maurusiens, quoique leur pays fût excellent, restassent nomades et cultivassent peu, surtout dans l’origine, ainsi que nous l’apprend le célèbre

fl) Ampsagas, Oued-el-Kebir, d’après M. d’Avezac, Afrique ancienne, dans I.’ümVEnS PITTOnESQUE, P 163.

(2) Strabon, Géographie de Strabon, traduite du grec en français par Delaporte du Theil, Coray, etc., 1805, 5 vol. in-4®, t. I, p. 364, 366,448, 453, 458, etc.

géographe. Quoiqu’il en soit, toujours est-il que tout le Tell algérien, lie Tunis au Maroc, est représenté comme une très-bonne terre : c est là que la fable plaçait les jardins où Atlas et llespéris gardaient leurs filles vierges , à l’abri de la convoitise d’Osiris,roi d’Égypte. C’est là que du temps de l’occupation latine, Rome allait chercher des bois précieux et un coquillage qui passait pour donner un pourpre du plus beau brillant. C’est là enfin que Strabon place des épis gros comme le petit doigt et hauts de 5 coudées, rendant 2à0 pour 1, et cela deux fois l’an! Les vignes étaient si prodigieuses, que deux hommes en embrassaient à peine le tronc (1), etc. Laissons là ces exagérations, mais gardons-en au moins la preuve de la fertilité de la Maurusie. Ajoutons , comme revers de la médaille , qu’une foule d’affreuses bêtes parcouraient ce beau pays; mais n’oublions pas non plus que l’est n’en était pas exempt, ainsi que nous le prouvent les vilaines rencontres qui épouvantèrent si fort l’armée d’Ophellas (2) dans la Cyrénaïque.

La peinture que Pline le Naturaliste fait de la Mauritanie n’est pas moins attrayante ; « C’est, dit-il (3), au sein des sables que s’élance vers les deux un pic âpre et horrible (chaîne de l’Atlas), du côté du rivage de l’Océan, auquel il a donné son nom ; tandis que boisé, ombreux, traversé par des sources délicieuses, paré de cent fruits d’espèces diverses du côté de 1 Afrique (te Tell), il n’est pas de désir qu’il ne poisse rassasier par sa richesse spontanée, etc., etc. »

Nous pensons que Pomponius Mêla est à peu près le seul qui ait représenté la Mauritanie comme un pauvre pays. Nous laissons de côté les fictions d’Horace le poète. Les graves historiens en font une contrée riche , opulente, fertile et même commerçante. Il est à présumer que cette vaste région présentait des contrastes de barbarie et de civilisation, de richesse el de misère, et que Pomponius Mêla ne l’aura envisagée que partiellement. Quoi qu’il en soit, la Mauritanie était très-florissante et possédait de grandes ressources sous ses rois Bocchus, Bogud et Juba. Juba II nous est repré-

(1) On rencontre assez souvent à TIemcen des troncs de vigne plus gros que le corps d’un homme ; il en existe, entre autres, une qui est vraiment gigantesque, près de la grande mosquée, au milieu de la ville.

(2) Diodore de Sicile, éd. Paiickouke, trad. Miot; 7 vol. in-8®, t IVf

(3) Pline, éd. Panckouke, t. IV, livre v,l.

senlé comme uu savant des plus distingués. M. Lacroix (1) a donc raison de dire que la Mauritanie, dernière acquisition des Uomains, n'était pas une des moindres provinces de leur vaste empire.

Timée, d’après d’anciennes traditions, avait bien, lui, dépeint toute l’Afrique comme une contrée composée entièrement de sables stériles. Polybe (2) le relève vertement, et l’Afrique est pour lui un pays dont on ne saurait trop admirer la fertilité.

Examinons le nord de l’Afrique à l’époque où, sous les derniers empereurs de Rome et sous les dominations vandale ou byzantine, toute cette contrée était sillonnée de voies et d’aqueducs, et semée de villas et de cités comme l’Italie. Nous possédons, pour apprécier le nombre de villes que recélait chaque circonscription, de précieux documents, peu connus dans le monde : nous voulons parler de la Table pentingérienne, qui date de l’année môme de la mort de Constantin et de I’Itinéraire d’Ethicus, dit d’Antonin, composé quarante ans plus lard. Enfin nous nous servirons de I’Histoire de LA PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS, écrite en Zi87 par Victor de Vite, et de la carte de de l’Isle, que nous avons sous les yeux (3).

Il résulte de l’inspection de ces documents que les lieux habités, villes, villages ou postes, étaient aussi rapprochés dans la Numidie, qui fait partie de notre territoire, que dans les provinces proconsulaire et byzacène ; qu’ils l’étaient un peu moins dans l’étroit territoire appelé Mauritanie silifienne, où ils ne s’étendaient pas aussi loin vers le sud : de là leur nombre décroissant jusqu’au fleuve Mulacha ou Malva (Moulaia); qu’enfin, dans la Mauritanie tingitane, on ne trouvait plus guère, en fait de postes romains, que Mercurios, Tingis et Russader. Mais toute la partie occidentale de la Mauritanie césarienne n’en contenait pas moins beaucoup plus de postes que nous n’en possédons aujourd’hui. Ainsi, pour citer un seul exemple, on trouvait sur le rivage, de Tenez au Maroc : Cartena colonia (Tenez); Afsennaria colonia (Arzew) et son port, qui est probablement le portus divinus; Quinza ou Couiza (Oran) et Portus magnus (Merz-el-Kebir) , que Pline appelle une cité (t. IV, p. 17) ; Siga colonia, dont nous avons vu les rives sur la Tafna; Gilva colonia, qui est encore indéterminée; Gypsa-

(1) Histoire de la Numidie et de la Mauritanie, etc.; par M. L. Lacroix, dans L’ÜNiVEns pittoresque.

(2) Polybe, éd. du Panthéon littéraire, p. 331.

(3) lu notitiam ecchsiasticam Africœ tabula geographica, auclore G. de flcle, cÂristianissimi Francorum regis geographo primario. Parisiis, ilOO.

hauteur de ^ o.uélea, où nous n’avons pas pénétré en-

"‘"’ltnUrrrbères nous ont décrit les ruines de .nanière à ne pas f • dp doute. Nous ajouterons que si les villes étaient moins multi- Trouest qu’à l’est, cela s’explique très-naturellement par la marche progressive de la civilisation, qui, partie de Carthage, a progressé vers

'tl"nuTlLtappelés /.orr.a, l’important (si tant est qu’il n’y eût de ferUlilé que là où l’on a donné ce nom à des points habités, ce qui n est pas

notre territoire, no ammenU poste important, où se

îlnaU elre 1 celte époque un marché arabe et kabile très-fréquenté. Nous parlerons plus tard d’Arzew qui était aussi un véritable grenier. Nous pouiîions citer d’autres colonies dont le nom rappelle la fertilité en olives, etc. Victor de Vile (1) donne les noms de Û75 sièges épiscopaux, ainsi répart,

en l’an ù8ù :

Province proconsulaire .

— bysacène. . . • Mauritanie silitienne . .

cæsafienne .

Numidie

Province iripolitaine . .

— de Sardaigne .

D’où il suit que Tunis et Tripoli ne contenaient que 17Zt évêchés, tandis

nue nos possessions actuelles en avaient 293.

Quittons ces temps antiques, dans lesquels notre excursion n eut pas été si longue si nous n’eussions été tenu à y suivre notre savant confrère et chef, et arrivons peu à peu à l’époque actuelle et a notre propre expé-

Les historiens espagnols, et quelques Italiens qui ont écrit à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle, parlent avec éloge de la fertilité et de la richesse du royaume de Tlemcen, qui comprenait toute la partie occidentale de l’ancienne Mauritanie césarienne. Leurs ouvrages

(t) Voy. aussi Morcclli, Africa ciiristiana, t. I.

sont très-rares en province et même à Paris ; aussi les reclierches bibliographiques ici consignées se trouvent fort restreintes. Mais comme nous avons habité deux ans le pays de Tlemcen, consulté les vieux historiographes et les chroniques arabes, et conféré avec M. l’abbé Bargès, envoyé en mission par le gouvernement, dans les lieux dont il doit retracer l’histoire d’après de précieux manuscrits arabes qu’il a découverts, il en résulte que nous possédons tous les documents nécessaires sur l’antique splendeur du royaume de Tlemcen, et que nous nous sommes assuré par nous-même de la fertilité de son territoire.

Quand nous avons pris la ville, on comptait encore trente-deux môsauées, c’est-à-dire plus de temples mahométans que Carthage, ce centre du christianisme en Afrique, n’a jamais renfermé de basiliques, églises ou couvents (1). Il n est pas très-difficile de relrouver les ruines des sept enceintes qui protégeaient jadis plus de 200,000 habitants. En parcourant les environs, on rencontre à chaque pas de beaux marabouts (chapelles sépulcrales), des minarets, des villas, des parcs, de nombreux bassins, des plantations régulières de gigantesques oliviers, des conduits d’irrigation, des aqueducs, des moulins, des tours, etc., qui révèlent les nombreuses populations d’autrefois, ainsi que leur civilisation et leur opulence. Le Père-Lachaise est sans contredit moins étendu que les immenses cimetières, hérissés d’innombrables pierres tumulaires, où dorment aujourd’hui, autour de la ville ruinée, tant de générations éteintes. Les sultans du Maroc, qui convoitaient Tlemcen comme un riche fleuron, ont tenu la ville assiégée pendant six ou sept ans ; ils s’étaient bâti, à quelques kilomètres des murs, une vaste enceinte où leur armée campait au pied d’une mosquée dont on admire encore le beau minaret. Nous avons compté vingt tours, dont la plupart encore debout, sur une seule face de cette enceinte.

Tous ces détails peu connus ne paraîtront pas oiseux, nous l’espérons : ils donnent une idée de la splendeur de celte partie de nos provinces, que M. Boudin représente comme si disgraciée par la nature. La fertilité de la terre est en rapport avec l’antique opulence des habitants ; on ne saurait se faire une idée de l’exubérance luxuriante des jardins qui entourent la ville. Les plaines de Tlemcen et d’Ennaya sont également très-fertiles. Les bords de l’Isser étaient autrefois arrosés à l’aide de barrages dont on retrouve les

(1) Les bâtiments religieux de Carthage dépassaient le nombre 20, d’après Morelli [loc. cit., t. I, p. 69), et Bureau de La Malle (Recuerches sur la topogr. DE Carthage, p. 2lh et seq.).

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voscigos. Cl CCS c»„, pagnes, auion, dn.nl |«u pcnplte, nourrissaicnl ,1c nonibreua liabilauls. Les mes de la Taina, jusqu’S la mw. “ demandcnl q ,

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L'auleur ilalien Bingo Avogadro (1) disait e.i 1,600 et '

« La province de Temezen a toujours passé pour la principale de la Bai

rie et a toujours été extrêmement peuplée. Elle contient plus de quarante

villes et plus de trois cents châteaux. Tout le pays s’étend en de grandes plaines, dont les campagnes sont très-fertiles et abondent en toute sorte de fruits. » Il regrette que « ce bonheur des campagnes soit traversé pai une multitude de lions qui les courent. .. Nous ajouterons que la fertiUté est restée, mais que les lions ont presque disparu ; pendant plus de deux ans de courses, nous n’en avons entendu rugir qu’une seule fois, et nous n en

avons jamais aperçu. , . x

Je lis dans un autre ouvrage, datant à peu près de la même époque :

« Les plaines de ïezele (près Tlemcen) sont si fécondes en grain, qu’il y a pour nourrir toute la province (2). »

La plaine du Sig (entre Oran et Mascara) ne compte pas moins de quatorze lieues carrées. A sa suite on trouve les terres non moins fertiles de l’Habra, de Ceirate, de l’Illil et de la Mina. La plaine du Sig était jadis un immense jardin planté d’oliviers, de mûriers, de vignes et d’orangers; mais les Turcs l’ont dévastée, et ce n’était plus qu’une plage monotone coupée seulement par deux ou trois chétifs bouquets de tamaris {tamarix gallica) et sillonnée par des races nomades, lorsqu’une société française, sous le nom d’Union agricole d’Afrique, s’est fait concéder, le 8 novembre 18Û6, 3 059 hectares de terres. Jvec de Veau, dit un proverbe arabe, on ferait pousser des cailloux dans la plaine du Sig. Or le génie militaire a relevé l’ancien barrage, et l’on peut arroser aujourd’hui une partie de la plaine. Le chirurgien en chef de l’armée des Alpes, le docteur Saiget, qui a parcouru l’Espagne et a habité ensuite la province d’Oran, assure que le territoire du Sig est aussi fertile que les terres ibériennes les plus fécondes. « Ce bassin immense sera un jour le plus riche de l’univers, écrivait dans

(1) HlSTOIBE AFIUCMNE DE LA DIVISION DE L’EMPIRE DES AKABES, DE I. ORIGINE ET DU PROGRfcS DE LA MONARCHIE DES MAHOMÉTANS DANS L’ AFRIQUE ET DANS L ESPA- GNE ; écrite en ilalien par J.-B. Birago Avogadro. Traduction française, Paris, 1667, t. II, p. 289.

(2) Relation univesellede i.’.M'Rique ancienne et moderne, etc.; par le sieur (le La Croix. Lyon, lü78, t. II, p. U-

L'ÉCHO d’Oran un voyageur qui venait d’assister à la fête d’inauguration du barrage, présidée par le général Lamoricière.

Je lis dans le Moniteur de l’armée, 7 septembre 1848, à propos des terres concédées à l’Union agricole : « Nous avons acquis la certitude que les rendements ont été, cette année, de 30, 35 et même 40 pour 1. n Le correspondant du Moniteur ne dit point s’il s’agit de froment ou d’orge; mais nous pouvons suppléer à son silence, ayant sous les yeux les comptes rendus de la société : sur les 111 hectares ensemencés en 1848, la plus grande partie était en orge. Le narrateur ajoute : « Les rendements seraient fabuleux si l’on ne se rappelait que, dans les années où les pluies sont abondantes et favorablement réparties, les orges de la plaine d’Eghris ont rendu 40, 50 et jusqu’à 60 pour 1. » Voici les prix auxquels il porte les différentes denrées au Sig : « Le blé vaut 10 francs l’hectolitre de 80 à 87 kilogr.; 1 orge, 4 à 5 fr. ; la viande, 35 cent, le demi-kilogr.; le kilogr. de pommes de terre, 10 cent.; les légumes sont presque pour rien. » Le vin de Mascara, qui rivalise avec certaines qualités d’Espagne, se vend 25 cent., c’est-àdire ce à quoi revenait jadis le seul transport des vins d’Europe.

S’il n’y a pas d’exagération dans le chiffre du correspondant du Moniteur , on doit en conclure que l’année 1848 a été exceptionnelle par sa fécondité, en Afrique comme en France. Des documents qui méritent toute confiance établissent que, année commune, la plaine du Sig rend de 20 à 25 pour 1 d’orge et de 12 à 15 pour 1 de froment, quoique la culture soit loin d'avoir atteint la perfection désirable. En France, d’après les calculs de Lavoisier et Necker, le rendement ne serait que de 5 à 6 pour 1, et de 15 dans les terres les meilleures et les mieux soignées.^ü Afrique, les terrains choisis et bien arrosés dépassent certainement beaucoup ce chiffre, mais n’atteignent pas la prodigieuse fécondité en froment de certaines fermes du Mexique, où, selon M. de Humboldt (t. If, p. 384), on récolte jusqu’à 80 et plus pour 1, tandis que la moyenne générale (p. 385) oscille entre 22 et 25. Le froment ne s’en vend pas moins, à Mexico, de 40 à 70 fr. la charge de 150 kilogr., et de 20 à 25 fr. dans les lieux les plus favorisés.

La plaine d’Eghris, plus vaste que celle du Sig, s’étend sous Mascara. Nous avons tracé ailleurs la topographie de ce bassin fertile (1). La couche de terre végétale y est fort épaisse. Au Sig, la profondeur de cette couche

(1) Félix Jacquot, Recherches sur les causes des fièvres a quinquina, etc., Gaz Méd. 1848, p. 585.

çsl (elle, que les berges de la rivière, creusées quelquelbis à 10 mètres au* dessous de la plaine, n’en alteignent point la limite inférieure.

Les Arabes du Tell oranais récoltaient tant de céréales, avant que nous ne fussions venus jeter la perturbation chez eux sans savoir profiter de noire conquête, qu’ils en écoulaient en Europe par différents points, surtout par Oran et Arzew. Dans cette dernière ville , l’ancienne Arsennaria des Ho-* mains, on trouve encore de très-grands magasins voûtés qui servaient de greniers à blé. L’importance d’Arzew, comme point de départ des exportations de céréales, est si bien connue , qu’Abd-el-Kader s’était réservé soigneusement ce port, dans son traité conclu, en 183A, avec le général Desmichels.

Le Tell algérien, du Maroc à Tunis, produit des céréales non-seulement pour ses habitants, mais pour l’Europe et pour les nombreuses et populeuses oasis du Sahara, où les grains croissent en quantité tout à fait insuffisante* Nous tenons tes Sahariens par la famine; c’est ce qu’ils savent fort bien quand ils disent ; iVous ne sommes ni musulmans, ni juifs, ni chrétiens, mais tout ce que veulent les habitants du Tell, qui sont maîtres de notre ventre. Ou encore : La terre du rivage est notre mère; celui qui a épousé notre mère devient notre père et notre maître. Les peuplades nomades du Sahara algérien se déplacent en masse chaque année, vers l’automne, pour se rapprocher de la lisière du Tell, où elles s’approvisionnent et pour elles et pour les Berbères sédentaires qui habitent les ksours elles oasis (1). Mais aujourd’hui que beaucoup de terres restent en friche, que la guerre coupe les communications, et que, dans la province d’Oran, par exemple, les principales tribus, comme les Beni-Amers, avec lesquelles les hordes saliariennes s’abouchaient, ont été ruinées, expulsées ou détruites, les habitants du désert vont demander au Maroc ce qu’ils ne peuvent plus trouver chez nous (2). Dans les premières années de l'occupation d’Oran, on voyait encore arriver dans cette ville de grandes caravanes de chameaux qui nous versaient les provenances du Soudan et du Sahara, ainsi que des masses énormes de laine, et s’en retournaient avec des céréales et des objets manufacturés. Aujourd’hui rien de pareil.

(1) Damnas, le Sahara aixérien, p. 9, lo. Voy. aussi Carette, Recherches SUR LA GÉOGRAPHIE ET LE COMMERCE DE L’ALGÉRIE MÉRIDIONALE, l. II, deS TRAVAUX DELA COMMISSION SCIENTIFIQUE POUR L’EXPLORATION DE L’ALGÉRIE.

(2) Nous discutons ce sujet dans notre Expédition du général Cavaignac dans LE Sahara algérien.

Mais non-seulemenl le Tell approvisionne les oasis; l’Europe, comme (lu temps de l’empire romain, lui demande aussi des céréales. La France, pressée par le besoin, avait acheté au dey d’Alger d’immenses quantités de céréales ; mille difficultés s’élevèrent pour le payement, et ce fut à la suite de nos lenteurs à nous acquitter qu’une altercation eut lieu et que notre consul reçut le fameux coup d’éventail qui amena l’expédition de 1830 et notre occupation définitive.

On ne peut donc pas soutenir que l’Algérie n’est point assez fertile pour nourrir ses habitants.

Le blé récolté sur place par les Européens, revient, dit-on, à un prix double du blé d’Odessa ; celui-ci est coté 12 fr., le premier 25 fr. l’heclolilre.

D’abord nous sommes porté à contester l'exactitude du prix moyen attribué au blé d’Odessa : nous savons qu’en 18Zi6, à Oran, deux vaisseaux portant ce chargement n’ont livré qu’à 21 ou 22 fr. l’hectolitre. Nous n’entendons pas néanmoins généraliser ce fait ; nous ferons seulement remarquer que c’est le seul que nous connaissions et qu’il n’est pas conforme à la mercuriale donnée. Iteslerail à savoir si c’est par hasard.

Le taux de 25 fr., attribué au froment récolté par les Européens, nous semble avoir été fixé dans les années où les guerres ont empêché les cultures et singulièrement augmenté le prix des céréales indigènes. Il nous paraît impossible, surtout dans l’état actuel des choses, que l’Européen livre à 10 fr. l’hectolitre de blé, comme l’indique le Moniteur de l’armée; c’est tout ce que l’on obtiendrait des Arabes. Mais il est certain que les colons peuvent donner à un prix bien moins élevé que 25 fr.; car on ne comprendrait pas alors comment plusieurs cultivateurs d’Oran, que nous nommerions au besoin, se fussent créé une petite fortune en ensemençant des champs dont on ne leur achèterait très-certainement pas les provenances si elles montaient à 25 fr. l’hectolitre, tandis que les blés d’Odessa seraient à moitié prix. On ne comprendrait pas plus comment deux boulangeries se sont élevées, à Oran et à Alger, et peut-être dans d’autres lieux, dans lesquelles on confectionnait, avec les farines du pays, d’excellent pain, trèsriche en gluten, qu’on livrait à meilleur marché que dans les boulangeries

tirant leurs blés de l’étranger.

TOUS ces chiffres demandent conséquemment vérification.

Quand bien même les blés ensemencés par les Européens en Afrique reviendraient toujours plus cher que ceux d’Odessa, serait-ce une raison pour en condamner la culture? Pas plus que pour la délaisser en France sous le

prélftxte qu'on ne peul les livrer ;H2 (r. l’iicclolitre, prix des blés d’Odessa d'après l’arlicle dos Annales n'HYCiiNE..

Les Arabes peuvent vendre leurs céréales à un prix très-modique, avonsnous dit. Cela devTait peut-être nous engager ou à abandonner la culture si simple des céréales aux indigènes en nous réservant les plus difficiles, ou à les faire travailler à la journée dans nos terres. Il faut évidemment, en économie politique bien entendue, profiter de tous les éléments de populalation que l’on possède, ep donnant à chacun l’emploi le plus avantageux. Les journées de travail des Européens ne se payent guère moins de 3 fr. en Algérie, tandis qu’elles dépasseraient peu 1 fr. en employant les Arabes, les Kabyles ou les aiayocains. Or ces Africains se prêtent volontiers à être employés, il la jonrnée, à toute sorte de travaux. .Si nous avons parlé des Marocains, c’est parce qu’ils quittent en grand nombre leur pays pour venir, dans la province d’Oran, travailler à très-bas prix pour les particuliers et pour le génie militaire. La moyenne de la journée de l’indigène africain n’atleindrail pas celle de l’indigène mexicain qui travaille à la terre ou dans les mines au taux de 1 fr. 30 c. à 1 fr. 60 c. (1); elle resterait bien au-dessous de celle des États-Unis de l’Amérique du Nord, qui est de 3 fr, 50 c. à k fr.; elle n’arriverait pas à celle de France qui est 1 fr. 50 c. à 2 fr.; mais elle dépasserait la journée du Bengale qui ne se paye que 30 c.

Le colon européen pourrait se livrer à bien d’autres cultures qu’à celle des céréales p le terroir et le climat se prêtent à des productions très-variées, entre autres à toutes celles du midi de l’Éspagne et de l’ilalie. C’est ce qu’a fort bien compris l’CNiof) agricole d’Afrique : témoin cette phrase insérée dans le rapport de 18Zi7 (2) ; « En cqUivant le blé, l’orge surtout, que les Arabes produisent à très-bas prix, nous cédons à des nécessités et à des convenances du moment, etc. »

La terre africaine est propre :

A l’olivier. Nos plus beaux oliviers de Provence ne sont que des embryons auprès des oliviers gigantesques de Mascara et surtout de Tlemcen. Eh bien ! faute de raffineries, Tlemcen a longtemps tiré et tire encore en partie ses huiles comestibles de Marseille. Si les Marseillais en concluaient que Tlemcen ne produit pas assez d’olives pour fournir d’huile ses habitants,

(1 ) De Humboldt, Essai, etc , t. H, p. 305.

(2) Union agricole d’Afrique, eic., Rapport sur l’état actuel de LVtf.OLONiK ET SUR SON AVENIR. Besançon, 1847, p. JO.

ils commetlraienl une bien grosse erreur ; pour éviter un reproche presque aussi grave, il faut se garder de dire que l’Afrique ne produit pas les céréales nécessaires pour nourrir ses habitants, il faut se garder de le dire alors que les quatre cinquièmes de ses champs restent en friche.

Plusieurs espèces de mûrier, entre autres celui du Japon. Les vers à soie

réussissent très-bien.

Le blé, l’orge, le seigle, le millet, le mais.

Les plantes potagères d’Europe : choux, haricots, etc.

Le tabac. Les premiers choix deBone valent les tabacs des colonies. C’est

une culture très-lucrative.

Le figuier, l’amandier, le grenadier, l’oranger, le citronnier, le bananier, les arbres fruitiers d’Europe, selon les altitudes et les expositions.

La vigne.

On a vu de beau lin dans la Kabylie.

Le riz réussit parfaitement par la simple irrigation, de sorte qu’on évite la funeste influence des rizières proprement dites. (Expériences de M. Hardy, directeur du jardin d’essais.)

Le cotonnier.

Les prairies naturelles et artificielles.

La pomme de terre (choisir les espèces) . . , .

La canne à sucre croît en Andalousie. H y en avait autrefois en Afrique, et la tradition fait remonter le nom de Mostaganem (suceur de canne) aux indigènes qu’on y a trouvés mâchant l’arundo saccharifera. M. de Hiimboldt (1) arrête la bonne culture de la canne entre 19 et 20». Nous ne répondrions pas qu’elle produisît en Afrique un suc assez riche pour devenir la source de bénéfices bien réels ; mais nous savons qu’on a obtenu de très-

beaux individus au jardin du Dey. A

Le même auteur dit que le cafier exige au moins 18*. C’estune culture à essaver dans certains endroits.

on a fait, à Alger, quelques tentatives heureuses pour naturaliser la co-

e'dattier croît dans les oasis du Sahara algérien. La dalle est déjà excellente à TMoghard, à une soixantaine de lieues de Daya ou de Sebdou, oasis

eue nous avons visitée avec le général Cavaignac.

Le commerce trouverait en outre des objets à exporter, dans les prove-

(1) De Humboldt, loc. cit., t. Il, p. 358.

iiances du Soudan, qui nous arrivaient autrefois par les caravanes, dans les laines des immenses troupeaux, le miel et la cire, les bestiaux, etc.

lit. — DE LA FUSION DES RACES EUROPÉENNE CHRÉTIENNE ET AFRICAINE

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