CHAPITRE VI
HUMIDITÉ PÉRIODIQUE : PLUIE, BROUILLARDS ET ROSÉE ; ALTERNATIVES DE TEMPÉRATURE ; LEUR RÔLE NE CONSISTE PAS A FABRIQUER DES EFFLUVES , MAIS A PERMETTRE AUX FOYERS MIASMATIQUES D’ENTRER EK ACTION.
Les sources effluviales ne donnent lieu à aucun ou à presque aucun dégagement par le froid intense qui congèle, ni par la grande sécheresse extrême qui enlève l’eau nécessaire pour la putréfaction , ni enfin par l’humidité arrivée au point de noyer les matières. Elles fabriquent et dégagent des miasmes : 1° dans les circonstances intermédiaires entre ces extrêmes ; 2° quand il y a alternative de froid et de chaud, surtout de sec et d’humide ; 3“ la chaleur, jointe à l’humidité, semble être la condition la plus favorable à la production des émanations paludéennes. Les marais, compris dans le sens large quenousavons donné à ce mot, sont les seules sources des dégagements miasmatiques générateurs des fièvres à quinquina : ce sont les causes productrices de ces miasmes ; les alternatives de température et d’hygrométrie en sont les causes occasionnelles, en ce sens qu’elles fournissent à ces sources les éléments nécessaires pour qu’elles entrent en action. Ainsi, pour nous faire comprendre par un exemple, l’humidité, la chaleur et l’oxygène ne constituent pas la végétation, ne la font pas naître par leur propre puissance, en créant un germe qu’elles développent ensuite et font grandir ; mais, quand elles trouvent ce germe préexistant, elles lui fournissent de quoi parcourir ses périodes d’évolution.
H) Cbei'Tin, Di l’idkntitédis Fièvnns d’orig. palcd., 18/il.
Les allernalives de lempéraliire n’onl jamais sulll seules à produire des pyrexies à quinquina endémiques ou épidémiques; à peine des fièvres inlermiltenles sporadiques peuvent-elles se développer sous leur influence comme dans d’aulres circonstances diverses (une sonde dans l’urètre, etc.) • Mais ces alternatives, outre qu’elles font naître les effluves dans les marais, rendent également plus impressionnables à l’imprégnation, l’économie débilitée , surtout chez les sujets non acclimatés. Dans d’autres cas , venant à agir sur des individus qui n’habitent plus les foyers d’infection , elles troublent leurs fonctions et leur donnent une secousse telle que le miasme qui dormait silencieux, réprimé par la force de l’organisme, manifeste alors sa présence par la production d’un accès. Ce sont là des faits sur lesquels a particulièrement insisté M. Boudin (1) . L’étendue des foyers miasmatiques et l’activité de fabrication qu’ils acquièrent temporairement sous l’inQuence de ces qualités et de ces perturbations des circumfusa, sont en rapport avec le nombre et la gravité des fièvres qui se développent alors. Nous avons toujours observé cette coïncidence en Afrique ; mais, dans les régions non infectées de marais, la fréquence et la brusquerie des changements thermohygrométriques ne donnent pas naissance à des épidémies de fièvres àquinquina. L’humidité seule ou le froid humide, auxquels M. Lavieille (2) a attribué tant d’importance en Algérie, n’ont pas plus d’efficacité que les perturbations atmosphériques. Si le froid humide était l’agent producteur , ce serait à l’époque des pluies et des inondations, au centre, et à la fin de l’hiver, que les pyrexies régneraient surtout.
Les faits incontestables de fièvres limniques dans des postes situés sur des pitons ou dans une contrée montagneuse s’expliquent parfaitement sans avoir recours aux alternatives de température et d’hygrométrie. D abord les vents poussent les effluves au loin et déjouent fréquemment (3) les calculs qui ont pour but de limiter leur sphère d’action en étendue horizontale et verticale. Nous ajouterons que l’eau qui, pendant la chaleur du jour, s’évapore dans les plaines basses en se chargeant de leurs miasmes, se condense le soir et laisse tomber les particules qu’elle tenait en dissolution. Or, quand l’élévation de la température et les courants qui agitent l’air ont disséminé ces vapeurs et leur ont fait atteindre une certaine altitude dans
(1) Boudin, Essai de géographie médicale, p. 50,
(2) Lavieille, Causes des fièvres périodiques endémiques en Afrique. V. le.rapport à l’Académie; par M. Bricheleau , 16 septembre 1845..
(3) Boudin, tor. ctl., p. 70 et seq.
ratmosphère, cette condensation se fait sur les masses qui proéminent à la surface de la plaine ou qui l’entourent, masses qui se refroidissent rapidement par suite du rayonnement du calorique vers les espaces planétaires. Ce phénomène de condensation n’est pas différent de celui que nous voyons se passer si souvent sons nos yeux, quand la rosée se dépose en gouttelettes sur toutes les petites saillies qui hérissent le sol, sur les feuilles terminales des plantes, au sommet des brins d’herbe, etc. M. Finot (1) a remarqué, conformément aux principes que nous venons de poser, que, sur les hauteur» de Blidah, les vapeurs sont plus abondantes quedansles points centraux de 1a plaine, tels que Bouffarick, Oued-Lalleg, etc. Cette condensation vespérienne sur les monticules a été aussi aperçue par M. Montfalcon (2), qui cite des faits tendant à prouver que les mamelons peu élevés sont quelquefois plus malsains que la plaine. Nous avons nous-même fait souvent des observations semblables. Le fort en ruines de Santa-Crux, qui surmonte un piton aride au pied duquel s’étend la ville d’Oran, a été occupé par un poste de 25 hommes, dans les premiers temps qui ont suivi la conquête ; or cette petite garnison fut très-maltraitée par les fièvres, la dyssenterie et quelques affections thoraciques superficielles. Nous avons dit qu’Oran est protégé par une arête et par la montagne de Santa-Crux, qui font dévier ou repoussent les miasmes de la plaine; mais le pilon, au contraire, doit se trouver dans leur atmosphère d’action. En automne, au printemps, et même pendant l’été, quand les jours ne sont pas trop chauds, on voit avec surprise, sur le fond d’azur d’un ciel qu’aucun nuage ne voile, une bande opaque de brouillards inonder le pilon, renflée là où elle louche la montagne et se terminant en pointe à l’une et l’autre extrémité. Ce nuage semble se former à quelque distance du piton, du côté de la terre ; il marche vers ce pic en ondulation dont le cours est quelquefois bien visible ; il le dépasse ensuite et va se perdre sur la mer. Oran et son plateau sont très-souvent sans aucun brouillard, alors que cet humide panache surmonte la montagne qui domine les environs. Le fort de Saint-Grégoire, à mi-côte du pilon, est beaucoup moins souvent mouillé par les vapeurs que Santa-Crux, situé à son sommet. L’état sanitaire n’y est pas mauvais. Quant aux maladies qui ont affecté le poste de Santa-Crux, fièvres à quinquina, dyssenleries et maladies de poitrine superficielles, il nous semble qu’on peut les expliquer par les brouillards chargés d’effluves, par l’humi-
(1) Finot, loe. cit.
(5) Montfalcon, toc. eit, p. 81.
dilé, les brusques changemenls iherinomélriques el le souffle des vent* chauds de l’inlérieur el des vents froids du nord-ouest.
Presque toutes les plaines d’Afrique sont entièrement ou presque entièrement recouvertes d’épais brouillards , dans les matinées du printemps et de l’automne. La plaine d’Eghris, vue des hauteurs de Mascara, ressemble alors à une vaste mer blanche qui s’étend jusqu’aux montagnes qui encaissent ce bassin fermé. Peu à peu , quand le soleil darde ses rayons, des lies se dessinent, elles s’étendent, se confondent, et bientôt l’on n’a plus sous les yeux qu’une surface plane chamarrée de buissons. Quelques heures après, si l’on parcourt l'Eghris, on est fort étonné de ne fouler qu’une terre sèche , et l’on se demande quelle peut être la source de l’abondante humidité qui la baignait naguère. Mais la couche superficielle est seule calcinée par le soleil : l’humidité abreuve la terre, cachée sous cette écorce. Les brouillards, ainsi que l’a établi M. Montfalcon, sont en rapport avec la quantité des eaux du sol. Ici la loi ne reçoit pas de démenti. On pourrait souvent, de la présence de brumes sur une terre sèche en apparence , induire qu’il existe des eaux dans son sein. Ces vagues brouillards qui s’élèvent le malin en certains endroits sont l’une des observations sur lesquelles l’abbé Paramel a fondé sa fantastique réputation de découvreur de sources.
Ce que nous avons dit de l’Eghris peut s’appliquer à presque toutes les plaines algériennes , à celle de Saint-Denis-du-Sig , el à celle d’Ennaya qui s’étend sous Tlemcen, etc., etc.
Mais c’est surtout au bord des ruisseaux et des rivières d’Afrique que les brouillards sont épais et s’abattent le matin en gouttes si nombreuses qu’on est quelquefois mouillé comme si l’on s’était exposé à une pluie fine el pénétrante. M. Cambay regarde ces brouillards comme ayant joué un certain rôle étiologique dans l’épidémie de fièvres paludéennes qui atteignit les soldats campés sur les rives du Rio-Salado et de Tisser. Les environs de Gourief , dit Pallas (1), sont des plus malsains, à cause des brouillards qui les couvrent et qui participent à la nature des marais répandus dans ce lieu. Écoutons M. Fouqueron (2), qui a observé en Algérie : « Les brouillards qui s’élèvent vers la fin du jour, et qui existent encore la nuit et le
(1) Pallas, Voyages dans différentes provinces de la Russie et de l’Asie MÉRIDIONALE.
(2) Fouqueron, Essai topographique et médical sur la régence d’alger, in Recueil, t. XXXIV, p. 97.
ibk
malin sur les terrains marécageux et dans leurs environs, peuvent devenir pernicieux ; il faut donc s’en éloigner el se soustraire à leur action autant que possible. »
Nous avons dit que l’humidité périodique , à savoir les pluies alternées avec le beau temps, les brouillards et les rosées, sont des causes provocatrices de la fabrication des miasmes dans les foyers limniques. Cherchons quel est le mécanisme de leur action , pour ainsi dire.
La chaleur de l’été pompe incessamment l’eau de la flaque centrale des marais ; celle flaque se rétrécit peu à peu, et laisse à nu une zone périphérique formée de terreau riche en humus , de détritus végélo-animaux , et récouverte le plus souvent d’tine vivace végétation paludéenne, habitée par une foule d’animaux qui parcourent, souvent dans un temps fort restreint, les phases de leur éphémère existence. Beaucoup de ruisseaux sont entièrement taris pendant l’été el ne sont plus indiqués que par un thalweg, au fond duquel verdissent des lauriers-roses , enlacés par les débris que les eaux torrentueuses de l’hiver ont enchevêtrés dans leurs branches. Une terre d’alluvion , formée par des débris appartenant aux trois règnes , fournit des sucs nourriciers aux nombreuses racines de ces nerium (1), et une nombreuse faune cherche un abri dans leurs gfôupes touffus. — Les fleuves ne se dessèchent pas entièrement comme ces ruisseaux ; mais leur filet , considérablement réduit , coule entre deux bandes analogues au lit des cours d’eau moins forts , dont nous venons de peindre la physionomie.
Ces zones qui ceignent les marais, ces bandes qui longent les oued remplissent donc toutes les conditions nécessaires pour dégager des effluves ; mais la sécheresse momifie, en beaucoup d’endroits, les masses putrescibles qu’ils recèlent en si grande quantité , et empêche le travail de décomposition de s’opérer. Pour que ces laboratoires se mettent en action , que leur manque-t-il? de l’humidité? Or les brouillards , la rosée sont là pour leur fournir le seul élément qui fasse défaut. Aussi , inactifs pendant les fortes chaleurs de l’été, époque à laquelle l’atmosphère ne se rafraîchit jamais , commencent-ils à travailler énergiquement lorsque l’automne arrive et amène les brumes de la nuit et la rosée du matin.
On sait que les marais temporaires sont les plus dangereux , parce que tour à tour secs et mouillés, ils sont le siège d’une décomposition plus énergique. Eh bien ! nos zones et nos bandes marécageuses se trouvent dans des conditions semblables : sécheresse et chaleur pendant le jour, fraîcheur
(1) Nerium oleander, laurier-rose.
et humidilé pendant là nuit. Aussi les insectes et les mollusques vont pulluler et engraisser la terre de leurs cadavres ; les plantes vont naître en foule, mourir et se putréfier: les miasmes ne peuvent manquer de se dégager. La seule dillérence qui existe entre les marais temporaires et l’humectalion par les brouillards et les rosées , c’est que , dans le premier cas, les alternatives se passent dans un temps fort long, tandis que, dans le second cas, elles se consomment dans la courte période d’un nycthémère. Il est bien entendu que tout en soutenant qu’il y a, de part et d’autre, fabrication d’effluves, nous ne prétendons pas qu’il y aitégalité de production.
Ce n’est pas seulement dans les circonscriptions très-restreintes dont nous venons de parler que l’humidité périodique occasionne des dégagements miasmatiques, des plaines tout entières , si elles sont riches en petits animaux et en végétation et si l’indigène laisse pourrir sur place la partie de ses récoltes qu’il ne peut ou ne veut pas utiliser, des pleines tout entières, disons-nous, deviennent sans doute, mais à un degré moindre, des sources d’effluves.
Si les brouillards et les rosées jouent un rôle bien évident, on devra à fortiori accorder une action manifeste aux pluies du printemps et surtout de l’automne, quand elles tombent par intervalles et sont séparées par des jours de splendide soleil. Parles chaleurs caniculaires, ainsi que Bailly (Ij a surtout cherché à l’établir, les cadavres des animaux se dessèchent et ne se putréfient guère, les plantes sont rôties, la faune est pauvre et rare; mais l’on comprend que, s’il survient des pluies accompagnées de chaleur, ces masses de détritus, que la putréfaction n’usait pas, seront saisies d’un énergique mouvement de décomposition. Au Sénégal (2), où la chaleur est bien plus considérable que dans l’Algérie, les fièvres ne régnent que pendantl’hivernage, c’est-à-dire la saison pluvieuse : elles sont à peu près impossibles pendant les mois de sécheresse. Lind (3) pensait que les effluves étaient enfermés dans la terre et restaient ainsi inactifs, jusqu’à ce que les premières pluies d’automne vinssent les délayer et permettre leur volatilisation.
Nous pensons qu’en Afrique les fièvres se développent surtout en automne, parce que c’est l’époque où les rosées, les brouillards et les ploies alternant avec des jours chauds, sèchent et humectent tour à tour
(1) Bailly, Traité anatomo-pathologique des fièvres intermittentes simple» Et PERNiaEUSES, 1825, p. 127.
(2) SegODÜ , loco cil. — Thévenot, loco cU.
(3) Lind, loco cit.
les surfaces à dégagements palustres. Au printemps il y a également humidité et chaleur, mais la génération des fièvres est beaucoup moins active^ parce que les foyers sont encore noyés par suite des pluies d’hiver. L’été s’avance, poursuit son cours, et ces foyers sont peu à peu mis à nu par le retrait des eaux; mais le soleil est assez ardent pour les sécher à mesure qu’ils sont découverts et pour empêcher ainsi la putréfaction presque partout; et, d’autre part, les pluies, rares ou nulles à celle saison, ne viennent pas humecter les surfaces limniques. L’automne est donc la seule époque où la putréfaction végéto-aniraale soit réellement active, et où par conséquent les fièvres à quinquina puissent facilement se développer.
Nous avons observé bien des fois, en Algérie, la coïncidence de ces pluies, séparées par des journées chaudes, avec le développement de fièvres paludéennes. Nous ne sommes, du reste, pas le premier qui ayons fait cette remarque ; cela n’a pas échappé à M. Huet (1), ni à la commission instituée à propos d’une épidémie de fièvres qui sévit à Bone en 18Ù3 (2).
Nous avons dit qu’une des causes- d’insalubrité des hauteurs qui entourent les plaines consiste dans les brouillards qui, pour ainsi parler, les saupoudrent de particules miasmatiques , quand ils se condensent le soir sur leurs rampes. Mais celte cause ne peut le plus souvent être invoquée que pour le penchant qui regarde la plaine, et pour quelques gorges rapprochées. Il existe, dans les régions montagneuses, d’autres sources ellluviales, sur lesquelles nous devons nous arrêter un instant pour achever de démontrer qu’on n’est pas réduit, comme le pensent quelques médecins, à ne pouvoir accuser que les alternatives de température, le froid humide, etc.
Quand on dit qu’il n’existe pas de marais dans les montagnes, on s’énonce d’une manière trop générale : on n’en rencontre pas ou peu sur les pentes, mais on en trouve le long des vallées, sur les plateaux et dans beaucoup d’anfractuosités. De Huraboldt en a vu dans les Andes ; les médecins anglais en ont signalé dans l’Hymalaya, etc. Dans les montagnes des Vosges, même sur les sommets les plus élevés qu’on appelle les Chaumes , s étendent de vastes couches d’une sorte de terreau humide, formé de nombreux filaments de végétaux enfouis depuis des siècles ; ces tourbières sont de véritable marais. En Afrique, nous avons aussi trouvé des nappes stagnantes sur les montagnes : témoin les deux marais que nous avons signa-
(1) Huet , Histoire médicale dd 55‘ de ligne , pendant la première année DE SON SÉJOUR A ROME, /n RCCUeil , t. XXXV, p. 119.
(2) Même volume du Recueil.
lés près d’Aîa-Temouchent, elc. Mais là où n’exislent point de maraistype. comme ceux dont il s’agit, on rencontre beaucoup de concavités plus ou moins étendues, dans lesquelles séjournent plus ou moins longtemps les eaux pluviales.
Dans les vallées à pente peu roide, tes ruisseaux se renflent souvent d’espace en espace, en petites mares, au-dessus des digues qu’ils se sont formées eux-mêmes en laissant déposer les matières qu’il charrient et que les rares-et insouciants habitants ne songent pas à déblayer. Dans presque toutes nos expéditions, nous avons trouvé des ravins marécageux couverts de joncs et de roseaux, dans lesquels se vautrent des bandes de sangliers.
Les sources elles-mêmes, quand elles sourdent sur un terrain peu incliné et que leur filet n’est pas assez considérable pour avoir une certaine force de poussée et pour se creuser un lit d’écoulement, s’entourent d’un véritable marais, comme M. Rodde (1) l’a parfaitement établi pour l’Algérie. L’eau s’étend en nappe et détrempe la terre de proche en proche, quelquefois assez loin, avant de suivre son cours vers les vallées. La terre humectée se couvre d’une épaisse végétation dont la production et la chute sont hâtées par l’humidité et la chaleur. Les femmes qui viennent puiser de l’eau piétinent les bords en cherchant à atteindre le point central de la petite mare, pour trouver de l’eau limpide ; les animaux sauvages et les troupeaux qui veulent boire pétrissent le terreau et leurs pieds creusent de petites dépressions qui forment autant de flaques. L’ignorance et la barbarie laissent se perpétuer ces marécages que quelques coups de pioche suffiraient souvent à dessécher. Si les Arabes établissent leur douar dans les environs, ils se contenteront de jeter quelques grosses pierres pour qu’on puisse plus facilement atteindre la place où la source sort, de terre.
Enfin l’usage habituel de ces eaux marécageuses comme boisson n’est peut-être pas sans influence pour la génération de quelques fièvres à quinquina. M. Boudin (2) a cité à ce sujet un fait extrêmement remarquable.
RÉSUMÉ, CONCLUSIOXS.
Nous avons terminé notre tâche. Nous croyons avoir établi qu’on a donné
(1) Rodde, loc, cil., p. 17, 18.
(2) Boudin, loc. cil., p. 5.1.
une acception trop re3lreinle au mot marais, en ne comprenant parce mot que certaines circonstances topographiques et hydrographiques que nous appelons marais-type, tandis qu’il existe une foule de conditions ou d’accidents qui amènent la décomposition végéto-animale et deviennent la source d’émanations miasmatiques fébrifères. Nous avons énuméré la plupart de ces circonstances et de ces accidents, et nous avons fait voir que partout où il y a des fièvres, on rencontre quelques-uns de ces foyers. Enfin nous avons réduit à leur juste valeur étiologique les perturbations thermo-hyg.romélriques qui surviennent dans l’atmosphère : elles n’agissent qu’en permettant aux foyers de fabriquer des effluves.