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LES EAÜX SALÉES DANS LA PROVINCE D’ORAN

Quoique nous soyons arrivé aux conclusions, nous pouvons cependant considérer notre œuvre comme n’étant pas tout à fait terminée. En effet, tout en travaillant à amener ces conclusions, nous avons décrit la physionomie et les variétés si nombreuses que présentent en Algérie les foyers d’impaludation ; mais pour que ce tableau soit à peu près complet, il manque quelques mots sur les eaux salées dans la province d’Oran.

Nous ne pouvons passer ce sujet sous silence, à cause de l’influence si pernicieuse que les auteurs ont attribuée à ces eaux salées lorsqu’elles viennent à se mêler avec les eaux douces.

Partout l’on cite, comme exemple de cette haute nocuité, l’histoire de Viareggio (1), tour à tour assainie et replongée dans Varia cultiva, selon qu’on opérait la séparation des eaux de mer et des eaux douces, ou qu’on les laissait de nouveau se mélanger. M. Montfalcon (2) parle de 1 insalubrité des bords de la mer, à l’embouchure des fleuves, insalubrité due à ce mélange redouté. M. Maillot (3) n’a pas omis ces circonstances comme causes des fièvres de Bone, et M. Bourdier (Zi) a fait les mêmes remarques dans les mêmes lieux : « La plaine de laSeybouse, qui se trouve au-dessous du niveau de la mer dans une grande étendue, offre, dans la saison des pluies.

(1) Montfalcon, loc. cit., p. 69.

(2) Id. p. 13, 14.

(3) Maillot, toc. cit.

(4) Bourdier, Tableau MÉoico-ToroGRAPHiQUE de Bqne et des environs, in Rbgueil, t. LU, p. 229. V. aussi Worms , Hygiène en Algérie.

un lac immense; puis, lors des chaleurs, uu véritable marais, jusqu’4 ce que le dessèchement soit complet. Le mélange d’eau douce et d’eau salée rend plus active la décomposition des matières végétales et animales. » Nous pensons aussi que le voisinage de la mer n’est pas sans influence sur les fièvres endémiques graves des côtes de Hollande.

La province d’Oran est certainement une des régions dans lesquelles les eaux sont le plus chargées de sels. M. Delestre (1), faisant l’analyse des eaux d’Oran et d’Arzew, port situé à quelques lieues, a trouvé que parmi celles qui sont journelleraeut employées comme boisson, il s’en trouve qui contiennent jusqu’à 21 fois autant de résidu salin que celles de la Seine, Mais l’eau d’Alger, analysée par M. Tripier, n’a pas fourni un résidu triple de celui que nous prenons pour terme de comparaison : soit 0,162 celui de la Seine; 0,470 celui d’Alger; 3,420 celui del’eau des blockhaus d’Arzew, employée par la garnison ; 3,400 celui de la source de la Mosquée, à Qran, et 3,260 celui de la porte du Ravin, dans la même ville, sources qui servent aux besoins de la population. L’eau du puits de la Marine, à Arzew, donne 14,000 de résidu; il faut ajouter qu’on ne la boit pas, et que ce puits est probablement alimenté par la filtration des eaux de la mer. Ce n’est pas ici le lieu de parler de l’influence qu’on a attribuée à ces eaux pour la production des flux intestinaux, plus fréquents dans la province d’Oran que dans les deux autres provinces de l’Algérie. Nous nous sommes contenté de constater l’existence de cette salure.

Dans tout le Tell oranais on trouve des sources, des ruisseaux, des rivières, des lacs et des marais salés. Dans la circonscription de Mostaganem, d’Arzew, et jusque sur les montagnes qui séparent l’Oued-el-Hammam de Mascara, 'on voit blanchir sur le sol les efflorescences salines que les eaux laissent cristalliser. La rivière de Rio-Salado, entre Meserguin et Aïn-Temouchent, est toujours saumâtre, et sa salure la rend à peu près impotable quand les chaleurs de Télé ont diminué le volume des eaux, qui se trouvent ainsi plus chargées de sel.

Tous les lacs de la province, ou à peu près tous, sont salés : tels sont El- Melah ou les salines d’Arzew, entre celte ville et Oran, et le Sebgha, grande nappe occupant plus ou moins incomplètement un vaste lit qui n’a pas moins de 4 myriaraèlres et demi, de Test à l’ouest, depuis le camp du Figuier, à trois lieues d’Oran, jusqu’aux puits de Bourchage, sur la roule de Tlemcen. Heureusement que la géologie, la flore et la faune du Sebgha, sont de nature

i;1) Marsielhan, ïopfxiBirpie d’Oman, in Rpajitii., t. LU.

à diminuer l’influence funeste de cette masse d’eau stagnante. Le fond du Sobgha est fermé d’une terre sablonneuse qui, en quelques endroits, n’est tapissée d’aucun végétal, et qui partout ailleurs ne nourrit que des espèces peu variées et le plus souvent clair-semées. Les petits animaux ne se rencontrent pas non plus, à beaucoup près, en aussi grand nombre que dans certains marécages, dont la terre, plus riche en humus, se couvre d’une puissante végétation.

Le Sebgha dégage néanmoins des effluves fébrifères, surtout en automne, quand la sécheresse a mis à nu la plus grande partie de son fond, formé de terre humide et détrempée dans laquelle s’enfoncent souvent les hommes elles troupeaux qui veulent traverser le lac pour abréger leur chemin.

Éludions l’influence de ce voisinage sur le Figuier, Meserguin et Oran.

Nous avons.déjà tracé en quelques mots la topographie d’Oran ; nous n’y reviendrons pas.

Le camp du Figuier est situé à la pointe occidentale du lac. Les fièvres régnent dans ce poste en automne, mais elles n’offrent rien de remarquable pour leur nombre ni pour leur gravité. Deux circonstances nous semblent devoir être invoquées pour expliquer cette impaludation, médiocrement intense, du voisinage du Sebgha. Aux environs de ce poste, le lac ne reçoit aucun tribut un peu notable ; l’eau douce manque à peu près complètement ; les puits actuels fournissent une eau détestable, et les tentatives faites pendant plusieurs années pour trouver un puits artésien démontrent que l’eau douce n’existe pas plus dans les profondeurs qu’à la superficie. Le mélange si redouté ne s’opère donc pas, si ce n’est quand les pluies d’hiver précipitent quelques filets torrentueux dans son sein. En second lieu, il faut remarquer que le Figuier est situé à la pointe est du Sebgha , de soi le qu’il n’est pas plongé dans les miasmes dont les vents du sud, qui donnent en automne, seront chargés en passant sur le lac.

La petite ville de Meserguin, au contraire, est dans une position telle qu’elle doit être influencée le plus défavorablement possible. En effet, elle s’étale sur la rive septentrionale du lac, et se trouve ainsi noyée dans des miasmes que poussent sur elle les vents du sud. Ensuite, si nous nous en rapportons à la carte, c’est précisément vis-à-vis d’elle que les plus nombreux et les plus forts affluents versent de l’eau douce dans sa masse salée. Aussi Meserguin est-elle bien plus malsaine que le Figuier; les fièvres qui y régnent sont bien plus nombreuses et plus graves : elles revêtent assez souvent le caractère pernicieux. Dans l’automne de 18à6, M. Vitton, chirurgien-major des spahis, succomba en deux jours à une fièvre de celte nature.

Nous avons déjà dit quelques mots des lièvres qui, à deux reprises, oui forcé d’abandonner El-Bridia, poste situé à quelques lieues de Meserguin, sur la même rive. Nous avons eu soin de signaler la coïncidence du développement de ces lièvres avec les travaux de remuement de terres qui y furent entrepris. Nous devons ajouter qu’il existe à El-Bridia un marais d’eau douce qui va se déverser dans le Scbgha.

Pendant l’expédition du général Cavaignac dans le Sahara algérien, en avril et mai 18Z»7, nous avons parcouru des régions que les Européens n’ont jamais visitées, et nous avons pu faire sur l’hydrographie de ce pays des observations tout à fait nouvelles (1). Occupons-nous ici des eaux salées seulement.

Toutes les eaux qui arrosent le Tell sont tributaires de la Méditerranée. Mais au delà des limites montagneuses du Tell, se trouve un autre grand bassin composé de deux vastes lacs, le Chott-el-Chergui et le Chott-el- Gharbi, qui reçoivent presque toutes les eaux pluviales qui arrosent le désert d’Anghad jusqu’à la chaîne des oasis. Le Chott-el-Chergui n’a pas moins de 20 myriamètres de longueur; le Chott-el-Gharbi n’atteint que IZ» myriamètres; leur largeur moyenne peut être évaluée à 2 ou 2 myr. 1/2 seulement. Les mesures sont prises sur l’excellente carte du coloqel Daumas.

Les deux Choit offrent certaines analogies avec le Sebgha. Ils recèlent de l’eau salée comme ce dernier, et le fond sur lequel elle repose est aussi à peu près semblable, mais la végétation paraît être plus puissante sur les bords (Alfa, Slipa lenacissima de Desfontaines, Chiah, Armen, Seunra, le phælipæa lulea et violacea, quelques soudes, peu de joncs et de roseaux). Au lieu d’être à fleur de terre, comme le Sebgha, ils occupent le fond d’une dépression brusquement taillée sur la surface du désert ; on dirait que la cavité a été évidée par un emporte-pièce. Pendant l’hiver des torrents se précipitent dans ces bassins ; pendant l’été ces oueds sont entièrement à sec, et nous croyons qu’on ne rencontre pas une goutte d’eau sur la surface des Choit. Des puits creusés dans le bassin même donnent, les uns de l’eau douce (Bou-Guern, Seunrha), d’autres de l’eau saumâtre, sulfurée, fétide et quelquefois énergiquement purgative (El-Merra, El-Beida, etc.)

On peut induire de celte courte description et des analogies qu’offrent les Choit avec le Sebgha dont le voisinage produit des effets connus, on peut

(1) Félix Jacquot, Expédition du générai. Cavaignac pans i.k Sahara ai.géniKN, IV, gr. in-8» avec alla.s. Paris, 1849.

induire que les postes que nous serons tôt ou tard obligés de créer comme échelles commerciales, ne seront que médiocrement insalubres et ne dévoreront pas la population européenne qu’on pourrait y jeter. On voit par nos conclusions qu’un haut intérêt s’attache à la connaissance de ces régions, et que notre courte description n’est pas sans utilité puisqu’elle peut donner de précieuses indications au point de vue de l’hygiène publique.

Nousavonsappris,dansnotre. voyage, que les nomades habitants de ce désert, notamment les Hamian Gharabas et Charagas, ne campent point au bord des Choit, près des puits, mais s’enfoncent dans les plaines, au risque d’être obligés d’aller chercher fort loin, chaque matin, leur provision d’eau. Nous ne pensons pas que ce soit l’insalubrité qui les éloigne du campement commode sur les rives des Chott, mais bien : 1° la crainte des bandes de maraudeurs armés qui doivent évidemment se rendre souvent aux puits; 2° le besoin d’un changement continuel d’emplacement, leurs troupeaux tondant rapidement les herbes maigres et rares qui parsèment les sables.

Au delà du bassin des Choit, on trouve la ligne de montagnes qui cachent dans leurs vallées les oasis des Ouled-Sidi-Chicks ; les eaux qui arrosent ces oasis vont se perdre dans les sables du Sahara central. Le sel se rencontre encore dans plusieurs de ces oued, par exemple dans 1 oued Selam, que nous avons longtemps côtoyé. Il paraîtrait aussi, d’après ce que nous ont dit les Berbères qui avaient suivi les caravanes de Timbouclou, qu’il existe dans le Sahara central des espaces fort étendus recouverts d’une couche de cristaux de sel. C’est même là une branche de commerce pour les caravanes.

KXTKAIT UK LA (iAZKTTE .MÉDIC.AKE DK KAKIS du 20 janvier 1849.

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