‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 55 sur 88 · VJ · texte numérisé non relu

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Cel exhaussement du lit d’un neuve n’est pas, du reste, un phénomène bien rare, car on voit, notamment en Italie, des cours d'eau couler à un niveau plus élevé que le sol ; de sorte qu’on a été obligé de les encaisser entre de fortes digues, et qu’ils simulent ainsi véritablement des aqueducs.

Ce n’était pas dans Rome seulement qu’on rencontrait des sources d’émanations paludéennes, mais à ses portes et dans sa campagne.

Sur remplacement du CampoMarzo actuel gisait le marais de Caprée,si fameux par l’apothéose, ou, si l’on aime mieux, par le meurtre de Romulus. Non loin de là, vers la moderne Piazza Nicozia, s’étendait le marais de Terente :

Fluminis ille laïus cui sunt vada juncla Terenli

Aspicil • • •

(Ovide, Fast., liv. i.)

Sextus Rufus nous apprend que la campagne de Rome était semée de lacs épars cl de nappes jetées çà et là.

Dans la vallée Arica, Pline et Columelle placent le lac de Turnus, qui fut desséché ensuite, ainsi que cela résulte d’un passage de ce dernier auteur (De re rostica) : Lacuturres ex convalle ^ricinœ vbi quonclam fuit lacus turrisque quœremanet. La ville de Gables, qui donna tant de besogne àTarquin le Superbe, se mirait dans un lac qui portait son nom. C’est près d’une nappe d'eau appelée Labicura, aujourd’hui lac de Regillo, qu’eut lieu la rencontre des Romains et des Sabins. Aux ^quœ albulœ, au pied de Tivoli, de vastes piscines s’ouvraient pour les baigneurs ; de nos jours, dans ces lieux, la fièvre pernicieuse menace le visiteur. Albe-la-Longue s’étendait sur le bord du moderne lac'd’Albano. EnQn nous pouvons citer le lacus Nemorensiset le lacus Sabatius, aujourd’hui lagodi Bracchiano, etc.

Telle est la nomenclature incomplète des nappes liquides dont l’histoire nous a transmis les noms. Il est évident qu’il faut ajouter à celte énumération les autres lacs qu’on trouve aujourd’hui dans la campagne, et dont l’antiquité est incontestable; enfin ceux qui ont disparu, par exemple le lac de Giuturna, entre Albano et le Monte Savello, que le pape Paul V a fait dessécher à cause des miasmes pernicieux qui s’en échappaient.

Les savants se sont justement préoccupés des changements qui surviennent dans le climat d’une région, sous la double influence des modifications du globe, et des transfigurations que subit la surface du sol par le travail de l’homme. Ces études ont fourni de belles pages à l’un des amis de la Gazette Médicale, au professeur Fuster. On n’atte'’d pas de nous des recherches approfondies sur la ville et la campagne de Rome considérées à ce point de vue; avec notre existence nomade, les esquisses à grands traits sont seules permises.

On s’est demandé si le climat de la ville d’autrefois dilférait notablement de celui de Rome moderne, et, dans l’afllrmative, s’il était plus chaud ou plus froid. Pour celle dernière ojiinion se sont déclarés plusieurs auteurs, qui ont cru ex-

plioiier de cette manièi'c la moindre nocuité des miasmes paludéens, dans les temps anciens, malgré l’abondance des surfaces exhalantes. Cette manière de voir n’est pas soutenable, et nous ferons voir que les fièvres ont été, jadis comme elles le sont aujourd’hui, en rapport d’intensité et de nombre avec l’étendue des laboratoires paludéens. La première supposition devient au contraire l’expression de la vérité, quand on la formule avec cette réserve : le climat n’a pas beaucoup varié dans le cours des siècles; il était probablement autrefois un peu plus chaud et un peu plus humide.

Puisque nous ne pouvons pas emprunter nos termes de comparaison à des observations thermométriques prises à l’époque ancienne et dans les temps modernes, il faut recourir à des preuves indirectes. Et d’abord, invoquons le règne végétal, qui nous a déjà fourni ailleurs de précieux indices, lorsque nous tracions la météorologie du Sahara algérien et du désert central. (V. Expédition du génér.^l Cavaignac dans le Sahara algérien. Relation du voyage, exploration scientifique, etc. — 1 vol. gr. in-8®. Paris, 1849.;

Dans la ville de Romulus, comme dans la cité des papes, on trouve les mêmes espèces végétales ; telles sont, pour ne citer que les plus caractéristiques : l’olivier, l’oranger, le myrte, le laurier et quelques palmiers. Nous avons vu que Varron place au pied du Palatin un bosquet de myrte consacré à Vénus, et Ovide nous représente un palmier s’élançant d’une fente des édifices qui surmontaient le Capitolin. Que ce palmier ait été un phœtiix dactylifera ou un chamærops humilis, peu importe ; les deux se retrouvent dans la ville actuelle. Nous ajouterons même, au sujet de ce dernier, que, dans nos nombreuses courses en Algérie, nous n’avons jamais rencontré un chamærops humilis aussi élancé que celui qu’ou voit dans le jardin du couvent de Saint-François, au Transtévère. Il donne un formel démenti à l’épithète que les botanistes ont accolée à son nom.

Quelques auteurs italiens ont prétendu que la réussite du cèdre, transporté autrefois à Rome où il a prospéré, est une preuve de la haute température dont cette ville jouissait jadis, cet arbre ne réussissant plus aujourd’hui qu’en Afrique et en Asie Mineure. Pour soutenir une pareille opinion, il fallait ne pas avoir vu le cèdre magnifique qui étale son large parasol au Jardin des Plantes, à Paris.

La température de Rome ancienne n’était certainement pas plus basse que celle de la ville actuelle : voici les motifs qui nous portent à penser qu’elle se trouvait au contraire un peu plus élevée.

Rome moderne s’étend au nord d’un groupe formé par l’Aventin, le Capitolin, le Palatin, le Cœlius, voire même l’Esquilin et le Viminal. Ce rempart défend, jusqu’à un certain point, la ville des ardeurs du midi. Au septentrion, la cité est au contraire à peu près sans protection.

Rome antique se trouvait dans des conditions presque opposées; elle couronnait les sept collines, les dépassait, et s’étendait dans la rase campagne balayée

par les vents du midi. Bien plus, la ville était protégée contre le nord par une ceinture de forêts qui n’existc plus aujourd’hui.

Incontestablement, toutes ces circonstances sont propres ù élever la température.

Les Bomains portaient autrefois des vêtements qui laissaient à découvert les jambes, les bras et le cou. Ce, costume pourrait peut-être aussi être invoqué pour concourir à la démonstration à laquelle nous voulons arriver.

Tacite nous apprend que des regrets ont été donnés à l’ancienne construction de Rome, après que cette ville, ruinée pour satisfaire un caprice de Néron, eut été repeuplée de maisons moins hautes, et coupées de rues plus larges.

O Erant qui crederunt, dit Thistorien (Ann , lib. xni), veterem illam formam salubritati magis condnxisse; quoniam angustiæ ilinerum, et altitude tectorum non perinde solis vapore perrumperentur; at nunc palulam latitudinem, etnullà umbrâ defensam, graviore cestu ardescere. »

Certes, dans Rome moderne, on n’en est pas à manifester de tels regrets, et l’on n'envie pas cette vieille construction qui rappelle 1 antique Carthage, où, selon Polybe, pour aller de l’enceinte extérieure à la citadelle de Byrsa , 1 armée de Scipion dut traverser des rues encaissées entre des maisons à six ou sept étages, si étroites qu’on pouvait presque se donner la main, par les fenêtres, d un coté à l’autre. A la brûlante Afrique d’autrefois, ces maisons si prodigieuses en hauteur; et à l’Afrique moderne ces tortueuses ruelles que les enjambements des habitations changent en une suite de porches obscurs. L’Europe n’a que faire de ces précautions.

En parcourant les restes du palais de Néron {domus aurea JYsronis), nous avons aussi recueilli cette impression ; que le climat devait être plus chaud alors qu’aujourd’hui, pour motiver une semblable construction. Mais qu’on nous permette de visiter avec quelque détail ce précieux débris des temps antiques, car une foule de considérations hygiéniques vont jaillir sous nos pas.

Le faîte du palais se trouve au-dessous du sol actuel, et ses appartements spas deux sont restés, pendant des siècles, remplis de terre, de débris, et ignorés du monde. C’est à cette circonstance que nous devons la conservation du monument dans son entier. Sans doute on n’y retrouve pas, comme à Pompei, chaque chose en son lieu, avec ses formes et sa fraîcheur, et chaque objet usuel n'attendant, pour ainsi dire, que la main qui allait en disposer quand la ville fut subitement engloutie; mais la carcasse est parfaitement conservée, les murs restent debout et supportent des voûtes sur lesquelles le temps n’a pas mordu. On montre encore aujourd’hui des fresques qui, du temps de Raphaël, étaient assez vives pour que ce grand maître ait pu y chercher des inspirations qu’il a jetées sur les cintres du Vatican.

La construction de ce palais est des plus simples. Figurez-vous un vaste parallélogramme formé par une double série de sejit salles adossées côte à côte; les deux séries sont elles-mêmes juxla-posécs, et chacune forme ainsi l’une des grandes faces du parallélogramme. Flanquez chaque petite face, d’un corridor.

qui longeia conséqueinmeiit deux salles ; enlin, groupez contre l’un de ces corri dors une foule de petites chambres, qui constitueront les communs, et vous aurez bâti la maison dorée de Néron.

Comme tout le palais, les salles sont voûtées ; elles ont 33 pieds de hauteur sur 26 de longueur approximativement et 1 8 de largeur. Chaque pièce prend son jour sur le jardin au milieu duquel le palais était situé; une porte surmontée d’une fenêtre : voilà toutes les ouvertures destinées à introduire l’air et la lumière dans ces vastes salles. Ces voûtes épaisses, ces larges murailles, ces grandes dimensions, en hauteur surtout; l’absence de ces petites pièces dans lesquelles l’habitant des pays tempérés cherche un chauffage plus facile pendant l’hiver; la rareté et l’exiguïté des ouvertures; la substitution du stuc et du marbre à ces boiseries auxquelles on demande, dans le Nord, de conserver le calorique artificiellement entretenu dans l’intérieur, et de protéger contre le froid du dehors: tout cela ne dénoterait-il pas un vif désir de fraîcheur, qui ne se fait pas sentira un égal degré sous le ciel de la ville actuelle? Ce qui nous porte encore à le penser, c’est que chaque salle semble avoir été, en outre, protégée par une sorte de galerie, de péristyle, dont la saillie couvrait d’ombre les murs des appariements. Sur les parois de ces galeiies, on voit des fresques représentant des arbres, des palmiers surtout, et l’on se demande si le peintre n’a pas eu l’intention d’harmoniser sa décoration intérieure avec celle du jardin, de marier ses feuillages peints aux feuillages naturels qui, sans doute, s’engageaient jusque sous les arceaux. Toutes ces précautions dénoteraient un amour extrême, fruit d’un besoin réel, pour l’ombre, la fraîcheur et l’isolement. Les modernes Italiens cherchent aussi à se placer dans ces conditions, mais ils font bien moins de frais et d’efforts pour atteindre ce but.

La partie du palais de Néron la plus significative au point de vue qui nous occupe, c’est la crypta, galerie voûtée parallèle au palais, mais isolée du corps de bâtiment. Ce véritable caveau est clos de toutes parts, et ne donne accès à la lumière que par quinze petites ouvertures carrées pratiquées le long de ses voûtes. Celles-ci ne sont guère moins élevées que les cintres des appartements du palais. On pense généralement que les Romains cherchaient dans leurs crypte* cette température uniforme que l’air conserve, dans les souterrains, pendant les différentes saisons.

Ce qui reste du palais des Césars, ruines immenses couvrant le mont Palatin tout entier, nous indique une construction analogue à celle de la maison dorée, quoique sur de plus grandes proportions. Ce sont partout des voûtes épaisses, des porches obscurs qui se succèdent les uns aux autres, des vestiges de dômes massifs, des appartements bien clos, fermés à la lumière et précédés de portiques. Les bains de Livie, aujourd’hui souterrains, recevaient si peu de jour, qu’on pourrait aisément croire qu’ils ont toujours été au-dessous du sol. Nous en dirons autant de la vaste galerie, revêtue de stucs richement peints, que des fouilles récentes, entreprises par les ordres de l’empereur de Russie, ont fait

découvrir el déblayer. Ce corridor, (jii’oii ijenscèlre celui où Caraculla a été tué, était une véritable crypte.

Hutournons à la maison dorée ; nous ne sommes pas au bout des leçons d'hygiène antique (ju’on peut y puiser. Mais ici qu’on nous permette une petite excursion i\ laquelle on pardonnera sans doute, en faveur de l’intérêt qui s’y rattache, de nous éloigner un peu de notre sujet.

Néron avait bâti son palais sur des maisons pa. ticulières, à I mètre ou 2 audessus de leur pavé. On voit encore les mosaïques qui chamarraient le sol de ces habitations, et l’on reconnaît avec facilité remplacement des pièces. Un parchemin trouvé dans le palais atteste en outre qu’il a été construit sur la demeure de' plusieurs citoyens.

Le palais du tyran subit lui-méme le sort que son maître avait infligé aux humbles demeures des Romains; un autre empereur, le fils de Vespasien, condamna la maison dorée à servir de fondements à ses Thermes. Mais au lieu de démolir le palais, il bâtit par dessus ses voûtes, qui devinrent le sol des nouveaux édifices. Comme le palais n’était pas assez vaste pour servir de support aux immenses constructions qu’il avait projetées, Titus en doubla presque l’étendue, en y ajoutant de grandes galeries conçues à peu près sur le même plan que les salles de Néron. Ces corridors furent construits obliquement aux façades du palais, crime de lèse-architecture dont le vainqueur de Jérusalem se souciait peu, pour les motifs que nous allons exposer. Après avoir retiré de l’ancienne demeure impériale les objets les plus précieux qui s’y trouvaient (le Laoocon était de ce nombre), il fit combler de terre et le palais et ses nouvelles constructions. De la sorte, la splendide maison dorée, dont les auteurs ont tant célébré la magnificence, lut enfouie, avec ses fresques admirabips, avec les marbres précieux qui la revêtaient, et se trouva réduite au rôle fort humble de servir de piédestal, de fondement, aux Thermes gigantesques de Titus, c’est-â-dire à des piscines publiques, à des bains particuliers, à la demeure impériale, à des temples, des gymnases, des exèdres, des pinacothèques, etCv; car, comme on ne le sait pas assez, les Thermes contenaient tout cela, et n’élaient pas seulement de simples établissements ouverts aux baigneurs.

Quel but se proposait Titus par cet étrange procédé de construction T Évidemment aucune idée conservatrice n’y a présidé, puisque le palais a été ignominieusement comblé. On ne peut pas non plus supposer un calcul d’économie, soit de temps, soit d’argent, car il était moins coûteux et plus expéditif d’abattre le palais et d’utiliser scs décombres, que de construiie de nouvelles arcades colossales et de remplir de matériaux cesimenses lacunes. Titus a eu sans aucun doute en vue, ou de manifester son mépris pour un empereur odieux, ou bien d’assainir ses Thermes, placés dans un lieu bas, humide,, exposé aux fièvres et visité peut-être quebiucfois par les eaux débordées du Tibre. Je livre ù votre appréciation, cherel savant confrère, cette dernière supposition, à laquelle je suis «■nclln à rn’an étei.

Nous ne quitterons pas la vtaüon dorée de Néron, sans parler d'une inscription singulière trouvée sur les murs delà crypta, inscription où l’on confle peu galamment aux déesses des soins de police dont elles devaient fort peu se soucier :

Duodecim deos et deas Et Jovem omnipotentem maximum Habeat iralos quisquis btc Mixerit aut cacarit.

Cette inscription ne date certainement pas du temps où Néron habitait son palais. 11 est probable qu’alors les jardins étaient clos, et d’ailleurs la terreur qui suivait un pareil nom était bien capable de donner un moment de patience au sphyncter sollicité le plus vivement. On croit qu’après l’abandon du palais, les édiles ont dû formuler cette terrible menace, aün d’empêcher la dégradation d’un monument auquel s’attachait un intérêt artistique.

Notre promenade, à la lueur des torches, sous les voûtes aujourd’hui obscures de la maison dorée, nous a fait perdre de vue notre sujet. Nous venions de chercher à établir que le climat de Rome antique devait être un peu plus chaud que le climat de la ville des papes. La différence, comme nous l’avons dit, n’est pas bien grande; cette dernière proposition pourrait, à la rigueur, s’énoncer, sans qu’il soit besoin de l’appuyer ; mais, cher et savant confrère, il faut que je vous donne encore un peu de votre aliment favori, un peu de latin.

Il n’est pas bien rare de voir aujourd’hui le mont Oreste (^Soracte) se parer d’un blanc manteau de neige; or ce phénomène n’était pas inconnu du temps

d’Horace : .

Vides ut allâ stel nive candidum

Soracte ; nec jam suslineant onus Silvæ laborantes, geluque Flumina constiterint acuto;

Dissolve frigus, ligna super foco

Large reponens

(Horace, liv. i, ode viii.)

Dans l’hiver de 1812 à 1813, la glace de la pièce d’eau Borghèsea pu supporter des patineurs pendant quatre jours. La citation précédente tend à établir qu’autreîois de semblables exceptions se présentaient déjà. Tite-Live, d’ailleurs, dit trèsexplicitement avoir vu le Tibre gelé.

La moyenne annuelle des jours de neige est aujourd’hui de 1,6 à Rome, et dans un hiver extraordinaire, on a compté quatre jours de neige. La strophe suivante établit encore que de tels faits ne sont pas sans analogues dans l’an-

tiquite : terris nivis atque diræ

( randinis misit paler, et, rubente Dexlrâ, sacras jaculalus arces,

Terruit urbera.

(Horace, ode ii.)

Comme de nos joui-s, l’iiiver elail jjiilis iisaei froid pour rendre le feu nécos- SBire ou au moins agréable, .|i

Solvilur acris biems, gratâ vice veris et FuYonl '

, . ■!■ ■ ■ Il ■ . lî !l

Ac neque Jam stabulis gaudet pecus, aul arator igni. '

(Horace, ode iv.)

Horace, qui célébrait le bonheur de. la m(‘diocrilé et n’en vivait pas moins en .aimable et ralllné sybarite, avait prand soin, quand les brouillards d’automne ou la neige de l’hiver couvraient les collines de Tibur ou les champs d’Albano, de quitter ces humides et froides contrées pour Rome ou les bords de la mer;

Quod si brurna nives albanis illinet agris.

Ad mare descendel vates lu us

(Horace, ep. vi, liv. i.)

Nous avons dit que, selon toute probabilité, l’atmosphère était plus chargée d’humidité dans Rome ancienne que dans la ville moderne. En ellet, les bois qui garnissaient les pentes aujourd’hui décharnées, qui s’étalaient dans la campagne, et grimpaient jusque sur les collines de la cilé, devaient arrêter au passage les vésicules aqueuses qui voyagent dans les airs, et entretenir ainsi une constante humidité. Nous ajouterons que l’évaporation était évidemment plus grande dans la ville antique, à cause de l’étendue des surfaces liquides créées artificiellement, et de l’abondance des fontaines et des eaux jaillissantes. Une des choses qui frappent le plus dans Rome actuelle, c’est la véritable prodigalité des eaux; aucune ville de France ne saurait lui être comparée à ce sujet; eh bien! cette profusion, qui fait l’admiration des étrangers, n’est que pauvreté, eu égard à la masse liquide que la ville des Césars recevait. Elle est éraluée à 1,320,000 mètres cubes par jour; tandis qu’aiijourd’hui 1/0 seulement de cette quantité, 180,000 mètres cubes, arrivent dans la ville et se disséminent dans ses fontaines.

Ainsi, vastes forêts remplissant l’office de chapiteaux condensateurs, large surface d’évaporation, température plus élevée et conséquemment plus de capacité pour les vésicules aqueuses ; voilà, ce nous semble , tout autant de causes qui devaient concourir à modifier l’état hygrométrique de l’atmosphère.

Nou< nous arrêterons là dans le champ de nos suppositions motivées. 11 était permis de chercher à déterminer l’inflexion qu’a subie la ligne isotherme dans la succe.-sion des siècles, mais il serait téméraire d’entreprendre un pareil travail relativement aux lignes isothère et isochimène ; seulement, on peut avancer que le climat de Rome ancienne devait être plus constant qu’il ne l’est aujourd’hui. D’abord, les forêts des collines qui s’élèvent au nord de la ville, la sauvegardaient un peu contre ces dépressions thermométriques si fréquentes de nos jours, quand le septentrion vient à souffier et à dompter les vents du midi. En second lieu, on Mit que l’abonilance des eaux contribue à entretenir nnecerlaiue uniformité dans-

la température, par la raison qu’elles subissent avec lenteur l’influence des milieux ambiants, qu’elles se maintiennent, l’été, plus fraîches, l’hiver, plus chaudes que l’air environnant. ^ ^

Dans une prochaine lettre, j’appliquerai à la pathologie, considérée dans le cours des temps, les données topographiques et météorologiques qui figurent dans celle-ci.

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Rome, 30 novembre 1849.

A M. le docteur Vaillant, médecin- inspecteur, membre du conseil de

santé des armées.

MALADIES DE ROME DANS L’aNTIQDITÉ, AD MOYEN AGE ET JDSQD’A NOS JOURS.

Fièvres paludéennes dans Rome antique. — Culte de la déesse Febris. — Pleurésies. — Apoplexies. — Assainissement graduel. — L’insalubrité revient avec la barbarie et diminue quand la civilisation relleurit.

Dans ma précédente lettre, adressée au docteur Daremberg, j’ai voulu tracer la topographie de l’ancienne Rome ; permettez-moi, très-honoré chef, de vous faire hommage des lignes où je cherche à féconder ces documents , en montrant les rapports qui existent entre l’état du sol et de l’atmosphère et le caractère du régne pathologique.

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