‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 5 sur 88 · I :::o"; :u;„e c,0,.;. .,.eér.menl P.o„... L’orr.ur es. de · texte numérisé non relu

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'Zk7u7ceZ'Z2\orm^ sur les hôpitaux et sur les régiments pour arriver à fournir à l’autorité des renseignements précis sur la salubrité relative des différents sites occupés parles troupes, et pour se rendre compte de loiigi , del Lts tes phases diverses et des caractères de l’endémo-épidem.e annuelle.

Le règne pathologique de Rome présente quelques particularités, alors mcom uléteLnt^connues, et parlant offre des indications thérapeutiques spéciales qu tTorte de reconnaître etde savoir saisir. MM. Faure-Villard et Lacauchie avaient institué dans leurs salons des réunions hebdomadaires, véritables petites academies, où chacun venail, des régiments et des hôpitaux, apporter son trj^but de faits, d’observations et d’inductions. Plus d’une vérité est sortie de ces dijssions, plus d'une difficulté thérapeutique y a été levee, au ““

soldat Llade. En présence d’affections qui, sans être nouvelles affectent des allures et des exigences souvent spéciales, l’observation individuelle conduit bien délitement à la vérité, tandis que les faits recueillis par la masse des médecin , réunis, comparés, débattus, mènent bien vite à la connaissance du régné pa logique. Si, au point de vue administratif, un officier de santé en chef n eta. plus nécessaire, il était urgent de le conserver, pour le progrès de la science et pour le perfetîtionnement de la thérapeutique. Le grade détruit, le point de convergence supprimé, toute centralisation cessa; chacun observa pour son propre compte livré à ses seuls efforts, ignorant de presque tout ce qui se passait autour de lui, ne profitant plus de l’exemple des autres et ne faisant plus bénéficier autrui de ses recherches.

Les fonctions d’officier de santé en chef ayant été abolies en décembre 1851, Lacauchie descendit, avec simplicité et noblesse, de cette dignité au plus modeste titre de chirurgien en chef de l’hôpital. Il ne se rendit pas néanmoins sans un

légitime et bien louable regret, car il avait la conscience de pouvoir etre utile

encore. Redevenu le collègue de ses inférieurs, nous ne dirons pas qu’il leur tendit affectueusement la main, car il n’avait jamais cessé de tenir sa main dans

les nôtres.

Avant de quitter Rome, Lacauchie parcourut une partie de la péninsule. Amant passionné de la nature plus encore que des arts, il fut vivement impressionné par les splendeurs du golfe de Naples. Il y avait, en effet, plus d un

rapport entre celte nature fleurie, luxuriante, et la chaude, la pétillante imagination do celui qui la contemplait. Ce climat enivrant n’arrachait pas néanmoins Lacauchic aux sérieuses études, ne détachait point son esprit du positif pour le perdre dans un monde imaginaire; il méditait toujours ses chers et vieux auteurs, et, le sealpel en main, interrogeait la texture et la conformation des organes dans la série zoologique. Ce fut dans ces moments, les plus poétiques de son existence peut-être, qu’il fit de curieuses découvertes dans l’organisme de plusieurs espèces animales. Un des traits les plus caractéristiques de Lacauchie consiste assurément dans cette alliance si rare d’un esprit net, positif, se complaisant aux travaux exacts et patients, avec une imagination si vive, si libre et quelquefois même si vagabonde. C’est que la folle du logis était pour lui comme une frémissante et sauvage cavale qui emporte au loin celui qui l’enfourche, mais dont on descend à volonté pour se retrouver de pied ferme, et sans laquelle on part, quand on veut faire un paisible et prudent voyage.

Rentré à l’hôpital militaire du Roule, dont il était resté le titulaire, Lacauchic fut nommé oflicier de la Légion d’honneur et médecin principal de 1 classe, poste le plus élevé de notre hiérarchie après celui d’inspecteur. 11 employa ses loisirs à rassembler toutes ses observations hydrotomiques , pour les publier en un volume destiné à appuyer sa candidature à la chaire d’anatomie de Montpellier.

C’est ici le lieu de faire connaître Lacauchic comme fond, après l’avoir surtout montré sous le rapport de la forme.

Deux genres d’études se partageaient son temps et se disputaient sa prédilection ; les auteurs anciens et l’anatomie de texture et comparée.

Le principal titre scientiflque de Lacauchie , c’est la découverte de l’hydrotomie , méthode d’investigation anatomique complètement nouvelle , véritable dissection par un courant d’eau continu dirigé dans les canaux circulatoires. Ce moyen si simple , et qui a reçu la sanction des premiers corps savants , amplifie les organes, dont les plus minimes dispositions deviennent ainsi plus saisissables; il sépare les couches, dénude les vaisseaux, dissèque les glandes, dissocie les fibres les plus enchevêtrées, et permet d’étudier facilement l’anatomie de texture des organes les plus compliqués. L’hydrotomie en est presque encore à ses débuts; nous lui devons déjà quelques découvertes , beaucoup de vérifications et de rectifications ; mais il lui reste à remplir une tâche autrement vaste. Bien des années s’écouleront encore avant que l’hydrotomie n’ait passé en revue tous les organes et tous les tissus, comme l’a fait le microscope. Lacauchie a consacré une partie de sa vie à des investigations par la méthode hydrotomique ; les matériaux qu’il a rassemblés sont importants et nombreux ; son œuvre attend un eontinualeur. L’anatomie normale épuisée, restera l’anatomie pathologique, qui promet , elle aussi , une abondante moisson. Nous avons vu , en Algérie , M. Catteloup étudier par l’hydrotomie les lésions intestinales d’un dyssentérique, et arriver, avec une précision remarquable, à séparer les unes des autres les difl'érentes couches hypertrophiées , criblées, mamelonnées , encroûtées -, à isoler et à

rculre trt's-visibU-s les dccüllomenls , les alu ùs, les fausses membranes , les f,angrènes. les hémorrhagies, dui semblent , dans c.rlains cas graves se donner ren.lez-vous sur le gros Iniesiin. L’hydrotomie est donc une decouverte qui a déjà tenu sa promesse dans le présent, et qui promet bleu plus encore pour I aven 1. .

Le Tkuté D’HVDROTOMIE , livre peu volumineux , mais plein d une foule de faits est une œuvre tout originale . dans laquelle on remarquera surlout : la .Iccoûverle d’une nouvelle glande que renferme la langue ; la constaiation de libres musculaires là où elles n’étalent guère admises que par analogie ou pour expliquer certains faits, la séparation de la peau en ses différentes couches, avec détermination exacte du siège cl de la conffguralion des glandules, des couduils etc., qui la traversent ou s’étalent entre ses feuillets ; l’assimilation de la muqueuse’ intestinale à la peau, dont tous les éléments y sont représentés ; des particularités toutes nouvelles sur les absorbants , etc., etc. La muqueuse des voies diaestives a été étudiée avec un soin extrême, qui a eu pour résultat. non-seulement de fixer sur des points en litige, mais aussi de véritables decouvertes; la perforation des follicules agmiués, si contestée, est parfaitement démontrée par l’hydrotomie. L’appareil hépatique et le système glandulaire en général n’oni pas été oubliés par l’inventeur de l’hydrotomie ; l’étude des organes génito-urinaires l’a conduit aussi à rectifier des points au sujet desquels on était dans l'erreur.

Les études hydrotomiques ont été menées conlemporaihement sur plusieurs espèces d’animaux, expérimentations parallèles tort importantes , car elles permettent de saisir chez une espèce des dispositions peu marquées chez 1 autre, et

qui eussent échappé si l’on s’éiait livré d’emblée à leur examen.

EnQn, diverses déductions, qui prolileronl à la physiologie et à la pathologie, ont été tirées en mainte occasion, par exemple, à propos de la circulation veineuse , et de ces absorbants qui se développent si vile au milieu des inllltrations pathologiques, ou au pourtour des dépôis collectionnés dans nos organes malades.

Nous avions donc raison d’avancer que Lacauchie , malgré sa piédilection pour les détails, pour la topographie et les menues investigations, n’omettait point de s’élever du particulier au général , des faits à leur signiücalion , de la

matière à l’esprit.

En avril 1853, Lacauchie lisait à l’Académie impériale un travail fort intéressant sur i’anatomie comparée de l’appareil génito-urinaire dans la série animale des mammifères, qui se partagent , sous ce rapport, en quatre classes, chez lesquelles cet appareil est de plus en plus compliqué , depuis l’homme et le chien , qui occupent la première , Jusqu’au porc, chez lequel on observe le plus haut degré de complication. Cet animal présente une petite ves.-ie toute spéciale , curieux organe découvert par Lacauchie.

A celte époque, Lacauchie s’était porte candidat au fauteuil academique, section de l’art vétérinaire. Ou sait qn’on ne parvient pas au temple de la science

a la première Icnlnlivr ; mais, léjà arrivé sous le péristyle, il eût eertainenienl franelii la porte du sanctuaire l’aide d'un second elTort, si la mort ne fût venue l’arrêter au milieu de sa carrière.

Nous devons enfin à Lacaucliie une Esquisse de u’iiisTomE des amputations, NOTAMMENT DE uA MÉTHODE DE Celse. Esprit investigateur, il a su découvrir, épars chez les anciens, et même dans Celse, exploré ou interprété incomplètement, de précieux documents, de l’importance desquels on ne se doutait pas. La chirurgie grecque et romaine était, dans l’art dns amputations, plus avancée qu’on ne c oit généralement; on procédait même quelquefois à la ligature des vaisseaux , fait relaté dans lléliodore et ailleurs encore ; mais les anciens n’attachaient pas à cette précieuse opération la valeur et le rôle capital qu’elle mérite, de sorte que la gloire de sa généralisation , de sa vulgarisation , n’en revient pas moins à notre Ambroise Paré.

En 1841, Lacaucliie a trouvé une nouvelle méthode d’amputation, applicable surtout aux désarticulations. Elle consiste dans une section circulaire sur laquelle on abaisse ensuite une incision verticale; on dissèque largement et facilement, l’article se montre à découvert, le couteau y pénètre sans gêne; après l’ablarion, la surface articulaire est reconverie parun large lambeau bien charnu. C’est la méthode de Ravaton, moins une incision; on n’a qu’un lambeau, au lieu de deux. On a proposé, quand les tubéro^ilés des os .sont assez volumineuses et saillantes pour faire redouter la pénurie des chairs taillées suivant la méthode ovalaire, de pratiquer une incision longitudinale, et de commencer sur la partie inférieure de celle-ci lesdeuxsectionscurvilignesquidoiventcontourner le membre. Supposez la première incision plus longue et la section des chairs circulaire et perpendiculaire à l’axe, du membre, au lieu d’èire ovalaire et oblique, et vous aurez la méthode Lacauchie. Avec celte méthode, l’insuUisance du lambeau n'est jamais à craindre.

Elle nous semble applicable aux désarticulations dans lesquelles on redoute les dangers que nous avons dits; elle serait également à essayer dans les désarticulations pour lesquelles il est reconnu que ta méthode circulaire donnerait les meilleui s résultats, si elle ne présentait pas de difficultés de pénétration dans l’article. La méthode Lacauchie ne consiste, en effet, que dans la méthode circulaire, avec débridement de la manchette. Ce débridement, lorsqu’il est pratiqué à la partie déclive, permet le libre écoulement de pus. C’est à l’observation à nous apprendre dans quels cas peut rendre des services celte méthode, que son inventeur a essayée dans un petit nombre de circonstances.

Lacauchie, ayant ranimé les lisons encore chauds de son être du Roule, goûtait paisiblement les fruits mûrs de .ses travaux et de ses services antérieurs, quand uiv nouveau concours le tenta : la chaire d’anatomie était vacante à Montpellier. Ce n’était plus un concours par la parole et jiar la plume, par l’arguincntaüon et par la ihése, rude épreuve qui, préparée longtemps d’avance, ne laissait, dit-on, parvenir à la chaire disputée, que des hommes dont le tr.avail et

les veilles avaieiu abrésiù lesjoui'Si asserlion basée sui' Jeux ou trois cas, deiticaiion iiosibume au moins Ibrl Hasardée ! Cétaii un concours d'un autre genre, mais non sans fatigues. Il fallait d’abord augmenter ses titres scientifiques par des productions opportunes, instantanées. Tout cela n’est rien encore : nous les avons vus, tous tant qu’ils sont, chez eux et hors de chez eux, frapper à la porte des puissants, assister à leur petit-lever, employer la plume et la parole pour s'attirer leurs hautes grâces. Les démarches amenaient même parfois deux concurrents face à face dans l’antichambre d’un même personnage qui, sans doute, les berçait d’un pareil espoir. Ces solliciiations sont une conséquence forcée du mode d’admission actuellement en vigueur; il faut se décider à se faire .solliciteur, ou ne lias songer à disputer la place. Une mesure qui impose aux candidats de telles conditions mérite-t-elle bien nos sufl'rages? Lacaucbie, habitué à attendre que la justice vînt le trouver chez lui, et auquel il avait toujours répugné d’aller au-devant des faveurs, subit avec peine les nécessités de sa candidature; mais, se .sentant appelé par ses mérites et par ses travaux, il persista. Malheureusement, tandis que toutes les influences du clocher se liguaient pour .soutenir l’enfant du lieu. Lacaucbie eut de grandes défections dans la famille militaire, trop souvent pleine de réticences à notre égard, quoiqu’elle nous demande un dévouement sans restrictions.

Bientôt, consolé de son honorable échec, Lacaucbie fut tout à ses livres, à ses travaux, à ses amis et à sa famille. Il se jugeait si heureux, parvenu à sa

haute position, d’avoir trouvé un nid qui lui donnât la tranquillité et lui assurât le bien-êire, après tant de luttes et de pérégrinations, qu’il se prenait quelquefois à douter de la durée d’un bonheur si bien acquis; pressentiments pas- .sagers qu’il chassait bientôt, pour laisser toute la place à l'afl'ection expansive et à la douce gaieté; pressentiments qui ne se sont néanmoins que trop vérilié.s, car il ne devait plus vivre que des jours trop parcimonieusement comptés.

En juillet 1853, Lacaucbie démontrait la médecine opératoire sur le cadavre putrescenl d’un sujet qui avait succombé à une aflection de mauvais caractère; le méphitisme incommoda les élèves, mais loucha à mort le maître qui manqua défaillir et fut obligé de regagner la maison. En peu d’heures, une angine couenneuse se déclara, et son développement fut si rapide que, le surlendemain, la sull'ocation était imminente. Grâce aux soins des amis que Lacaucbie comptait dans les régions les plus élevées de la science et de la hiérarchie, de MM. Bégin, Michel Lévy, Alquié, etc., la maladie fut arrêtée; mais il demeura brisé, languissant, sans force et sans réaction, portant sur son front profondément altéré, le stigmate du poison qui avait attaqué la vie dans son essence. A la fin d’août, après une amélioration qui avait donné le meilleur espoir, le mal revint, et l’hyposihénie croissante fit craindre que cette flamme pâlie ne s’éteignît à jamais. Appelé à siéger .à un jury d’examen à Strasbourg, Lacaucbie voulut répondre à l’appel et hâter sa guérison en allant demander à Baden ses distractions et son air vivifiant. Déjà martyr de la science, Lacaucbie va sloffrir en

sacrifice une seconde, hélas ! et dernière fois ! La fatigue du voyage achèvera l’œuvre commencée par le poison cadavérique.

En roule, un elTorl d’expectoration amène des fausses membranes; il voit avec de funestes pressentiments que le mal qu’il croyait éteint couve encore sous la cendre. A Strasbourg, un long évanouissement lui apprend qu’il a plus de volonté que de forces. Sa famille l’accompagne. Le courage renaît; on arrive à Baden. La diphlérite reparaît; sa rapidité est eflrayante ; Lacauchie est perdu. Son organisme, accablé par une longue souffrance, se débat à peine contre ce nouveau mal. Son maître et ami, M. l’inspecteur Michel Lévy, accourt en toute bâte. Il était trop tard. La face est cyanosée, 1a poitrine s’épuise en mouvements précipités, la circulation lutte et s’éteint dans un dernier effort ; la colonne d’air cherche en vain son passage à travers les fausses membranes qui bruissent et clapotent à chaque effort, sinistre bruit, trop certain présage de mort. L’intelligence demeure nette jusqu’au bout ; il balbutie ici un adieu, là des souhaits, ailleurs des consolations, et assiste, lui médecin, à toutes les phases de développement d’une asphyxie croissante dont il prévoit le terme fatal.

Au moment d’arriver au fond du calice, en trouvant l’âpreté de la lie après le doux suc d’une existence heureuse malgré ses luttes, à l’approche de l'instant où la mon va ravir à tout ce qu’on aime, les rides passagères de l’amertume et du regret effleurèrent le front et les lèvres du mourant; mais les consolations divines ramenèrent bientôt une sérénité et une résignation qui ne s’éteignirent que par la mort. Autour du lit, tous les yeux avaient des larmes, tous les cœurs des angoisses, et l’âme s’envola calme au milieu du commun désespoir. Que Dieu nous donne, aux limites de la vie, cette force et cette sérénité puisées dans le témoignage d’une conscience sans reproches !

Lacauchie laisse une femme que son esprit distingué et son cœur affectueux rendaient si digne d’une telle alliance. Elle suivit partout son mari, pendant sa vie agitée, et ne le quitta qu’un jour, bien triste jour, le U septembre, lorsqu’on l’emporta évanouie de la chambre où s’exhalait, avec un dernier soupir, sa dernière espérance. La mère et deux enfants méritaient bien l’intérêt du gouvernement, car Lacauchie, mort pour la science et victime de son devoir, était grand et généreux. L’État vient d’adopter le fils de Lacauchie, en lui donnant une bourse dans un lycée, et la veuve ne sera point oubliée dans ces actes solennels de rémunération, si puissants pour engager ceux qui survivent à n’écouter que la voix du devoir et du dévouement, puisqu’avec eux ne s’éleint point le dernier appui de leur famille.

EXTRAIT DE I.A GAZETTE MÉDICAI.E DE PARIS. Avril 18/18.

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