DANS LES FIÈVRES INTERMITTENTES
Le ministre de la guerre, sur la proposition du conseil de santé des armées, vient d’ordonner l’expérimentation olBcielle de l’acide arsénieux à l’hôpital militaire du Roule, sur lequel sont dirigés, de Paris et de la banlieue, tous les hommes atteints de fièvre intermittente. Une circulaire enjoint à MM. les chirurgiens du corps de tenir exactement note des accidents et récidives qui pourraient survenir chez les militaires rentrés au quartier.
On sait que M. Boudin, médecin en chef de cet établissement, emploie cette substance comme fébrifuge, à l’exclusion du quinquina, depuis huit ans ; mais on ignore généralement que l’acide arsénieux ne constitue qu’une partie de la médication antipériodique instituée par ce médecin. Une sorte d'entrainement, à l’aide d’un régime substantiel et animalisé, du vin largement versé, et des vomitifs ouvrant le traitement et répétés plus ou moins fréquemment pendant son cours, voilà le complément de sa médication. Exempte : un sujet entre à six heures du soir pour une fièvre quotidienne dont le frisson commence à midi ; on le fera vomir le soir même. Il prendra
le lendemain malin, quatre à cinq heures avant l'accès, une potion avec 3 centigrammes d’acide arsénieux, et sou alimentation n’éprouvera aucun arrêt. Si l’accès revient, l’acide sera donné à 6 centigrammes, en deux prises. En cas de fièvre rebelle, on peut ajouter à celle dose 3 autres centigrammes administrés en lavement. Le retour au vomitif est également indiqué dans ces cas. L’acide arsénieux sera continué; après la cessation des accès, à 3 centigrammes, pendant un temps variable, de dix jours à un mois, selon l’ancienneté de la fièvre et sa tendance à reparaître. La dose est alors généralement de 3 centigrammes chaque jour. Le régime continue à être succulent pendant toute cette période.
Tels sont la médication et le dosage auxquels M. Boudin s’est arrêté, après avoir administré à Marseille, avec autant de succès, de minimes fractions de grain. Il est singulier de voir qu’un vingt-cinquième de grain ail suffi, dans cette dernière ville, à couper des fièvres dont un grand nombre avaient été contractées en Algérie, tandis qu’on a été obligé d’augmenter considérablement la dose à Versailles et à Paris, où le cachet paludéen est beaucoup moins prononcé. Nous constatons le fait, sans cbercher à l’expliquer ni à le commenter.
Les statistiques de M. Boudin portent sur 2,500 fiévreux, et les résultats qu’elles constatent sont de nature à appeler une sérieuse attention sur l’acide arsénieux. Il est rare, d’après ces statistiques, que les accès n’aient pas été coupés après la première dose. M. Boudin nous apprend qu’à Turin, à Montpellier, au Brésil, l’acide arsénieux a aussi reçu la sanction de plusieurs praticiens. En Algérie, les uns s’en sont bien trouvés, mais nous ajouterons que les autres y ont renoncé. Reste à savoir si ces derniers ont eu recours à la médication complète, et ont porté les doses assez haut. C’est évidemment en Algérie que la question pourrait se vider péremptoirement ; «n regard de fièvres profondément paludéennes, l’acide arsénieux recevrait bientôt un brevet d’efficacité, ou bien serait définitivement exclu pour impuissance.
.Aucun symptôme d’empoisonnement n’a jamais été observé par le médecin en chef de l’hôpital du Roule; pas le plus petit accident de celle nature n’a suivi l’ingestion de 9 centigrammes, dose que M, Boudin avait d’ailleurs courageusement expérimentée sur lui-même avant de l’administrer à ses malades. Rarement l’impression locale du médicament s’est trahie par de la douleur épigastrique et par 1e vomissement.
Le sulfate de quinine u’eslpas non plus toujours bien supporté par l'estomac, quand on l’administre à dose un peu élevée. Voilà pour son action lo-
|)ique. Après l’absorplioii, il produit quelquelois de graves accidents, même la mort, ainsi qu’on a pu le voir deux fois dans les hôpitaux de Paris ; mais dans les lièvres intermittentes de nos pays, on n’aborde jamais les doses
toxiques. , , •
li’acide arsénieux est incontestablement un des poisons les plus énergiques; néanmoins l’espèce de terreur qu’il inspire s’affaiblit beaucoup quand on le compare au deuto-chlorure de mercure, administré journellement dans les hôpitaux. Certes un sujet ne tolérerait pas de 3 à 6 centigrammes de sublimé corrosif, tous les jours, pendant un mois. M. Boudin cite plusieurs centaines de cas où l’acide arsénieux a été supporté à cette dose et pendant un pareil espace de temps. D’autres sujets ont pris 18 centigrammes par jour, et jusqu’à 5 grammes et demi en un mois.
La question de l’acide arsénieux peut être envisagée à un double point de vue : 1“ l’acide arsénieux, employé exclusivement et constituant à lui seul toute la médication, est-il un fébrifuge assez efllcace pour prétendre à remplacer la quinine ? 2“ la médication complexe instituée par M. Boudin, dans laquelle l’acide arsénieux remplit le rôle principal, mais non pas tous les rôles, est-elle assez constamment couronnée de succès pour qu’on puisse ta substituer au sulfate de quinine ?
La première question ne sera pas définitivement jugée par l’expérimentation officielle. Mais au fait, ce n’est guère» sous un certain point de vue» qu’une pure curiosité thérapeutique. Il n’importe pas beaucoup, sous le rapport pratique, de savoir si c’est tel élément d’une médication qui guérit une maladie, ou si, pour atteindre ce but, une médication composée est indispensable. Nous pensons du moins qu’il en est ainsi quand on envisage les fièvres intermittentes de Paris, et celles des autres localités où le règne paludéen est peu prononcé. Mais il n’en serait plus de môme en Algérie et dans les pays marécageux ; là il faut agir promptement et sûrement, et la rapidité des accidents est telle que l’emploi du vomitif et de l’entrainement à l’aide d’un régime très-réparateur, devient souvent tout à fait impossible. En second lieu, on doit aussi rechercher de quel degré d’etTn caché jouit l’acide arsénieux par lui-mème, si l’on veut l’employer contre les accidents intermittents qui surchargent certaines affections dans lesquelles il ne serait pas sage d’avoir recours à la médication complète.
M. Boudin a parfaitement senti ces desiderata, et, ne voulant pas devancer dans sa pratique des démonstrations encore à venir, il ne conseille l’acide arsénieux ni dans les accès pernicieux ni dans les paroxysmes qui marchent avec une aftection grave. Nous ajouterons que l’action de celle
subslancesur lai ale restée engorgée après la cessation de la lièvre, a besoin d’être étudiée. Enfin, à priori, il est bien évident que l’acide arsénieux ne peut pas rendre sa crase normale au sang appauvri par la cachexie paludéenne, sa couleur à la peau jaunie, leur fermeté aux chairs flasques et rtiolles, son état normal au tissu cellulaire infiltré, sa vigueur à la constitution ruinée. Il pourra empêcher le retour des accès, mais l’entraînement par un régime succulent, les amers, le quinquina et le fer, seront seuls efficaces contre la cachexie. Il n’est pas besoin de l’expérience pour prouver cela ; c’est aussi clair que le jour. Mais, dira-t-on, l’arsenic, envisagé jusqu’ici comme un altérant, est un excitant, et les maquignons de certaines parties de l’Allemagne en donnent aux vieux chevaux pour leur rendre une vigueur factice. Excitant, soit ; mais tonique, jamais.
On se rappelle que vingt ou trente substances vantées comme succédanées du quinquina ont toutes vu s’évanouir leur réputation éphémère, de*vant une expérimentation rigoureuse et bien instituée. A Paris, les fièvres intermittentes non symptomatiques sont généralement si fugaces, qu’elles cessent d’elles-mêmes sous l’influence d’un régime d’hôpital, et qu’un vo*mitif les arrête presque toujours. Il serait conséquemment peu logique d’attribuer la guérison au succédané qu’on expérimente ; il y a coïncidence et non curation par le médicament employé.
Pour éviter les causes d’erreur, il faut agir comme M. Chomel expéri*mentant le houx. 22 individus atteints de fièvre intermittente ayant été placés dans son service, furent abandonnés aux seules forces de la nature et à l’influence des nouvelles conditions dans lesquelles ils se trouvaient ; 7 n’eurent plus un seul accès; présentèrent des accès décroissants qui s’évanouirent bientôt, et chez 8 autres les accès, liés comme accident symptomatique à des phlegmasies légères des muqueuses, disparurent à l'aide de quelques antiphlogistiques. Ainsi, sur 22 individus, 3 seulement se trouvaient réellement dans les conditions favorables à l’expérimentation décisive. Le houx ne produisit aucun résultat sur ces 3 malades, tandis que le sulfate de quinine fil prompte justice de leur fièvre. Si pourtant l’on eût administré d’emblée le houx aux 22 entrants, le prétendu succédané eût revendiqué pour lui un beau nombre de succès.
Ainsi donc, pour établir la part de l’acide arsénieux dans la curation des accès, il faut ne s’adresser qu’aux fièvres qui ne cèdent pas au simple régime; de plus, il serait nécessaire de ne pas recourir à l’alimentation forcée et de supprimer les vomitifs, lesquels, comme on le sait, remplissent un rôle dont il faut dégager l’expériraenlalion.
Or cela n’a pas élé lait. .
iA question nous paraît au contraire mieux posée sous le second point
de vue : la médication complète est-elle évidemment fébrifuge? M. Boudin invoque dix années d’expérience en sa faveur. Puisque, sur plusieurs milliers de fièvres, cette médicaüon a été à peu près constamment efficace, il faut bien admettre que, dans ce nombre, se trouvaient des accès qui n’eussent pas cédé d’eux-mêmes; et cette conclusion paraît d’autant plus légitime que beaucoup de fièvres d’Afrique ont été traitées à Marseille par
M. Boudin.
Mais, nous le répéterons, un petit nombre de faits homogènes triés comme ceux de M. Chomel, seraient aussi probants que cette masse énorme de cas, dont les trois quarts peut-être ont une signification
douteuse. . .
Le point de vue économique et la prévoyance pour l’avenir, est ordinairement le dernier auquel se place le médecin, mais c’est le principal aux yeux de l’autorité. Ce fut en parlant d’économie au ministre de la guerre, qu’on a obtenu l’expérimentation officielle qui se poursuit aujourd’hui.
Le sulfate de quinine est monté au prix exorbitant de plus de 800 fr. le kilog., et ce renchérissement est sans doute la suite de l’épuisement du pays en cinchona. Sans être alarmiste, on peut craindre qu’un jour ne vienne, où l’Amérique du Sud ne pourra plus répondre aux demandes. Sans doute cette lacune ne sera pas de longue durée, car alors, au lieu de détruire sans songer au repeuplement, on cultivera le quinquina comme la canne à sucre, comme le café; mais toujours est-il qu’un certain nombre d’années seront nécessaires pour obtenir des arbres adultes et productifs. Si l’on n’a pas appris à suppléer au quinquina, que fera la thérapeutique en attendant l’âge mûr des plantations nouvelles et aménagées (1) ?
M. Boudin a établi le calcul suivant, dans le mémoire qu’il a lu à la séancÆ du 28 août de l’Académie de médecine.
En supposant qu’en France et dans les colonies, il y ait un accès de fiè-
(1) Le conseil de santé des armées, prévoyant que les cinchona viendront un jour à être insuffisants, a proposé au ministre de la guerre leur importation dans nos colonies. L’Institut s’est aussi, postérieurement, occupé de cette question. Mais rien n’a encore été fait à ce sujet. Pourtant, les premiers frais ne seraient-ils pas largement couverts par le rapport des cinchona, quand l’Amérique ne pourra plus assez, fournir?
vre par jour sur 1,000 habitants, et que 3 décigrammes de sulfate, de quinine soient administrés, on arrive à :
36,000 accès par jour ;
13,000,000 accès par an ;
3,942 kilogrammes de sulfate de quinine consommés par an, quantité qui monte à un prix de revient de 3,153,600 fr. par an pour les pharmaciens, qui payent le sulfate de quinine 800 fr. le kilog., et à 7,884,000 pour les consommateurs, auxquels le pharmacien prend 2 fr. par gramme. Le budget de la guerre seul aura, approximativement, à verser 450,000 fr. pour l’année 1849, en comptant sur la consommation probable de 500 kilogrammes.
En supposant — et nous sommes disposé à penser que ce sera le résultat définitif — que l’acide arsénieux ne détrône pas du tout le quinquina, mais qu’il puisse se substituer à la quinine dans un certain nombre de cas, par exemple dans la moitié ou les deux tiers des fièvres intermittentes simples, nous arrivons encore à une économie de près de 200,000 fr. pour le budget de la guerre, et de plusieurs millions pour les consommateurs. Enfin la classe nécessiteuse ne sera pas menacée de voir la maladie se perpétuer dans son sein, le travail de la famille ne suffisant pas à payer les médicaments.
Tout cela vaut assurément bien la peine qu’on y songe.
RXTBAIT de I.A GAZETTE MÉDICALE DE PAIUS du 1" seplembrp 1849.
CHRONIQUE MÉDICALE
Mission de M. Alquié à Rome; nouvelles médico-chirurgicales de l’armée d’Italie; une histoire du temps de l’empire. — Le choléra en Belgique; maisons interdites. - Élection de M. Robert; la petite guerre à l’Académie; razzia du ministère sur les Facultés.— Une procession. — Une sage-femme féconde et un rapporteur infatigable. —Les sangsues mécaniques; danger de trop parler.— Médecine algébrique.— Petits malheurs d’un homœopathe heureux.— Les intendants militaires médecins et musiciens.—Fleurs du parterre de Vénus.— Le calife Haroun-al-Raschid et le ministre de l’intérieur.
- M. Alquié, inspecteur général, membre du conseil de santé des armées, vient de partir pour Rome, où il a mission d’installer le service hospitalier, et probablement aussi d’aviser aux moyens propres à arrêter le développement de.» nombreuses maladies qui assiègent aujourd’hui le corps expéditionnaire.
L’envoi d’un homme de l’art, pour présider à la création des ambulances et au choix des localités destinées au traitement des malades, est chose si naturelle qu’on s’étonnera peut-être d’entendre louer une mesure aussi simple. El pourtant c’est une véritable conquête de la médecine militaire ! car, — qui le croirait? - les intendants seuls ont été jnsqu’à présent chargés oflBciellemenl de tout ce qui a rapport à l’assiette des établissements hospitaliers. Quand Larrey, Gama, Pcrcy et tant d’autres installaient des hôpitaux provisoires, sans le secours de MM. de l’intendance, absents ou empêchés, c’était à leurs risques es
périls : ils brûlaient leurs vaisseaux ; ils s’exposaient au blâme, si quelque malencontreuse circonstance venait les contrarier ; mais ils n’obtenaient jamais de louanges pour leurs utiles créations non réglementaires, quand le succès couronnait leurs efforts. Il y a évidemment progrès aujourd’hui ; Dieu veuille que cela dure !
Certes l’envoi de M. Âlquié ne sera pas une de ces missions qu’on donne par complaisance pour mettre un favori en évidence, et avec la persuasion qu’elle n’a réellement pas d’utilité. M. Alquié n’a pas besoin de ce subterfuge, et on va voir que sa présence n’est que trop nécessaire ; car il reste bien à faire pour l’installation du service hospitalier.
Lors des affaires meurtrières des 3 et 4 juin, l’ambulance du quartier général ne disposait que d’une grange et de deux chambres, dont l’une fut occupée par MM. les administrateurs, et l’autre réservée aux offlciers. Cependant les blessés arrivaient en foule; le local était trop étroit, les cinq chirurgiens ne suffisaient pas, les infirmiers manquaient, et la tisane même ne pouvait être préparée en temps opportun. L’activité suppléa au zèle, et des tentes furent dressées pour les malades qui continuaient à affluer. La chaleur était étouffante; le thermomètre marquait près de 40“ sous les tentes. La nuit arriva ; mais l’envoi des blessés ne se ralentit pas. On fut obligé de rôder dans l’ombre avec les brancards, frappant à toutes les maisons de campagne, à toutes les chaumières, dans un cercle de 2 ou 3 kilomètres, pour faire déguerpir les habitants endormis et y installer les blessés, dont le nombre peut être évalué à 3 ou 400. Il existait bien, plus près de l’ambulance, de commodes demeures ; mais ces villas étaient tabou, comme disent les insulaires de la mer du Sud. Inutile d’indiquer qui les habitait, mais on peut conter une petite histoire qui montrera ce qu'auraient dû faire les personnages logés dans ces confortables villas.
A je ne sais plus quelle bataille de l’empire, il n’y avait, au quartier général, qu’une étable pour tout abri. L’empereur s’y était installé avec quelques généraux. Il faisait froid, bien froid, et les mains impériales s’étendaient en tremblotant sur un petit brasier d’assez triste mine. Larrey entra , sans dire mot, au moment où l’empereur grelotait le plus fort. Le chirurgien portait des instruments, et des infirmiers le suivaient chargés d’un blessé. C’est juste, dit l’empereur, en cédant immédiatement la place. Voilà deux hommes qui se comprenaient et qui étaient sûrs l’un de l’autre! Pour que de si bons exemples ne se perdent pas, il faut les renouveler de temps en temps. Honneur à ceux qui n’ont pas besoin qu’on les leur rappelle ! Mais, hélas ! qui honorerons-nous?
Vers le 7 juin, une ambulance fut créée à 8 kilomètres du quartier général, dans une villa assez bien disposée. C’est là que les amputés furent dirigés. Ils y reçurent les soins de M. le docteur Monier, qui, pendant quinze jours, eut une rude besogne.
A cette époque, vers le 22, des chirurgiens arrivèrent de France, et le service put mieux s’organiser. M. l’intendant Paris y mit tout le zèle possible.
i:e rt'nfoi l fut reçu à temps, car aussitôt après la prise de Koine, l’arm cultiva tu sentir sa pernicieuse influence; la dyssenterie et la lièvre typhoïde paraissent aussi vouloir se mettre aujourd’hui de la partie. I.’hôpital civil du Saint- Espriladmit près de 80ü malades, et ne tarda pas à de'cnlr insulllsant. On ouvrit alors deux nouveaux établissements près du mont Quirinal. On parle maintenant d’évacuer tout à fait riiôpiïâl du Saint-Esprit, situé dans le domaine du malaria, ou au moins de l'aria sospetta, pour chercher quelque sommet de colline rafraîchi par la bienfaisante haleine de l’orta fina. Mola parait réunir les conditions désirables.
On dit que l'armée compte plusieurs milliers de malades, tant aux hôpitaux qu’à la chambre. Les batteries d’artillerie logées au fort Saint-Ange ont surtout souffert. Dans quelques-unes de ces batteries, on ne trouvait pas, pendant les mauvais jours, plus de 80 hommes tout à fait bien portants, sur un ell'ectif de 180 à 140 soldats. Les fossés à demi secs du château et les fatigues réellement excessives auxquelles ont été soumis les artilleurs, sont accusés d’avoir produit ce déplorable état sanitaire.
Outre les malades dirigés sur la Corse, on compte, à Toulon, 1,000 évacués d’Italie; 400 seulement ont pu être reçus à l’hôpital militaire de cette ville; 600 sont couchés dans les salles de l’hôpital de la marine (St-Mandrier), où, du reste, ils se trouvent infiniment bien, car le simple matelot y est aussi bien dorloté, soigné, traité, que Toffleier de l’armée de terre dans les hôpitaux militaires.
^ La presse médicale belge est tout en émoi et en polémique, au sujet des mesures de police sanitaire prises par le bourgmestre de Bruxelles, relativement aux indigents ateints de choléra. Comme les soins qu’ils pourraient recevoir chez eux seraient souvent tardifs, à cause des occupations nombreuses des médecins en temps d’épidémie, et que le dénûment qui règne dans les pauvres familles s’oppose presque toujours à l’exécution rigoureuse des prescriptions, l’autorité, aidée des lumières de la commission médicale, a décidé que les cholériques seraient transportés d’ofllce à l’hôpital, sitôt leur affection constatée. Non-seulement un Intérêt d’humanité pour les classes indigentes a dicté cette mesure, mais l’hygiène publique peut revendiquer aussi sa part dans cette détermination. L’accumulation des cholériques dans un étroit espace n’est-il pas, en effet, une cause d aggravation de leur mal, et en même temps un danger pour le voisinage?
U médecin des pauvres signe un billet d’iiôpital dès qu’il a reconnu la maladie régnante, et la police est chargée de faire exécuter immédiatement l’évacuation. Par malheur les agents chargés de ce soin, qui exige de la douceur et une certaine délicatesse, ne savent pas toujours comprendre leur mission et traitent quelquefois les indigents avec brutalité, comme des marchandises, ou tout au moins comme des animaux dont ils auraient soumissionné le transport. Ces faits rares il est vrai, mais bien avérés, puisqu’ils sont reconnus par les journaux qui ont pris le parti de l’autorité, ces faits ont porté d’autres organes de. la pu-
blicilé i\ représenter les évacuations irofllce comme une violation de la liberté individuelle, une flagrante inhumanité, une profanation du sanctuaire de la famille.
Mais quelle est la mesure, aussi excellente qu’on puisse la supposer, qui n’ait quelque côté faible? quelle est l’autorité, aussi bien constituée qu’on l’imagine, qui parvienne à empêcher tout abus de la part des agents subalternes?
C’est une question à la fois grave et délicate qqe celle-ci : jusqu’à quel point l’autorité, gardienne de la santé publique, a-t-elle le droit de s’immiscer dans les affaires privées pour y rechercher et y éteindre les causes de maladies qui pourraient avoir une double action et sur la famille et sur la population entière? Déjà l’entretien de la propreté est l’objet d’une surveillance assez active et assez efllcace, et les questions de commodo et incommoda ont pour objet de statuer sur ia salubrité de certains établissements ; mais cela sufllt-il bien, et n’existe-t-il pas d’autres causes de maladies que les lois et les règlements de police pourraient battre en brèche ? La réponse ne saurait être qu’aflirmative ; il reste encore beaucoup à faire, et les dispositions légales qui ont pour but de sauvegarder la santé publique ne peuvent pas être considérées comme une violation de la liberté individuelle, quand même il devient nécessaire, pour la mettre à exécution, de s’immiscer dans la famille. Dans un autre ordre de choses, les agents du fisc ne fouillent-ils pas les secrètes affaires des intérieurs pour asseoir équitablement l’impôt?
La Belgique, qui pourrait quelquefois montrer le chemin à la France en fait démesures sanitaires, entre évidemment dans la voie qui vient d’être indiquée. Elle a compris, par exemple, qu’il ne doit pas être permis à un propriétaire de spéculer sur la misère des pauvres, en les entassant dans des bouges infects et sans air, où naissent les scrofules, la phthisie, la caducité précoce, la détérioration de l’espèce.
A l’exemple des conseils municipaux de Bruxelles, Liège et Tournay, vingt autres villes viennent de décider qu’un écriteau portant ; Maison interdite pour cause d’insalubrité, serait placé sur les habitations dont la construction vicieuse et la malpropreté menaceraient de compromettre la salubrité publique. Une amende et la prison attendent le propriétaire qui n’apporte pas, dans les quinze jours, remède aux maux signalés par la commission, et, pour chaque quinzaine de retard, un verdict de récidive est prononcé, avec un crescendo qui ne s’arrête qu’à des peines réellement rigoureuses.
Décidément nos voisins sont de vrais sages. On parle de tant de sortes de droits en France ! Mais le premier de tous n’est-il pas une part du grand élément vital, de l’aliment par excellence, du pabulum vitœ, de l’oxygène de l’atmosphère? Quand nos voisins veulent bâtir un solide édifice, ils commencent par les fondements, et nous, le peuple le plus spirituel du monde, par quoi commençons-nous? Trop souvent par les girouettes !
— M. Robert a été élu par 49 voix sur 89 votes. M. Rirord, avec ses 40 bulletins.
a Je ijiioi se euiisutei, en attendunt le pi'ocliHin f.iuleuil vueant, qui lui uuvre déjà les bras.
l.à Chronique a coulé coiiimonl rui ne de ballottage du 3 juillet avait versé deux nombres 44, aux pieds des candidats stupéfaits de celte application inatlen^ due du coniuiunlsmc égalitaire aux choses académiques. Renvoyés dos à dos, ils se retrouvèrent face à fa« le 17, pour être remis encore au 25, clôture définitive des débats.
La séance du 17 n’a pas été une aménité académique, mais une véritable petite guerre. MM. Chomel et Piorry, appelés par des devoirs olficiels, avaient déposé leur vote dans l’urne, sous les yenx du président et du bureau, et s’étaient retirés ensuite. La légalité de ces deux votes fut contestée par les uns, soutenue par les autres. La chronique ne suivra pas les plaidoiries; c’est trop malaisé : il s’agissait desavoir si les deux académiciens étaient présents quoique absents, et absents quoique présents, si le scrutin était ouvert quoique fermé, et fermé quoique ouvert.... De là grand tapage, feux croiséset bien nourris d’interpeliations, feux à volonté d’apostrophes et de réclamations, décharge universelle de mille coups de langue peu académiques. Le général en chef, pour mettre fin à la bataille, a été obligé de faire avancer la grosse artillerie, sous forme d’une sonnette dont les détonations sans cesse répétées ont fini par faire taire tous les autres bruits. Les leux de la batterie Roux ont été les derniers éteints; qu’il a fallu de mal pour la démonter! Il n’y avait qu’un seul servant, mais qu’il servait bien!
Quand la grosse artillerie eut parlé en maîtresse et que le silence se fut rétabli, le champ de bataille se fit immédiatement désert, quoique d’autres affaires restassent à vider. Le public trouve quelquefois les séances de l’Académie trop longues, souvent trop courtes; mais il paraît que pour les membres de l’assemblée elles sont toujours trop longues. Dans la séance du 26, le désolé secrétaire perpétuei hésilait à lire la correspondance... il ne restait que les bras décharnés des stalles et huit membres,
rari nantes in gurgirte vasto.
L’Académie a été obligée de refaire ce qu’elleavail défait la veille, de remettre après la lecture du procès-verbal le dépouillement de la correspondance, rejeté naguère à la fin de la séance. Sans ce retoursursa décision, lescommunicalions et les demandes du ministre risquaient de retentir dans le vide. Or, comme l’Académie a été instituée pour éclairer le pouvoir et pour émettre son avis sur les questions qui lui sont soumises, comme les académiciens sont, à la rigueur, des fonctionnaires publics agissant dans une direction donnée et pour un but précis, il eût été trop singulier qu’elle fit de sa mission principale un accessoire, en lui consacrant à peine les lumières de quelques membres attardés. L’Académie est si bien revêtue d’un caractère public, outre sa spécialité scientifique, que le ministre se réserve le droit de sanctionner les nominations sorties du scrutin.
L’enseignement des facultés a, sous certain point de vue, ce double caractère •
mais le pouvoir se glisse peul-êlre trop souvent par la porte qui lui est ouverte. Kn 1810, on a destitué des professeurs qui, scientifiquement et au point de vue de l’honorabilité, occupaient dignement leur chaire, elaujourd’liui un professeur de Strasbourg vient d’être suspendu pour quelques mois (M. Kûs) à cause de ses opinions politiques, dont il ne s’était pourtant pas fait, cela est présumable, le propagandiste auprès de ses élèves.
Le ministre de l’instruction publique, gardien des intérêts scientifiques et des droits acquis à chacun par son travail, s’est immiscé plus heureusement dans la question des permutations de chaires, à propos de ta demande adressée par M. Denonvilliers dans le but de succéder à Blandin. La Faculté de médecine et le conseil de l’Université avaient consenti à celle permutation, mais le ministre s’y est formellement opposé, par la raison que les candidats qui, dans l’espoir de celte chaire, s’étaient livrés à des éludes spéciales, seraient ainsi frustrés dans leur espoir et perdraient le fruit légitime de leurs labeurs.
La Chronique n’est pas ordinairement bien guerrière ; elle ne fait pas manœuvrer de gros bataillons ; elle se contente d’envoyer des éclaireurs et de déployer des tirailleurs. Pourquoi alors, dira-t-on, ne prend-elle anjourd hui ses comparaisons que dans les canons en batterie elles régiments en bataille? La Chronique ramasse partout où elle trouve; c’est une glaneuse qui erre dans tous les champs. Soyez aussi bon pour elle que le vieillard de la Bible l’a été envers la fille de Noémi. Mais, si vous êtes las de jouer aux soldats, on va vous montrer autre chose :
Voilà un évêque.
Voici un abbé,
Puis un autre abbé, etc.
Qu’est-ce que cela? — Le commencement d’une procession, sans doute. — Pas le moins du monde : c’est la liste de la commission de l’enseignement siipé-
rieur. ■ u
La pléiade des sages-femmes a compté plusieurs astres parmi ses nébuleuses, madame Boivin, par exemple. Aujourd’hui un nouveau météore se lève, et pas’ une séance de l’Académie ne se pa.sse sans qu’un de ses rayons ne vienne l’éclairer et la réjouir. Le vénérable académicien qui a accepté la rude besogne de rendre compte des travaux, découvertes et perfectionnements de la sage-femme de Belleville, monte tous les mardis à la tribune avec une énorme liasse dont la vue seule jette l’effroi dans l’assemblée. Il lit un premier fascicule signé Coquillard, un second signé encore Coquillard. ..; et, quand il descend de"la tribune, il promet un autre Coquillard pour la séance suivante. Il tient sa parole, et le nom de madame Coquillard, femme féconde s’il en fut jamais, revoie de bouche en bouche.
Le vénérable rapporteur sait trop bien ce qu’il doit au beau sexe pour critiquer crûment les inventions d’une dame ; aussi ses conclusions ont-elles été un peu à l’eau de rose. Mais M. le secrétaire perpétuel, qui n’enteiid pas de celle
«re\lle-là, a rendu iiiiililes ces procédés courtois par le petit tour qu’on va voir. Il se penche vers l’épaule du lecteur et lance un coup d’œil furtif sur les manuscrits. Grand Dieu! ou madame Coquillard peut eu vérité faire sa cuisine ellemême, car il ne lui manque rien pour cela ; ou bien, grande dame, elle a sans doute un secrétaire et t«ie cuisinière réunis dans la même personne. Quoi qu’il en soit, des mots estropiés, louches et boiteux, ornés de membres surnuméraires, sont jetés au public par le malin secrétaire, et Coquillard — comme qui dirait Leverrier ou Herschell — pâlit et s’éteint au milieu de la gaieté.
Mais madame Coquillard ne meurt pas ainsi; elle présente à l’Académie un nouveau pessalre en caoutchouc, en forme de ballon à jour, qui se dilate à volonté et se referme en se blottissant sur lui-même. L’idée est réellement ingénieuse. On dirait une petite cage, ou plutôt une loge de portière, à laquelle il ne manque ni le cordon, ni le crochet, ni même la position topographique. Quand vous voulez faire entrer le pessaire, tirez le cordon, disait le vénérable démonstrateur; quand vous désirez qu’il reste dedans, mettez le crochet. Degiàce, que l’Académie n’approuve pas ce vilain instrument, de peur que la mode n’en prenne. C’est assez d’un vestibule, pas de cérémonial, pas de portier ; les petites entrées valent mieux que tout cela.
Si l’Académie fait l’aumône d’un mot d’éloges, comme correclif de vingt mois de blâme , on imprimera le premier sur toutes les affiches, tandis que le reste demeurera enfoui dans les oubliettes du Bulletin. C’est ce que vient de faire i’auteur des annélides postiches dites sangsues artificielles. Malheureuse invention ! car si les sangsues naturelles sont assez bonnes bêtes pour prendre le mauvais sang, tout en laissant le bon, certes les petits tubes de M. Alexandre n’auront pas le même discernement thérapeutique. Ce raisonnement bien simple suffira pour faire exclure la sangsue artitlcielle de la pratique des bonnes femmes, et ici, guidé par d’autres considérants, le médecin se rencontrera avec les commères.
Au fait, il n’est pas question de cela, mais de la dispute que l'Académie aurait velléité de chercher au père des néo-annélides. On a parlé de procès, ni plus ni moins; mais après avoir réfléchi, on s’est aperçu que la loi ne peut pas forcer les inléressés à crier à tous les coins de rue le mal qu’on dit d’eux. Voilà l’Académie fort embarrassée. Donnez-moi deux lignes de l’écriture d’un homme; disait Talleyrand , et je me charge de le faire pendre. Avis aux rapporteurs.
— Noos avons eu des iatro-chimistes et des iatro-mécaniciens, sans compter line fouie de gens qui ont tour à tour chanté et crucifié le principe vital, bâti des romans sur les archées ou Vimpetum facims, et ceux qui, aujourd’hui encore, font exécuter des pantomimes aériennes et des groupements pittoresques aux atomes d’Épicure, etc. Tout cela est fort joli sans doute, mais ce n’est rien pourtant en cximparaison du système algébrique que M. Bayard (de Circy-sur-Blaise) vient d’exposer à l’Académie. Ki du slrictum et du laxum; foin de l’hyposthénie "i de l’asthénie ; haro sur l’irritabilité : le fondement de l’édifice médical, c’est le
binôme de Newton, Les maladies se marient les unes aux autres, le plus souvent en combinaisons binaires, — notre confrère n’est pas polygame, — et forment des affections que le médecin ne peut se représenter qu’à l’aide de formules algébriques. Aussi voici venir des régiments de M, M',M",qui s’allongent, se superposent et se livrent de grands combats pour s’éliminer réciproquement et arriver à dégager l’inconnu X. Cette petite guerre se fait avec force accompagnement de -)-, — , X> : =• V , etc, etc. Ces bataillons de grands M, empanachés de petits exposants, ont eu l’air de faire bien peur à MM. les académiciens, dont la mémoire n’est plus bien ornée sans doute des matières du baccalauréat ès sciences. M. Bayard va être obligé, s’il veut être compris, de les remettre sur les bancs, avec un morceau de craie dans les mains et un tableau noir devant les yeux, hardie tentative dans laquelle il succombera si son patron, le preux Bayard de Montauban, ne vient à son secours.
En mêlant un peu de chimie à l’algèbre, on ferait pourtant merveille avec le système de M. Bayard. Ainsi , par exemple, soit une pleurésie subaiguë survenant sous l’influence d’une phthisie pulmonaire au deuxième degré; que de mots il faut pour exprimer ces deux maladies et leur filiation ! Un hypopleurite de deutotuberculisafion ne représente-t-il pas tout cela d’une manière aussi concise que bien sonnante? Deuxième exemple : Dites hyperhématémesate cancérogastreux ou cancérogastrique, au lieu de : hématémèse très-abondante survenant chez un individu affecté de cancer de l’estomac au premier et au deuxième degré. O Piorry! pends-toi; et vous, ombres de Chaussier et de Guyton-Morveau, tressaillez sous vos pierres sépulcrales !
— L’homœopathie n’est pas partout aussi heureuse qu’en Belgique, où elle arrive au pacifique fauteuil académique, et aspire à trôner sans orage dans lachaire ofllcielle. En France, elle est bien parvenue à la représentation nationale, mais c’est pour y être victime de voies de faits qui n’ont pas été du tout dosées d’après ses recettes infinitésimales. L’honorable représentant et confrère si maltraité est un des plus fervents apôtres de l’homœopathie ; il fait de la propagande et par lui et par ses missionnaires, au nombre desquels il faut compter son gendre qui, médecin par vocation, sinon par diplôme, distribue gratuitement des globules aux montagnards et aux montagnardes des Vosges. C’est sur ces natures vierges qu’il expérimente le système prophylactique dont son heau-père est l’auteur. A l’aide de granules si petits , que ce n’est réellement pas la peine d’en parler, et qu’on parviendrait probablement aux mêmes effets en n’en donnant pas du tout, à l’aide de ces granules distribués chaque matin aux enfants, on les préserve de la variole, de la scarlatine, des gourmes et de mille autres calamités. Tous ces vices, émanés de cet éternel principe psorique qui joue de si vilains tours à l’humanité, sont éliminés peu à peu sans l’intermédiaire de ces grandes crises si souvent funestes, appelées des noms que nous venons d’indiquer. Le propagandiste vosgien ayant administré les bienfaisants giobule.s à vingt enfanls du même village, le psore, qui veut absolument des victimes, s’est rejeté sur vingt autres enfants, qui
<,nt Clé abîmes 6e aomn.cs, i;ale, variole, searlaline, ercUnisme, scrofules, rachilisme. éruptiûus, anémie, goitre, maladies Intestinales, convulsions, etc., etc., tandis que leurs vingt petits camarades honiœopathisés sont gros, dodus, rouges, et jouflus à faire pûlir l’cnfanlJesus rebondi que la madone lient dans ses bras au
bord du chemin.
Mais voilà que les petits montagnards deviennent grands, tirent au sort et passent au conseil de révision. Cet alïreux psore a été si cruel envers tes vingt pau vrets négligés par riiomœopathie, que pas un n’est reconnu bon pour le service militaire, de sorte que la voracité du contingent consomme les vingtavaleuis de granules ; fureur des pères, douleur des mères, larmes des amantes réduites à viOat mâles tortus, bossus, cagneux, goitreux et crétins ; le maire s’en mêle, craignant de voir la belle race montagnarde dégénérer dans le pays qu’il administre, et le gendre du représentant maltraité risque fort d’être expulsé de l’endroit. On n est jamais prophète dans son pays. Faites donc du bien aux gens. Talleyrand 1 a encore dit : « Et surtout, pas de zèle! »
Il y a bien longtemps que les intendants militaires sont médecins, et ils
continueront à l’être comme par-devant, si le conseil d’Êtat sanctionne la loi élaborée par les bureaux de la guerre, pour la reconstitution du corps des ofTicieisde santé militaires ; mais, se dit i.’Écho du Val-dë-Grace, nous ne savions pas
qu’ils fussent musiciens.
L’Écho est trop jeune pour avoir été témoin du fait que voici : Un soldat présenté pour la réforme, atteint d’hypertrophie du cœur avec rétrécissement de l’orillce aortique, avait une mine si rubiconde, que le général hésitait à accorder le renvoi du malade dans ses foyers. 11 y a un magnifique bruit de souffle, ajouta le chirurgien-major, avocat du patient. Voyons, dit l’intendant, cesl-à-dire l'autre médecin, le premier en grade, celui qui contrôle, voyons.... et il appliqua gravement son oreille sur la poitrine du malade. Vous vous trompez, docteur.
dit-il au second médecin, à l’élève, c’est le brouhaha d’une chaudière à vapeur. Le général fut convaincu, et le soldat réformé.
Vous voyez bien, chers amis de l’Écho, que les intendants sont musiciens depuis longues années. L’iiistoire que la Chronique va rapporter, après vous, ne fait que sanctionner leur diplôme.
On lit dans le Siècle ;
« La place d’organiste (le 'la paroisse Sainl-Louis-des-lnvalides est devenue vacante : pour pourvoir aif reïnplacemenl de l’ancien titulaire, M. le curé a fait appel aux lumières réunies de MM. Auber, Carafa, Halevy, et de MM. les intendants militaires.
— Il n’y a guère qu’aux gens d’esprit qu’arrivent de jolies aventures comme celle-ci; et certes, celle que nous allons laisser conter à M. Diday (de Lyon) ne s’est pa.s trompée d’adresse. C’est à la Gazette méiuc.ale de Lyon que la Chro- •HQUE en emprunte le lecif.
« îout iciemment une femme m’a conaullé, en disant qu’elle avait de» bou^ tons à la vulve, et, selon moi, n’en ayant point, A la seconde visite, comme, malgré mes dénégations, elle persistait dans son idée, après m’avoir infructueusement présenté plusieurs places crues malades, que je refuse d’accepter comme telles, — Pour celle-ci, me dit-elle, vous ne me direz pas qu’il n’y a pas de mal ! Et c’était le clitoris sur lequel elle fixait ainsi mon attention. — Le trait est d’autant plus étourdissant que cette malade, jeune femme de 22 ans, ayant reçu les soins de mon honorable collègue M. Bottex, pour une syphilis confirmée, ne pouvait faire moins que de posséder une certaine notion de l’anatomie et de la physiologie de ces organes. — Je ne pus lui répondre, tant je me sentis pressé de courir pour prendre bonne note dù cas. »
M. Diday était alors en train d’écrire un curieux article intitulé : De quelques cONFOBMATiONS NATURELLES PRISES POUR DES MALADIES. Le bouquet ne laisse rien à désirer, comme on a pu en juger; mais les fleurs du parterre de 'Vénus, que notre spirituel confrère nous a découvert en entr’ouvant les persiennes de son cabinet mystérieux, ne perdent pourtant pas à être vues, comme on va en j uger.
« Je reçus à deux reprises, l’été dernier, la visite d’un fermier de Brignais. Ce brave homme venait me consulter pour un écoulement intermiitent. Cet écoulement, disait-il, reparaissait notamment après l’érection; et, pour me faire perdre le moins de temps possible, l’aimable client s’était préalablement mis en mesure de me présenter la maladie pendant un de ses accès. — Je n’eus pas de peine à reconnaître le mucus transparent, produit normal et accompagnement obligé de l’érection. Après avoir cherché à lui expliquer comme quoi la nature, heureusement copiée en ceci par nos arts mécaniques, a placé de l’huile partout où elle a voulu un frottement, je le renvoyai satisfait. Satisfait, je me trompe, car, au bout de six semaines, il venait de nouveau me conter ses doléancesl »
— Puisque nous en sommes aux belles histoires, en voici, pour la clôture, une qui a bien son charme.
On se rappelle cette femme voilée qui, un petit panier mystérieux sous le bras, se présentait chaque jour au palais d’Haroun-el-Raschid, demandant à être admise près du commandeur des croyants. Ce manège, disent les Mille-et-une- NuiTS, dura toute une grande année. La curiosité du calife finit par être piquée, et l’inconnue put étaler aux yeux du calife surpris une foule de pierres précieuses dont la plus mince faisait honte au plus beau fleuron de son turban. Sindbad le marin, dans ses sept voyages, n’avait rien rencontré de pareil.
Le ministre de l’intérieur a pu se croire, pour un moment, au milieu des féeles de la fantastique Bagdad. Une dame venait chaque jour aussi à son hôtel, cherchant à parvenir jusqu’à lui ; mais Son Excellence, moins curieuse et moins ceurtoise que Haroun-el-Baschid , a résisté à la prière de la femme mystérieuse.
bien lui en a pris, car la surprise, quoique grande, n'eûl pas valu les pierreries de la musulmane voilée. La dame voulait tout simplement faire goûter à Son Excellence un remède par elle inventé contre le choléra : do 1 urine e du pain trempé dans de bon vin (sic). Désespérée, la dame s’est rabattue sur celte pauvre Académie, qui, depuis six mois, en avale de toute façon.
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