‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 51 sur 88 · IX. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

IX. — TRAITEMENT

Ce que nous venons de dire à propos de la nature de la maladie, indique nettement les principes sur lesquels sera basée la thérapeutique ; il y a deux éléments auxquels on doit s’attaquer : 1» la fièvre, cause de tous les accidents : il faut en empêcher le retour; 2“ les lésions produites par la première, lésions qui sont souvent tellement graves qu’elles ne peuvent disparaître avec la cause qui les a amenées, mais qu’elles exigent un traitement spécial. On a nommé le spécifique qui remplit la première indication : c’est le sulfate de quinine. Pour obéir à la seconde, on a à sa disposition des

moyens variés selon les cas, et que nous lâcherons de formuler.

1“ TRAITEMEST PROPHYLACTIQUE.

Nous avons dit que presque jamais, jamais peut-être, un accès comateux ne s’est déclaré sans antécédents, dans notre épidémie : celte circonstance est extrêmement heureuse. Quand on aura acquis la certitude qu on est sous l’influence d’une épidémie telle que les accès tendent à revêtir la forme comateuse et surtout la variété carolique, on devra attaquer énergiquement les céphalées rémittentes et les fièvres paludéennes bilieuses, aussitôt qu’elles se déclarent. On empêchera ainsi les accès comateux de sur-

leur ingestion, tandis que le poison paludéen peut rester dans notre économie à l’état de latence, comme l’a prouvé M. Boudin, et ne manifester sa présence que par intervalles.

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venir. C’esl à une médication prompte et hardie que nous avons dû, à Tisser, à Oued-Chouli et à Sebdou, de prévenir beaucoup de fièvres graves ou pernicieuses. Aux deux camps de Tisser et d’Oued-Chouli, bien peu des hommes qui nous ont consultés dès la première apparition du mal, ont eu des accès somnolents consécutifs , tandis que beaucoup de ceux qui ont négligé d’avoir recours à nos conseils dès l’origine ont été en proie à la fièvre comateuse. Nous ne craignions pas de donner par jour 1 ou 2 gr. de sulfate de quinine, que nous distribuions nous-mêmes aux heures voulues, et que nous faisions avaler devant nous, pour être sûrs de leur ingestion. Quand on est appelé lors du premier accès simple, 1 gramme suffît ordinairement ; mais si le sujet est à son deuxième ou- troisième accès et qu’on craigne un danger prochain, on augmentera la dose. Ce médicament nous a rendu à peu près les mêmes services dans les céphalalgies rémittentes de Sebdou, que dans les fièvres bilieuses de Tisser et de Oued-Chouli. Pour éviter lés rechutes, nous continuions de six à dix jours, d’abord aux mêmes doses, puis à doses décroissantes. Quand on débute par 2 grammes, il peut y avoir quelques inconvénients à persévérer ainsi quelques jours ; nous administrions la même dose le lendemain seulement, puis commençait notre progression descendante. Nous n’avons jamais eu d’intoxication alarmante : des tintements d’oreille, de légers troubles de la vue, de l’incertitude dans la marche et des éblouissements, nous indiquaient qu’il fallait nous arrêter. Ces accidents ne nous donnaient pas d’inquiétude, l’expérience nous aj'ant appris qu’ils s’évanouissent rapidement quand on cesse la médication ; nous ajouterons même que, dans certains cas, au risque de maintenir le sujet deux outrais jours dans cette semi-intoxication, nous nous contentions de diminuer les doses sans suspendre. Cette dernière conduite peut paraître un peu hardie dans une épidémie de fièvres le plus souvent somnolentes et rarement soporeuses, comme celles de Tisser et de Oued-Chouli ; mais elle sera sans aucun doute jugée nécessaire quand les fièvres tendent à la forme carotique, ainsi que cela a eu lieu à Sebdou ; dans ces cas, il faut à tout prix empêcher l’accès.

Le sulfate de quinine n’a pas constitué notre médication tout entière : l’état bilieux si prononcé et la céphalalgie, nous ont dicté des indications spéciales.

Les vomitifs empêchent souvent Taccès simple et même somnolent d’avoir lieu et font cesser quelquefois la céphalalgie rémittente ; mais leuraction est passagère et le mal reparaît plus tard, si Ton n’administre pas en même temps le remède héroïque. Quand nous ne craignions pas un accès grave

trop i.rochain, nous taisions vomir le malin el nous administrions le sulfate de quinine dans la journée. Celle méthode a deux avantages : 1° Le sulfate de quinine paraît agir avec plus d’cfTicacilé, à dose égale, administré après le vomitif que donné sans avoir préalablement fait vomir. M. Boudin a, dans ces dernière temps, démontré l'ulilité des vomitifs chez les malades traités pour fièvres paludéennes. Or l’indication était bien plus pressante chez nous, à cause de l’étal bilieux si caractérisé. D’ailleurs le vomitif seul ayant souvent empéché l’accès attendu de paraître, son efficacité est ainsi directement mise hors de doute. 2“ Les vomissements bilieux, si fréquents dans la forme qui nous occupe, deviennent bien moins communs ou même disparaissent tout à fait dans la journée, quand on a eu soin de donner un vomitif le malin ; le sulfate de quinine est ainsi gardé par l’estomac qui, sans celte précaution, l’eût probablement rejeté.

Quand nous redoutions un accès grave pour le jour même, nous administrions immédiatement le sel quinique ; s’il n’était pas conservé par 1 estomac, nous appliquions de suite un large vésicatoire à l’eau bouillante et nous saupoudrions -de sulfate de quinine la surface dénudée ; nous faisions en même temps donner un lavement avec 2 grammes du fébrifuge; mais ces deux modes sont assez difficiles au camp, où l’on manque de presque toute espèce de ressources.

Les vomitifs étaient répétés dans le cours de la maladie, et nous ne craignions pas de les ordonner plusieurs jours de suite si la persistance de 1 état bilieux était révélée par la fréquence des vomissements, l’empâtement et l’amertume dela.bouche, les enduits jaunâtres de la langue, l’anorexie et la soif, la céphalalgie, la pesanteur à l’hypogaslre et la constipation. Cette dernière nous a souvent fait substituer les émélo-calharliques aux émétiques : nous accordions la préférence à la potion avec ipécacuanha et calomel. Nous ne craignions pas, dans beaucoup de cas, de porter d’emblée celte potion à 1 gramme de l’une el l’autre substance. Ces proportions étaient également familières à M. Mayer, alors médecin en chef de Mascara, qui en obtenait d’excellents elTels.

Nous avons eu rarement recours aux antiphlogistiques. Les ventouses scarifiées à la nuque nous ont rendu service quand la tête était congestionnée, la face vullueuse, le pouls élevé, le sujet sanguin. Nous avons pratiqué quatre ou cinq fois une petite saignée de 300 grammes, quand l’indication en était bien formulée par l’exagération des caractères que nous venons de nommer.

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