A M. LE BÉDACTEUR DE LA GAZETTE MÉDICALE
Cher confrère,
La presse médicale et lès jouinaux poliliriues ont tous parlé du sous-officier Bertrand, qu’une horrible dépravrition des appétits génésiques portait A déterrer les morts dans les cimetières, pour découvrir des cadavres de femmes, débris hideux et déjà verts rie putréfaction, auxquele il donnait des baisers érotiques.avcc plue d’emportement qu’à une chair palpitante de vie. Après cette erreur étrange de l’acte procréateur s'adressant à un corps que la terre seule réclame, une rage de destruction saisissait le fou : il mettait en pièces l’objet de sa double profanalipn;, pais bientôt le collapsus et l’insensibilité succédaient à.l’explosion de ses metiucta pervertis. Alors, étendu sur la terre, il recevait, pendant les longues heures de la nuit, une pluie fpie et glaciale qui le pénétrait sans l’impressionoeT. Il n’est pas inutile de faire observer, en passant, que cette insensibilité aux injui^qs des agents atmosphériques se remarque chez bon nombre de fous, souvent réfractaires au plus haut point à la douleur. Dans les intervalles de ses accès monnmaniaqnes, Bertrand menait une vie régulière ; scs mœurs étaient douces, son esprit porlé quelquefois à la mélancolie, et le sens génital ne le poussait à aucune tentative insensée cnntre le sexe.
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Ëvideinmcut cet homme était sujet à de vérilaWes accès de folie périodiques, et que l’on résolve la question dans ce sens ou dans le sens opposé, le conseil de guerre qui l’a condamné à un an de prison a été, dans la fixation de celte pénalité, ou au delà de la limite, ou s’est maintenu bien en deçà. Il n’y a pas de moyen terme entre folie ou crime, entre l’acquittement ou une peine des plus sévères. C’est l’opinion des hommes qui ont étudié les alTections humaines, au point de vue affectif et intellectuel.
Après le feuilleton si intéressant inséré par M. Brierre de Boismont dans laGa- ZETTE Médicale, et les Considérations d’un ordre élevé que M. Michéa a consignées dans l’ümon médicale, il nous a paru qu’il restait encore quelques remarques à présenter sur ce sujet. C’est pour elles, cher confrère, que nous vous demandons place dans les colonnes qui nous accueillent toujours avec tant de bienveillance'. . i jf 5 ,
M. Brierre de Boismont, passant en revue les faits les plus connus de perversion de l’instinct génésique, cite un cas dont les circonstances lui paraissent semblables à celles qui ont motive l’accusation de Bertrand. Il s’agit d’un jeunè homme qui corrompait à prix d’or les gardes chargées de veiller dans la chambre mortuaire^ se glissait dans le lit où reposait le cadavre, et rassasiait son instinct sur ces dépouilles inanimées. M. Brierre de Boismoni aurait pu ajouter deux autres faits : l’un, transmis par la chronique orale, est relatif à un prêtre qui, après avoir fermé les yeux à une jeune fille, céda à une attraction irrésistible et s’accola à son cadavre. La chronique ajoute même que la vierge n’était pas morte, et que, devenue mère, elle cherchait en vain dans ses souvenirs un père à son enfant, quand le coupable avoua son crime. A côté de cette histoire, trop romanesque peut-être pour mériter confiance entière, il en est une à laquelle les annales des tribunaux ont ouvert leurs pages ; il s’agit aussi d’un prêtre, condamné aux travaux forcés pour avoir pollué le corps d’une femme qui venait de moürir, cl sur laquelle il devait veiller en récitant des prières. Enfin M. Michéa rapporte que son aïeul a été témoin d’un pareil accouplement monstrueux, et c’était encore un prêtre qui profanait un cadavre !
S’il existe physiquement des rapports entre ces faits et celui de Bertrand, au point de vue des passions et de la psychologie, une très-grande différence les sépare. ‘
Ne voit-bn pas tous les jours une mère se jeter sur le cadavre de sa fille, un màri couvrir de baisers les lèvres violettes de sa femme morte? Ce n’est pas au cadavre, à la dépouille inanimée, que ces marques d’affection s’adressent ; c’est à l’être complet, à la personne même , que le souvenir d’une existence à peine éteinte et la persistance d’une vive affection font snpposer présente encore et' pleine de vie. Le spectateur froid ne voit qu’un cadavre ; mais la mère voit sa fille, le mari sa femme.
Eh bien ! ne serait-il pas possible de concevoir, à la rigueur, en changeant l'aspccl sous lequel on considère les impulsions affectives, que la passion éro-
luiue puisse s’adresser à celle jeune IHlo qui, toul à l’heure vivante el belle, est belle encore, conserve la chaleur de la vie el semble sommeiller? Que faul-ll pour déterminer celte étrange perversion de l’appétit génésique? Il sufllt que les souvenirs conservent de la vivacité, que les impressions légitimes reçues il n'y a qu’un instant subsistent encore lorsque leur cause excitante n’est plus ; alors l’imagination prolongera tS vie dans ce corps inanimé, la passion le verra non pas tel qu'il est, mais sous les couleurs empruntées dont elle est imprégnée ellemême, et l’acte qui s’adresse à la vie s’adressera à la mort.
L’amour n’esi-il pas tout illusion? un cœur passionné ne préte-t-il pas beauté, esprit, vertu, à la femme laide, brute et déchue? Dans le délire érotique qui a pour objet un cadavre, l’illusion est poussée à sa limite extrême, mais ce n’est pourtant que le dernier degré de la même échelle d’erreurs.
Malgré le juste sentiment d’horreur et de répulsion qu’inspirent ces amant» de la mort, une certaine filiation de raisonnements permet encore au philosophe. de se rendre compte, jusqu’à un certain point, de leur perversion d’appétit génital, sans supposer nécessairement folie proprement dite, sans sortir en un mot du domaine des passions qui surgissent chez l’homme sain. On peut comprendre, à la rigueur, qu’un stimulant incapable de faire naître des impressions, suffise à les entretenir lorsqu’un agent plus actif les a produites ) on conçoit même leur persistance alors qu’il n’existe plus de source qui les alimente. Mais SI l’accouplement avec le cadavre d’une jeune fille qu’on a vue vivante et dont l’image remplit encore le cœur, si cet accouplement est peut-être possible sans aliénation mentale, il n’en est pas de même du fait de Bertrand ; celui-ci implique nécessairement folie.
Il déterrait au hasard, la nuit, des cadavres inconnus ; hommes, femmes, enfants, tout était retiré de la bière ; puis quand il avait trouvé des cadavres de femmes, il assouvissait sa fureur génésique sur une sexagénaire, sur un corps déjà enfoui depuis treize jours et ramolli par la putréfaction ! Là, pas d’illusion possible, pas de souvenir qui réchauffe lu hideuse réalité, pas de passion survivant à son objet ; ce n’est pas une erreur des instincts affectifs, c’est leur perversion absolue, c’est une création délirante, une aliénation radicale du sens intime. L’inutile mutilation qu’il pratiquait avec fureur, et dans laquelle il puisait de nouvelles jouissances, est une preuve de plus pour établir la réalité de sa monomanie périodique. H ne fallait donc pas enfermer comme un coupable, mais confier aux soins des médecins aliénistes, cet homme dont la folie avérée n’a pas d’analogue dans l’histoire. '
Une révélation, une sorte de confession qui nous a été faite, établit pour nous la possibilité de l’appétit génésique pour le cadavre encore chaud d’une femme qu’on vient de voir pleine de vie, sans que cette aberration implique aliénation mentale. Les circonstances dans lesquelles un homme jouissant de toutes se.s‘ facultés intellexîluelles, nous a ainsi ouvert les replis de son cœur, méritent d’élre spécifiées.
C’elaiL «U A£vique, au milieu d’un camp; depuis tcois nwia nuus y plantionsnp8 tentes, et aueune lemine n’était venue salisfaiie Les robustes appétits de nos soldats. Un hoinnié examinait attealivement un coq qui saillissait une poule déstinéqà la cuisine et jetée par terre morte eL sanglante, il est inutile de dire comment, devant ce spectacle, je devins le conlldent de ses secrètes passions ; l’important, c’est de les faire connaître. Il me conta comment la vue de jeunes femmes mortes en conservant leur beauté l’avait impressionné au point de faire naître en lui des désirs qui se révélèrent par l’érection prolongée... Notons bien qu’il y a eu désir seulement et non pas accomplissement. 11 ajouta qu’il préféiterait. s’accoupler avqc le cadavre chaud d’une jeune femme surprise subitement par la mort avant que lanqa.ladie ait altéré ses formes et sa fraîcheur, qu’avec une femme vivante, mais ridée paroles ans et flétrie par la maladie ; la morte, selon sa prqpre expression, est alors, aux yeux de l’amour physique, bien plus vivante que ,1a vivante.. Il faut avouer que la seule idée d’établir une telle comparaison est (Jéjà une bien étrange conception. En train de franclies conüdences sur les excitants, de l’appétit génésique» ce militaire nous signala un fait dont nous pûmes vérifier l'exactitude. Il nous, fit voir un coq qui, après avoir terrassé son adyersqije, cherchait à le sodomiser, et insistant quelquefois jusqu’à éjaculation, quand l’ennemi biitlu était acculé de manière à ne pouvoir fuir. L’observateur prétendait avoir vu assez souvent les chiens se livrer au rappi ocbement de sexes semblables, et cela jusqu’à intromission; il pensait que les mêmes influences olipoatologiques produisaient et ces accouplements chez les animaux et la sodomie chez l’iiomme. Nous laissons la responsabilité de cette opinion à son auteur.
D’autres exemples d’aberration de l'instinct génital trouveront naturellement pjace ici,; ce sera quelques éléments de plus sur cet article, que l’on grossirait démesurément si chacun déposait les confidences qu’il a reçues.
Il Ua fourrier d’un régiment de ligne dont nous n’indiquerons pas le numéro, apportait très-souvent des canards à la table des sous-ofBciers ses commensaux. Lg.répétition du même rôti et la prodigalité de leur camarade, éveillèrent.qnelqujBS, soupçons vagues qu’on éclaircit bientôt. Le fourrier avait une singulière inaniQ» qu’on dU n’étre pas ignorée de quelques Faublas épuisés de la capitale r IL incisait le cloaque du canard, afin de remédier à la disproportion, et coupait la tête de. l’animal à um moment choisi, pour faire tourner à la volupté ses dernières convulsions. C’étaient ces canards qui paraissaient sur la table des sousofficiers. Le fourrier fut expulsé du régiment.
On a, sans doute remarqué un bien simple moyen de propreté auquel ont recoura Ips chiens après l’exonération du gros intestin : repliant leurs pattes de detriçrie sous le ventre, ils traînent sur la terre L’orifice anal devenu saillant, atufianœuvrent ainsi à l’aide de leurs pattes de devant. Il serait possible que ce procédé n’eût pas le but que nous lui assignons, et fût tout simplement destiné à calmer la démangeaison. Ce petit problème de minime histoire naturelle nous
iinpoitc peu, du reste; cesl son iinitalioa pur un homme qui nous intéresse. Pourquoi ne pas le dire? C’était un capitaine qui se charriait ainsi sur l’herbe dans un but voluptueux.
C’était encore un vieux militaire qui se contentait de titiller à coups d’épingles le lobule des oreilles des jeunes lilles, jusqu’à ce que le sang en sortît; un militaire encore, dont la volupfé résidait dans des pratiques si burlesques qu’il est fort malaisé de les exprimer. Il nous sufllra de dire que certains aliments venteux étaient l’alimentation indispensable de celles qui voulaient lui plaire, et que son plaisir consistait dans la vibration du droit de l’abdomen, sans doute, mis en branlesous une Impulsion qu’on ne peut deviner sans être pris de fou rire.
Vous nous demanderez sans doute, cher confrère, comment il se fait que toutes cesdtations d’appétit génésique perverti ont toutes des militaires pour héros. Cela s’explique de deux façons : d’abord, ayant vécu dans les régiments, noua y avons puisé d’autant plus facilement ces faits, que le laisser-aller et la confidence y sont monnaie courante ; en second lieu, ces singularités sont peut-être relativement plus communes chez les militaires que dans la classe civile. Le célibat produit chez eux ce que le vœu de chasteté développequelquefois chez les prêtres, non plus, chez ceux-ci, à l’état de singularité, mais de monstruosité et de crime.
Plutarque dit que la pédérastie fut la conséquence des gymnases, où les formes des hommes se montraient à nu. Nous avons nous-même attribué ce même vice, chez les Mahométans, à ce que le sens génésique ne trouvant pas de stimulant dans la vue des femmes qui ne paraissent en public que sous l’aspect de masses informes ensevelies sous des draperies, est réveillé par ia contemplation de jeunes enfanU à la peau douce et rosée (I). Chez les militaires, le célibat, l’abstinence faute de moyens pécuniaires, le logement en commun, amènent les mêmes résultats. Dans certains bataillons d’Afrique, chez les disciplinaires surtout, ces passions dégoûtantes sont développées sur une large échelle, et rappellent les guerriers de Sparte et surtout le bataillon sacré de Thèbes. Dans un corps de troupe algérien, certains individus étaient journellement désignés par leurs camarades sous le nom de mademoiselle Victorine, Augustine, etc., etc. Une répression sévère a mis fin à ces scandales (2).
(1) Lettres d’Afriques. Gaz. Méd., 1817, p. 229; et in-S”, p. 54, chez Victor Masson.
(2) Note du Réd. — Dans cette lettre, fort intéressante à plus d’un litre, notre spirituel confrère n’a peut-être pas établi une différence assez tranchée entre la dépravation des mœurs et la dépravation des instincts. Celte confusion aurait plus d’un inconvénient : il faut que les médecins surtout, qui tiennent la clef du progrès, n’ouvrent pas la porte aux abus.
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du 28 juillet 18&0.